God of War Ragnarök : la leçon de Santa Monica Studio

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Selon les dernières infos, et avec 5,1 millions de vente en une semaine, c’est le plus gros carton de PlayStation depuis la création de la marque. Très attendu sur PS4 et PS5, God of War Ragnarök figure parmi les prétendants au titre de GOTY 2022. Et il est temps de vous livrer notre avis sur ce jeu : est-ce un indispensable au pied du sapin ? On vous dit tout.

Une exclusivité forte pour PlayStation

Le parcours de la série God of War est singulier, dans l’univers PlayStation. Au point que, spoiler alert, notre prochain Dans la Peau du personnage de… sera consacré à Kratos. Ou plutôt devrais-je dire que God of War est une licence qui a connu une évolution vraiment intéressante. Tout d’abord imaginé comme un jeu d’action/beat’em all, ce jeu qui a fait sa première apparition sur PS2 en 2005 a connu son petit succès, avant de stagner.

Ses créateurs, le Californien Santa Monica Studio (qui appartient à la famille PlayStation Studios), auraient pu persister dans la continuité. Quitte à confirmer l’essoufflement de la franchise. Au lieu de cela, les développeurs ont préféré reprendre une page blanche, pour nous sortir une suite, en 2018, qui n’a plus rien à voir avec le matériau d’origine. Si ce n’est son protagoniste principal, le dieu de la Guerre Kratos. Personnage qui, après avoir ravagé les rangs des dieux Grecs, revenait s’attaquer au panthéon scandinave.

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Sur le papier, et si la nouveauté se limitait à cela, God of War (2018) aurait pu être un jeu moyen. Mais l’équipe dirigée par Cory Barlog a su prendre des risques, sortir de sa zone de confort. Tout d’abord en réinventant son gameplay : un jeu d’action/aventure narratif ! Un choix qui donne à la série une approche plus mature, un propos plus adulte. Et surtout qui lui permet de dérouler une narration encore plus profonde qu’auparavant. Pour la technique, le jeu de 2018 émerveillait d’une part pour ses graphismes, mais aussi pour cet étonnant plan séquence, du début à la fin du jeu, qui ajoutait un pic de difficulté supplémentaire pour les programmeurs.

En 2018, God of War a réussi son grand retour. Parvenant à relancer la série, mais aussi à s’installer parmi les licences fortes, voire incontournables de la marque PlayStation. En plaçant la barre très haut, quoi… Avec cependant une petite précision : si l’on qualifie souvent God of War d’exclusivité PlayStation, ce n’est plus vraiment le cas, car comme pour Horizon Zero Dawn ou Marvel’s Spider-Man, le God of War de 2018 est désormais aussi disponible sur PC. Avec de fortes chances pour que ce Ragnarök suive le même chemin d’ici quelques mois…

Ça va être tout noir ! Et tout froid !

Non, rassurez vous : il n’y a pas, dans God of War : Ragnarök, un clone virtuel d’Olivier Veran qui vient vous annoncer qu’il y aura des coupures de courant cet hiver. Mais c’est encore pire, me ferez-vous remarquer : car « Winter is Coming » comme on dit à Westeros ! Concrètement, pour Kratos et Atreus, c’est le bordel !! Après avoir gentiment déboîté Baldur à la fin de God of War, ils ont désormais Freiya à leurs trousses… Mais ce n’est que le début des ennuis !

Fimbulvetr (un long hiver de plusieurs années selon la mythologie nordique) est déjà bien avancé. Mais ce n’est pas tout, et il y a bien pire ! Car alors que les forces d’Asgard se préparent à l’affrontement prophétisé qui détruira le monde, le fameux Ragnarök… Kratos et Atreus doivent explorer les neuf royaumes en quête de réponses. Lesquelles ? Bah, je vous laisse le découvrir par vous même, car en dire plus m’engagerait sur le terrain très glissant du spoiler.

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Au cours de leur voyage, ils découvriront de fascinants paysages mythiques et combattront de terrifiants ennemis, monstres et dieux nordiques. Le Ragnarök se fait de plus en plus menaçant. Kratos et Atreus devront choisir entre leur sécurité et celle des royaumes. Voilà pour ce qui est de l’explication officielle donnée par l’éditeur du jeu.

God of War : Ragnarök reprend l’intrigue là où son prédécesseur de 2018 s’était arrêté. La voix d’Atreus confirme cependant que du temps a passé (3 ans), et notre Dieu de la Guerre s’est posé quelques temps dans une cahutte. Mais en témoigne la manette que vous tenez entre les mains, il est temps de repartir… L’évolution de nos personnages, confrontés aux conséquences de leurs actes dans le premier opus, se poursuit. En parallèle, Kratos a enfin accepté sa condition de père, les rapports se sont apaisés avec Atreus… Mais notre dieu doit maintenant enseigner à son ado de fils à voler de ses propres ailes, à assumer ses choix… Sur fond d’aventure épique, le rapport entre les deux protagonistes est touchant et authentique.

On prend les mêmes et… On va encore plus loin

Non, quand je parle de prendre les mêmes, je ne parle pas des humains. Mêmes s’il est vrai que vous retrouverez de nombreux noms familiers au générique de fin du jeu. Pour ne citer que les plus connus, comme en 2018, Cory Barlog dirige les opérations, Bear McCreary (The Walking Dead et plein de films/séries) compose la fabuleuse OST, et Christopher Judge (Teal’c dans Stargate SG-1) incarne toujours Kratos.

Si Ragnarök reprend la continuité de l’intrigue du premier opus, il en reprend aussi le gameplay. Nous sommes toujours dans un jeu d’action/aventure, saupoudré de quelques mécaniques de RPG. Lors des combats, vous enchaînez les combos en pressant sur les touches d’action. Avec parfois la satisfaction de déclencher un QTE qui va finir votre adversaire de la manière la plus violente possible. La partie RPG (en version light), c’est évidemment la customisation grâce à l’XP acquise, chez Sindri et Brok. Armes, tenues, skills… Inutile d’insister sur cet aspect tant les jeux contemporains usent et abusent de ces mécaniques (coucou Assassin’s Creed, Horizon et tous les autres).

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Il est assez amusant de découvrir, en début d’aventure, des lieux qui vous sont familiers si vous avez joué au premier opus. D’ailleurs, si ce n’est pas le cas, le menu du jeu vous propose un résumé. GoW Ragnarök peut donc être joué même sans avoir joué au jeu de 2018. Fin de parenthèse… Les mêmes lieux, donc, mais changés par l’hiver éternel. Le level-design est donc le même que dans God of War (même la pochette du jeu est presque la même), jusqu’à ce que les événements s’accélèrent pour vous emmener… Surprise ! C’est d’ailleurs la grande force de cet opus : le level-design est génial, et parvient à vous pousser à explorer les moindres recoins, pour débusquer des items. Mais sans vous sortir de votre route principale. Pour, au final, s’avérer extrêmement généreux : comptez une vingtaine d’heures pour boucler le jeu en ligne droite, et le double si vous êtes un puriste du 100%.

En revanche, on regrettera cependant une construction qui fait trop « jeu vidéo » ! Comme dans un Zelda, quand vous découvrez une nouvelle mécanique de gameplay, celle-ci sera alors fortement associée aux énigmes de la zone dans laquelle vous vous trouvez. De même, on se retrouve parfois à subir des règles complètement incohérentes : un obstacle vous barre la route ? Kratos peut clairement l’enjamber. Pourtant, cet obstacle devient un prétexte, pour le jeu, pour vous faire faire un détour. Mouais… Et je ne parle pas des runes luminescentes qui apparaissent sur les parois, comme pour vous empêcher de louper votre chemin et les murs à escalader…

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Du coté de l’arsenal de Kratos, on retrouvera les impondérables, comme la hache Léviathan, ou les légendaires Lames du Chaos. Kratos peut alterner entre défense et attaque grâce à son bouclier. Le système de combat est très similaire à celui du premier jeu, avec cependant quelques améliorations à tous les niveaux. Et aussi de nouvelles mécaniques de combat comme l’utilisation du feu ou de la glace. De plus, Atreus et son arc lui assurent une couverture que vous pouvez actionner à distance. L’arc étant par définition une arme à longue portée, Atreus sera un précieux atout… Et non un boulet que vous trimbalez derrière vous. Contrairement à de nombreux jeux, votre assist est un vrai avantage. Il bénéficie d’une IA bien calibrée, et n’ira pas se foutre dans le pétrin dans les moments les plus critiques.

Technique : le tour de force

Le God of War de 2018 nous avait préparés… Ce nouvel épisode confirme : les développeurs de Santa Monica font dans le tour de force, dans la prouesse technique qui va vous en mettre plein les yeux ! Et je ne pense pas vraiment me tromper si je vous écris que God of War Ragnarök est le plus beau jeu de la PS4. Tellement que je me suis même demandé comment cela se passe sur une PS5 : est-il encore plus beau, au point de vous plonger dans le coma ? Ou au contraire le gap est-il imperceptible ? Quand la version PS4 donne tout, celle sur PS5 n’est-elle qu’une version à peine améliorée ?

En 2018, GoW avait été salué notamment pour ce choix technique qui consistait à faire du jeu un unique plan séquence. Un travail incroyable qui est reconduit ici : l’aventure se déroule sans coupe, sans transition et en caméra épaule, du début à la fin de cette deuxième aventure. Mieux, Kratos et Atreus passent d’une scène à l’autre sans aucun chargement. Les seuls download que vous verrez sont ceux qui vous respawn après un game-over. L’astuce de Santa Monica consiste en fait à « camoufler » les temps de chargement dans des séquences dédiées (comme les voyages rapides entre les zones).

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On pourrait aussi parler longuement de la qualité du doublage, en VF, avec un bon choix d’acteurs. Ainsi, Thor est doublé par Gilles Morvan (Crispin Weyland dans Cyberpunk 2077, Varin dans Assassin’s Creed Valhalla, Le Caïd dans Spider-Man…), Esteban Oertli (Cameron dans Pijamask, ou Deepak dans 101, rue des Dalmatiens) est Atreus… Et surtout comme en 2018, Frédéric Souterelle (Barrett dans Final Fantasy VII Remake, Chopper dans Overwatch, Kenshiro dans Hokuto no Ken…) prête sa voix à Kratos ! D’ailleurs, la VF est aussi excellente en termes d’écriture.

Testé sur une PS4, comme je l’ai écrit plus haut, God of War : Ragnarök est une merveille ! Chaque arrêt sur image est un fond d’écran, chaque plan vous flatte la rétine. Techniquement, la copie est presque parfaite : hormis un lag ou deux, et un placement de caméra qui aime vous gâcher la vie quand vous êtes près d’un mur… Le jeu est fluide, sans soucis technique, sans ralentissement, sans clipping, sans aliasing… Et tout ça sur une bonne vieille PS4. Quand je repense à la liste des AAA qui sont aussi réputés pour leurs bugs sur cette génération (coucou Cyberpunk 2077, Red Dead Redemption II, etc)… Seul bémol sur cette machine : le mode soufflerie qui s’active et réveille toute la maison… Et les plus de 100GO qu’il faut digérer : un grand merci au disque dur externe de 2TO sur ce coup là ! 😉

Au final

Dans une semaine, les Game Awards vont trancher, et nous dire quel jeu est le GOTY de 2022. Et j’avoue que, me concernant, le match qui partage actuellement les gamers, entre God of War : Ragnarök et Elden Ring, n’a pas lieu d’être. Pour ma part, si je devais choisir, Elden Ring ne serait sans doute pas dans mon TOP 5. Tandis que God of War : Ragnarök est clairement MON Game of the Year 2022 ! Tout simplement parce qu’il parvient à sublimer un God of War (2018) considéré comme l’un des meilleurs jeux de la PS4… Mais ça n’engage que moi !

God of War : Ragnarök est le meilleur triple A de l’année pour sa réalisation, sa narration qui nous surprend et nous laisse sans arrêt sur le cul, son gameplay, son ambiance, sa bande-originale… Vous comprenez désormais le titre de ce test : Je crois que l’on peut dire très clairement qu’avec son nouveau bébé, Santa Monica Studio donne une leçon de développement aux autres studios (et à certains en particuliers). En sortant d’une part un bon jeu, mais d’autre part en sortant surtout un jeu terminé : si je voulais caricaturer, God of War : Ragnarök, c’est un peu le produit artisanal fabriqué à la main, face aux copies réalisées à la chaîne dans une usine délocalisée.

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Le studio de Sony nous donne aussi une leçon en tant que joueurs : oui, on peut aimer les jeux vidéo sans pour autant devoir se farcir les habituelles grosses machines commerciales, insipides et toutes copiées les unes sur les autres. Comme il est bon de voir, au cinéma, autre chose que du Marvel ou du Star Wars, il est bon de pouvoir s’essayer à un jeu qui n’hésite pas à sortir de sa zone de confort. Et d’une certaine manière, oserai-je dire, malgré les gros chiffres qu’il va réaliser, un jeu plus… Intimiste.

God of War : Ragnarök est une vraie réussite. Et les avis élogieux récoltés par Santa Monica sont mérités. Avec ce nouvel opus, dans la veine de son prédécesseur, Kratos nous rappelle que le jeu vidéo est aussi un art. Si vous possédez une PS4/PS5 et que vous voulez vous faire plaisir (ou faire plaisir à quelqu’un) pour Noël, God of War : Ragnarök est un indispensable !


God of War : Ragnarök

  • Par : Santa Monica Studio, pour Sony.
  • Sur : PlayStation 4 et PlayStation 5.
  • Genre : Action
  • Classification : PEGI 18
  • Prix : 69,99€ pour la version standard PS4.
  • Condition de test : Testé sur une version digitale, sur PS4, fournie par l’éditeur. Les captures sont celles de Sony, pour éviter tout spoiler.
Points positifs :
  • Sans doute le plus beau jeu de la PS4
  • Un long plan séquence, et quasiment pas de temps de chargement (sauf après un game over)
  • Des personnages avec un vrai background
  • L’écriture au top
  • Le level-design qui pousse à l’exploration sans vous sortir de la quête
  • Un bestiaire varié
  • Le joueur va de surprise en surprise
  • La durée de vie
  • La musique
  • En VF
Points négatifs :
  • Un gros jeu : pensez à libérer plus de 100GO sur votre disque
  • Quelques soucis de caméra : près des murs, c’est parfois l’enfer
  • Certains éléments qui font trop « jeu vidéo »
  • Les menus un peu fouillis
  • Deux ou trois longueurs dans le scénario

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