Un projet ambitieux venu de Corée

Il est possible que le nom de Stellar Blade ne vous parle pas. Ou que vous ayez l’impression que ce projet sort de nulle part, si vous l’avez découvert lors des derniers States of Play de Sony. Et pour cause, puisqu’il a changé de nom en 2022 ! En réalité, le projet est beaucoup plus ancien. Et c’est sous le nom de code de Project EVE qu’il a été lancé en Corée, en 2018 ! Un projet développé par Shift Up Corporation, un studio basé à Séoul, créé en 2013 par le dessinateur Kim Hung Tae, et affilié au géant du mobile Tencent. Shift Up s’est notamment fait connaître grâce à son jeu mobiles Destiny Child.

Mais revenons à nos moutons ! Et en 2018 donc, Shift Up se lance dans un projet un peu fou ! Alors que quasiment tous les studios de développement coréens se focalisent sur le marché des jeux mobiles, Shift Up dévoile vouloir travailler sur un jeu pour PC et consoles. Kim Hung Tae, que vous connaissez aussi pour être le chara-designer de Magna Carta ou Blade and Soul, devient directeur du projet. Il sera assisté par Dong-Gi Lee, directeur technique. Développé sous Unreal 4, Project EVE est dévoilé pour la première fois en 2019, et on apprend par la même occasion qu’il sortira sur PS4, XBox One et PC.

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Mais la suite vous la connaissez… Le Covid passe par là et le studio prend du retard. Mais fin 2020, le studio est en mesure de dévoiler du gameplay du jeu AAA. Et en septembre 2021, surprise : lors d’un State of Play, on retrouve une présentation du jeu, mais on découvre cette fois qu’il sera une exclusivité PlayStation 5, Sony devenant l’éditeur du jeu. Et un an plus tard, toujours lors d’un State of Play, on en apprend plus : le jeu sortira en 2023 sur PS5, mais son nom est devenu Stellar Blade. Sortie qui sera finalement reportée au 26 avril 2024.

Si on parle de Stellar Blade, on ne pourra évidemment pas passer à côté de la polémique qui a entouré le jeu avant sa sortie : oui, l’héroïne a des formes, pour ne pas dire un physique très avantageux. Et oui, les développeurs lui ont prévu des tenues parfois un peu limites. De quoi alimenter les médias généralistes non-spécialisés en jeux vidéo pendant un moment. Alors, oui, c’est un fait… Et le créateur du jeu, Kim Hyung Tae, s’est exprimé à ce sujet. Et à propos des réactions féministes, il a expliqué que « la Corée est restée un peu en dehors du problème, c’était donc difficile pour nous de vraiment saisir ce qu’il se passait. » Ajoutant que peu importent les réactions, « le jeu a le droit d’exister » !

Il faut sauver la Terre

Stellar Blade se déroule donc dans un futur où l’humanité a été éradiquée par des extraterrestres, les Naytibas. Les rares humains survivants se sont exilés dans une colonie orbitale. Mais l’heure est à la revanche, et les Humains lancent une grande opération d’envergure pour reprendre la Terre. Les escadrons d’élite sont envoyés sur la Planète Bleue. Mais rien ne se passe comme prévu, et très vite, les assaillants terriens se font littéralement pulvériser par les défenses ennemies. Les quelques survivants se font massacrer au sol. Et très vite, on découvre notre protagoniste, EVE, du 7e Escadron aéroporté, placée sous le commandement de Tachy.

Vous le voyez venir : Eve se retrouve rapidement seule survivante de ce massacre. Néanmoins, elle reste déterminée à accomplir sa mission, et se met en quête de Xion. La dernière ville encore humaine, ou quelques réfugiés continuent à se battre contre les envahisseurs. C’est dans ce pseudo havre de paix qu’Eve va trouver de nouveaux compagnons de route (sans spoiler, de toute façon, vous les avez vus dans les trailers) : Lily, rescapée du 5e escadron, qui va devenir votre ingénieur, capable d’améliorer votre équipement. Et Adam, un terrien qui a toujours vécu sur la planète bleue, à la recherche d’une source d’énergie appelée hyper-cellules. Oui, Adam et Eve, ils ont osé 🙂 …

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Si les développeurs ne se sont pas cachés de s’être beaucoup inspirés de mangas des années 90 tels que Neon Genesis Evangelion, Ghost in the Shell ou encore Gunnm, voire des films comme Starship Troopers pour l’action… Je dois bien admettre que mes premières heures sur le jeu m’ont surtout fait penser à une copie carbone de NieR : Automata pour son scénario. Avec des phases d’action largement inspirées par la série Bayonetta. Deux références un peu trop marquées à mon goût. Me laissant cette vive impression que Stellar Blade cachait un manque de personnalité derrière ces deux influences qualitatives. La frontière entre influence/inspiration et copie est parfois très mince…

Et c’est bien dommage ! Car dès la scène introductive du jeu, on sent la volonté des développeurs de bien faire les choses. Et de combler les fans du genre. Les inspirations citées plus haut nous offrent aussi de jolis clins d’œil. Et derrière l’aspect hyper-sexualisé de ce Stellar Blade, on ne restera pas insensibles aux multiples symboles qui nous servent une mythologie clé en main. Adam et Eve, bien sûr… Mais aussi les Humains qui arrivent sur Terre à bord de leurs capsules ailées, tels des anges tombant du ciel dans ce qui est devenu un enfer… Ou encore la toute première apparition d’Eve, que l’on ne pourra s’empêcher de comparer à une naissance. Si le scénario nous apparaît donc comme peu inspiré de manière globale, on n’accusera pas non plus les scénaristes de ne pas avoir bossé leur copie, soyons honnêtes !

Un gameplay nerveux, mais vite redondant

Stellar Blade est un jeu d’action aventure en vue à la troisième personne. Les phases de gameplay se partagent en séquences d’action, avec de nombreux combats, et en séquences d’exploration, dans des niveaux semi-ouverts ou en couloirs. Comme dans la plupart des jeux actuels, on retrouvera un système d’upgrade de compétences, via un arbre à cinq branches. Et comme dans les jeux de FromSoftware, vous pourrez retrouver des forces et sauvegarder en vous posant dans un campement. Mais celui-ci, via un kiosque, vous permettra aussi d’upgrader votre personnage, et surtout de booster ses compétences.

S’il est un point que l’on ne peut nier, c’est bien que le gameplay est dynamique et particulièrement pêchu. Un sentiment renforcé par la mise en scène. Et par une action qui vous donne constamment l’impression que des grappes ennemies vont vous tomber dessus dans 5 mètres. Cette jouabilité nerveuse peut, comme écrit plus haut et à quelques variantes près, faire penser à celle de Bayonetta. Ce qui est plutôt un bon point. En résumé, Eve dispose de plusieurs attaques de base à l’épée, avec des combos à apprendre. Lors des combats, Eve charge une jauge qui vous permet, une fois pleine, de lancer les puissantes attaques Beta. Vous devrez dépenser vos points de compétences pour débloquer de nouvelles compétences Beta via l’arbre de compétences…

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Si les phases d’attaques sont comparables à un Bayonetta ou un Devil May Cry, l’équilibre entre les attaques et les contres/esquives à placer au bon moment nous fait davantage penser à un Sekiro. En utilisant la garde pile au moment où l’ennemi vous frappe, vous pouvez déclencher soit une esquive parfaite, une répulsion ou une éclipse. Si vous repoussez l’ennemi avec le bon timing, vous exposez son point faible. C’est le bon moment pour lui tirer dessus grâce aux attaques à distance. Un contre réussi permet aussi de charger une autre jauge qui, elle, vous permet d’utiliser des Compétences spontanées. Mais pour les débloquer, il faudra se les procurer dans les boutiques des campements.

Hélas, les développeurs ne peuvent, malgré leurs efforts, éviter de tomber dans le piège inhérent à ce type de jeux : une redondance qui s’installe vite, et qui peut lasser. Shift Up a eu la bonne idée d’inclure des phases d’exploration, qui cassent cette impression de routine… Mais hélas pas assez pour nous épargner l’impression d’appuyer mécaniquement sur les touches, sans réfléchir, au bout de quelques heures. Pire, le jeu tourne vite au fourre-tout où l’on tente des trucs, à l’image de séquences de plateforme qui sont littéralement un enfer, à cause de gros soucis de précision. De même, malgré un bon compromis entre combats techniques et abordables, l’équilibrage se loupe quelques heures avant la fin. Avec un pic de difficulté soudain, qui va vraiment vous faire transpirer des pouces. C’est à cet instant précis du jeu que le fun meurt pour de bon… Paix à son âme !

Au final

Si vous pensez à quelqu’un d’autre quand vous êtes avec votre conjoint(e)/copain(ine), ce n’est pas une bonne chose pour votre couple. Et c’est la même chose pour les jeux vidéo : si un titre vous fait penser à d’autres licences pendant que vous jouez, il y a de quoi se poser des questions ! Et c’est justement ce que j’ai ressenti tout au long de ce test ! Le jeu ne m’entraînait pas dans son univers, mais me faisait penser à ses influences. Avec en prime le syndrome du « papa, quand est-ce qu’on arrive » quelques heures avant la fin. La nouvelle exclusivité de la PlayStation 5 n’est pourtant pas un mauvais jeu. Et au regard de ses superbes graphismes, on a vraiment envie de l’aimer. Mais tout au long de l’aventure, à l’image de son protagoniste Eve, il lui manque un truc. Cette personnalité, cette âme qui en ferait un grand jeu.

Ici, Stellar Blade nous donne l’impression de revivre l’aventure de NieR : Automata dans la peau de Gally (héroïne de Gunnm), qui aurait appris toutes les techniques de combat de Bayonetta. Et du côté du gameplay, on a aussi cette constante impression de jouer à un jeu qui se cherche en permanence. Avec un p’tit côté Soul-Like, mais qui ne doit pas être trop compliqué pour toucher le grand public, et qui devient donc un Soul-Light… Sauf à la fin où le jeu durcit le ton… Stellar Blade n’est pas dénué de moments de grâce. Mais un adepte de mangas et RPG de longue date aura cette constante impression de déjà vu. Et là, chacun y verra au choix soit de superbes références, soit un manque d’inspiration, ça dépendra de vous, de votre sensibilité. Comme le disait le Joueur du Grenier, « un avis, c’est comme le trou du c…, tout le monde en a un !« 

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Les cinématiques et la musique de Stellar Blade sont un grand coup de cœur. Mais hélas, le jeu manque d’originalité, tant dans son scénario que dans son gameplay. Avec une certaine lassitude qui peut s’installer si vous n’êtes pas réceptif. Et le risque de vite l’oublier une fois terminé. Alors fatalement se pose la question : doit-on craquer ? Et bien… Oui, si vous aimez le genre, mais pas au prix demandé de 79,99€. Tarif pour lequel vous pouvez acquérir une expérience plus solide, telle que Marvel’s Spider-Man 2, God of War Ragnarok, Horizon Forbidden West ou encore le récent Rise of the Ronin. Alors, peut-être pouvez vous envisager d’attendre des soldes, ou que le jeu tombe dans les titres PlayStation Plus ? Rappelons que vous pouvez aussi vous faire votre propre avis grâce à la démo gratuite disponible


Stellar Blade

  • Visuellement, des cinématiques somptueuses, une réalisation incroyable
  • Le design des aliens
  • La bande-son superbe
  • Le gameplay bien nerveux
  • Un jeu solo « à l’ancienne »
  • EVE devient vraiment très intéressante à jouer une fois que vous avez sérieusement upgradé ses compétences…
  • Énormément de collectibles à ramasser
  • Une durée de vie assez longue
  • En VF
  • Le scénario : comme un air de déjà vu
  • Le level-design, pas toujours très original également
  • Le gameplay : comme un air de déjà vu aussi
  • Les p… de phases de plateforme
  • … Mais pour vraiment profiter des pouvoirs et du système d’upgrade, il faut jouer un moment
  • Globalement, vite redondant, et une certaine lassitude s’installe
  • L’hyper-sexualisation et des costumes un peu douteux
  • L’équilibrage un peu bizarre sur la fin
  • Quelques niveaux « couloir »
  • Il lui manque vraiment SA propre personnalité