Le spectre du studio Rareware

La première impression que j’ai eu, en lançant Nikoderiko : The Magical World, est celle de replonger en enfance, à l’époque de la première PlayStation et de la Nintendo 64 ! Mes aînés avaient connu Donkey Kong Country, sur Super Nintendo, qui avait d’ailleurs mis fin au règne de cette dernière. Moi, je découvrais la 3D sur PlayStation, avec une nouvelle licence : Crash Bandicoot sur PlayStation. Et là, tout s’enchaînait très vite ! Le passage à la 3D ouvrait des perspectives nouvelles aux jeux de plateforme. Spyro, Croc, Pandemonium, Rayman… Et des centaines d’autres ! En face, la N64 avait la suite des aventures de Donkey Kong, et les joueurs découvraient le cultissime Banjo & Kazooie.

Parmi tous ces jeux, j’ai surtout envie de me focaliser sur Donkey Kong Country et Banjo et Kazooie. Leur point commun ? Ils étaient développés par le talentueux studio anglais Rare (ou Rareware). Avec toutefois un électrochoc dans le monde du jeu vidéo à l’époque : en 2002, le studio britannique était racheté par Microsoft ! C’était la fin d’une époque, d’un âge d’or sur les consoles Nintendo (le dernier jeu sera Starfox Adventures sur GameCube). Ou presque, car on parle uniquement des consoles de salon ! Mais le studio n’arrête pas pour autant son activité, et continue à développer pour l’environnement XBox : Grabbed by the Ghoulies, Kameo : Elements of Power, Perfect Dark Zero…. Et toute une floppée de titres sur GameBoy Advance (quand on vous disait que Rare continuait avec Big N).

► Sur le même thème : TEST – Lego Horizon Adventures : une si grande aventure Lego ?

Retour en 2025 ! Nikoderiko: The Magical World est un jeu de plateforme développé par le studio indépendant chypriote VEA Games. Le jeu est édité par Knights Peak. S’il est sorti initialement le 15 octobre 2024 sur Nintendo Switch, PlayStation 5 et Xbox Series X/S, puis sur PC le 5 décembre 2024… Il est disponible depuis la mi-avril dans une Director’s Cut qui propose un huitième monde à explorer, un boss supplémentaire, le choix du niveau de difficulté, plus de trésors cachés… Donc la version ultime du jeu, que l’on vous conseille forcément. Mais si vous aviez craqué sur la version basique, pas de soucis ! Le contenu bonus de la Director’s Cut est disponible gratuitement, pour vous, sous forme d’une mise à jour !

Mais alors… Quel rapport avec Rare ? Et bien… Pas grand chose à vrai dire ! Si ce n’est la fidélité à l’esprit et à la direction artistique des jeux de plateforme des années 90 ou 2000, que les fans nomment parfois les Années Rare… Le jeu est respectueux de cette époque, s’en inspire très fortement, en reprenant tout ce que nous avons aimé dans Crash Bandicoot (qui n’est pas un jeu Rare) ou Donkey Kong Country. Ah si, un point commun, et non des moindres ! La musique de Nikoderiko est signée David Wise ! LE compositeur dont les partitions ont fortement contribué à l’ambiance et aux succès des jeux de Rareware ! Rien que pour ça, Nikoderiko a un p’tit côté « fils spirituel » ou « héritier caché » ! Allez zou ! Ça nous a donné envie, on plonge !

Indiana Mangouste et les Temples maudits

Dans la pure tradition des plateformers des années 90 ou 2000, le jeu est une invitation à l’aventure, dans un monde ultra-coloré ! Les joueurs incarnent Niko et Luna, deux mangoustes aventurières qui chassent des trésors à l’aide de leur navire volant. Alors qu’ils s’enfoncent dans la jungle pour trouver une relique ancienne, celle-ci est volée par le méchant Grimbald, chef de la Cobring Gems Company. Et oui, forcément ! Si nos héros sont des mangoustes, leurs ennemis seront des cobras 😉 Voilà qui plante le décor, avec un scénario très simpliste, mais qui fait le job ! Là encore, la présentation, le développement et le climax sont dignes des références du genre.

Manette en main, on est donc sur un jeu de plateforme qui mêle 2D/3D, dans un environnement très coloré. Le gameplay mêle des phases à défilement latéral (gauche vers la droite), et des phases en 3D à la Crash Bandicoot. Chacun des huit mondes se partage en plusieurs niveaux dans lesquels vous devrez trouver des trésors cachés, des pièces, et de nombreux secrets. Comme dans Donkey Kong Country, vous devrez aussi collecter les lettres N.I.K.O. Le gameplay est très académique, avec des mécaniques que vous avez forcément déjà vues ailleurs. Au moins, on n’est pas dépaysés !

► Sur le même thème : TEST – Patrick, l’Étoile de Mer : coquillages et cruches cassées

Toujours comme dans Donkey Kong Country, votre personnage pourra être aidé par des montures (une chauve-souris, un dinosaure…) offrant de nouveaux pouvoirs, pour forcer le passage. Pour rester dans la comparaison, notamment avec le dernier remake en date, un atelier vous permettra d’échanger des collectibles contre des coffres, qui vous aideront dans l’aventure. Du loot dont on cherche parfois le côté indispensable… Enfin, dans les différents mondes, vous devrez affronter des boss. Classique encore une fois…

On l’a déjà mentionné, mais le premier point fort du jeu, c’est son ambiance, et le fait qu’il joue aussi bien la carte de la nostalgie. On aime aussi sa direction artistique colorée et de style cartoon, avec ses personnages expressifs. Les niveaux sont assez variés, et l’alternance de 2D et de 3D brise l’ennuie et la répétitivité. Autre point positif : le jeu propose un mode coopératif local, vous permettant ainsi de jouer à deux sur une même TV, avec votre frère/sœur ou un(e) ami(e).

Mais le jeu a aussi des points faibles

Malgré toutes les qualités du jeu, on a aussi repéré quelques points noirs, qui viennent gâcher l’expérience. Le plus frustrant étant lié à la technique. Si on aime les efforts qui ont été faits sur cet aspect, on aime beaucoup moins les contrôles qui manquent parfois de précision. Le plus rageant étant lors des sauts un peu trop techniques, où vous devrez vous y reprendre à plusieurs fois tant vous risquez d’en louper à un pixel près. Ce qui soulève un autre soucis, notamment pour les enfants qui sont le cœur de cible du jeu : quelques pics de difficulté qui pourront vite décourager.

J’ai pu tester la version Switch, sur laquelle les temps de chargement deviennent insupportables sur la durée : trop présents et trop longs… Technique toujours avec des bugs assez classiques dans ce type de jeux (affichage, collision…), et aussi des ralentissements assez fréquents. Je ne sais pas ce que donnent les autres versions, mais le jeu n’est clairement pas optimisé sur Switch. Certains passages dans les grottes sont aussi assez galère, avec un éclairage et des angles de vue qui nuisent à la lisibilité… Et donc sont propices aux chutes ou aux pertes de cœurs de vie. De même, si on apprécie le mode coop, l’écran splitté nuit parfois à la lisibilité de l’action.

► Sur le même thème : TEST – Les Schtroumpfs: L’Épopée des Rêves : aventure au pays du dodo

On aurait aussi pu relever le côté minimaliste du jeu. On a parlé plus haut du scénario qui tient sur un post-it et qui, il faut le reconnaître, manque d’originalité (l’histoire est même assez générique pour un plateformer)… Mais il en est de même pour la réalisation. Le jeu tourne sous Unreal Engine 4, moteur graphique qui commence à dater. Et cela se ressent sur l’aspect visuel du jeu. C’est joli, coloré, fluide, avec de chouettes effets de lumière… Mais les textures sont parfois moches. Avec des éléments du décor qui ne sont que de gros blocs de polygones… Et même sur Switch, le jeu semble parfois visuellement daté. Ça saute encore plus aux yeux si vous jouez aussi à Donkey Kong Country Returns HD, remake d’un jeu Wii sorti en début d’année.

Pour revenir à l’écriture, et même si la mise en scène est assez chouette à regarder… On regrette au final que le jeu n’apporte pas davantage de profondeur à ses personnages. Niko est un héros sympathique, qui a tout pour plaire aux plus jeunes. Mais il lui manque ce petit truc qui pourrait en faire une icône du jeu vidéo. Au même titre qu’un Jak, un Crash Bandicoot, un Sackboy, un Banjo, ou même un Conquer. Mais on a envie de lui laisser sa chance. La notoriété pourrait arriver par exemple si le studio a la bonne idée de faire un Nikoderiko 2. Une idée pas si délirante que ça, et que l’on accueillerait vraiment avec plaisir.

Au final

Nikoderiko: The Magical World est une véritable déclaration d’amour aux jeux de plateforme de notre jeunesse ! Et l’on sent en permanence que les développeurs ont été, eux aussi, de vrais fans des classiques que sont Crash Bandicoot, Banjo & Kazooie ou surtout Donkey Kong Country, dont Nikoderiko s’inspire quand même énormément. Pour le joueur, l’expérience est vraiment plaisante.

Et ceci malgré quelques défauts techniques et une difficulté parfois mal dosée. Pour la technique, cela s’explique sans doute par l’utilisation d’un Unreal Engine 4 qui commence à devenir vieillissant. Pour la difficulté, tout est relatif : lorsque je parle plus haut de pics de difficulté, rien n’est insurmontable pour un adulte qui trouvera même le jeu un peu court… Mais ne perdons pas de vue que le titre de VEA Games vise un public assez jeune. Qui ne jouera pas pendant des heures chaque jour, et qui pourra se décourager face à des passages trop retors…

► Sur le même thème : TEST – Donkey Kong Country Returns HD : c’est bon mais ça manque de nouveauté

Quoiqu’il en soit, Nikoderiko : The Magical World est un jeu qui fait mouche si vous êtes fan de jeux de plateformes, ou nostalgique de l’âge d’or des plateformers sur consoles 16 ou 32 bits (voire sur PS2 ou GameCube). D’autant qu’il est maintenant livré dans une director’s cut qui ajoute suffisamment de bonus pour convaincre les derniers réticents. En résumé, c’est moins bon techniquement qu’un jeu estampillé Nintendo, mais on vous le conseille fortement si vous aimez le genre, ou si vous avez terminé Donkey Kong Country Returns HD, mais que vous voulez rester dans l’ambiance !


Nikoderiko : The Magical World – Director’s Cut

  • L’ambiance des plateformers des années 90/2000
  • La musique de David Wise
  • La mise en scène très cartoon, l’univers coloré
  • Une durée de vie correcte avec ses huit mondes à explorer
  • Les combats de boss
  • Des mécaniques simples à prendre en main, puisqu’on les connaît déjà
  • Un mode coopératif local
  • Une director’s cut qui ajoute pas mal de contenu (mise à jour gratuite si vous avez le jeu de base)
  • Niko et Luna, un duo que l’on a envie de revoir
  • Un prix très abordable
  • Des bugs
  • Des ralentissements
  • Soucis de caméra, et lisibilité altérée en mode splitté
  • Des temps de chargement interminables sur Switch
  • Quelques pics de difficulté
  • Une maniabilité parfois trop approximative