The Dark Pictures : The Devil in Me, peur en série

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Et de quatre ! Avec The Devil in Me, la série narrative et horrifique de Bandai-Namco The Dark Pictures Anthology signe à la fois son quatrième opus, et la fin de sa première saison (oui, la suivante a été annoncée). Un hôtel, un tueur en série, une bande de jeunes qui se fait trucider… Supermassive Games est de retour pour nous filer les chocottes. Et forcément, on a eu envie de savoir ce que cela donne…

Les rois de la trouille

Si je vous dit Supermassive Games, il y a de très fortes chances pour que vous me répondiez Killzone, Hidden Agenda ou Until Dawn. Mais ici, c’est le second titre qui va nous intéresser. Car Until Dawn est ce que l’on peut considérer comme le titre fondateur de ce qui va devenir la marque de fabrique du studio britannique : un jeu d’horreur visuellement hyper réaliste, avec une trame narrative qui vous met face à des choix (QTE) qui influeront sur la suite de l’histoire. Signe particulier des jeux Supermassive : ils s’inspirent très fortement des slashers des années 90. Ces films dans lesquels des ados se font assassiner les uns après les autres, alors qu’ils campaient en forêt… Et qu’ils étaient partis chercher du bois pour le feu…

Et puis, en août 2018, lors de la Gamescom, Supermassive Games et Bandai Namco font une surprenante annonce commune. Tous deux annoncent travailler sur une série dans la veine de Until Dawn. Une série, car The Dark Pictures Anthology se composera de plusieurs épisodes, des histoires indépendantes regroupées sous une même identité visuelle. Un peu comme La Quatrième Dimension, ou les Contes de la Crypte à la TV (on aura même un narrateur). Les épisodes sortiront au fil du temps. Supermassive en sera le développeur, et Bandai Namco l’éditeur.

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Un an plus tard, en août 2019, les joueurs découvrent le premier épisode de cette série, Man of Medan. Il nous emmène sur un bateau hanté. Et il sera le seul jeu de la série à sortir en cette période estivale, puisque les autres volets se caleront sur la date d’Halloween. Malin ! Ainsi, Little Hope arrive fin octobre 2020. Et pile un an plus tard, le 22 octobre 2021, on tremble avec House of Ashes.

2022 est une année charnière pour la série. Car le nouveau et quatrième épisode, qui nous intéresse aujourd’hui, est le tout dernier de la première saison. Oui, car il y aura bien une saison 2, comme la fin de Devil in Me nous le montre : comme dans chaque volet, le prochain épisode est teasé avec un trailer bonus. Il s’intitulera Directive 8020, et prend une orientation plus futuriste (le trailer traîne désormais un peu partout sur internet). Et si vous vous posez la question : oui, The Quarry (chez 2K Games) est bien un jeu Supermassive Games, mais non, il ne fait pas partie des Dark Pictures.

Peur en série

Après le bateau hanté, le village de sorcières et les dieux mésopotamiens, Supermassive nous emmène cette fois-ci dans un hôtel. Et voici d’ailleurs ce que nous indique l’éditeur du jeu : « Une équipe de documentaristes reçoit une mystérieuse invitation pour visiter une réplique du « Château des meurtres » du tueur en série H. H. Holmes. Une opportunité presque trop belle pour être vraie, à l’heure où ils cherchent désespérément à regagner l’intérêt du public. »

« L’hôtel semble être le cadre idéal pour leur prochain épisode, mais il leur réserve quelques surprises. L’équipe découvre bientôt qu’elle est surveillée, manipulée, et qu’il y a bien plus en jeu que son taux d’audience ! »

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Décidément, les développeurs continuent à éveiller nos peurs les plus instinctives en jouant avec les grands classiques du cinéma. Et The Devil in Me devient très prometteur lorsque l’on réalise que, après trois opus dans lesquels le joueur ne se sentait pas forcément à l’étroit, excepté peut-être dans House of Ashes qui a pu mettre les claustrophobes en PLS… Ce quatrième épisode nous enferme littéralement dans un décor plus exigu. Dans un hôtel, dans une barraque, dans un manoir avec ses couloirs étriqués. Souvenez-vous du premier Resident Evil et du manoir Spencer. Ou du septième épisode et de la maison des Baker… Vous voyez où je veux en venir…

Et puis, dernier détail et non des moindres… Le jeu se donne encore plus de crédibilité en s’appuyant sur des faits réels. Le fameux tueur en série, Henry Howard Holmes, a bien existé. Il est même considéré comme le premier tueur en série américain. Il ouvre son hôtel à Chicago, dans le quartier d’Englewood, en 1893 (pendant l’expo universelle), et c’est ici qu’il va assassiner des clients. Lors de son procès, il avoue 27 meurtres, mais on considère aujourd’hui qu’il aurait tué plus de 200 personnes. Arrêté puis condamné à la peine capitale, il est pendu le 7 mai 1896 à la prison de Moyamensing… Oui, ce quatrième opus devient encore plus flippant car il est le moins « surnaturel » des quatre, s’appuyant sur des faits et non plus sur des légendes urbaines.

Une formule déjà vue, mais qui fonctionne toujours

En matière de gameplay, The Devil in Me ne va pas vraiment révolutionner le concept. Nous sommes ici dans un jeu narratif. À grand renfort de cinématiques époustouflantes, il vous met la pression et joue sur vos peurs en vous mettant face à votre conscience. L’histoire se déroule et soudain, un QTE ! Vous devez réagir vite, et faire un choix (souvent difficile) qui aura des conséquences sur la suite de l’histoire. Un cheminement qui vous semble logique peut conduire à la mort violente de l’un des personnages. Vous donnant parfois l’impression que VOUS êtes le monstre. Car le but du jeu est évidemment de finir l’aventure en sauvant le maximum de protagonistes. Sur le principe, on peut donc craindre de voir un cheminement vu et revu auparavant.

On ne va pas se mentir : si Man of Medan jouissait de l’avantage de la nouveauté, l’effet de surprise s’est estompée avec le temps. Vous savez désormais que dans les jeux Dark Pictures, il y aura des situations douloureuses, des jump scares, et les poncifs des films d’horreur des années 80/90. Pourtant, le jeu parvient à nous surprendre agréablement. Les jump scares sont de ceux que l’on voit venir, mais qui nous font tout de même sursauter. Et l’angoisse est au rendez-vous pour le joueur, notamment à cause de ce château labyrinthique, qui est lui-même une mécanique de la peur : les caméras de surveillance, les glaces sans tain, les micros, et les animatroniques flippants… Ajoutent au caractère oppressant de cet hôtel où la mort peut surgir de nulle part, à n’importe quel moment.

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En matière de gameplay, on reprend l’existant, mais avec quelques nouveautés. Le titre de Supermassive reprenant certaines mécaniques qui avaient disparu de la série, comme les battements de cœur à marquer en rythme pour rester discret. Le panel d’actions est ici très complet : on peut se déplacer, saisir des objets pour les observer, forcer des portes, se démener lors de phases de visées limitées… Et rassurez-vous : les prémonitions sont toujours de la partie. Ces animations à trouver dans le jeu sont de précieux indices pour éviter des morts certaines plus tard… À condition de les interpréter correctement, bien évidemment.

The Devil in Me offre un panel très intéressant et très complet d’actions à accomplir. Et le joueur devra utiliser de nombreux accessoires pour progresser, ou pour résoudre des énigmes. Un casque pour écouter les sons, un appareil photo, des pinces pour forcer les serrures, un monopode pour atteindre les objets en hauteur… Ou encore un multimètre pour jouer les électriciens lorsque les fusibles deviennent le prétexte à une petite phase de puzzle… Au risque de vous surprendre, The Devil in Me pousse la jouabilité encore plus loin que d’habitude. Et ses différentes fins possibles lui assurent une rejouabilité qui pèse dans la balance, face à une durée de vie d’environ 7 ou 8 heures pour un run.

Le meilleur personnage n’est pas celui que vous croyez

Dans The Devil in Me, il y a des choses qui fonctionnent, et d’autres beaucoup moins. Et parmi les points les plus décevants, on peut par exemple citer le casting. Enfin… Presque ! En effet, on pourra reprocher au jeu de nous dérouler des profils très (trop) stéréotypés dans la team des victimes à sauver. Des poncifs du film de série B, quoi ! Donc, rien de bien surprenant avec ces personnages qui manquent parfois de personnalité, tant dans leur écriture que dans le gameplay (ah, les sidekicks qui restent dans vos pattes). Au point que l’on en oublierait presque que notre but est de sauver un maximum de membres de l’équipe. Et hélas, la présence au générique de l’actrice Jessie Buckley (nominée aux Oscar 2022 pour son second rôle dans The Lost Daughter) ne suffit pas toujours à redresser la barre.

Heureusement, ce n’est pas toujours le cas. Et on retiendra néanmoins quelques personnages mieux écrits, plus marquants. C’est par exemple le cas du tueur, dont je n’en dirai pas plus pour préserver le mystère. Mais sachez que c’est sans aucun doute le meilleur personnage du jeu. De même, et si nous ne parlons plus ici de personnage véritablement physique, on note une écriture particulièrement réussie concernant l’hôtel lui-même… Tellement bien imaginé qu’il en deviendrait presque organique. Donc un personnage à part entière du jeu. Un point qui relève le scénario, puisque ces deux profils vont, presque à eux seuls, porter ce jeu d’horreur. Presque autant que ce brave conservateur, charismatique narrateur que l’on aime tant retrouver à chaque épisode, tant sa présence pourrait presque devenir rassurante.

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Pour le reste, le jeu de Supermassive Games est techniquement assez propre. Malgré quelques chutes de framerate et quelques petits bugs d’affichage sur PS4, il fait le job. Et nous en met plein la vue, avec ses cinématiques incroyablement belles dans leur représentation de l’horreur. Le tout est mis en valeur par les mélodies, tantôt discrètes, tantôt angoissantes de Jason Graves. Ici, rien de tonitruant, mais des musiques qui sonnent juste, au bon moment, comme pour vous dire qu’il va se passer un truc… Ou que vous pouvez commencer à pétocher.

Enfin, le dernier défaut majeur pointé dans The Devil in Me est le rythme en dents de scie. Ici, la peur ne va pas crescendo… Mais est parfois coupée dans son élan à cause d’éléments, quelques longueurs qui viennent casser le rythme de l’histoire. Rien de fondamentalement méchant, mais cela peut surprendre. Surtout lorsque le joueur est aspiré dans l’histoire, le souffle coupé, dans l’attente d’un dénouement qui se fait attendre, du coup.

Au final

Globalement, et malgré quelques petites imperfections, on peut vraiment dire que cette première saison de The Dark Pictures Anthology se termine bien. Non pas comme elle a commencé, mais au contraire avec un épisode qui apporte une certaine diversité, et une approche très différente de ce qui s’était vu jusqu’à présent. La série aurait pu s’enliser dans un certain manque d’originalité, voire s’essouffler à force de nous ressortir, encore et encore, les mêmes ficelles… Mais en choisissant une direction différente, car plus réaliste (et donc plus effrayante encore), Supermassive Games et Bandai Namco parviennent à nous surprendre.

C’est avec brio que The Devil in Me, comme les précédents épisodes, joue avec les codes et les clichés de la bonne vieille série B des années 90. Et ce qui, sur grand écran, pourrait apparaître comme une forme de paresse scénaristique, devient ici un solide argument, clairement assumé, pour jouer avec nos peurs les plus intestines. En quatre épisodes, Supermassive a su tirer profit de quatre thématiques tellement différentes ! Tout en gardant quelques pistes inédites pour la suite (l’horreur dans l’espace, par exemple 😉

The Devil in Me est une bonne conclusion pour The Dark Pictures (du moins sa première saison). Et sans doute même la meilleure excuse pour nous donner envie d’aller voir plus loin, avec une saison 2 qui est attendue pour 2023. Si vous avez aimé les premiers chapitres, celui-ci ne vous décevra pas. Si ce n’est pas le cas, pas de panique : chaque histoire est indépendante des autres. Donc…


The Dark Pictures Anthology : The Devil in Me

Points positifs :
  • Visuellement, toujours aussi impressionnant
  • L’écriture : le récit fonctionne plutôt bien
  • Plusieurs fins à découvrir
  • Inspiré de faits réels, l’épisode le moins « surnaturel » de la quadrilogie
  • L’ambiance géniale dans le manoir, qui est un personnage à lui tout seul
  • Le tueur
  • Les jump scares qui fonctionnent bien
  • Des choix parfois vraiment difficiles
  • Les musiques de Jason Graves
  • Le doublage VF
Points négatifs :
  • Problème de rythme : des lenteurs dans la narration
  • Soucis de synchronisation labiale, quelques petits bugs
  • Quelques moments prévisibles
  • Beaucoup de personnages assez génériques

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