Enfin une version physique en approche

En 2019, annoncé discrètement, un petit jeu indépendant nous tapait dans l’œil. Un jeu narratif avec une direction artistique singulière, qui nous promettait de nous emmener en Nouvelle Aquitaine. Puis, en octobre 2021, Focus Entertainment annonçait un partenariat d’édition pour ce jeu intitulé Dordogne. Ainsi qu’une sortie en 2022. C’est finalement en juillet 2023 qu’est arrivé ce petit bijou…

Derrière le jeu, on retrouve une société bordelaise fondée par Cédric Babouche, Un Je ne Sais Quoi (oui, c’est bien son nom). Elle est spécialisée dans la création audiovisuelle, la publicité (ils ont bossé par exemple pour Total, ou Les 2 Vaches du groupe Danone), l’édition, et le jeu vidéo. « Nous aimons sortir des sentiers battus et développer des projets en les connectant aux médias qui leur conviennent le plus. De l’animation à l’illustration en passant par le jeu vidéo, nous aimons tout et rassemblons les meilleurs artistes, développeurs et producteurs pour faire fonctionner les projets dans lesquels nous participons. » explique la société sur son site internet. Au rayon jeux vidéo, Un Je Ne Sais Quoi signait aussi Mr Tic Toc & the Endless City en 2019 !

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Au développement, UJNSQ a été assisté de Umanimation. Un studio de développement transmédia spécialisé dans l’animation, que vous connaissez peut-être aussi pour Globozone, le spectacle musical et visuel Shangri-La,.. Enfin, le jeu est donc édité par un nom que vous connaissez beaucoup plus, et qui a eu le nez fin en soutenant cette pépite : Focus Entertainment (ex Focus Home). Le Français qui édite également Chants of Sennaar, Banishers, Evil West, A Plague Tale – Requiem, Snowrunner

Le jeu est sorti en juillet 2023, en dématérialisé sur tous les supports. La bonne nouvelle pour les collectionneurs, c’est que l’éditeur Pix’n Love propose des versions physiques de Dordogne en précommande, pour une livraison en septembre. Ici, vous avez le choix entre des versions simples à 39,90€ ou des éditions limitées collector à 149,99€ (jeu+artbook+OST sur vinyle). C’est donc l’occasion de (re)découvrir ce petit bijou, dont l’ambiance va vous emmener en vacances, à la recherche de souvenirs perdus !

Des vacances d’été chez Mamie !

Le jeu s’ouvre en 2002, en nous faisant découvrir Mimi, une jeune femme de 32 ans, qui se rend dans la maison de sa grand-mère qui vient de décéder, en Dordogne à Sarlat. Bien que ses parents tentent de l’en dissuader, Mimi tient à se rendre dans cette maison qu’elle n’a pas revue depuis 20 ans. Depuis ces vacances d’été passées chez Nora, sa Mamie. Jusqu’à ce qu’un événement particulier pousse ses parents à ne plus adresser la parole à Nora. Et donc à empêcher Mimi de voir sa grand-mère qu’elle aimait tant. Et qui lui a laissé une mystérieuse lettre avant de mourir.

Mais Mimi ne se souvient plus de rien. Elle semble avoir perdu la mémoire suite à cet événement. Alors, pour elle, la seule solution est de revoir la maison. Sans doute certains souvenirs vont-ils se réveiller une fois sur place. Et effectivement, une fois arrivée en Dordogne, Mimi replonge dans l’été de ses 12 ans. Au fil de plusieurs flashbacks, le joueur découvre l’histoire de cette petite citadine, seule et perdue dans cette maison inconnue. Mais qui durant ces quatre semaines passées en Dordogne, va devenir une intrépide aventurière, et vivre les vacances les plus incroyables de sa vie…

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Vous l’aurez compris : ce jeu narratif joue avec vos émotions ! Il utilise la bonne grosse ficelle de la Madeleine de Proust. De ces souvenirs d’enfance vécus par Mimi… Mais qui parlera à toutes les joueuses et tous les joueurs. Et très rapidement, comme un lien se tisse entre Mimi et Nora, un rapport privilégié se dessine entre le joueur et Mimi. On s’attache, on s’émeut, on s’émerveille comme cette petite fille… Et on est prêt à parier que certains d’entre vous verseront leur petite larme avec ce magnifique jeu…

Dordogne est d’autant plus touchant que les développeurs ont opté pour une direction artistique qui surprend, et qui ne vous laissera pas indifférents. Le rendu visuel vous offre des tableaux qui semblent peints à l’aquarelle. Et qui peut faire écho à certaines toiles qui, avec la même technique picturale, ont déjà exploré les paysages de Dordogne. On pense par exemple aux aquarelles de Lucien de Maleville, Georges Darnet, Robert Dessales-Quentin, José Corréa… Ou tout simplement Cédric Babouche, puisque le directeur de UJNSQ s’adonne aussi à la peinture à ses heures, et c’est lui qui a tenu à dessiner les décors du jeu. Et nous plonger dans ses propres souvenirs d’enfance…

Le jeu qui joue avec vos émotions

Oui, on l’a déjà dit : Dordogne va vous faire rire, pleurer, vous émouvoir… Mais attendez : derrière cet intertitre se cache aussi un concept de base du gameplay du jeu. Au fil de l’aventure, Mimi trouvera des émotions, dans ses flashbacks, présentés sous forme de mots à collecter (parfois vous devrez choisir entre plusieurs mots, mais vous ne pourrez en sélectionner qu’un). À la fin de chaque chapitre, les émotions en votre possession pourront être utilisées pour écrire des haikus (brefs poèmes japonais), dans les pages de votre journal. D’ailleurs, vous devrez collecter pas mal de choses pendant votre séjour : des photos, des stickers, des sons… Si le jeu peut sembler assez linéaire dans sa construction, il invite toutefois à l’exploration. Et une fois terminé, les complétionnistes devront forcément relancer une seconde, voire une troisième partie pour atteindre le 100%.

Le jeu s’apparente à du point & click : le joueur déplace son personnage dans un décor fixe, et lorsque vous vous approchez de certains objets ou éléments importants, une commande d’interaction s’affiche. Cela peut consister à saisir un objet, prendre une photo, discuter avec un PNJ… L’aventure progresse de manière assez fluide, en vous prenant la main. Un peu trop même parfois. Car bien souvent, les événements s’enchaînent jusqu’à la fin du chapitre, sans vous laisser la possibilité de fouiller. Et il vous faudra saisir toutes les opportunités de sortir des rails, pour trouver les collectibles cachés dans les chapitres. Ou bien relancer l’aventure une seconde fois, pour explorer d’autres possibilités.

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On est clairement ici dans une aventure narrative. Donc une aventure qui n’a aucunement la prétention de vous challenger, son but étant de vous raconter une histoire. Alors, les quelques énigmes que vous rencontrerez ne vous poseront pas vraiment de problème : un peu d’observation et de logique, et ça ne sera qu’une formalité. Avec un total de huit chapitres à boucler, nous voici face au principal point noir du jeu : sa faible durée de vie. Soit un peu plus de 6h lors du premier run, en fouillant au maximum (4h en ligne droite), pour voir la conclusion de l’histoire. Avec néanmoins, comme expliqué plus haut, la possibilité de relancer l’intrigue pour trouver tous les items manquants.

Enfin, pour terminer sur le gameplay, et sur les collectibles, il est important de revenir sur un item en particulier : des cassettes audio à trouver ici et là. On n’en dira pas plus pour ne pas vous spoiler… Mais sachez simplement que, si votre objectif principal est de boucler une intrigue qui met en scène Mimi et sa Grand Mère… Ces cassettes, si vous les trouvez, vont lever le voile sur une autre intrigue, plus secondaire, mais tout aussi émouvante ! Et franchement, on ne peut que vous conseiller de boucler aussi cette quête ! On vous l’a dit : Dordogne est une sorte de matriochka qui vous réserve de belles surprises… En plus d’être une magnifique carte postale pour ce beau département qu’est la Dordogne, avec ses paysages, ses légendes (la coulobre, par exemple)…

Au final

Dordogne est un jeu frustrant ! Il nous offre une aventure magnifique et un dépaysement total, pour ne pas dire qu’à travers les yeux de Mimi, il nous met le nez dans nos propres souvenirs d’enfance. De la tartine beurrée du goûter jusqu’à nos jeux en pleine nature pendant les vacances d’été. Créant ainsi un lien privilégié entre le joueur et cette attachante petite fille. Mais la frustration nous arrive en pleine figure lorsque, au bout de 4 heures en ligne droite ou 6h en trainant un peu pour fouiller, vous voyez défiler le générique de fin ! Frustration renforcée par le fait que, pendant ces 4h, le jeu vous prend par la main, offrant une expérience assez linéaire. Même s’il est nécessaire de fouiller pour trouver tous les secrets…

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Mais l’expérience est frustrante parce que, pendant ce court laps de temps, le joueur a découvert Mimi, son univers, un cadre où on aimerait tous passer ses vacances… Et cette Grand Mère, Nora, tellement attachante ! Le jeu nous renvoie à nos propres souvenirs d’enfance, avec tout l’affect qui va avec. Mais aussi avec toutes ces personnes, qui comptent tellement pour nous, et parfois dont l’absence nous pèse… Dordogne nous offre un cadre que l’on aimerait ne plus quitter… Pourtant, en toute objectivité, aussi courte que soit l’expérience, elle nous raconte ce qu’elle avait à nous raconter. Sans avoir nécessairement besoin d’en dire plus !

Voilà donc toute la richesse de Dordogne, et tout le talent narratif d’Un Je Ne Sais Quoi ! L’histoire du jeu n’est pas la plus originale. Elle est touchante, mais pas bouleversante ! Elle nous sert quelques rebondissements, mais rien qui ne nous fasse réellement bondir sur notre siège ! Non, tout le génie de UNJSQ est de nous replonger dans notre propre enfance ! En réveillant des souvenirs qui font de cette histoire la nôtre… Dordogne était le jeu de l’été en 2023, il l’est toujours en 2024 !


Dordogne

  • Sa direction artistique style « aquarelle » somptueuse
  • Mimi, Nora… Des personnages extrêmement attachants et bien écrits
  • Son histoire nous a fait verser une petite larme
  • Une magnifique carte postale pour le département de la Dordogne
  • La bande-originale
  • En VF
  • Rejouabilité : pas mal de choses à trouver
  • Une aventure extrêmement courte : entre 4h et 6h en ligne droite
  • Le joueur est un peu trop pris par la main