De la suite dans les (bonnes) idées

Si vous êtes un passionné de jeux vidéo, vous avez forcément déjà entendu parler d’Hideo Kojima. Véritable star des réseaux sociaux et des sphères vidéoludiques, ce développeur japonais de 61 ans est autant passionné de jeu vidéo que de cinéma. Kojima, un nom très longtemps associé à Konami, à travers des titres comme Metal Gear (plus de 55 millions d’exemplaires vendus), Castlevania : Lord of Shadows, Policenauts, Zone of The Enders… Bref, Kojima est une figure, un pilier du jeu vidéo !

Et sa carrière va prendre un nouveau tournant en 2016. Konami vient de publier, en septembre 2015, Metal Gear Solid V : the Phantom Pain. Après avoir réalisé une effrayante démo P.T. sur PS4, Hideo Kojima révèle qu’il est en train de travailler sur une suite d’une autre grosse licence de Konami. Un jeu Silent Hills, en collaboration avec deux de ses amis : le réalisateur mexicain Guillermo del Toro (Pacific Rim, Le Labyrinthe de Pan…), et l’acteur américain Norman Reedus (Daryl dans The Walking Dead). La démo P.T. (Playable Teaser) prend alors tout son sens… Mais on apprend aussi qu’il y a des tensions entre Kojima et Konami, depuis des semaines. Et en décembre 2015, c’est le divorce ! Konami garde les droits de Metal Gear Solid, et le projet Silent Hills sera annulé. La démo P.T. retirée du PlayStation Store par Konami.

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Mais Hideo Kojima n’est pas du genre à se laisser abattre aussi facilement. Et cette rupture est, pour lui, l’occasion de créer son propre studio, Kojima Productions. C’est sous ce nouveau label qu’il annonce travailler sur un jeu qui sera exclusif à la PlayStation 4 (dans les faits, il sortira aussi sur PC). Un nouveau jeu que l’on va découvrir en 2019, et qui répond au nom de Death Stranding !

Et devinez quoi ? Le personnage principal est incarné par Norman Reedus, et Guillermo del Toro est aussi au casting dans le rôle de Deadman. Avec 5 millions de ventes en deux ans, le lancement de cette nouvelle licence est plutôt réussi. Sans parler des nombreux prix récoltés, comme le Game Award du Meilleur Jeu d’Acteur pour le comédien Mads Mikkelsen (Cliff Unger dans le jeu).

Un casting à la mesure du projet

Il n’est donc pas vraiment surprenant que Hideo Kojima et PlayStation Studios se retrouvent quelques années plus tard, pour une suite intitulée Death Stranding 2 on the Beach. Une version plus rapide, plus belle, plus fluide… Puisque tournant désormais exclusivement sur PS5 (pas de version PS4). Se déroulant après les événements du premier volet, on en retrouve le casting : Norman Reedus dans le rôle de Sam, Léa Seydoux dans celui de Fragile, Guillermo del Toro (Deadman), Nicolas Winding Refn (Heartman), Tommie Earl-Jenkins (Die-Hardman)… Sans oublier l’excellent Troy Baker (Higgs).

Mais avec de nouvelles têtes : Elle Fanning (Maléfique) est Tomorrow, Shiori Kutsuna (Deadpool 2) incarne Rainy, Luca Marinelli (The Old Guard) est Neil, et Jonathan Roumie prête sa voix à Dollman (inspiré du réalisateur Fatih Akin). Vous pourrez aussi voir l’actrice Debra Wilson (Star Wars Jedi : Survivor), ainsi que le réalisateur George Miller (Mad Max)… Bref, un casting qui n’est pas composé de stars d’Hollywood, mais des actrices et acteurs plus « confidentiels » et qui collent parfaitement aux personnages qu’ils incarnent. L’une des grandes forces du jeu, c’est son casting. L’autre son scénario.

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Alors justement, de quoi parle DS2 (ne lisez pas ce paragraphe si vous n’avez pas terminé DS1) ? Les événements se déroulent 11 mois après les événements du premier épisode. Après avoir vaincu Higgs, avec l’aide de Fragile, et repoussé la fin du monde, Sam s’est retiré avec son BB (Brise Brouillard, le nourrisson qui permet aux porteurs de voir les Échoués/morts). Il a sorti l’enfant (qu’il a appelé Lou, comme sa fille disparue) de sa capsule, et l’élève dans un abri bien caché, tout en continuant à faire des livraisons.

Mais un jour, Lou disparaît, et c’est en compagnie de Fragile que Sam va embarquer à bord du DHV Magellan, un vaisseau pouvant naviguer librement à travers la poix. Objectif : non plus reconnecter les villes des UCA (United Cities of America), mais les autres continents de la nouvelle Pangée. On commence avec le Mexique, puis cap sur l’Australie…

Peu importe la destination, c’est le voyage qui compte

Il m’est arrivé dernièrement une étrange expérience : très fan du jeu Jusant (Don’t Nod), je n’ai pu m’empêcher de le recommander à plusieurs de mes amis, lorsque celui ci est tombé en juillet dans les jeux offerts aux abonnés PS+ (il est aussi gratuit via le GamePass sur XBox). Mais à ma grande surprise, plusieurs ont été rebutés par son gameplay, qui s’articule autour des mécaniques d’escalade. Pourquoi parler ici de Jusant ? Parce que la réaction de mes amis m’a fait immédiatement penser à ma propre expérience avec Death Stranding premier du nom : honnêtement, j’ai détesté son gameplay… Mais j’ai adoré son scénario captivant ! Et je réalise que Death Stranding et Jusant, même combat ! Que l’on accroche ou non à sa jouabilité, le plus important, c’est le voyage ! Ces deux jeux offrent une expérience qui vous marquera à jamais… Mais il faut le mériter, en osant !

On ne va pas se mentir : comme pour le premier Death Stranding, ce sont les phases de gameplay qui pourront diviser les joueurs, dans ce second opus. Et ceci même si, il faut le reconnaître, les phases de « walking simulator » ou de « FedEx simulator » sont moins nombreuses ! Ou plutôt, dans l’espace qu’il laisse entre deux cinématiques, le jeu offre plus de variété dans ses phases de jeu : du tir, de l’infiltration… Et même du versus fighting (si si). Le jeu est simplifié, plus dynamique, et on remarque aussi de nouvelles mécaniques pour les livraisons. Plus de véhicules qui stockent aussi plus de colis, un monorail… Et le DHV Magellan, votre vaisseau/hub qui vous suit (presque) partout… Le jeu intègre aussi un arbre de compétences, assez classique.

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Car tout Kojima qu’il soit, avec son originalité et ses idées qui sortent du rang… On sent toutefois que le réalisateur a été rattrapé par la logique économique du jeu vidéo. Death Stranding 2 est plus « grand public » que son aîné, plus accessible, et sort peu de sa zone de confort. Et on devine qu’à un moment de l’équation, PlayStation Studios a demandé à Kojima de ne pas rendre une copie trop complexe. Et d’ouvrir cet univers au plus grand nombre. Cela passe par exemple par un mode de difficulté qui vous permet de suivre l’histoire sans vraiment galérer sur les phases de gameplay. Ou par un résumé assez complet qui permet aux ceusses qui n’ont pas joué au premier DS de raccrocher les wagons.

Enfin, et comme le premier Death Stranding, ce jeu qui parle de « reconnecter les humains » va au bout de son propos en montrant l’exemple. Grâce notamment à son aspect communautaire : oui, on parle pourtant bien d’une aventure solo. Mais dans Death Stranding, toutes les parties sont connectées, d’une certaine manière. Et n’importe où sur la carte, vous pouvez laisser un message, une échelle, un véhicule, construire des routes… À un endroit clé. Votre « don » sera sans doute utile à un autre joueur, plus tard, lorsqu’il passera par là. Ici, pas de multijoueur au sens propre, mais la possibilité d’aider la communauté. Certains d’ailleurs ont pu se plaindre de la « pollution visuelle » que provoquent ces cadeaux, en surchargeant les paysages… On ne va pas se plaindre de cette mécanique originale… Même si un filtre pour les désactiver aurait pu être une solution pour une immersion totale.

Une réalisation aux petits oignons

Du côté du scénario, s’il reste sombre, avec des passages tristes, plombants… Il apporte aussi beaucoup plus de couleurs dans ce monde si gris. Autrefois, le joueur pouvait se sentir oppressé par une solitude dont la charge s’ajoutait aux lourds paquets posés sur les épaules de Sam. Désormais, notre héros n’est plus seul, et sans vous gâcher la surprise, la notion de « collectif » apporte ici une touche d’espoir, dans un monde qui en a besoin. Oui, le scénario est toujours aussi complexe. Tiré par les cheveux, parfois… Mais il est tellement bien écrit ! Touchant à des thèmes forts et concernants. La vie, la mort, la paternité, l’identité, la guerre, l’écologie… Certes, c’est un peu bateau, mais quand c’est bien écrit, c’est terriblement efficace !

Et que dire des personnages ? Chacun bénéficie d’un solide background, qui rend chaque protagoniste ou antagoniste unique, indispensable à l’aventure. Voire « mémorable » pour certains. Le joueur, lui, s’attache à ce casting qu’il finit par connaître intimement. On retrouve avec plaisir les anciens, mais on apprend aussi à aimer les nouveaux. L’histoire de Rainy fera pleuvoir les larmes. Tout comme celle de Dollman (une poupée animée en stop-motion), ou de Neil Vana. On s’attache même à cette ordure de Higgs, qui se conforte ici comme un antagoniste marquant du jeu vidéo. Jusqu’à un twist final qui sonne comme le bouquet final émotionnel… C’est parfois un peu gros, mais ça fonctionne. Et si vous êtes hyper-émotif, le jeu va vous faire souffrir…

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Pour l’aspect visuel, est-il vraiment nécessaire de développer ? Les screens ou les vidéos que vous verrez sur Internet parlent d’eux mêmes. Et grâce au performant moteur Decima, le tout tourne avec fluidité, sans bug majeur, même sur une PS5 classique. Avec des plans (cinématiques comme phases de gameplay) proches du photoréalisme, Death Stranding 2 peut se targuer d’être l’un des (sinon LE) plus beau(x) jeu(x) de la PlayStation 5 ! Que l’on aime ou non cet univers terne, gluant, dégoulinant… Chaque plan est une claque visuelle. Les environnements sont à couper le souffle. Si l’histoire vous oppresse, les panoramas sont une véritable bouffée d’oxygène. L’acting est aussi à saluer, avec des expressions, des postures, qui rendent les personnages encore plus crédibles et vivants.

Et puis, il faut aussi parler de la bande-son, et en particulier de la musique. Si on retrouve des noms que vous connaissez déjà, comme Ludwig Forsell ou Low Roar (cf Death Stranding), ce deuxième opus invite surtout un Français dans la partie : Woodkid ! Le Lyonnais signe ici une partition magistrale, qui colle au jeu avec une efficacité redoutable. Si To the Wilder vous avait émus (préférez la version en duo avec Elle Fanning), et s’il fait aussi du recyclage (Minus Sixty One, venu de son album S16)… Certains thèmes, comme par exemple Story of Rainy, vont vous dresser les poils des bras ! Ce jeu devrait obligatoirement être vendu avec son OST !!

Un hit qui reste toutefois perfectible

Jusqu’à présent, Death Stranding 2 on the Beach coche toutes les cases du jeu de l’année ! Mais le jeu est-il réellement irréprochable ? Et bien, il faut tout de même lui reconnaître quelques défauts. Le premier, on l’a déjà abordé : même si les développeurs proposent plus de boucles de gameplay, les longs déplacements à travers la map restent majoritaires. Et là, et bien… On aime ou on n’aime pas. Et si vous n’aviez pas aimé le premier épisode, celui-ci sera toujours clivant sur cet aspect. D’autant que, malgré ses nouveautés, le jeu ne prend pas vraiment de risques, quitte à devenir répétitif sur la fin. Son scénario complexe pourra aussi vous perdre si vous n’y mettez pas un minimum d’attention.

La jouabilité peut aussi être un frein, notamment lors des combats, avec un personnage qui manque de précision et de souplesse. La maniabilité est très rigide, et on galère parfois avec les esquives, ou le chargement des armes un peu trop lent. Avec aussi une répartition des touches qui peut aussi être source à confusion. Exemple avec la touche L2 qui sert à la fois à ramasser des objets, et à viser pendant les combats. Je vous laisse imaginer ce qui se passe si vous voulez ramasser un item pendant un gunfight.

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Le dernier point peut faire débat, puisque l’on va maintenant parler de la question de la rejouabilité. Death Stranding 2 est, comme on l’a écrit, un voyage. Et plus particulièrement un voyage qui se fait d’une traite. Ici, pas de collectibles à collectionner, pas vraiment d’inventaire à compléter, et encore moins de choix alternatifs. Alors, une fois l’aventure bouclée, on ne ressent pas vraiment la nécessité d’y retourner (à moins d’être un immense fan et de vouloir refaire le jeu). Comme on l’a vu, Death Stranding 2 est porté par son histoire, ses rebondissements. C’est à la fois une qualité et un défaut. Car une fois que vous connaîtrez son intrigue, l’expérience ne sera plus la même, avec la découverte en moins. Pour un jeu vendu 80€… Vous devrez donc inventer vos propres challenges…

Au final

On ne va pas se mentir : à titre personnel, je n’ai pas davantage aimé les phases de gameplay de Death Stranding 2 que celles de Death Stranding 1. Séquences de rando, ou phases de tir vues et revues dans à peu près 13 milliards de FPS ou jeux d’action… Je ne suis clairement pas client ! D’ailleurs, Hideo Kojima est conscient du fait que son jeu ne pourra pas plaire à tout le monde. Et connaissant le personnage, c’est sans doute même ce qu’il recherche !

Pourtant, Death Stranding 2 on the Beach est sans doute le jeu vidéo le plus marquant auquel j’ai pu jouer ces derniers mois ! Celui dont l’histoire m’a littéralement retourné (en fait, ça se joue avec Clair Obscur), dont la qualité d’écriture m’a rendu totalement accro. Ne pouvant décrocher tant j’ai vécu cette narration comme une addiction, dans le bon sens du terme. Et des personnages tellement réels. Non pas par leur rendu graphique, mais par leur présence… Le tout porté par une bande-son qui est elle-même une forme de narration à part entière. Le jeu m’a envoyé un nombre incalculable de mandales dans la figure, et le pire est que j’ai aimé ça !

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Malgré les nombreux efforts pour rendre le jeu plus accessible, Death Stranding 2 on the Beach n’est pas un jeu pour tous les publics. Il rassemble sur un même CD autant d’éléments qui peuvent diviser les joueurs, que d’ingrédients qui en font un chef d’œuvre. Une suite ambitieuse et éprouvante, visuellement et narrativement bluffante. Et qui affine et enrichit la formule du premier jeu sans totalement la réinventer.

Si vous recherchez une expérience contemplative mêlée à un monde multijoueur connecté et que vous êtes prêt à accepter une narration exigeante et des combats un peu maladroits, le jeu vaut clairement la peine. En revanche, si vous attendiez une rupture esthétique ou mécanique majeure, vous pourriez rester sur votre faim. En résumé, Death Stranding 2 est assurément un très bon jeu, mais pas un très bon jeu qui fera l’unanimité. C’est en tout cas un jeu qui ne laisse personne indifférent.


Death Stranding 2 on the Beach

  • Visuellement, c’est une énorme claque
  • L’écriture magistrale, tant pour l’histoire que pour le background des personnages
  • Une ambiance sonore et visuelle immersive
  • Plus accessible que le 1er épisode
  • Un gameplay plus dynamique
  • Le casting solide et efficace
  • Une solide durée de vie (entre 50 et 70 heures selon le niveau de difficulté et votre niveau de jeu)
  • Le doublage VF
  • Woodkid, Ludwig Forsell… L’OST est une masterclass !
  • Le côté « Fed-Ex simulator » … On accroche ou pas !
  • Pour certains, l’histoire semblera trop complexe
  • Maniabilité qui manque de précision, notamment lors des combats
  • Gameplay trop répétitif sur la fin
  • Faible rejouabilité