Un RPG indé venu de Chine

Kaku: Ancient Seal est un jeu d’action-aventure en monde semi-ouvert développé par le studio indépendant chinois Bingobell, basé à Chengdu, avec l’aide du studio SneakyBox pour la version console. Le projet a été annoncé pour la première fois en 2022, après plusieurs années de développement confidentiel. Avant de sortir officiellement en 2024 sur PC (Steam et Epic Games Store). Et les consoles ? On les a oubliées ? « Alors, on n’attend pas Patrick ? » comme dirait un célèbre campeur en slip

Mais depuis le 17 octobre, c’est bien d’une version consoles dont on va parler (PlayStation 5, Xbox Series X/S et PS4). Distribué mondialement par Bingobell lui-même, le jeu fait partie de cette nouvelle vague de productions chinoises ambitieuses. Qui cherchent à rivaliser avec les grands studios occidentaux. L’édition physique de cette version console est éditée par le Français Microids. Et elle est disponible sur PS5 et XBox Series. Encore une fois, les collectionneurs peuvent dire merci à Microids, pour cette version boîte plus sexy qu’un simple code de téléchargement.

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Mais au fait, de quoi ça parle ? L’aventure de Kaku démarre tout en haut des montagnes enneigées, avec un jeune héros solitaire qui n’avait rien demandé… Jusqu’à ce qu’une prophétie oubliée décide de bouleverser sa vie. Le monde qu’il parcourt fut jadis façonné par le Créateur Saga, une entité divine ayant façonné l’équilibre entre les quatre éléments. Mais une force venue d’ailleurs a tout réduit en miettes. Saga disparaît, les âmes élémentaires s’égarent et les régions du monde tombent aux mains de seigneurs corrompus (et pas franchement chaleureux).

Propulsé au cœur d’un voyage aussi mystique que dangereux, Kaku doit restaurer l’équilibre des quatre régions. Chaque zone possède sa propre ambiance, son style et ses tyrans élémentaires. Transformant l’exploration en un tour du monde fantastique où chaque pas réserve une surprise. Heureusement, Kaku n’est pas totalement seul. Son compagnon Piggy (ou Porcinou en VF), un cochon volant plus expressif qu’un sidekick de shonen, l’accompagne dans chaque épreuve. Entre humour léger et soutien aérien, Porcinou devient vite indispensable. Ensemble, ils devront découvrir ce qui est arrivé au Créateur Saga et comprendre comment un monde entier a pu vaciller sous l’effet d’une force venue d’ailleurs. Le destin repose sur leurs épaules (et leurs ailes).

The Legend of Kaku : Breath of the Ancient Seal

Il suffit de regarder le trailer, les images, ou de prendre le jeu en main pour s’en convaincre. Visuellement, mais aussi pour ses boucles de gameplay, Kaku : Ancient Seal s’inspire très clairement de The Legend of Zelda: Breath of the Wild. Et c’est une très bonne chose ! De vastes étendues à explorer, une direction artistique colorée et une atmosphère contemplative… Sans parler des énigmes, des temples, de l’exploration ou des combats de boss… On voit très distinctement où les développeurs ont puisé leur inspiration. Ce qui est plutôt un gage de qualité, on ne va pas se mentir !

Mais le jeu se distingue par son approche plus “archaïque” et mystique : chaque région est marquée par une thématique élémentaire forte. On traverse du marais, du désert, des montagnes de lave, de la neige… Le tout avec une chouette palette de couleurs. C’est moins beau et moins fin que les productions actuelles, avec des textures plus brutes de décoffrage… Mais le design enfantin est très agréable. On prend du plaisir à découvrir ce vaste monde. Et les temples à explorer servent autant à faire progresser le scénario qu’à tester les compétences du joueur. L’accent est mis sur la liberté d’exploration et le crafting. Avec un système d’amélioration d’armes et équipement, de potions et d’arbre de compétences à développer… Ça aussi ça doit vous rappeler quelque chose, normalement.

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Malgré un budget bien inférieur à celui des grandes productions (ça se voit quand même visuellement), Kaku : Ancient Seal impressionne par sa générosité et son sens de l’aventure. Le jeu ne révolutionne pas le genre, mais il est bourré de bonnes intentions, il transpire la passion et la sincérité. Tout en offrant un univers cohérent et des mécaniques bien huilées, qui mêlent action, réflexion, aventure et exploration, combats, énigmes… Il y en a pour tous les goûts ! Et pour tous les niveaux, car le soft est aussi plutôt accessible. Une jolie preuve que la scène indépendante chinoise a définitivement trouvé sa voix dans le monde du jeu vidéo moderne.

Enfin, et c’est un aspect suffisamment rare et important pour être souligné : pour 29,99 €, vous trouverez un jeu complet. Qui ne vous bombarde pas d’un demi-milliard de microtransactions. Pour le moment, elles sont inexistantes, et l’éditeur n’a annoncé aucun DLC (payant ou gratuit). Kaku : Ancient Seal vous promet une aventure qui se boucle entre 30 et 40 heures. Ce qui est plutôt correct pour un openworld, à plus forte raison vendu à ce prix. Il vous demandera plus de temps encore si vous visez le 100%.

Ça peut aussi décevoir

Mais le jeu n’a pas que des qualités ! Et au chapitre des défauts, le premier point que l’on relève, c’est évidemment sa réalisation. On l’a vu, Kaku est joli et coloré dans l’ensemble, mais il souffre aussi d’un retard technique évident. Manette en main, cela se traduit par des chutes de framerate, une caméra qui fait parfois n’importe quoi, quelques soucis de hitboxes et de collisions irréalistes, ou encore des animations trop rigides. Sans parler des petits bugs d’affichage qui vous permettent parfois de voir à travers le décor, ou à certains ennemis de se fondre dans les textures. Bref, sur ce point, on n’est pas toujours carré-carré ! L’unreal Engine permet de faire des choses fantastiques, mais pas des miracles…

Du coté de la narration, le scénario est à l’image de la réalisation : c’est pas mal, mais… On attendait mieux ! L’histoire et sa construction sont passables, car très classiques, très génériques. Et on arrive même à deviner certains retournements. Le script semble répondre à un cahier des charges, avant de chercher à nous surprendre. Pire encore, si on a vu que cet univers est globalement séduisant, on a du mal à s’attacher aux personnages (à l’exception de Porcinou). Kaku est un héros sympa et rigolo, mais reste très stéréotypé. Et pas forcément un héros que l’on retiendra sur le long terme. Il est un peu le cliché du héros de shonen : il aime la bagarre et la bouffe, mais réfléchit après avoir frappé !

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Je vous l’ai dit : le gameplay est plutôt bien maîtrisé. Mais, encore une fois, à l’instar du scénario, il marque peu. Les boucles sont nombreuses et variées. Suffisamment en tout cas pour nous empêcher de nous ennuyer, ou d’avoir l’impression de tomber dans la routine. Hélas, aucune d’entre elles ne prend réellement de risque. Aussi nombreuses que soient ces boucles de gameplay, on est encore une fois dans du classique, pour ne pas dire du déjà vu. Et on aurait aimé un peu plus d’audace, d’originalité. Néanmoins, le jeu nous attire suffisamment pour nous donner envie d’être surpris. On ne s’ennuie jamais. Et on ne sent pas non plus s’installer de lassitude. Ce qui en soit est un gros point fort.

Comme pour contredire le paragraphe précédent, certaines mécaniques peuvent frustrer. Notamment parce qu’elles sont plus fastidieuses, demandent des interactions un peu plus exigeantes. Rien de bien méchant, mais quand ces mécaniques se répètent, elles peuvent fatiguer. Donner envie de les expédier pour passer à autre chose. Enfin, pour terminer sur les défauts, en vrac on relève une direction artistique mignonne mais datée, certaines zones un peu vides ou dénuées d’âme… Ou encore une IA parfois aux fraises.

Au final

Bon alors, finalement… Il vaut le coup, ce Kaku : Ancient Seal, ou pas ? Et bien… Malgré une réalisation et un style visuel qui datent (on parle d’un jeu indé, je le rappelle… On sent que le studio n’a pas bénéficié d’un énorme budget), Kaku demeure une très bonne surprise. Il est de ces titres dont on n’attend pas grand chose, mais qui parvient à créer la surprise, sur plusieurs aspects. Il séduira à coups sûrs les amateurs d’aventure / action peu regardants sur l’aspect technique et visuel… Mais frustrera ceux qui attendent un blockbuster ultra-polishé, ou innovant.

La plus grosse difficulté pour Kaku va être de trouver sa place, au beau milieu d’un catalogue automnal et hivernal bien chargé. Car je ne vais pas vous mentir : ce n’est pas le titre qui va pousser les joueurs à dévaliser les rayons des magasins. Avec en outre une classification que j’ai du mal à comprendre. Un PEGI 7 aurait peut-être été plus justifié. On a aussi du mal à comprendre pourquoi le jeu est absent du catalogue de la Switch, console pour laquelle il serait particulièrement adapté…. Pourtant, il mérite votre attention. Kaku : Ancient Seal est un jeu qui mérite franchement qu’on lui laisse sa chance. Surtout à ce prix. Globalement, il est une très bonne surprise qui nous a permis de passer un très bon moment.


Kaku : Ancient Seal

  • Par : développé par Bingobell et Sneakybox, édité par Microids
  • Sur : PS5, XBox Series, PC
  • Genre : RPG openworld
  • Classification : PEGI 12
  • Prix : 29,99€
  • Conditions de test : testé sur une version PS5 envoyée par l’éditeur
  • Un univers visuel intéressant
  • L’exploration : c’est vaste, il y a de quoi faire
  • Un mélange action/aventure/puzzle/progression qui comblera les amateurs du genre
  • Porcinou : un point positif à lui tout seul
  • Jouabilité : assez accessible
  • Les énigmes plutôt bien pensées
  • Une courbe de progression intéressante
  • Une durée de vie tout à fait honorable
  • Un jeu complet, sans microtransactions
  • Rapport qualité/prix
  • Une technique datée
  • Malgré ses qualités, un gameplay qui n’innove pas vraiment : beaucoup de déjà vu
  • Un scénario pas mémorable
  • L’IA et les hitbox à la ramasse
  • Quelques environnements vides
  • Certaines boucles de gameplay plus fastidieuses