Concrete Genie : PlayStation, dessine-moi un chef d’oeuvre

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C’est autour d’un concept original que le studio californien Pixelopus a construit son nouveau jeu : Concrete Genie. Armé d’un pinceau magique, vous allez donner vie… à vos dessins ! Les premiers trailers nous avaient alléché, et il fallait que l’on vous parle de la version finale du jeu !

Mes potes les « monstres »

Exclusivité PS4 annoncée il y a presque deux ans maintenant, Concrete Genie nous embarque dans un étrange village portuaire : Denska. Autrefois prospère, désormais crasseux, pollué et visiblement déserté par ses habitants. On y découvre Ash, un jeune garçon solitaire passionné par le dessin. Dans son calepin, il couche des créatures fantastiques qu’il aime imaginer. Mais Ash est aussi victime d’intimidation de la part des jeunes voyous de ce port de pêche sinistre, envahi par une curieuse matière obscure.

Une nouvelle fois victime de ses bourreaux, son carnet réduit en miettes, Ash se voit enfermé dans un mystérieux phare, présumé hanté. Mais c’est ici qu’il va découvrir un étrange pinceau magique. Celui-ci lui donne le pouvoir de donner vie à ses créations. Ash peut ainsi animer ses créatures, mais aussi illuminer le village.

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Dès lors, Ash va se donner pour mission d’illuminer et purifier Denska. De lui redonner sa superbe, en éliminant les ténèbres… Et en les remplaçant par de magnifiques œuvres d’art vivantes, colorées, et éclatantes de lumière…

C’est tout ce que je vous dirai du script, préférant vous laisser la surprise pour le reste ! D’autant que derrière son aspect naïf, ce scénario cache quelques subtilités, et aborde sans lourdeur des thèmes plus profonds : l’amitié, la solitude, le harcèlement, la pollution… Si l’histoire séduira les enfants, les adultes y verront une deuxième lecture beaucoup plus riche qu’on ne pourrait le penser. Mon seul regret sur ce point est un manque de profondeur autour des personnages : on apprend des choses à leur sujet, mais la fin du jeu nous laisse avec quelques questions sans réponse.

Chouette direction artistique

La direction artistique du titre de Pixelopus (Entwined) est juste magnifique ! Comme inspiré par certains classiques de l’animation (on pensera à Tim Burton), le jeu tourne comme un long métrage en slow-motion (mais en étant plus fluide pendant les phases de jeu). Visuellement, il est magnifique, nous faisant passer des ruelles poisseuses et déprimantes de Denska (mais chapeau pour le level design) à un univers plus coloré et féerique dès lors que vous y passez un coup de pinceau. Ici, la « direction artistique » porte très justement son qualificatif !

Son univers nous fera penser à un savant mélange de Max et les Maximonstres, L’Étrange Noël de Monsieur Jack (et la plupart des films de Burton pour son ambiance)… Avec un soupçon de Ghibli pour son récit bienfaisant, ou le jeu RiME pour la poésie qui s’en dégage. Pour son gameplay, il nous fera penser inévitablement à Okami, ou Puppeteer, autre trésor de Sony sorti lui aussi, injustement, en toute discrétion.

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Lors des scènes cinématiques, Concrete Genie semble basculer dans le film d’animation, avec ses bouches animées en stop-motion. Me donnant parfois l’impression de regarder un James et la Pêche Géante, ou un Coraline. Et franchement, en termes de références, avouez que c’est plutôt pas mal ! J’avoue que c’est une question de goûts, mais perso, j’adore !

Et bien entendu, la musique colle parfaitement à l’ambiance. Elle est discrète, mais très belle et parfaitement dans le ton. Enfin, sachez que le jeu est intégralement traduit en français. La voix française de Ash est celle de Benjamin Bollen, qui incarnait Tintin dans le film de Peter Jackson en 2011, ou Lloyd dans Lego Ninjago the Movie : le jeu vidéo, ou les Jerry dans Detroit Become Human.

Puzzle-game pictural

Ce « Génie concret » ou « Génie de béton » selon les traductions pourrait être rangé dans la catégorie Aventure, avec quelques puzzles à résoudre ici et là. Nous allons y trouver des phases d’exploration, de l’infiltration… Et des passages à débloquer en résolvant des énigmes. Chaque niveau (parties de la ville) vous impose de créer des créatures appelées Génies, et d’allumer des guirlandes d’ampoules (en peignant près d’elles). Mais attention : la petite bande de voyous patrouille dans les parages, et s’ils vous chopent, c’est « try again » ! (Heureusement, ce ne sont pas des lumières). De même, attention à l’eau : il y en a beaucoup mais Ash ne sait pas nager…

Parfois, vous devrez résoudre des énigmes, en interagissant avec des éléments du décor. Ou plutôt, ce sont vos génies qui, selon leur élément de base (rouge pour le feu, jaune pour l’électricité, et bleu pour le vent… Plus un quatrième plus tard ^^), le feront. Mais notez qu’ils ne peuvent pas quitter les murs, et ne peuvent que longer ceux sur lesquels vous les avez créés, ainsi que sur les surfaces communicantes. Une fois que vous avez trouvé toutes les guirlandes d’ampoules de chaque zone, le tas informe de ténèbres qui pollue le quartier s’efface, débloquant votre progression. Il ne vous reste plus qu’à réaliser un chef-d’oeuvre pour conclure le niveau, et passer au suivant..

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Parfois, vous devrez aussi nettoyer la crasse qui recouvre les murs et effraie vos amis imaginaires. Vous devrez activer votre « super-peinture » (avec L2+R2, utilisation limitée) en remplissant la jauge dédiée. Pour cela, rendez vos génies heureux en interagissant avec eux : créez les dessins qu’ils demandent, jouez avec eux ou caressez/chatouillez-les. Leur bonheur remplira alors votre jauge. En fin de jeu apparaîtront de nouvelles mécaniques de gameplay, mais je vous laisse la surprise.

La collectionnite sera aussi de la partie, avec des croquis, tracés sur les murs de la ville, à débloquer. Ou les pages du calepin, éparpillées dans la ville, à retrouver. Les pages jaunes permettront à Ash de créer les divers génies qui peuplent son monde imaginaire. Les vertes vous offriront de nombreux éléments de personnalisation, cornes, queues, etc.

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Car si les développeurs n’ont pas caché, dans les interviews, leur fascination pour LittleBig Planet, le coté créatif du jeu justifie et confirme cette inspiration. Avec les nombreux éléments mis à votre disposition, vous pouvez créer des génie à votre image, selon vos envies, avec des centaines de possibilités. De ce fait, votre partie ne sera pas la même que celle du voisin. Et tous les dessins acquis (éléments de décor comme génies) vous permettront de créer vos propres tableaux, selon votre inspiration.

Enfin, pour terminer sur la jouabilité, on notera que tracer ses dessins à l’aide de la détection de mouvements de la Dualshock4 peut surprendre au premier abord. Mais au bout de quelques minutes de jeu, la jouabilité devient instinctive. Les commandes sont très accessibles, et simple à assimiler. Les phases d’exploration se jouent de manière très classique, et les phases de dessins vous demanderont simplement de naviguer dans votre catalogue. En fin de jeu, de nouvelles commandes apparaîtront, mais comme écrit plus haut, je vous laisse le plaisir de la découverte 😉

Le plus gros défaut du jeu : sa durée de vie

Tout est dit avec cet intertitre ! S’il est un point sur lequel pêche Concrete Genie, c’est bien sa faible durée de vie. Puisque l’aventure principale se plie autour de 7-8 grosses heures, en traînant un peu ! Ici, le voyage est tellement touchant que l’on ne peut cacher une certaine déception lorsqu’apparaît le générique de fin !

Bien entendu, le titre joue aussi la carte de la rejouabilité. Notamment avec quelques défis en VR (vous ne pouvez pas faire le jeu intégralement en réalité virtuelle). Dans ce mode (qui se joue avec le casque, mais aussi les deux PS-Move), vous devrez remplir des niveaux en répondant aux demandes de Splotch, le mini-génie qui orne votre sac à dos. Sympa, mais pas mémorable… Et bien entendu, vous n’aurez probablement pas tous les collectibles à 100% à la fin de votre premier run, alors, il faudra revenir à Denska. De même, un mode « dessin libre » vous permet de laisser parler votre esprit créatif, à la cool, sans pression.

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Mais ça, c’est de la théorie. Car dans les faits, j’ai terminé le jeu en environ 7 heures, avec quasiment tous ses trophées du premier coup (une cinquantaine). Maintenant que le titre me laisse une liberté totale dans mes mouvements, je pense qu’il va me falloir deux heures de plus pour aller chercher le trophée de platine et les cinq autres manquant. La faute aussi à des énigmes qui ne vous opposeront pas une franche résistance. Un minimum d’observation, et le tour est joué. Si vous voulez un minimum de challenge, attaquez directement en difficile, et oubliez les modes facile et normal (difficulté paramétrable à chaque instant depuis les options).

Le second reproche que je pourrais formuler vis à vis du jeu est son aspect trop dirigiste à mon goût ! Un jeu qui place le dessin au coeur de son expérience se devait de nous laisser véritablement créer, inventer. Ici, vous ne composerez vos Génies qu’à partir d’une banque d’éléments, certes copieuse, mais imposée. De même, vous composez vos fresques murales en suivant les demandes de vos génies… Cela constitue, de ce fait, de l’assemblage plus que de la création pure. Ici, vous ne serez hélas pas un créateur, comme nous l’aurions aimé. Mais ne perdons pas de vue que le budget de Concrete Genie n’est pas celui d’un Triple A, et qu’il joue dans la catégorie « Indé » ! Alors, la prochaine fois peut-être…

Au final

En conclusion, Concrete Genie est l’excellente surprise du mois ! Je vais même oser écrire que c’est mon (gros) coup de coeur du moment ! Le principal défaut du jeu sera sa faible durée de vie, puisqu’il suffit de quelques heures pour en voir le bout. Mais une fois l’aventure terminée, on y revient avec grand plaisir, ne serait-ce que pour profiter des options en VR, du dessin libre… Ou tout simplement pour viser le 100% d’accomplissement !

Malgré sa courte durée de vie, Concrete Genie est sans doute l’une des expériences marquantes de cette année 2019 ! Il démontre une nouvelle fois que, pour un studio, il ne suffit pas de disposer d’un budget de plusieurs millions pour nous toucher, pour nous émouvoir ! À partir d’une simple bonne idée, avec beaucoup de passion, un studio peut nous toucher au coeur. Ce que fait avec brio ce Concrete Genie !

Vous l’aurez compris : si vous êtes de ces joueurs qui recherchent des expériences originales, qui sortent des sentiers battus tout en vous émouvant, ce titre est à faire absolument ! À sa manière, ce Génie réalise quelques rêves d’enfant que nous aurions presque oubliés…


Concrete Genie

Testé sur une version fournie par l’éditeur.

On a aimé :

  • L’ambiance
  • La direction artistique magnifique
  • Un scénario naïf qui aborde des thèmes forts
  • Un concept original
  • Un bon doublage VF
  • Aussi de la VR
  • La bande-son qui colle bien
  • Un jeu émouvant, touchant
  • Un petit prix

On aime moins :

  • Trop court
  • Des énigmes sans grosse difficulté
  • On aurait voulu plus de background autour des personnages
  • On aurait aimé que le jeu sollicite davantage notre créativité
  • Les missions VR pas super intéressantes
Oui, Concrete Genie est court, et non, ce n'est pas un Triple A... Pourtant, à partir d'une bonne idée et de beaucoup d'imagination, Pixelopus nous livre ici l'un des titres les plus attachants et les plus touchants de cette année 2019 ! Bien sûr, il a bien quelques lacunes, mais à 30 balles, le rapport qualité-prix est très largement à votre avantage ! Un titre injustement passé inaperçu, que l'on vous recommande chaudement !
80%
Un gros OUI !!

Oui, Concrete Genie est court, et non, ce n'est pas un Triple A... Pourtant, à partir d'une bonne idée et de beaucoup d'imagination, Pixelopus nous livre ici l'un des titres les plus attachants et les plus touchants de cette année 2019 ! Bien sûr, il a bien quelques lacunes, mais à 30 balles, le rapport qualité-prix est très largement à votre avantage ! Un titre injustement passé inaperçu, que l'on vous recommande chaudement !

  • Réalisation/Direction artistique
  • Jouabilité
  • Scénario
  • Ambiance sonore
  • Durée de vie

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