Le fils spirituel de Project CARS ?

Il y a dix ans, en 2015, sort un petit jeu de courses indé qui va vite devenir une référence : Project CARS. Derrière ce projet, on retrouve un petit studio anglais, Slightly Mad. Qui parvient à réunir une solide communauté pour financer son jeu via une campagne participative (plus de 3,7 millions de dollars de dons). Une fois le budget réuni et le développement lancé, Bandai Namco accepte d’éditer le jeu. Et là… C’est un carton, au delà des espérances, avec plus de 2 millions de ventes ! Sans surprise, donc, un Project CARS 2 sort deux ans plus tard… Suivi d’un Project CARS 3 en 2020. Entre temps, Slightly Mad Studios est racheté par Codemasters, le spécialiste du sport auto (les jeux F1, DiRT…).

Mais au fil des sorties, la série décline. Et Project CARS 3, plus commercial, est loin de l’esprit originel. D’ailleurs, on nous promet une usure des pneus et du carburant, ainsi que des passages aux stands, qui ne seront pas dans la version finale d’un jeu relativement bugué à sa sortie. Bref… Cette jeune franchise a perdu de sa superbe. Et ses développeurs, dont Ian Bell, créateur des deux premiers opus, ont quitté le navire avant la sortie du troisième épisode… Et la mort de la franchise ! Pourquoi vous parler de Project CARS ? Parce qu’il se trouve que Ian Bell, et d’autres développeurs de Slightly Mad, se retrouvent aujourd’hui, en 2025, sur un nouveau jeu de simracing. Un certain Project Motor Racing (on va dire PMR) !!

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Et cette fois, c’est un autre éditeur, inattendu, qui les accompagne : Giants Software ! Que l’on connaît principalement pour ses Farming Simulator ? Un rapprochement pas si déconnant, quand on y pense ! D’une part, Giants Software est aujourd’hui une entreprise qui bénéficie d’un énorme carnet d’adresses en matière de constructeurs (de matériel agricole, mais pas que)… Et surtout d’une solide communauté ! De joueurs, évidemment, qui pourront soutenir ce nouveau projet… Mais aussi de moddeurs. Pour ne pas dire que le mod cross-plateform est devenu une spécialité de la communauté Farming Simulator.

En d’autres termes, et pour résumer : un rapprochement avec Giants Software laisse deviner que le jeu risque de vivre une (très) longue vie après son lancement. Avec un contenu régulier. Bien sûr, ceci n’est que spéculation, mais je suis prêt à parier un billet là dessus ! Mais il est temps de démarrer ce test et, d’entrée, on retrouve une « signature » des développeurs de feu Project CARS : une musique d’intro symphonique, avec des chœurs, qui va crescendo… Les développeurs annoncent la couleur : on n’osera pas parler de suite spirituelle pour le moment, mais… On ne peut se sortir cette idée de la tête !

Nouvelle référence du Simracing ?

Les présentations étant faites, il est temps d’entrer dans le dur ! Et je pense qu’il est bon de recadrer certaines choses. Tout d’abord, si vous recherchez un jeu de conduite accessible, grand public, comme Gran Turismo ou Forza, passez votre chemin ! Si vous voulez comparer Project Motor Racing avec un autre titre du genre, il faudra plutôt aller chercher du côté de Assetto Corsa, Rennsport voire rFactor 2, Automobilista ou iRacing. On nous a vendu des paramètres entièrement personnalisables pour plus d’accessibilité… Mais même avec toutes les aides possibles activées, PMR nécessite un minimum d’investissement personnel pour pouvoir se savourer. Par exemple, vous pourrez imprimer la trajectoire idéale sur la piste, ou choisir les rapports de vitesses automatiques, mais vous devrez toujours passer la première (ou revenir en marche arrière) manuellement, gérer l’usure des pneus….

S’il est un aspect que tout fan de grosses cylindrées appréciera, c’est le roster du jeu. Pour la faire courte, PMR promet 30 classes, 70 voitures, 18 lieux et 28 tracés. On a déjà vu plus, mais ici, Straight4 va à l’essentiel, avec un plateau suffisamment éclectique. Parmi les classes présentes : LMDh, GT3, GT4, IMSA GTO (avec notamment la Chevrolet Camaro Z28, l’Audi 90 quattro et la Mazda RX-7), 964 Trophy, LMP, Group C, Sports Car ’70, N-GT, et GT1. Côté voitures, on retrouve des bolides tels que la Toyota GR010 Hybrid, l’Acura ARX-06, ou encore la mythique Mercedes-Benz Sauber C9 de 1989… Soit un roster solide, avec des modèles et des catégories que l’on ne trouve pas dans d’autres jeux du genre. Les puristes sauront apprécier.

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Du côté des circuits, on retrouve des tracés bien connus des amateurs de gomme brûlée. Tels que Spa-Francorchamps, Spielberg (Red Bull Ring), Interlagos, Daytona International Speedway (tracé routier), l’Autodromo Enzo e Dino Ferrari (Emilie Romagne à Imola), ou encore l’impressionnant Nürburgring. Avec parfois quelques absents, comme le circuit de la Sarthe (24 Heures du Mans). Et parfois des noms qui ont été remplacés (pour une question de droits ?). Par exemple, bien qu’on le reconnaisse à la forme de son tracé, le mythique Silverstone devient Northampton. Le « Temple de la Vitesse » Monza devient ici Brianza… Je ne sais pas comment vont le prendre les Tifosi.

Mais il est temps de se plonger dans les menus, et de voir ce que le jeu nous réserve. Avec un menu assez classique, mais clair : la simplicité fait parfois l’efficacité. On y trouve le Multijoueur, le mode Solo qui nous propose soit une Carrière, soit de jouer simplement un Week-end (essais, qualifs et course). On trouvera aussi des Défis. Pour le reste, une ligne est dédiée aux DLC, une autre au profil de joueur, et enfin la dernière vous permet de voir les crédits… Notez enfin que vous devez obligatoirement avoir une connexion à internet pour avoir accès au Multijoueur et aux Défis. Faute de quoi seul le mode solo sera disponible.

Du « racing », mais surtout beaucoup de « Sim »

Manette ou volant en main, et comme je l’ai écrit plus haut, PMR est un jeu réaliste, qui pourra rebuter les débutants par sa conduite exigeante. Pour ceux qui aiment la difficulté et la précision, la sensation de conduite peut taper juste : la gestion des pneus (usure), le comportement des GT3 ou voitures historiques, les changements d’équilibre selon la météo ou l’usure, le graining, les marbles sur la piste… Tout cela peut donner un vrai goût de course auto réaliste. D’autant que chaque voiture a un comportement différent, une conduite qui lui est propre. L’immersion est donc très réussie, avec une utilisation pertinente des retours haptiques (si vous jouez à la manette). Et des sons moteurs que les fans purs et durs trouveront quasi-orgasmiques pour certains.

Le mode carrière apporte de la profondeur ! Car ici, contrairement à beaucoup de jeux de course, on ne vous demande pas simplement d’enchaîner des épreuves ! On est chez Giants, donc c’est bel et bien le côté « simulateur » qui prend le dessus. Ici, vous allez donc bénéficier d’un budget, que vous allez devoir gérer tout au long de votre carrière. Libre à vous de fixer son montant en début de partie, mais ensuite, vous devrez assurer ! Car le budget ne sert pas qu’à acheter des véhicules. Il vous permet aussi de vous inscrire aux différents championnats. Et réalisme oblige, si vous êtes par exemple enregistré comme pilote européen, ça vous coûtera plus cher d’aller courir en Amérique du Nord ou en Asie. Pensez aussi à garder un peu de liquidités afin de payer les réparations. Quand je vous dis que PMR est une vraie simu…

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Autre aspect à gérer, mais qui peut cette fois vous être d’un grand secours : les sponsors ! Ils peuvent vous assurer des revenus réguliers, qui vous permettront de progresser dans les classements. Plusieurs types de contrats vous sont proposés (huit au total) et vous devrez choisir celui qui vous correspond le mieux : celui qui paye une somme fixe quel que soit le résultat, ou celui qui offre des primes si vous gagnez ou êtes sur le podium, etc. Mais attention : dans PMR, les sponsors ne sont pas que de simples prête-noms ! Les sponsors « à résultat » peuvent ainsi décider de faire fondre (ou suspendre) leur apport financier si, par exemple, vous avez une fâcheuse tendance à plier votre voiture, ou à abandonner. Cet aspect est aussi intéressant que vital, mais on aurait aimé une couche supplémentaire dans la gestion : gérer l’équipe, personnaliser ses livrées… Ici, la gestion est sommaire, basique.

Le contenu est complet, mais parfois sous-exploré, avec un manque de finition dans la progression. Je pense notamment au mode Carrière, central dans le jeu, mais aussi désordonné, et finalement répétitif sur le long terme. Et offrant finalement peu de personnalisation d’équipe ou de l’écurie. De même, hormis en pilotant des bolides qui étaient inaccessibles au départ, on sent peu la “montée en puissance” sur la durée. Pour un jeu vendu comme une simulation ambitieuse, le manque de profondeur structurelle se fait sentir sur ce point. Mais on sait aussi que PMR est un titre qui est appelé à évoluer, à se compléter sur la durée. On a donc hâte de voir le jeu d’ici quelques mois… Et pas seulement pour l’arrivée des mods.

Drapeau jaune, et sortie du Safety Car

Tout d’abord, et comme on a pu le voir, le jeu est très technique. Alors, on n’aurait pas craché sur un mode tutoriel. Hormis quelques explications succinctes à l’écran, vous allez devoir apprendre à vous débrouiller comme un grand. À tâter, pour découvrir par vous même. C’est en forgeant que l’on devient forgeron, comme dirait le proverbe. Mais alors, justement : pour apprendre, rien de tel que de « forger » avec un mode libre. Qui n’existe pas non plus. Vous allez devoir vous faire la main en mode week-end, grâce aux séances d’essais, ou aux courses. Et c’est peut-être là l’un des plus gros points noirs du jeu. Project Motor Racing n’est pas un centre de formation ! Il est complexe, mais il part du principe que vous êtes déjà un pilote bien rôdé. Et encore une fois malgré des aides présentes, mais qui ne rendent pas le jeu plus facile pour autant.

Puisque l’on parle de complexité, jetons un œil aux réglages proposés pour vos bolides. Et là encore, on a du choix. Moteur, suspensions, pneus… On peut personnaliser un nombre incalculable de paramètres. Suffisamment en tout cas pour calibrer idéalement votre voiture en fonction de votre pilotage, de la nature du terrain, de la météo… Les pros du volant virtuel vont apprécier… Les autres un peu moins. Car encore une fois, hormis un onglet contextuel, le jeu se montre avare en explications… Alors, si pour un fan de sim-racing, les réglages seront souvent la clé de la victoire… On déconseille à un néophyte de toucher à quoi que ce soit sans savoir où il met les pieds. Sous peine d’encastrer sa calandre dans un mur, au bout du premier virage.

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Parmi les points à revoir de toute urgence, il est plus que nécessaire d’améliorer l’IA. Ici, elle est nulle, et nous ramène plusieurs années en arrière. À une époque où vos adversaires roulaient sur des rails invisibles, sans jamais dévier de leur trajectoire préprogrammée. Et bien voilà ! Vous venez de comprendre. Dans PMR, l’IA suit sa trajectoire idéale, quoi qu’il arrive. Elle n’en dévie même pas lorsqu’un obstacle (vous) se trouve sur sa route. Donc, et bien… Voilà, quoi ! Sans parler des dépassements chaotiques et des accrochages injustes qui donnent l’impression que le jeu entier joue contre vous… Il y a dix ans, pourquoi pas… Mais en 2025, bientôt 2026, quand on voit les prouesses réalisées par A.N.N.A. de Milestone (sur MotoGP notamment), ou par Sophy sur Gran Turismo 7 (avec une IA qui réagit face à la pression)… On est en droit de s’attendre à mieux ! Encore plus dans un jeu qui, jusqu’à présent, n’arrête pas de nous agiter l’étendard du réalisme sous le nez.

Enfin, si j’en ai vanté les mérites jusqu’à présent, la conduite peut aussi décevoir. Notamment à cause de l’inégalité entre les voitures. Comme je l’ai dit, elles proposent toutes une conduite différente. Mais justement… Si certains bolides passent crème, d’autres sont de vraies plaies à conduire, tant elles sont mal calibrées ou instables. À cause notamment de comportements aussi imprévisibles que frustrants (sous-virages, oversteer ou survirage brutal, freinages imprécis…). Et puis, du côté de la réalisation, on a aussi quelques inégalités : si les voitures sont magnifiques en vue extérieure, la vue cockpit manque de relief. De même, l’ambiance et l’éclairage sur le circuit peuvent parfois être un peu ternes. Pareillement, la pluie n’offre pas les effets les plus réussis dans un jeu de courses.

Au final

Voir arriver un nouvel acteur sur la scène du simracing est toujours un événement. Globalement, on peut dire que PMR est un jeu à classer parmi les jeux de courses qui offrent de très bonnes, parfois même d’excellentes sensations de pilotage. Avec un côté immersif profond, et un contenu qui a de quoi combler les passionnés de sport automobile. Néanmoins, attention : pour sa conduite réaliste, ses réglages pointus, et le comportement des véhicules, le jeu se destine aux connaisseurs. Ici, le néophyte sera vite frustré, se sentira largué, d’autant que PMR n’est pas vraiment du genre à vous prendre par la main.

Project Motor Racing a du potentiel, pour les joueurs qui aiment la conduite exigeante, la gestion un peu technique, les voitures variées et le côté “simu brute”. Il faudra accepter les défauts : des sensations inégales selon les voitures, une IA frustrante, une technique exigeante et une finition un peu bâclée. Pour les simracers exigeants, ce n’est pas encore l’alternative parfaite, mais si les développeurs corrigent le tir via des mises à jour, PMR pourrait devenir un bon compromis entre simulation et accessibilité. Ce premier jet est concluant, et on a hâte de voir la suite…


Project Motor Racing

  • Pas mal de catégories et de circuits (parfois iconiques), beaucoup de voitures
  • Les sons moteurs
  • La modélisation des voitures
  • Les dégâts qui ont une vraie incidence sur la conduite
  • Le format week-end très complet
  • Le mode Carrière qui prend tout en compte, même la gestion de votre budget et vos sponsors
  • Une conduite exigeante, mais aussi gratifiante
  • Globalement, le sentiment d’immersion dans le monde de la course
  • Des tableaux de réglages très complets
  • À la manette, retours haptiques réussis
  • Il manque des tracés cultes, et certains sont dans le jeu sous un faux nom
  • L’IA est nulle, trop sur ses rails
  • Il manque un tutoriel, et un mode libre
  • Tiens, il manque aussi un multijoueur en local
  • La pluie : on a vu mieux
  • Inégalités entre les différents comportements de voitures
  • Le mode carrière qui devient répétitif sur la durée
  • On aurait aimé une gestion d’équipe plus approfondie
  • La vue cockpit un peu tristoune