Deux ans après la publication du superbe et très touchant Syberia : the World Before, et un an après celle de l’Amerzone, Microids continue à nous faire revisiter l’héritage du regretté Benoît Sokal. Cet hiver 2025, l’éditeur nous invite à (re)découvrir un immense classique du jeu vidéo, et du point-and-click : le tout premier Sybéria. Avec Syberia Remastered, Microids nous promet une redécouverte de l’épisode fondateur, en mieux. Le jeu est disponible sur PS5, XBox Series et PC.
Renaissance d’un jeu culte
Syberia est un jeu d’aventure culte créé par le dessinateur et auteur belge Benoît Sokal (décédé le 28 mai 2021). Sorti en 2002 sur PC, puis porté sur PlayStation 2, Xbox et d’autres supports, il s’impose comme l’un des titres emblématiques du point’n click moderne. Le joueur y incarne Kate Walker, une jeune avocate new-yorkaise chargée de finaliser l’achat d’une usine d’automates. Son voyage, d’abord professionnel, devient une quête initiatique mêlant mélancolie, machines rétro-futuristes et paysages hors du temps. Grâce à sa direction artistique unique et son ambiance contemplative, Syberia gagne rapidement une solide réputation dans le jeu vidéo narratif.
Édité par Microids, le jeu séduit par son ton mature, son écriture subtile et sa manière d’aborder des thèmes comme le renoncement, la passion et l’obsession. L’univers imaginé par Sokal, entre réalisme européen et touches steampunk, marque durablement les joueurs comme la critique. Syberia s’impose alors comme l’un des meilleurs jeux d’aventure de son époque. Apprécié pour ses décors pré-rendus somptueux, ses personnages singuliers et son rythme posé qui laisse la place à la contemplation. Très vite, il devient un classique du genre, et pose les bases d’une licence qui traversera les générations.
► Sur le même thème, lire aussi notre test : Sybéria – The World Before : le jeu qui vous touche au (Wal)cœur
Face à ce succès, Microids donne naissance à plusieurs suites. Syberia II (2004) reprend immédiatement la quête de Kate aux côtés de l’automate Oscar, approfondissant la mythologie autour des mammouths de Syberia. Bien plus tard, Syberia III (2017) fait évoluer la formule avec des environnements en 3D temps réel et une narration plus moderne. Malgré une réception critique mitigée. Enfin, Syberia: The World Before (2022) revient aux fondamentaux et propose l’une des histoires les plus émouvantes de la série. Alternant entre Kate Walker et une nouvelle héroïne, Dana Roze. La saga Syberia est aujourd’hui considérée comme l’une des plus importantes du jeu d’aventure européen.
En mai 2025, soit quasiment quatre ans après le décès de Benoît Sokal, Microids annonce Syberia Remastered sur PS5 et Xbox Series, une version modernisée du premier épisode. Ce remake propose une refonte graphique complète avec de nouveaux modèles 3D, un éclairage modernisé et une résolution bien supérieure. Il ajoute aussi un système de déplacement repensé, des animations améliorées et une interface adaptée aux standards actuels. Tout en respectant l’œuvre originale de Benoît Sokal, Syberia Remastered offre une expérience plus fluide, plus accessible et magnifiée, destinée autant aux nouveaux joueurs qu’aux fans historiques. Un retour réussi pour un classique indémodable ?
Une invitation au voyage



C’est assez perturbant, il faut l’avouer, de retrouver Kate Walker dans sa toute première aventure… Quelques années après avoir refermé le livre de son histoire, la gorge serrée, avec The World Before. Bref… On rembobine, et on retrouve avec plaisir les origines de Syberia. La jeune et brillante avocate new-yorkaise est en déplacement en France, dans les Alpes, dans le petit village isolé de Valadilène. Un trou paumé qui abrite une vieille usine familiale d’automates. Le client de Kate, un géant américain du jouet, l’a missionnée pour conclure le rachat de cette usine, suite au décès de sa propriétaire, Anna Voralberg.
Jusque là, cette mission est une formalité pour Kate. Mais, la vente est compromise par une surprenante révélation : il existerait un autre héritier. Hans Voralberg, frère d’Anna et inventeur de génie, annoncé comme mort il y a plusieurs décennies, serait en réalité en vie, quelque part en Europe de l’Est. Kate doit le retrouver pour conclure cette affaire, quelle qu’en soit l’issue. Alors, elle embarque à bord d’un étrange train, en compagnie d’Oscar, un truculent automate doué d’intelligence. Sa destination ? Elle l’ignore. mais une chose est sûre : elle va nous faire traverser des contrées aussi mystérieuses que surprenantes…
► Sur le même thème : TEST – L’Amerzone : le Testament de l’Explorateur, remake réussi du hit de 1999
On est dans un jeu de Benoît Sokal. Donc, on va découvrir un univers steampunk, où l’humain utilise de surprenantes machines. On va aussi croiser des personnages attachants, il sera aussi question de minorités ethniques supposées disparues, de rapport avec la nature, de créatures fantastiques… Mais surtout, il sera question de voyage, qui n’est rien d’autre que le moteur et le cœur du jeu. Ici, les paysages racontent autant que les dialogues, et transforment le personnage principal. Le joueur découvre avec curiosité des lieux à la fois reculés, et figés dans le temps. Mais des lieux avant tout dépaysants, qui donnent envie de partir, d’explorer le monde. Tout comme l’Amerzone, Syberia n’est pas un jeu vidéo, mais un hymne au voyage, à la découverte… Et à l’ouverture sur le monde.
Syberia est un jeu d’aventure (ou plutôt d’exploration/réflexion) en point & click. Ici, aucun combat ! Juste des énigmes, des puzzles à résoudre, des mécanismes à débloquer, quelques dialogues… Mais un jeu qui ne veut pas nous frustrer, juste nous embarquer dans un périple mémorable. Quitte à sacrifier un peu trop le challenge sur l’autel de l’accessibilité. Une difficulté inexistante ! Les énigmes ? La réponse est souvent dans un rayon de 3 mètres autour de vous. Le trophée de platine lui même est sans doute le plus simple de toute l’histoire des trophées ! Avec aussi une autre frustration pour les routards du jeu vidéo : si vous avez déjà joué à Syberia et que vous vous souvenez encore des puzzles, les réponses sont les mêmes !
On aurait juste aimé un peu plus



Du côté de la technique, on est heureux de constater que peu de choses ont changé depuis la version de 2002. On retrouve ainsi, au doublage de Kate en VF, Françoise Cadol (que vous connaissez aussi pour être, entre autres, la voix de Lara Croft, dans les premiers jeux Tomb Raider). Son amie Olivia est doublée par Céline Monsarrat, que vous connaissez pour être la voix de Julia Roberts, ou Bulma dans DragonBall. La musique est aussi d’origine, avec les compositions de Nick Varley et Dimitri Bodianski (ex-membre d’Indochine). De chouettes morceaux, hélas pas assez nombreux, soit un par monde visité. Dommage !
Parmi les changements, on note une refonte de l’aspect graphique du jeu : les décors sont plus détaillés et lumineux, moins flous… Le gap graphique est évident. Le chara-design lui-même s’est aligné sur The World Before, avec une Kate sous ses traits de 2022. La jouabilité aussi gagne en modernité, avec des interactions plus naturelles et fluides. Et une gestion de l’inventaire plus cohérente. Mais alors… Que s’est-il passé avec les cinématiques ? À l’exception d’un petit lissage (mais je n’en suis même pas sûr), elles sont les mêmes qu’en 2002 ! Et bon sang, qu’est-ce que ça jure !! Quel choc de passer de phases de jeu modernisées à des cinématiques PS2 ! Même le design de Kate retrouve alors son apparence d’il y a 23 ans ! Oubli ? Manque de moyens ? Choix artistique ? On a du mal à comprendre pourquoi le « remastered » du titre ne concerne pas TOUT le jeu !
► Sur le même thème : TEST. Mort sur le Nil : le crime est presque parfait, le jeu aussi
Si les mouvements de Kate ont aussi été améliorés, avec des collisions avec l’environnement moins buguées qu’en 2002, on ne va pas vous cacher que le personnage reste quand même lourd à manœuvrer. Kate est lente, même quand elle court. Alors, certains trajets peuvent sembler longs. On pourrait aussi développer les bugs divers, qui n’ont rien de bien méchant, mais peuvent nuire à l’immersion. Kate qui passe à travers un escalier, un son d’ambiance qui n’intègre pas la notion de distance (qui reste aussi fort, que vous soyez juste devant ou à 200 mètres)… Les décors étant des images fixes, il arrive aussi que notre héroïne sorte du champs de vision de la caméra, et donc du joueur.
Et puis, dernier petit point noir : les environnements sont vides et dénués d’interactions annexes. Un fait hérité de la version de 2002, mais qui aurait gagné à être amélioré dans ce remaster. Un point qui simplifie considérablement le jeu puisque, les seules interactions qui seront possibles sont quasi systématiquement en lien avec la quête en cours. Généralement à proximité. À quelques exceptions près (quatre PNJ en tout). On aurait aimé voir de nouveaux PNJ, pouvoir dialoguer avec eux… Bref, avoir de nouvelles interactions possibles en 2025. Histoire, aussi, de casser la linéarité du jeu, qui fait que l’on va à l’essentiel, sans fioritures, jusqu’à une fin qui arrive trop vite.
Au final



Sybéria Remastered réussit l’essentiel : rendre un chef-d’œuvre de 2002 à nouveau sexy, lisible et maniable pour un public moderne. Le lifting graphique donne un nouveau souffle aux environnements, et l’on retrouve intacte cette sensation unique de voyage, ce dépaysement total qui fait la marque de Benoît Sokal. Suivre Kate Walker à travers les villages figés dans le temps, les villes industrielles en perdition et les étendues glacées demeure un enchantement rare. Capable de captiver même ceux qui n’ont jamais touché à l’original.
Hélas, tout n’a pas été remis à neuf. Les cinématiques d’époque jurent avec les décors retravaillés, des bugs s’invitent parfois dans l’aventure, et Kate conserve cette animation un brin raide, vestige de son époque. Rien qui gâche l’expérience en profondeur, mais assez pour rappeler que l’on joue avant tout à un remaster, pas à une refonte complète.
Malgré ces accrocs, l’émotion opère. On se surprend encore à avancer pour le plaisir de découvrir la prochaine zone, d’écouter une conversation, de s’imprégner de la poésie mécanique de Sokal. Sybéria Remastered n’efface pas toutes les rides, mais il ravive les couleurs, ouvre la porte à une nouvelle génération de joueurs et ranime un trésor du jeu d’aventure.
Et au final, c’est peut-être ça le plus important : permettre à un classique intemporel de continuer à émerveiller, encore et toujours. Punaise ! Benoît Sokal nous manque tellement !
Sybéria Remastered

- Par : développé par VirtuallyZ Gaming et Microids Studio Paris, édité par Microids
- Sur : PlayStation 5, XBox Series, PC.
- Genre : aventure point & click
- Classification : PEGI 12.
- Prix : 29,99€
- Conditions de test : testé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur.
Les points positifs
- Un jeu toujours aussi culte
- Un hymne au voyage, à la découverte
- L’interface modernisée
- Le gameplay amélioré
- La direction artistique pleine de poésie
- Les déplacements libres
- Les énigmes
- La bande sonore
- en VF
Les points négatifs
- Court, trop court
- Les cinématiques d’époque
- Kate pleine de lourdeur dans ses déplacements
- Quelques bugs
- Par principe, c’est ultra-linéaire !
