Nomada monte en puissance

Le studio le plus déjanté de la planète jeux vidéo, Devolver Digital, retrouve donc ici les Barcelonais de Nomada Studio, qui nous avaient régalés il y a quelques années avec Gris. Un conte poétique touchant, avec une direction artistique atypique et plein de poésie. Donc un jeu qui tranche avec le catalogue habituel de l’éditeur, pour notre plus grand bonheur. Rebelote, on reprend les mêmes et on recommence avec Neva, annoncé comme la nouvelle pépite du studio espagnol, fondé par Adrián Cuevas et Roger Mendoza. Il s’agit de leur deuxième jeu vidéo sous l’identité de Nomada, bien que les développeurs aient pas mal roulé leur bosse auparavant dans le monde du jeu AAA.

Après le succès de Gris, c’est donc sans surprise que l’on va retrouver la plupart des acteurs du jeu précédent. Ainsi, la bande-son est signée par Berlinist qui, comme son nom ne l’indique pas du tout, est aussi originaire de Barcelone. L’OST de Gris était une merveille, celle de Neva l’est tout autant, et on espère sincèrement pouvoir la retrouver sur support physique… En deux jeux seulement, Nomada aura trouvé SON style visuel, celui apporté par le plasticien espagnol Conrad Roset. Un artiste qui aime particulièrement travailler l’image de la femme. Et après Gris, on retrouve donc ici son style visuel unique, qui donne au jeu un séduisant rendu « fait main » !

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Puisque l’on parle de direction artistique, et bien que ce point n’ait pas (à notre connaissance) été confirmé par les développeurs… On ne peut s’empêcher de trouver des références au studio Ghibli dans le jeu : sans en dire plus, on pense beaucoup à Princesse Mononoke… Et certains ennemis nous remettent en tête l’image du Sans-Visage dans Le Voyage de Chihiro. Pour ne parler que de celles là. On soupçonne fortement Nomada d’être fan du studio japonais, au point d’y trouver des sources d’inspiration. Ce qui ne fait qu’accentuer le sentiment de poésie qui se dégage du jeu.

Pour l’anecdote, le projet a été financé par le ministère de la Culture et des Sports espagnol. Via le programme « d’Aide à la promotion du secteur du jeu vidéo, des podcasts et autres formes de création numérique, dans le cadre du Plan de relance, de transformation et de résilience »

« TSPT » : psychiatrie et jeu vidéo

Avez vous déjà entendu parler de TSPT ? Autrement dit, de Trouble du Stress Post-Traumatique. Une notion de psychiatrie qui peut aussi devenir la base d’un scénario de cinéma, de littérature ou de jeu vidéo. Autrement dit, un traumatisme tellement important pour le protagoniste, qu’il va devenir le fondement de l’histoire que l’on va vous raconter. Typiquement, on pourrait par exemple vous parler du Roi Lion ou de Bambi chez Disney, avec la mort de Mufasa ou de la mère du faon. Sans en dire plus, pour ne pas vous spoiler, c’est cette mécanique qui va devenir le point de départ de Neva. C’est d’ailleurs assez cocasse de voir que l’utilisation de la psychiatrie est devenue la signature du studio espagnol. Puisque dans Gris, son précédent jeu, les thèmes du deuil et de la dépression étaient le ciment de l’histoire.

Dans Neva, le joueur incarne Alba, une jeune femme qui se retrouve liée à un étrange louveteau à la suite d’une confrontation traumatisante avec des forces obscures. On en parlait plus haut. Ensemble, ils entament un voyage périlleux dans un monde autrefois magnifique, désormais à l’agonie. Leur relation évoluera au fil du temps. Ils apprendront à s’entraider pour braver les nombreux dangers qui se dressent sur leur chemin. Mais le louveteau rebelle grandira et deviendra un adulte imposant, à la recherche de sa propre identité. L’amour d’Alba pourra-t-il surmonter ces changements, ou leur union est-elle vouée à se briser ?

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Alors que le monde maudit resserre son étau sur eux, Alba et son courageux compagnon feront tout pour survivre et trouver un nouveau foyer où vivre, ensemble… L’écriture est simple et académique, mais pas basique ou bâclée pour autant. L’histoire qui se déroule sous nos yeux est touchante, émouvante… Et, une nouvelle fois, on s’attend à ce que les Barcelonais jouent avec nos émotions. Et ça ne loupe pas ! Toute cette émotion est cristallisée par la relation privilégiée entre Alba et Neva. Une relation tellement forte que l’on parlera plutôt de connexion émotionnelle. Connexion qui se résume pourtant à une commande, qui consiste à appeler votre louveteau lorsque celui-ci est effrayé et refuse d’avancer (on peut aussi le caresser)… Mais malgré tout, ce lien plein de poésie et de tendresse est l’un des aspects les plus réussis du jeu.

Mais il est déjà temps de lancer le jeu. Et avant même de partir à l’aventure, vous devez savoir que Nomada nous propose de choisir entre deux approches différentes du jeu. Vous pouvez donc choisir de jouer en mode Aventure, qui est le mode standard de jeu vidéo. Avec sa difficulté, sa barre de vie, ses énigmes plus ou moins relevées… Mais vous pouvez aussi choisir le mode Histoire qui, comme son nom l’indique, met l’accent sur la narration. Ici, pas de jauge de santé, des énigmes simplifiées, et une quasi invincibilité pour votre avatar. À vous de voir ce qui vous correspond le mieux.

Plateforme et défis

Gris était un jeu de plateforme, qui vous proposait parfois quelques énigmes pas vraiment difficiles. Neva reprend les grandes lignes du gameplay de son prédécesseur, mais y ajoute de nouvelles mécaniques. Tout en restant aussi dénué de la moindre notion d’exploration. On retrouve la progression latérale en 2D, avec des sauts, et la nécessité parfois d’avoir une vision d’ensemble du tableau pour mieux penser sa progression. Mais le jeu accentue aussi ses phases d’action/aventure, notamment grâce à l’épée dont dispose Alba. Les combats sont assez basiques (avec seulement un enchaînement et une attaque plongeante), mais ça fonctionne plutôt bien ! Une roulade et un dash aérien complètent votre palette de mouvements.

On remarque en revanche quelques mécaniques qui nous sortent des standards habituels. Ici par exemple, quand on perd de la vie (représentée par des pétales discrets en bas de l’écran), on ne se régénère pas avec des potions ou autres items. La vie ne remonte pas non plus automatiquement. Pour retrouver de la santé, il suffit d’attaquer un ennemi et de faire mouche, en enchaînant 6 coups avec succès. Astucieux, d’autant que vous en perdrez sans doute quelques uns lors des combats ! Avec pour sanction, en cas de perte totale de votre santé, de devoir recommencer depuis le dernier check-point (rassurez-vous : ils sont suffisamment nombreux pour ne pas devoir refaire tout le jeu).

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Cependant, il serait injuste de réduire le gameplay à ces mécaniques. Puisque l’on réalise vite qu’il évolue, qu’il est plus abouti et plus ambitieux que celui de Gris. Cette courbe de progression est notamment liée à Neva, votre compagnon poilu. En effet, le jeu se déroule au fil de quatre saisons, pendant lesquelles votre louveteau va grandir. Au début, il est trop petit et ne peut qu’interagir avec certains éléments, à votre demande. Mais en grandissant, il pourra se joindre au combat. En développant petit à petit des aptitudes que l’on vous laisse le plaisir de découvrir par vous même. Le faible et peureux louveteau deviendra donc un allié de poids…

Au chapitre des petits points noirs, on reprochera tout d’abord une durée de vie un peu faible. Comptez entre quatre et six heures pour finir le jeu selon votre niveau. Certes, cela laisse le temps aux scénaristes de nous raconter leur histoire, mais le jeu est un tel plaisir que voir soudainement arriver la fin est réellement frustrant. Du point de vue du joueur, on a l’impression de finir l’aventure peu de temps après l’avoir débutée. Autre petit reproche : si on a développé les bonnes idées du jeu plus haut, elles ne sont hélas pas exploitées à fond. Un peu comme si les développeurs n’osaient pas, ou craignaient que le joueur se lasse à force de répéter les mêmes mécaniques… Mais quand elles sont bonnes ou innovantes, autant y aller !

Au final

Neva, c’est clairement le haut du panier en matière de jeux indépendants. Un excellent titre qui prouve que les petits studios, avec un vrai concept et de bonnes idées, peuvent rivaliser avec les plus gros titres. Prouvant aussi au passage qu’il ne faut pas forcément dépenser 80€ pour obtenir un jeu qualitatif et marquant. À moins de 20€, c’est possible aussi. Le jeu est magnifique, son histoire est poignante, son gameplay simple mais efficace… Les formules sont un peu clichés, mais comment le dire autrement ! Neva est un hit, un point c’est tout !

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Nomada Studio nous avait épaté avec Gris. Les Espagnols confirment avec ce Neva qui place la barre encore plus haut. La direction artistique est toujours aussi léchée, la musique de Berlinist toujours aussi géniale, le propos est toujours aussi riche de messages… Mais le gameplay passe au cap supérieur avec des mécaniques et des tentatives bien senties, mais que l’on aurait aimé poussées plus loin. Nomada a passé un cap. On aime par exemple le soin apporté aux détails. Quand par exemple Alba appelle « Neva ! » sur un ton qui peut varier de la douceur à la nervosité en fonction du contexte. Ou le gigantisme de la nature renforcé par un effet simple : des personnages tout petits au centre de l’écran (ce qui peut aussi nuire à la lisibilité).

En résumé, si vous aviez aimé Gris, foncez ! Si vous découvrez ce nom pour la première fois, foncez aussi, vous ne serez pas déçus. Si vous aimez le jeu vidéo en général, foncez là encore ! Car ce n’est pas tous les jours que vous aurez la chance de plonger dans un univers aussi poétique et aussi touchant. On a aimé Neva, mais on l’aimera encore plus quand arrivera la version physique du jeu. Car pour un amoureux des jeux vidéo, le titre espagnol fait partie de ces titres qu’il faut posséder au format physique, et intégrer à sa collection. Bref, c’est un must-have à moins de 20 balles !


Neva

  • Par : Nomada Studio, édité par Devolver
  • Sur : PlayStation, XBox, Switch et PC
  • Genre : aventure, plateforme
  • Classification : PEGI 12
  • Prix : 19,99€
  • Conditions de test : testé sur une version PS5, fournie en amont de la sortie du jeu par l’éditeur
  • Visuellement, c’est magnifique, avec un style « fait à la main » superbe
  • L’histoire bien écrite, et pleine de poésie
  • La connexion émotionnelle entre Alba et Neva
  • L’évolution de Neva
  • La bande-son de Berlinist toujours aussi réussie
  • On est encore plus captivés dans la seconde partie du jeu
  • Un jeu très accessible
  • Le petit prix
  • Une progression très scolaire
  • Un jeu relativement court
  • Les combats qui deviennent vite répétitifs
  • Le challenge pas vraiment relevé