Un conte d’Halloween façon « Tim Burton »

Imaginez un monde soudainement privé de la lumière du Soleil. Plus de lumière, plus d’ombre, juste une obscurité permanente dans laquelle les vivants tâtonnent, et les morts… Sortent de terre pour se promener librement. Enfin, presque, puisque le Prêtre et ses fidèles leur font une chasse sans merci. C’est dans ce décor à la fois poétique et un brin lugubre que prend place Gloomy Eyes, une expérience vidéoludique qui ressemble autant à un film d’animation qu’à un jeu.

Sorti d’abord en film d’animation en 2019 (par Fernando Maldonado et Jorge Tereso… À voir sur le site d’Arte ici), et une trilogie en réalité virtuelle… Ce jeu vidéo est coproduit par Arte France, Atlas V et 3dar, développé par le studio belge Fishing Cactus, et édité par Untold Tales et Arte France. Gloomy Eyes est avant tout une fable interactive en 14 chapitres, pensée comme un conte moderne pour petits et grands. Le joueur y suit Gloomy, un petit zombie pas tout à fait comme les autres. Il a la peau verdâtre et le cœur tendre.

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Dans ce monde où les morts-vivants sont craints et chassés, Gloomy rencontre Nena. Une jeune fille au regard curieux et au courage plus grand que nature. Entre eux naît une amitié, voire quelque chose de plus fort… Et ensemble, ils vont tenter de réconcilier les vivants et les morts, tout en perçant le mystère de ce soleil qui a disparu.

Tout le monde, absolument tous ceux qui ont essayé le jeu, le compareront à des œuvres de Tim Burton, comme L’Étrange Noël de Mr Jack, Frankenwinnie ou Les Noces Funèbres. La musique de Gloomy Eyes faisant elle-même fortement penser aux compositions de Danny Elfman. Bref… Le timing est un peu étrange tant le jeu donne envie de se blottir sous la couette, au coin du feu, la pièces décorée avec des cucurbitacées, un fameux soir où l’on demande des bonbons ou un sort… Comme le dit si bien notre titre, Gloomy Eyes transpire l’ambiance d’Halloween !! Mais on n’a pas vraiment envie de patienter jusqu’au 31 octobre pour appuyer sur Start !!

Quand le jeu vidéo est une œuvre d’art

Visuellement, Gloomy Eyes est une petite merveille. Imaginez un diorama vivant et en 3D, que vous pouvez tourner, observer sous tous les angles. Où une touche permet de s’approcher, une autre de s’éloigner… Chaque scène est une petite maquette animée, remplie de détails. Des arbres tordus, des petites maisons qui semblent sculptées à la main, des zombies maladroits qui titubent avec une touche d’humour burtonien… On pense à L’Étrange Noël de Monsieur Jack ou à Coraline, mais en plus interactif.

Chacun des 14 niveaux est une saynète plus vraie que nature, avec des indications discrètes pour nous aider. L’éclairage se braque sur un endroit particulièrement important du tableau. La plupart du temps, c’est précisément là que vous devez agir. De même, un cercle discret autour des zombies nous fait comprendre que Nena ne doit entrer dans ce périmètre sous aucun prétexte. La conception des niveaux n’est pas pensée que d’un point de vue esthétique, et rien n’est placé là au hasard. Elle démontre une maîtrise évidente de la part des développeurs.

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L’ambiance sonore participe aussi beaucoup à la magie : la voix-off, malicieuse, nous guide dans l’histoire avec un ton à la fois mystérieux et complice. Là où le titre brille, c’est dans son ton : sombre mais jamais désespéré. Un peu effrayant mais toujours tendre, drôle parfois, poétique souvent. Les enfants peuvent se laisser captiver par la magie visuelle (le jeu est classifié PEGI 7) et la relation entre les deux héros. Tandis que les adultes y verront un récit sur la peur de l’autre, la différence et la tolérance.

Les puristes regretteront le casting XXL des productions précédentes : musique de Cyrille Marchesseau, doublage du narrateur par Colin Farrell en Anglais, Tahar Rahim en Français… Pourtant, le changement est ici très loin de nuire à l’œuvre originale. Il y a du Danny Elfman dans certaines musiques de Niko Wasterlain. La musique mêle des éléments symphoniques et électroniques, alternant morceaux doux, inquiétants, parfois dansants… Et Éric Nolan reprend avec brio les rôles du narrateur et du fossoyeur.

Un gameplay fichtrement bien pensé

Le gameplay, lui, est volontairement minimaliste. Gloomy Eyes n’est pas un jeu où l’on saute, où l’on tire ou où l’on court. C’est une expérience narrative : on regarde, on écoute, on s’immerge… On se pose et on réfléchit afin de résoudre les différentes énigmes. On peut interagir avec certains éléments de décor, déplacer la scène sous différents angles (une mécanique héritée des versions VR) pour mieux observer. Précisons toutefois que les puzzles ne sont pas très compliqués. Le jeu est classé PEGI 7 et ça se sent. Un adulte trouvera sans doute le jeu un poil facile. Mais un enfant ne restera pas bloqué pendant des heures, avec la frustration de devoir solliciter un adulte pour avancer.

La mécanique principale du jeu repose sur la collaboration entre Nena et Gloomy. Le petit zombie peut saisir des objets pour les lancer ou tirer des objets lourds, mais est vulnérable à la lumière. La fillette peut actionner des mécanismes et grimper aux échelles, mais peut se faire attraper par les zombies. Nos deux héros sont complémentaires, et chacun est la solution à la faiblesse de l’autre : Nena ne craint pas d’avancer dans la lumière, et les zombies n’attaquent pas Gloomy… En revanche, assez curieusement, le jeu ne propose pas de multijoueur en coop (c’est uniquement un jeu solo). Et ça, c’est bien dommage.

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Vous allez donc devoir switcher de l’un à l’autre à l’aide d’une touche. Le jeu ne vous dit pas quand, c’est à vous d’être observateur et malin. Et votre collaboration est bien souvent la clé pour avancer. Mais gare aux fanatiques du « Prêtre » : eux sont invulnérables, et aucun des deux enfants ne peut les battre… Il faut donc aussi parfois savoir se planquer et attendre que ça passe ! Pas toujours évident quand certains angles de caméra malheureux vous bloquent dans le décor. C’est rare, mais ça arrive. Je pense notamment à quelques passages que j’ai dû refaire à plusieurs reprises, mes personnages restant bloqués dans des buissons.

Évidemment, comme dans la plupart des jeux du genre, vous devrez aussi partir à la chasse aux collectibles pour compléter chacun des 14 niveaux à 100%. Et chaque niveau possède ses petits secrets, que la chasse aux trophées/achievements vous fera découvrir. Comptez environ 6 heures pour faire le tour du jeu et arriver à la fin. C’est court, mais c’est suffisant pour nous raconter une histoire sans tomber dans la redite, ou dans le remplissage. On aurait certes aimé une aventure plus longue, mais… Celle-ci est au final parfaitement calibrée. D’autant que la chasse aux secrets vous fera retourner dans chaque niveau… Avec cette impression de découvrir de nouvelles choses à chaque fois.

Au final

Si on met de coté les quelques bugs qui viennent parfois jouer le grain de sable dans le rouage, Gloomy Eyes est une superbe découverte. Une œuvre peut être macabre, sans pour autant être triste ou sombre. Elle peut aussi être poétique, touchante. Tim Burton nous avait prévenus. Gloomy Eyes nous le rappelle. Et derrière cette ambiance Halloweenesque, on aime le lien entre Gloomy et Nena, que l’on voit évoluer au fil de l’aventure !

Les enfants y verront un conte bien écrit et passionnant. Les adultes y verront, en plus, des messages, des réflexions sur l’acceptation, l’amitié, la solitude, la mort ou encore l’amour (navrée si vous comptiez trouver un Little Nightmares-like). Voir le nom d’Arte associé au jeu, on avait vu cela comme un gage de qualité. On était encore loin du compte. Gloomy Eyes est une pépite du jeu vidéo a essayer de toute urgence. Halloween approche et, pour une fois, on a comme une envie de rêver avec nos yeux d’enfant, plutôt que trembler.


Gloomy Eyes

  • Par : développé par Fishing Cactus, édité par Untold Tales et Arte France.
  • Sur : PS5, XBox Series, PC, Switch.
  • Genre : aventure et réflexion en coop
  • Classification : PEGI 7
  • Prix : 24,99€ (et même moins avec des propos en ce moment).
  • Conditions de test : testé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur
  • Un univers glauque, sombre, mais family friendly, poétique et tellement attachant
  • Le récit
  • L’ambiance sonore
  • Les mécaniques de gameplay intelligentes
  • Le level-design
  • Des puzzles intelligents et variés
  • Un duo qui se complète bien
  • Une durée de vie honnête : 6h et tout est dit
  • Un prix mini
  • Un jeu relativement court, des énigmes pas vraiment corsées
  • Quelques angles de caméra punitifs
  • On n’aurait pas craché sur un mode coop à deux en local
  • Dans certains niveaux, on multiplie parfois trop les allers-retours