Après quasiment six ans d’attente (depuis son annonce), le nouveau jeu de chez Capcom est enfin là ! Pragmata arrive avec pour ambition d’installer une nouvelle licence dans le catalogue du studio derrière Resident Evil, Street Fighter ou Monster Hunter. On change d’ambiance pour découvrir une aventure aux couleurs du Space Opéra, avec un soupçon de huis-clos oppressant, et une bonne dose de combats dans la démesure, à la façon d’un NieR Automata. Pragmata n’est pas forcément le jeu qui a le plus fait parler de lui dernièrement… Mais c’est une énorme surprise qui le classe d’entrée parmi les meilleurs jeux de ce début 2026. Explications !
Nouvelle licence… Arrivée en force
Avec Pragmata, une nouvelle IP (propriété intellectuelle), Capcom cloue le bec de tous ceux qui disent, haut et fort, que l’éditeur japonais ne sait plus créer de nouveaux jeux. Et qu’il a, depuis quelques années, une fâcheuse tendance à se reposer sur ses licences phares. Telles que Street Fighter, Resident Evil, Mega-Man, Devil May Cry, Monster Hunter ou encore Onimusha. Après, il est aussi tout à fait possible de voir le problème dans le sens opposé : Capcom continue à exploiter ses licences phares car elles marchent ! Certaines accusant le poids des décennies (coucou Street Fighter ou Mega-Man), mais sans pour autant devenir ringardes ou dépassées ! C’est un fait (et non un jugement) : Capcom est une usine à franchises !
Alors, quand ce géant du jeu vidéo annonce une toute nouvelle IP, forcément on l’attend au tournant tant l’exercice est périlleux (on se demande toujours ce que devient Exoprimal, leur FPS multi sorti en 2023) ! Petit rappel des faits : on est en juin 2020. On ne sait toujours pas si l’on peut sortir de chez soi sans choper le covid-19, et la pandémie a contraint les éditeurs à proposer des shows en vidéo, plutôt qu’en chair et en os à Los Angeles (oui, le covid a aussi tué l’E3). Lors du show PlayStation, Capcom nous sort un trailer complètement barré et incompréhensible (car non contextualisé), au point que l’on croit tout d’abord à un nouveau délire d’Hideo Kojima. Les graphismes sont époustouflants : pour rappel, on ne connait pas encore des capacités la PS5 qui arrivera quelques mois plus tard. Et lors de la même conférence, Capcom dévoile Resident Evil Village).
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Ce jeu aussi mystérieux que fascinant se nomme Pragmata, et il est annoncé pour 2022 ! En un peu plus de deux minutes, Capcom est parvenu à créer une grosse attente autour d’une licence dont personne n’a jamais entendu parler ! Hélas, la suite sera beaucoup moins rose : en 2021, Capcom met son agenda à jour en repoussant le jeu à 2023. Et en 2023, le jeu n’est toujours pas prêt : il est à nouveau repoussé, mais à une date indéterminée… Et puis, silence radio. Du moins, jusqu’en juin 2025, où Capcom profite d’un State of Play (PlayStation) pour dévoiler une nouvelle fenêtre de sortie, désormais calée à 2026 (le 24 avril plus précisément). Soit trois reports majeurs et un développement qui, vu de l’extérieur, semble avoir été chaotique… Pour ne pas dire « lunaire » (je n’ai pas pu résister) !
La maison Capcom est bien consciente de la gêne ressentie tant par les joueurs que par la presse spécialisée, suite à tous ces reports. Au point, même, d’en jouer avec humour ! En mars 2026, dans un nouveau trailer, on retrouve le désormais traditionnel message « sorry » des développeurs, signifiant un changement de date ! Mais avant que les joueurs n’aient le temps de péter un câble, la date du 24 avril se raye, pour laisser s’inscrire un 17 avril de soulagement ! Soit une semaine plus tôt que prévu : la blague s’avère être, au final, un joli cadeau pour récompenser la patience de la communauté…
La farce cachée de la lune



Oubliez le Japon féodal ou les lieux lugubres remplis de zombies ! Avec Pragmata, Capcom nous invite dans un tout autre univers, dans une toute nouvelle ambiance. Ici, le joueur plonge dans une atmosphère de science-fiction qui, il faut bien l’admettre, fait un bien fou ! D’ailleurs, en jouant, je ne pouvais m’empêcher d’avoir plein de références cinématographiques qui me passaient par la tête, tant pour l’ambiance justement, que pour le propos et le scénario. En vrac, j’ai envie de vous citer 2001 Odyssée de l’Espace, Interstellar, I-Robot, Moon, Ad Astra, Ghost in the Shell ou encore Terminator pour ne citer que ceux là. Si vous aimez un (ou plusieurs) de ces films, alors vous allez vous sentir « comme à la maison » en jouant à Pragmata.
Dans un futur dystopique, le joueur incarne Hugh Williams qui, avec trois autres astronautes, s’apprêtent à se poser sur la Lune pour une mission de sauvetage. Dans une base lunaire, qui n’est rien d’autre qu’une gigantesque imprimante 3D (capable de modéliser des bâtiments entiers, grâce à une nouvelle richesse appelée Lunafibre), plus personne ne répond. Arrivés sur place, les quatre hommes découvrent une station complètement déserte, mais en désordre. Forcément, ça tourne mal, et Hugh se retrouve très vite isolé face à des robots hostiles. Ils sont pilotés par IDUS, l’IA qui contrôle la station. Heureusement, Hugh est sauvé de justesse par D-I-0336-7, une androïde à l’apparence d’une fillette, une Pragmata. Pour des raisons de facilité, il décide de la renommer Diana… On n’en dira pas plus !
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Le scénario de Pragmata n’est pas le plus original. Vous serez peu, voire pas du tout surpris par ses rebondissements si vous êtes un amateur du genre, qu’il s’agisse de jeux vidéo ou de cinéma. On sent les influences, les inspirations, mais finalement peu d’originalité dans la trame principale. Pourtant, ça fonctionne ! Justement parce que le jeu rend hommage plutôt qu’il ne plagie. C’est même assez déroutant de voir un jeu enrobé comme un AAA, mais qui privilégie l’ambiance contemplative plutôt que le spectacle explosif. On s’attendait à des envolées narratives, mais Pragmata nous sert une SF froide, un récit volontairement mystérieux, presque abstrait, qui nous force à l’introspection.
La succulente saveur de cette recette tient essentiellement à un ingrédient sans lequel le plat serait fade : la relation entre Hugh l’Humain, et Diana l’Androïde. C’est le cœur du jeu ! Cette relation est touchante, sincère, parfois surprenante… Et c’est elle, justement, qui apporte douceur et chaleur à cet univers froid et technologique. D’une certaine manière, ce lien me fait énormément penser à une autre relation forte du jeu vidéo : celle que l’on a découvert entre Ellie et Joël, dans The Last of Us. Et quelle écriture autour des personnages ! Que dire des mimiques, expressions et attitudes de Diana, qui se comporte (vraiment) comme une enfant de cinq ans…
Un gameplay en deux temps



Un ennemi vous fait face. Vous dégainez votre arme, vous tirez et… Rien, il ne subit quasiment aucun dégât. La raison ? Hugh s’en rendra vite compte par lui-même : pour toucher un robot, il faut d’abord désactiver son bouclier. Et ça, c’est le boulot de Diana… C’est l’originalité de Pragmata : le gameplay se déroule en deux temps, mais en temps réel. Tout d’abord, Diana doit résoudre un puzzle afin de hacker l’ennemi. Il s’agit ici, simplement, de déplacer un curseur sur une grille, jusqu’à un nœud central, en évitant des obstacles. Simple au départ, cette mécanique se complexifie par la suite. Avec notamment des grilles plus grandes, ou la possibilité de hacker plusieurs ennemis en même temps.
Ceci étant fait, c’est là que Hugh entre en scène. Son truc à lui, c’est le tir de précision, dans les points faibles des bots. Avec des armes qui nécessitent un temps de refroidissement si vous aspergez un peu trop. Mais des armes que vous pourrez améliorer (tout comme votre combinaison ou les pouvoirs de hack de Diana) contre des points de compétences, en passant par Le Refuge. Comme son nom le suggère, le Refuge est un hub central où rien ne peut vous atteindre. Parfait, donc, pour crafter des armes, se reposer, ou se lier d’amitié avec Cabin, un robot qui fait office de « comic relief » dans un jeu au ton très sérieux. Lors des combats, Diana et Hugh peuvent aussi parfois lâcher une attaque spéciale, un finish qui fait très mal !
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Cette mécanique « double » est une réussite, originale et engageante, qui casse les codes et les repères du jeu d’action. C’est une manière assez maline de vous mettre un chrono sur la tête, sans l’afficher à l’écran. Pendant que Diana pirate l’ennemi, Hugh assiste impuissant à cet adversaire qui se rapproche, qui prépare son attaque. Visuellement et mentalement, ça peut stresser. Et lorsque nous sommes sur des hacks un peu complexes, on peut vite paniquer, faire n’importe quoi dans la précipitation… Et le payer cash ! Ce qui ne signifie pas que c’est impossible ! Et la manipulation reste très accessible. La victoire sur les ennemis est particulièrement gratifiante. Surtout sur les boss d’ailleurs. Car on va aussi croiser régulièrement de grosses machines, à la manière d’un NieR Automata !
En revanche, pour terminer sur le gameplay, on lui a trouvé deux points négatifs. Tout d’abord, le rythme : malgré ses bonnes idées, la construction de Pragmata est très académique. On planifie sa mission dans le hub, on part traverser un niveau, on bat un boss, on revient au hub, etc. Enfin, il me semble que Capcom passe à côté d’une opportunité : Pragmata est un jeu solo ! Avec une mécanique qui se prête à merveille à du jeu en coop. Alors, ça devient incompréhensible : où est passé le mode coopératif ? Cette absence est tellement évidente qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’un mode 2 joueurs arrivera avec une mise à jour future. En tout cas, on a envie de voir…
Quelques fausses notes qui lui font louper le « sans faute »



Comme je l’ai écrit plus haut, l’une des plus belles réussites de Pragmata, c’est son ambiance. Une atmosphère Sci-Fi pesante, sombre, froide pour ne pas dire glaciale. Avec la relation entre Hugh et Diana pour seule forme de chaleur. Le choix du cadre, la Lune, est aussi très malin, puisqu’il ajoute l’isolement à la longue liste de choses pas forcément agréables, et auxquelles le joueur n’a pas vraiment envie d’être confronté. Pragmata, c’est un monde de contrastes, d’oppositions. L’humain, charnel et minuscule, face à la froideur et à la démesure de la technologie qui se rebelle contre son créateur. Un terrain de jeu qui semble immense, mais qui rend souvent claustrophobe… Ou mieux : un humain un peu rigide qui ressemble à un robot, enfermé dans son armure… Face à une gamine artificielle mais terriblement humaine par son innocence et ses réactions enfantines.
Cette ambiance est servie par une technique aux petits oignons. Les décors sont sublimes, et la modélisation des visages, le rendu des cheveux de Diana… Prouvent que cette génération de machines, qui arrive en fin de cycle, en a encore sous le capot. Malgré quelques petits soucis techniques, notamment le placement de caméra dans les endroits exigus, la réalisation de Pragmata est solide ! On a aussi noté quelques problèmes visuels, comme un aliasing assez prononcé sur les plans extérieurs… Mais vraiment rien de dramatique. Juste de quoi empêcher le jeu d’obtenir la note parfaite 😉
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Pour être honnête, on peut lister encore quelques points qui empêchent Pragmata d’accéder au statut de meilleur jeu de l’année. Une musique plutôt chouette, mais beaucoup trop discrète… On a parlé plus haut des boucles de gameplay qui finissent par devenir répétitives… Mais on pourrait aussi parler de sa structure peut-être un peu trop classique. La progression (hub, couloirs, arènes, boss, checkpoints), par exemple, fait très old school pour un jeu qui capitalise sur l’originalité. Le level design est parfois peu surprenant, et on a une impression fréquente de déjà-vu, malgré plein de bonnes idées. Autrement dit, on a donc un gameplay assez novateur, mais dans un jeu qui utilise une structure, un squelette, qui date.
Enfin, on pourrait chipoter encore un peu plus en parlant du scénario, peut-être lui aussi trop générique… Mais certainement trop effacé par l’écriture autour du duo Hugh-Diana, très réussi mais qui aspire toute l’attention. L’histoire globale, certains autres protagonistes ou les enjeux deviennent plus secondaires, et c’est bien dommage. Il en résulte un jeu qui se termine entre 12 et 15 heures, selon votre manière de jouer. Une durée qui peut sembler courte, mais… Oui et non ! On aurait voulu prolonger l’expérience, certes. Mais étrangement, cette durée de vie me semble parfaite pour un tel jeu : le rythme est dense jusqu’à la fin, sans nous donner l’impression de faire du remplissage. Idem pour le scénario, qui nous raconte tout ce qu’il a à dire, sans en rajouter. Pragmata s’arrête au bon moment, et je pense que s’il avait été plus long, il n’aurait pas forcément été meilleur !
Au final



Pragmata, c’est l’exemple type du jeu qui ne vise pas forcément les sommets, mais qui est bien pensé, bien fichu, avec un scénario maîtrisé (il est scolaire, générique, mais bien écrit) et un gameplay solide… Qui peut venir jouer dans la cour des titres qui nous auront le plus marqué ce début d’année. Il s’est fait désirer, mais maintenant qu’il est là, on ne regrette pas du tout cette attente. Pragmata nous avait impressionnés dès les premières images avant même la sortie de la PS5 ou de la Series X/S… Six ans plus tard, alors que ces machines arrivent en fin de cycle, le jeu de Capcom parvient encore à nous surprendre, et parfois même à nous éblouir ! Ce qu’il fait avec modération, il le fait bien !
À une époque où beaucoup ne se foulent plus, et nous resservent des remasters HD à gogo… La force de Pragmata est de parvenir à inventer une mécanique forte, et de créer un duo attachant, un lien que l’on n’avait pas ressenti depuis Ellie et Joël. En revanche, il a aussi des défauts que l’on ne peut ignorer : une structure trop classique et un scénario moins marquant que son concept. Et c’est bien dommage car ces aspects, aussi anodins qu’ils puissent paraître, sont justement ce qui fait que Pragmata est un très bon jeu… Sans être un chef d’œuvre.
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C’est drôle de constater que le timing fait que plusieurs gros jeux vont nous faire voyager dans l’espace, ce printemps : Saros, Aphelion, Pragmata… Pour les autres, on en reparle plus tard. Mais concernant Pragmata, on n’a clairement pas été déçus du voyage. Pour ma part, j’ai adoré : on est sur le haut du panier, et c’est sans doute l’un des jeux que l’on retiendra en fin d’année… Quand il faudra reparler des meilleurs titres de 2026 !
Pragmata

- Par : Capcom
- Sur : PS5, XBox Series, Switch 2, et PC
- Genre : action/aventure
- Classification : PEGI 16
- Prix : 59,99€ pour la version standard
- Conditions de test : testé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur
Les points positifs
- Visuellement, c’est une claque
- L’ambiance globale
- Le doublage
- Le lien entre Hugh et Diana, très bien écrit et chargé à bloc en émotion
- Diana, et son comportement très réaliste
- Des décors superbes
- Les mécaniques de combat : original, et ça fonctionne bien
- Durée de vie : entre 10 et 15 heures, il ne fallait pas plus…
- … Mais durée de vie x2 si vous refaites un run pour tenter le 100%
- Les boss
- Des combats gratifiants
Les points négatifs
- Une construction trop académique
- Une musique trop discrète
- Un scénario assez scolaire, qui manque parfois de profondeur et de développement
- Diana qui va tester vos limites avec les enfants, tant elle est hyperactive et bavarde 😉
- Quelques pics de difficulté
- Où est le mode coop ?
- Quelques soucis de placement de caméra
- De l’aliasing
