Une success-story venue de République Tchèque

Avez vous déjà entendu parler de Warhorse Studios ? Si vous n’avez jamais joué à Kingdom Come Deliverance, il y a peu de chances que ça soit le cas. Puisque les deux volets de cette saga médiévale sont pour le moment les deux seules réalisations du studio basé à Prague (République Tchèque). Ce qui ne signifie nullement que les développeurs ne sont pas expérimentés. Car cette équipe a été créée par Daniel Vávra, ancien auteur et designer de jeux du studio 2K Czech (les jeux Mafia II ou Mafia : The City of Lost Heaven), et Martin Klíma, ancien producteur des studios Altar Games, Codemasters et Bohemia Interactive. C’est en août 2011 que les deux hommes fondent Prague Game Studios, qui deviendra donc Warhorse Studios. Une équipe aujourd’hui de 180 personnes placées sous la tutelle de Plaion (et sa marque Deep Silver).

En 2018, Warhorse Studios sort son tout premier jeu vidéo. Un RPG en vue à la première personne répondant au nom de Kingdom Come Deliverance, financé grâce à un Kickstarter réussi : un objectif de 300 000 £, et 1,1 millions au final. Et un jeu de rôle qui mise avant tout sur le réalisme. Il nous plonge dans l’histoire, plutôt que dans l’imaginaire. Ici, pas de créatures fantastiques, d’elfes ou de sorciers… Uniquement des rois, des mercenaires, et des gueux qui font les frais des guerres civiles médiévales. Avec la même volonté d’authenticité dans le gameplay. Notamment avec des combats qui tranchent (c’est le cas de le dire) avec les RPG classiques, mais on en reparle plus bas. Ou encore des statistiques basées sur votre éloquence, votre habileté au combat, votre charisme… Et des actions habituellement anodines qui ont ici une importance capitale. Au dernier comptage, KCD (pour les intimes) avait franchi la barre des 8 millions d’unités vendues

► Sur le même thème, lire aussi notre test : Kingdom Come: Deliverance : une vie de Bohème qui ne fait pas dans la dentelle !

Comme expliqué plus haut, Kingdom Come Deliverance s’appuie solidement sur l’Histoire. Il nous emmène au cœur du royaume de Bohême (on parle aujourd’hui de Tchéquie), au XVe siècle, qui fait partie du Saint-Empire Germanique. L’empereur Charles IV est mort en 1378. Et c’est son fils, Venceslas IV, qui est censé lui succéder. Mais celui-ci s’avère être complètement incompétent pour occuper le trône. Son demi-frère, Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie et de Croatie, profite de cette opportunité pour enfermer Venceslas. Et puisqu’il a désormais les coudées franches, il envoie ses troupes de mercenaires piller le pays.

C’était donc sur fond de guerre civile en Bohême que nous avions découvert, en 2018, Henry, héros du premier KCD (joué par le comédien britannique Tom McKay). Fils du forgeron de Skalice, ce jeune homme vivait une vie paisible à picoler à la taverne et à se bagarrer avec les autres jeunes du village… Jusqu’à ce que les brutes de Sigismond ne débarquent pour raser le village. Et accessoirement assassiner les parents d’Henry sous ses yeux. Dans ce premier opus, le joueur suivait donc l’ascension peu commune de Henry de Skalice, destiné à devenir forgeron… Mais qui s’embarquera, suite à ces événements tragiques, sur la voie de la chevalerie, au service du Seigneur du coin. Après bien des péripéties, le jeu s’achevait sur Henry et quelques compagnons, partant en mission diplomatique chez leur rival… Et c’est justement ici que débute Kingdom Come Deliverance II. Qui ne pouvait pas être une suite plus directe puisqu’il enchaîne directement là où s’arrêtait son prédécesseur. On retrouve donc Henry, en compagnie de Hans Capon…

Objectif : réalisme !

Le mot est lâché ! Réalisme ! Car c’est là la très grande force de Kingdom Come Deliverance II, encore davantage que pour son prédécesseur. Le jeu est incroyablement réaliste ! Les graphismes sont le premier aspect qui saute aux yeux ! Punaise, que c’est beau ! Qu’il s’agisse des décors, des visages, des conditions météo… Les développeurs ont poussé le curseur très loin ! Tenant compte de leurs erreurs passées sur le premier KCD. Ici, hormis quelques passages sombres ou quelques bugs dont on parlera plus bas, on sent qu’un nouveau palier a été franchi ! On pourrait aussi parler de la direction artistique globale cohérente, avec par exemple les menus ornés d’enluminures, histoire de rester dans l’ambiance.

Sur le long terme, au fil de votre découverte du jeu, vous allez aussi être stupéfaits par le réalisme de l’IA des PNJ, qui est sans doute l’une des plus réussies à ce jour ! Les PNJ du jeu s’adaptent en permanence à vos actions, à vos paroles. Introduisez vous dans une maison pour déposséder ses habitants de leurs biens, et ceux-ci ne vont pas vous tabasser à mort comme dans Skyrim ! Ils vont vous mettre dehors, simplement. Mais la prochaine fois que vous reviendrez, ils auront installé une serrure plus résistante, et appelleront les gardes s’ils vous voient roder. De même, les gardes peuvent vous fouiller si un vol a eu lieu dans leur ville et si vous leur semblez louche. Si vous vous baladez près des villes la nuit sans torche, vous serez là encore dans le collimateur des gardes… Bref, quoi que vous fassiez, vous serez surpris de voir les PNJ s’adapter en temps quasi réel, et se montrer plus ou moins amicaux.

► Sur le même thème, lire aussi notre test : Like a Dragon – Infinite Wealth : la claque de l’année 2024 ?

En revanche, il est un aspect qui, lui, manque tellement de réalisme qu’il va vous éjecter violemment d’un jeu jusque là terriblement immersif. Et là, il va falloir que l’on parle de la délicate question du doublage français. De nombreux médias ont vanté la version tchèque sous-titrée en VF, et on comprend pourquoi : il y a un loup avec la langue de Molière. Hormis les voix de Henry et quelques personnages principaux, les doublages français sont globalement affreux ! Ils semblent générés par une mauvaise IA de synthèse vocale. Résultat : chaque dialogue nous donne l’impression d’entendre la dame du GPS lorsque vous circulez sur l’autoroute A6. Ne jetons pas la pierre au studio : le script compte la bagatelle d’environ 2,2 millions de mots, ce qui équivaut à 11 000 pages de scénario. L’éditeur nous a promis que des voix VF réenregistrées arrivent avec un prochain patch… Attendons donc de voir !

Autre défaut qui peut briser l’immersion à la longue : les bugs. Si les développeurs ont fait un énorme effort par rapport au jeu précédent (truffé de bugs techniques à sa sortie), certains problèmes subsistent. Notamment quelques ralentissements, des soucis de caméra ou d’animations lors de certains dialogues. On note aussi du popping, des physiques pas toujours réalistes (des cadavres qui rebondissent par exemple)… Sans parler des combats dans les escaliers qui peuvent devenir catastrophiques. Malgré toutes les énormes qualités du jeu, ces bugs sont comme le doublage VF : à corriger au plus vite, afin de se rapprocher du titre parfait…

Un jeu qui ne s’adresse pas à tout le monde

Tout est dit avec cet intertitre : Kingdom Come Deliverance II n’est PAS un jeu grand public, il ne s’adresse pas à tous les joueurs ! Et là, on ne parle pas de son PEGI, ou d’éventuelles scènes choquantes (qui le sont, en fait, beaucoup moins que certains médias ont bien voulu le dire). Non, nous allons parler ici de la complexité du système de combat. Amélioré par rapport au précédent opus, le système de combats offre des affrontements plus fluides et stratégiques. L’apprentissage et la maîtrise des armes (épées, masses, arcs, arbalètes ou même premières armes à feu…) demandent patience et précision.

Dans KCDII, les joueurs ont une maîtrise complète des armes, chaque mouvement devant être précis et réfléchi. En effet, le combat repose sur des attaques orientées selon différentes directions, au nombre de cinq. Nécessitant une observation attentive des adversaires pour exploiter leurs faiblesses. Ces directions correspondent peu ou prou aux membres du corps : tête, les deux bras et les deux jambes. Vous devrez donc gérer vos attaques, mais aussi parer/contrer celles de l’adversaire. Ce qui vous demandera à la fois de la stratégie et de l’anticipation. Bien que ce système ait été simplifié depuis KCD : par exemple, les coups depuis le bas sont remplacés par l’estoc.

► Sur le même thème : TEST – Indiana Jones et le Cercle Ancien : un dernier hit pour la route ?

En début de jeu, avec quasiment aucun équipement (on vous laisse découvrir les subtilités du scénario), vous allez littéralement vous faire rouler dessus ! Pour ne pas dire que tous les brigands du coin vont vous terraformer le derrière sans aucune retenue. Mais, les dialogues et vos choix vont permettre de faire progresser vos stats (éloquence, charisme…). Et puis, à force de gagner de l’argent (ou de commettre de petits larcins), vous allez améliorer votre inventaire et votre armement. Le temps et l’expérience aidant, vous retrouverez vite les vieux réflexes, ou comprendrez rapidement le fonctionnement du jeu… Suffisamment en tout cas pour vous en sortir. Mais cela passera forcément, encore une fois, par la case « apprentissage » !

Avantage : KCDII nous offre un système de progression complet et gratifiant, qui ajoute de la profondeur au gameplay. Inconvénient : certaines mécaniques de jeu peuvent parfois sembler frustrantes. Et surtout, la courbe de difficulté s’effondre sur la durée, une fois le gameplay maîtrisé. La difficulté diminuant au fur et à mesure que le personnage se développe, l’exigence du début s’estompe sur le long terme. Mais qu’importe, puisque les combats ne sont pas le seul argument du jeu. Qui mise aussi énormément sur l’exploration, la découverte, et une aventure en monde ouvert décomplexée, et détachée des stéréotypes habituels de l’openworld. Et où le joueur peut réellement (presque) tout faire. Comme laisser la quête principale le temps de conclure une romance… Ou décider de ne pas se laver et sentir le putois pendant toute l’aventure !

C’est mon choix

S’il est un aspect qui est aussi inutilement complexe, c’est bien celui des sauvegardes (comme dans le premier opus). Ici, pour sauvegarder manuellement, vous devrez disposer de schnaps, boisson favorite d’Henry. Mais pour avoir cette eau de vie, vous allez devoir la fabriquer vous même. Et ceci grâce à un établi, qui vous permettra de jouer les alchimistes : un mini-jeu sympa, mais qui peut vite devenir relou. Heureusement, il existe aussi des sauvegardes automatiques, et la possibilité de sauvegarder n’importe quand via le menu (touche d’options). Hélas, cette dernière possibilité vous ramène systématiquement à la page d’accueil.

On retiendra surtout que KCDII vous place face à vous même ! Notamment à travers les différentes situations que vous devrez débloquer, soit par le fer, soit par la diplomatie. Vous conduirez vous comme la pire des brutes ou des ordures ? Serez vous un homme intègre et respectueux du début à la fin ? Serez vous un porc immonde qui empeste à des kilomètres ? Ou prendrez vous régulièrement des bains afin de soigner votre image ? Serez vous honnête, ou allez vous crocheter toutes les serrures sur votre passage ? Allez vous rusher KCDII ? Ou choisirez vous de prendre le temps de découvrir les innombrables secrets, trésors ou easter eggs ? C’est aussi l’une des grandes forces de Kingdom Come Deliverance II : on a un point de départ, un point d’arrivée… Et un milliard de façons de faire le chemin entre les deux !

Au final

Avant de conclure ce test, nous devons aborder un point dont nous n’avons pas parlé jusqu’à présent : Kingdom Come Deliverance II a été accusé, par certains, de wokisme. Au point que Daniel Vávra, son créateur, a dû prendre la parole pour fermement réfuter ces allégations. Affirmant que chaque personnage a été intégré pour enrichir l’histoire et refléter fidèlement la diversité historique de la Bohème… Mais alors, le jeu est-il « woke » ou pas ? Et si… On s’en moquait ?

Aussi réaliste et ancré dans l’histoire qu’il soit, il reste un jeu vidéo. Donc un divertissement. Une vision de ses concepteurs, leur façon à eux de raconter une histoire, et de nous emmener quelque part. Le joueur, lui, découvre cette histoire, et libre à chacun de l’apprécier ou non, d’accrocher ou de décrocher. Celle de KCDII est suffisamment réussie et riche pour que l’on passe au dessus de ce débat. Pour que notre attention se focalise sur des problématiques plus intéressantes et plus constructives…

► Sur le même thème : TEST – Les Fourmis : mini-héroïnes d’un très grand jeu 2024

Kingdom Come Deliverance II est juste un jeu incroyable, et le premier gros hit de cette année 2025 ! Et si le premier avait déjà placé la barre très haut, ce nouvel opus pourrait bien être celui qui réécrit les règles du RPG occidental moderne. Pour cela, il faudra corriger quelques défauts : fixer les derniers soucis techniques, et surtout nous offrir une VF digne de ce nom. Mais pour le reste, le jeu s’affranchit de nombreux codes du RPG pour nous servir sa propre cuisine, et la recette est bonne. L’écriture est une masterclass, avec des missions, principales ou secondaires, qui ont été pensées intelligemment : les tâches habituellement répétitives sont ici captivantes, et solidifient le lore.

Kingdom Come: Deliverance II est un RPG ambitieux offrant une immersion profonde dans la Bohême médiévale. Son scénario est fabuleux (attention, on parle de l’ensemble du jeu, on ne s’arrête pas à sa quête principale). Son système de combat est toujours aussi frustrant mais immersif (bien qu’il ait été simplifié). Si vous recherchez un RPG complexe, prenant, joli à voir, et un digne successeur d’un Skyrim (les dragons et la magie en moins)… Le dernier né du studio Warhorse est le jeu qu’il vous faut ! Une vraie pépite en or, mais qui va vous demander un maximum d’investissement !


Kingdom Come Deliverance II

  • Une gestion géniale de l’IA des PNJ
  • Graphiquement superbe, tant pour les décors que pour les visages
  • La volonté de reconstitution historique, l’immersion dans la Bohême médiévale
  • La narration
  • Les thèmes orchestraux de Jan Valta
  • Toutes vos actions auront des conséquences
  • Des tonnes de choses à faire, et de possibilités : une durée de vie colossale (environ 80h pour le finir)
  • Les dés : un mini-jeu agréable
  • Un jeu qui fait l’apologie de l’exploration, de la découverte, de l’aventure
  • La suite directe de KCD
  • En VF
  • Un jeu qui ne s’adresse pas à tout le monde, notamment pour son système de combats complexe
  • Le doublage français est raté, en l’état
  • Des animations encore trèèèès rigides
  • Quelques bugs
  • Le système de sauvegardes pénible
  • Plus vous gagnez en expérience, plus la difficulté s’estompe
  • L’inventaire : on a déjà vu plus ergonomique