Une licence fondatrice

Ah, Double Dragon… Le cri primal du beat’em all, le coup de poing qui a ouvert la voie à Streets of Rage, Final Fight, et toute une génération de bagarreurs pixelisés ! Une licence culte, née dans les salles d’arcade des années 80, quand il suffisait d’un stick et de deux boutons pour régler un désaccord à coups de tatanes bien senties. Tout commence en 1987, quand Technōs Japan sort Double Dragon sur borne d’arcade. À l’époque, le studio n’en est pas à son coup d’essai : il avait déjà signé Renegade, considéré comme l’un des premiers beat’em all modernes.

Mais Double Dragon va aller plus loin ! Il introduit le coop à deux joueurs, ce petit miracle qui permettait de tabasser des gangs en duo (et de finir par se battre entre potes pour une fille, évidemment). Il impose une narration simple mais efficace : votre copine (Marian) est kidnappée par des voyous, et vous partez la sauver. Le scénario tiendrait sur un ticket de métro. Mais l’énergie, le style et les musiques électroniques d’époque en ont fait une claque absolue. Les héros, Billy et Jimmy Lee, sont des experts en arts martiaux, qui vont inspirer toute une génération de duos musclés du pixel. L’influence est telle qu’on les retrouvera dans des crossovers, mangas, films… Et même un dessin animé (dans les années 90, évidemment, avec des voix criardes et des bandanas fluo).

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Après le succès du premier jeu, Technōs enchaîne ! Double Dragon II: The Revenge (1988), plus fluide, plus nerveux, avec des coups spéciaux et un scénario un peu plus sombre (Marian meurt, cette fois). Double Dragon III: The Rosetta Stone (1990), plus ambitieux, mais jugé trop difficile et trop axé sur les micro-transactions en arcade. Super Double Dragon (1992, SNES), plus lent mais superbe, avec une vraie maîtrise du timing et un gameplay plus technique. Puis, le chaos : Technōs fait faillite en 1996, et la licence passe de main en main (notamment Arc System Works, qui la détient aujourd’hui).

Malgré les hauts et les bas, la saga n’a jamais vraiment disparue. Double Dragon Neon (2012) a tenté un retour 80’s assumé, entre hommage et parodie. Tandis que Double Dragon IV (2017) revenait à un look 8-bit rétro fidèle à l’original. Enfin, en 2023, Double Dragon Gaiden : Rise of the Dragons a surpris tout le monde avec sa patte néo-rétro, son pixel-art éclatant et son gameplay moderne, mélangeant bagarre et roguelite. Sans Double Dragon, pas de Final Fight, pas de Streets of Rage, pas de Teenage Mutant Ninja Turtles: Shredder’s Revenge. Il a défini le canevas du beat’em all moderne : Une histoire minimale mais motivante ; Des héros charismatiques ; Une progression fluide dans des décors urbains ; Et un sens du rythme impeccable.

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Il a aussi marqué les esprits par son mélange entre culture urbaine et arts martiaux, un cocktail qui résume parfaitement l’imaginaire 80’s : blousons en cuir, coups de genou dans la tête, et synthé électrisant en fond. Même si la licence a connu des périodes d’hibernation, Double Dragon reste un patriarche respecté du genre. Son ADN est partout : dans River City Girls (d’ailleurs développé par WayForward, héritier spirituel de Technōs), dans Scott Pilgrim vs. The World: The Game, ou même dans la vague récente de beat’em all rétro qui fleurissent sur nos consoles.

Surprise durant le mois de juillet 2024 ! Arc System Works annonçait un certain Double Dragon Revive. On apprendra quelques mois plus tard sa date de sortie : le 23 octobre 2025. L’éditeur du jeu est donc Arc System Works, qui a acquis les droits de la licence après la faillite de Technōs. Et le développement est assuré par Yuke’s Co., Ltd. Et Microids se charge de distribuer une version physique dans l’Hexagone, donc.

Deux versions physiques chez Microids
Avec l’éditeur français, on commence à avoir l’habitude ! Il nous propose une version physique qui comblera les fans. Ou plus exactement deux versions. L’édition Limitée avec le jeu, trois cartes des personnages et des tenues additionnelles ; Et une édition Deluxe avec le contenu de l’édition limitée, plus un steelbook, un artbook, un poster et l’OST digitale. Généralement, la Limited est affichée à 39,99€, et 54,99€ pour la Deluxe (prix indicatifs). La version standard est disponible en achat numérique seulement (34,99€). Le choix est vite fait.

Renaissance d’un monstre sacré

Double Dragon Revive reprend le style belt-scroll action (défilement horizontal comme dans Final Fight ou Streets of Rage) typique des origines de la licence. Cependant, il adopte une approche modernisée, remise au goût de 2025. Avec des graphismes 3D, des contrôles affinés, de nouveaux éléments de gameplay… Si le jeu respecte l’ADN de la licence (on bastonne dans les rues, en coopératif aux commandes de Billy et Jimmy Lee)… Il sait aussi s’adapter aux standards modernes : on utilise davantage d’armes, on peut interagir avec le décor, etc. On peut donc en effet parler de « renaissance » plus que de remake ! Avec une grosse touche de nostalgie, et un sourire lorsque l’on reconnaît un thème musical bien connu…

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Donc, pas grand chose à dire sur cet aspect : ça fonctionne, et plutôt bien ! Un joueur de la première heure retrouve très vite ses marques. On avance, une salve de voyous arrive, on tabasse… Les commandes sont simples à prendre en main, pour ne pas dire instinctives. Étant dans un beat’em all, on sait d’entrée que l’on va pouvoir frapper avec les poings, les pieds, faires des projections, utiliser des armes et envoyer des coups spéciaux. En prime ici, on peut s’accrocher à des éléments du décor, provoquer des réactions en chaîne en faisant exploser des barils, envoyer des adversaires valdinguer à travers un pare-brise… Bref, attaques environnementales, systèmes de défense, combos… C’est beaucoup plus tactique que dans les années 80-90 !

Pourtant, il y a des choses à redire du côté de la jouabilité. Avec par exemple un manque de précision sur les sauts, dû à la 2,5D qui peut parfois fausser votre perception de la perspective. Et là, je pense à un niveau en particulier, où l’on s’arrache les cheveux à force de se planter bêtement. On loupe aussi parfois des frappes, pour les mêmes raisons. Le jeu reprend toutes les qualités du genre, mais aussi ses défauts. À commencer par la répétitivité. Même si la palette d’action est plus fournie qu’il y a trente ans, on ne peut s’empêcher de penser que l’on fait toujours la même chose au bout de trois niveaux. Ce n’est pas un problème lié au jeu lui-même, mais au beat’em all de manière plus globale. Tout comme le scénario qui tient sur un post-it, ou la linéarité. Des aspects aujourd’hui critiqués, mais qui font partie du pack « beat’em all des années 90 » !

Une technique qui date, maiiiis en même temps…

Le scénario n’est pas d’une grande complexité, mais il fait le job en contextualisant un jeu qui ne va pas demander beaucoup de réflexion. Voici ce qu’écrit l’éditeur :

« Quinze années se sont écoulées depuis la fin de la guerre nucléaire. Les survivants ont établi des colonies dans différentes régions du monde dévasté pour y reconstruire leur vie. Cependant, au fil de ces quinze années, la notion de nations a disparu, laissant place à des individus puissants qui gouvernent les colonies, contrôlent la politique et dictent les lois. Cette colonie située sur la côte est l’une de ces cités, dirigée par un groupe de ces puissants : un gang nommé les Shadow Warriors. Depuis leur ascension au pouvoir, les inégalités entre riches et pauvres se sont creusées. Les habitants des quartiers pauvres peinent à survivre, et des rumeurs persistantes parlent de disparitions mystérieuses. Les frères Lee, maîtres du Sosetsuken, vivent dans un coin de la ville avec leur amie d’enfance Marian. Le cadet honnête, Billy, et l’aîné au caractère libre, Jimmy. Lorsque le dojo de Sosetsuken qu’ils ont hérité se retrouve sur le chemin des sombres projets de la ville, l’histoire commence… »

Pitch du jeu

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En revanche, là où l’on attendait un effort, c’est sur la direction artistique, qui manque parfois de personnalité. C’est plutôt joli malgré quelques textures qui datent, ça fonctionne mais… Hormis par le fait d’incarner Billy et Jimmy, on ne sent pas toujours l’identité Double Dragon. Un entrepôt, un pont, des rues… Les cadres sont bien choisis et collent à l’ambiance urbaine du genre… Mais justement, on pourrait être dans un Streets of Rage, un Final Fight, un Rival Turf… Heureusement, quelques clins d’œil viennent parfois nous rappeler que nous sommes bien chez les frères Lee. Et on apprécie aussi les screens fixes qui viennent assurer une mise en scène sommaire, mais suffisante. Mais ces marques identitaires sont bien trop timides.

Enfin, on peut aussi trouver la difficulté parfois mal dosée. Certains boss peuvent être frustrants dans les modes les plus relevés. Mais même en facile, on constate quelques pics de difficulté, sans doute involontaires. La faute notamment à un surnombre d’ennemis à l’écran : on s’en prend plein la figure en espérant que ça se termine, mais une autre salve arrive, pour le plus grand malheur de votre barre de vie. Autre source de difficulté : les sauts imprécis évoqués plus haut. Certains passages sont très punitifs, puisqu’à chaque plongeon dans le vide, vous réapparaissez avec de la vie en moins. Donc au bout d’un moment, vous perdez fatalement une vie… À cause de cette p… de plateforme !!

Au final

Aujourd’hui quand j’y repense, j’ai toujours été client du genre beat’em all. Sur NES, je me suis éclaté sur Double Dragon II, ou sur l’un de mes jeux préférés sur cette console : Street Gangs (ou River City Ransom aux USA, ou Downtown Nekketsu Monogatari au Japon). Sur Super-Nintendo, j’ai poncé Super Double Dragon, Final Fight 1 et 2, Sonic Blastman, TMNT IV… Et je vous épargne le temps passé sur les trois Streets of Rage, sur Megadrive ! Bref, le belt-scroll action a longtemps été l’un de mes genres de prédilection, avant de s’effacer du paysage vidéoludique. Quoique ces dernières années nous ont donné aussi d’excellents TMNT Shredder’s Revenge ou Street of Rage 4 ! Alors pour un revival d’un mythe tel que Double Dragon, c’est OUI direct !

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Sur le fond, Double Dragon Revive est un jeu fidèle à l’esprit du beat ’em up « à l’ancienne » ! On retrouve la progression latérale, les frères Lee (Billy & Jimmy) et une bonne dose de vintage pour tout fan qui se respecte. Il revendique ouvertement son héritage et cible les amoureux de beat’em all rétros. Double Dragon Revive, c’est le compromis entre nostalgie et modernité. Mais sur la forme, il ne révolutionne pas le genre. Et pourrait laisser sur leur faim les joueurs en quête d’innovation visuelle ou de profondeur extrême.

Plus qu’une renaissance d’une licence, c’est assurément une renaissance d’un genre ! Si vous adorez la série ou si vous aimez les jeux de baston simples et efficaces, c’est un jeu à faire, voire à posséder. Si vous cherchez un chef-d’œuvre moderne « tout terrain », il faudra accepter quelques concessions. Mais si vous aimez ce genre, ou si vous êtes un fan de la première heure des frères Lee, Double Dragon Revive est un retour solide. On a l’impression de revenir à une période lointaine, dans notre chambre d’ado… Et pour tout vous dire, on a passé un sacré bon moment !! Et c’est bien là l’essentiel !!


Double Dragon Revive

  • Retrouver les frères Lee, icônes du jeu vidéo
  • La bande-son
  • Une ambiance et des sensations intactes
  • La construction du jeu, fidèle à celle des beat’em all des années 80-90
  • Quatre personnages jouables
  • 8 niveaux
  • Certains boss originaux
  • Jouable en coop, évidemment
  • Un p’tit effort sur la mise en scène
  • Les interactions avec l’environnement
  • L’imprécision punitive sur certains sauts
  • Visuellement, ça date
  • Des décors un peu ternes
  • C’est linéaire et répétitif, ça peut surprendre les non-initiés
  • Un scénario qui tient en une ligne
  • Quelques pics de difficulté