Pour être honnête, voici l’un des titres que j’attendais particulièrement cette année ! Microids publie le remake de ce que l’on peut qualifier de chef d’œuvre du jeu vidéo. Initialement sorti en 1999, L’Amerzone est l’une des nombreuses pépites narratives que l’on doit au regretté Benoît Sokal (Sybéria). Un classique, qui a marqué toute une génération de joueurs par son histoire touchante, et son ambiance unique. Un quart de siècle plus tard, Microids remet ce monument vidéoludique au goût du jour, avec un remake, L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur. Version pimpante d’un hit, ou revisite aussi rouillée qu’un Hydraflot qui a passé 50 ans sous l’eau ? On vous dit tout avec ce test !
L’une des plus touchantes aventures vidéoludiques renaît
Nous sommes en mai 1993. Chez l’éditeur belge Casterman paraît le cinquième tome de la BD L’Inspecteur Canardo, d’un certain Benoît Sokal. Un cinquième album qui s’intitule L’Amerzone. Sur fond de guerre civile dans une dictature fictive d’Amérique du Sud, Le célèbre détective Canardo accompagne un grand-père bien décidé à trouver les fameux oiseaux blancs qui, selon la légende, ne vivraient que dans ce pays (vu son emplacement sur la carte, la référence à l’Amazone est évidente)… Le tome est émouvant, bien écrit, et considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs de la série.
Il n’est donc pas surprenant que, quelques années plus tard, lorsqu’il souhaite se lancer dans un autre média qui l’attire beaucoup, le jeu vidéo, Benoît Sokal vienne puiser les grandes lignes dans cet album ! L’auteur reprend donc l’idée de ce pays, L’Amerzone, et de ses oiseaux blancs. Il s’agit d’un jeu d’aventure-exploration en point & click, à la manière des Myst ou Riven. Dans un univers en 3D panoramique et avec des plans fixes, le joueur doit résoudre des énigmes pour progresser dans l’aventure. Déjà développé par Microids à l’époque, le jeu L’Amerzone sort en 1999 sur PC, MacOS, iOs… Puis plus tard sur PlayStation.
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L’Amerzone est donc un jeu d’aventure en vue subjective (à la première personne), raconté à travers une ambiance immersive et poétique. Le joueur incarne un jeune journaliste (muet et anonyme) qui reçoit une mystérieuse invitation d’un vieil explorateur, Alexandre Valembois. Mourant, le vieil homme vit retranché dans un phare isolé de Bretagne, dans le Finistère. Avant de décéder, le vieillard vous confie une mission : retourner en Amerzone, afin d’y ramener un œuf blanc unique, contenant l’espèce endémique des Oiseaux Blancs qu’il avait ramenée de là-bas il y a 50 ans… Mais qu’il n’a jamais pu rendre à son habitat naturel. Une « faute » qu’il a regretté toute sa vie, mais qu’il n’est plus apte à réparer aujourd’hui…
Le 28 mai 2021, c’était un véritable électrochoc pour les mondes de la BD et du jeu vidéo : Benoît Sokal, aussi connu pour les jeux Sybéria, disparaissait. Alors, quand en mars 2024, Microids Paris annonçait un remake de L’Amerzone, réalisée et scénarisée par Lucas Lagravette, on y voyait plus qu’une simple version moderne. On ne pouvait s’empêcher d’y voir un hommage à l’un des jeux vidéo les plus emblématiques du début des années 2000. Un jeu qui nous avait touché à l’époque où la PlayStation nous faisait découvrir la 3D. Notamment par sa poésie et son ambiance. Alors, nous n’avions qu’une hâte : pouvoir repartir aux côtés de Microids avec L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur.
Invitation au voyage, à l’aventure !



Tout est dit avec cet intertitre ! L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur n’est pas un jeu vidéo, c’est une expérience ! Une invitation à un voyage terriblement immersif qui va vous envoyer loin de votre canapé. Et puis… La jungle ! Des sons, une athmosphère, une végétation luxuriante, et ce journaliste anonyme, vous ! Qu’il s’agisse de Sybéria ou de L’Amerzone, les œuvres de Benoît Sokal nous emmènent dans des univers organiques, poétiques, nostalgiques, parfois anachroniques… Et l’un des points les plus réussis du jeu, c’est son ambiance ! Les jeux de Sokal, c’est du rétro-futurisme, du steampunk… Mais sans l’esthétique victorienne habituelle au genre. Le remake conserve l’essence poétique et contemplative du jeu de 1999.
On aime aussi les œuvres de Benoît Sokal pour leur écriture plus sophistiquée, plus mature. On est en 1999, et à une époque où le jeu vidéo aime les blagues potaches, Sokal nous parle de sujets plus adultes, avec la finesse et la pertinence qu’on lui connaît. Il nous parle, déjà à cette époque, d’écologie, de colonialisme, de culpabilité ou encore de rédemption. Voire de fascisme, avec des références qui parleront aux fans de Sybéria : The World Before (par les mêmes développeurs)… En parallèle, il est capable d’inventer de toutes pièces des créatures ou des ethnies, et de rendre l’ensemble crédible ! Faune, flore et peuples imaginaires donnent à cet univers une vraie personnalité. Sokal mélange réel et imaginaire, à l’image de son phare des Rochers-Noirs (début du jeu) situé à Langrevin, commune fictive d’un Finistère bien réel.
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Tournant grâce au moteur Unity, L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur nous offre une nouvelle version sublimée ! Le jeu est beaucoup plus détaillé, plus réaliste, plus solide et donc plus immersif ! Les environnements 3D ont été retravaillés. Il en résulte une expérience plus fluide, plus naturelle (même si, aujourd’hui, le système de déplacements peut sembler fastidieux). Autre amélioration technique de poids : la musique ! Déjà très bonne à la base, bien que très minimaliste, elle a été entièrement réorchestrée. Le compositeur israélien Inon Zur et son fils Ori, signent ici une bande-son magnifique ! Qui ajoute encore une couche à la dimension émotionnelle déjà très forte ! On notera aussi qu’Alexandre Valembois est doublé par Philippe Peythieu, qui a des centaines de voix connues à son actif, dont celle d’Homer Simpson dans la série Les Simpson. Frédéric Souterelle est aussi au générique.
Au cœur du gameplay de L’Amerzone, il y a bien entendu les énigmes ! Celles-ci ont été retravaillées par rapport à l’original, et certaines solutions ont été modifiées. Les puzzles sont plus variés et stimulants que dans le jeu de 1999. Un point fort, tant cette répétitivité dans les énigmes était un aspect qui pouvait rebuter à la longue dans l’œuvre originale. Les développeurs ont aussi ajouté des objectifs secondaires, qui enrichissent encore davantage l’expérience, ainsi que des indices à la demande pour ceux qui galèrent. Enfin, sachez que, si vous voulez simplement suivre l’histoire sans prise de tête, le menu d’options offre deux modes de difficulté. Voyage pour une exploration narrative accessible… Et Aventure pour des défis plus corsés, adaptés aux joueurs expérimentés.
Un jeu trop linéaire et trop court



C’est un reproche que l’on a pu faire en 2000, et que l’on refera 25 ans plus tard : l’expérience est très, pour ne pas dire trop, courte ! Une fois pris dans l’aventure, la fin arrive trop vite. Alors, oui, cela laisse suffisamment de temps pour développer l’histoire. Mais quelle frustration, quand arrive le générique de fin ! On aurait tellement aimé que l’aventure dure encore plus longtemps ! Et de voir encore plus de développement sur certains aspects de ce scénario passionnant. Ou sur certains personnages secondaires, que l’on devine pourtant importants dans l’intrigue.
On note toutefois que les développeurs ont compliqué la tâche aux vieux joueurs de la première heure (comme moi) ! Ils ne pourront plus compter sur leur mémoire, puisque certains objets et codes ont été modifiés. Par exemple, au tout début du jeu, vous aurez besoin d’une masse (je vous laisse découvrir pourquoi). Et bien, elle ne se trouve plus au même endroit qu’en 1999. Même ceux qui connaissent encore le jeu par cœur seront surpris, et pourront avoir l’impression de redécouvrir le jeu. L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur ne sera pas si facile à rusher pour eux…
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Ce remake conserve le tempo du jeu d’origine. Et pour un jeu d’aventure en point & click du début des années 2000, cela signifie un rythme lent. Très lent, même ! Dans le même ordre d’idées, étant un point & click de plus de 25 ans, L’Amerzone : le Testament de l’Explorateur reprend la linéarité de son modèle. Comprenez qu’il ne s’encombre pas vraiment avec les objets secondaires à chercher et à collecter. Et le joueur aura très vite l’impression de naviguer sur un rail, dans un immense couloir. Quand on sait pourquoi on a signé, ça passe… En revanche, l’approche sera sans doute plus compliquée pour les plus jeunes joueurs habitués aux mondes ouverts, et à l’action frénétique.
Enfin, et c’est aussi une caractéristique inhérente au genre (et non un défaut du jeu à proprement parler), les interactions sont limitées. Ici, peu de possibilités de dialogues (vous ne trouverez pas des dialogues à choix multiples, avec des conséquences comme dans un Life is Strange). De même, les phases d’explorations sont très scriptées, avec finalement peu de possibilités de déplacements : en gros, vous pouvez vous déplacer seulement dans deux ou trois directions. Malgré tout, il n’empêche : L’Amerzone reste, par ses mécaniques simples et fluides, un jeu adapté à tous les profils de joueurs. Donc une très belle occasion de découvrir une proposition originale. Et à des années lumières de tous ces openworlds qui finissent par se ressembler.
Au final



Vous l’aurez compris à la lecture de ce test : L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur relance l’intérêt d’une œuvre gravée dans l’Histoire du jeu vidéo ! Une modernisation réussie d’un jeu qui avait su nous émouvoir en 1999. Il avait su nous toucher par son scénario mélancolique et son récit contemplatif, sa qualité d’écriture, son ambiance unique en son genre… En 2025, Microids réalise un remake très respectueux de ce matériau d’origine, mais beaucoup plus beau. Les améliorations graphiques et sonores offrent une expérience immersive, et surtout adaptée aux standards actuels.
Loin de nous proposer un simple portage avec des graphismes plus beaux, Microids Paris réinvente le mythe. Notamment en réécrivant ses énigmes, pour qu’elles restent accessibles au plus grand nombre… Tout en déstabilisant les vieux routards qui comptaient sur leur connaissance du jeu de 1999 pour survoler cette nouvelle version. Cette édition nouvelle nous prouve, s’il fallait encore le faire, que le genre point & click a encore toute sa place en 2025. Et surtout que l’œuvre de Benoît Sokal est intemporelle, et encore tellement d’actualité !! Elle sera pertinente aussi longtemps que l’Humain rêvera d’exploration et d’aventure. Notre retour en Amerzone est réussi, et plus dépaysant que jamais !
Conseil : Quelle version acheter ?

Si on devait vous donner un conseil concernant l’achat du jeu L’Amerzone, ce serait bien évidemment de privilégier l’édition physique. D’une part parce qu’acheter des CD est un bon moyen de sauvegarder le jeu vidéo sur la durée (et les emplois dans les boutiques spécialisées)…
D’autre part parce que Microids est l’un des rares éditeurs, aujourd’hui, à faire un effort sur ses versions physiques. En vous proposant systématiquement des versions Deluxe à moins de 40€. Dans sa version 25e Anniversaire, l’édition physique de L’Amerzone se vend moins cher que la version numérique, en moyenne 35€ (même moins de 31€ chez E.Leclerc). Elle embarque le jeu, et un artbook. Le choix est donc vite fait…
L’Amerzone : Le Testament de l’Explorateur

- Par : Microids, d’après l’œuvre de Benoît Sokal
- Sur : PS5, XBox Series, PC
- Genre : aventure en point & click
- Classification : PEGI 12
- Prix : 39,99€
- Conditions de test : testé sur une version digitale PS5 fournie par l’éditeur.
Les points positifs
- Un chef d’œuvre du jeu vidéo enfin de retour
- Visuellement superbe
- Une ambiance tellement unique !
- Interface claire, sans surcharge
- Un gameplay très accessible
- Les énigmes réécrites, histoire de surprendre ceux qui connaissent le jeu de 1999 par cœur
- La bande-son orchestrale d’Inon Zur et Ori Zur (son fils)
- Une véritable leçon d’écriture
- Une très bonne VF
- Un prix plus que correct
Les points négatifs
- Un peu trop court
- Un jeu très linéaire, qui laisse peu de liberté d’exploration
- Un rythme lent, qui peut dérouter les joueurs peu habitués au genre
- Quelques ralentissements
- Des synchros labiales parfois catastrophiques

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