Oubliez New Bordeaux et l’ambiance américaine des jeux Mafia ! Avec Mafia : The Old Country, Hangar 13 et 2K Games nous transportent en Sicile, au début du XXe siècle, aux prémices de la Cosa Nostra. Changement d’univers et d’ambiance, donc, pour cette nouvelle production disponible sur PC, PS5 et XBox Series depuis le 8 août. Et après avoir terminé cette belle aventure, il est temps de vous donner notre verdict sur le jeu que nous attendions le plus cet été 2025 ! Aussi beau et rythmé qu’un feuilleton estival, que vaut ce préquel en matière de jouabilité ? On vous dit tout.
Une histoire de famille chez 2K Games
L’association entre le thème de la Mafia et les jeux vidéo, ce n’est pas quelque chose de nouveau. The Godfather (adaptation du film éponyme), Omerta : City of Gangsters, Empire of Sin, Scarface, The Getaway, L.A. Noire, voire d’une certaine manière les parodiques Saints Row… Mais à bien y réfléchir, deux noms vont instantanément vous venir à l’esprit. La série Yakuza/Like a Dragon, de Sega, qu’en bon fan qui se respecte, j’ai pu retourner en long et en large… Et puis, la saga tout simplement intitulée Mafia, chez 2K Games. Série apparue en 2002, et qui compte à ce jour trois épisodes canons, et un remake.
Une série qui, on ne peut le nier, puise son inspiration dans le cinéma de genre. Et là, on va retrouver des titres déjà cités plus haut. Scarface évidemment (de Brian de Palma en 1983, avec Al Pacino), Il Était une fois le Bronx (Robert de Niro en 1984) avec Robert de Niro et Joe Pesci, Les Infiltrés (Martin Scorsese en 2006)… Et bien évidemment LA référence, masterclass absolue, Le Parrain (1972), de Francis Ford Coppola, avec Marlon Brando et Al Pacino… Film qui aura d’ailleurs deux suites, dont Le Parrain II en 1974, qui lui, va nourrir quelques clins d’œil dans Mafia : The Old Country, mais on n’en dira pas plus…
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Pour rester dans l’analogie avec la Mafia, l’histoire du jeu vidéo éponyme est une histoire de famille ! Le premier, Mafia: The City of Lost Heaven, est sorti en 2002, développé par Illusion Softworks. Studio qui, suite à son rachat par Take Two Interactive en 2007, va devenir 2K Czech, antenne tchèque de 2K Games. En 2010 sort la suite du jeu, Mafia II, un jeu une nouvelle fois développé par 2K Czech. D’ailleurs, pour l’anecdote, sachez que le scénariste des deux premiers épisodes n’est nul autre que Daniel Vàvra, qui va fonder Warhorse Studios en 2009… Le studio à qui l’on doit l’excellente série Kingdom Come Deliverance.
Mais revenons à nos mafieux ! En 2014, 2K crée le studio Hangar 13. Assisté par 2K Czech, il publie en 2016 son tout premier jeu : Mafia III. Un peu plus tard, c’est ce même studio qui prendra en charge Mafia : Definitive Edition (le remake du premier opus, en 2020) ou encore la compilation Mafia Trilogy. Et après quelques pauses pour développer par exemple Borderlands : the Handsome Collection ou Top Spin 2K25… Hangar 13 met en chantier un certain Mafia : the Old Country. Annoncé il y a tout juste un an, lors de l’Opening Night Live de la gamescom 2024, on apprenait alors que ce nouveau jeu serait une préquelle de la série…
Changement d’ambiance : bienvenue au début du XXe siècle



Comme écrit dans l’introduction de ce test, ce nouvel épisode nous emmène loin des États Unis, puisque notre aventure démarre au tout début des années 1900, dans cette bonne vieille Europe. Plus précisément en Sicile. Aux racines mêmes de la Cosa Nostra, à peine quelques décennies après l’apparition de cette organisation criminelle structurée. On y découvre un nouveau protagoniste, Enzo Favara. Un jeune « carusu » (garçon) qui gagne sa vie dans les mines de souffre, en rêvant d’ascension sociale. Loin des buildings et des tripots du nouveau monde, Enzo évolue dans un monde baigné de soleil, au milieu des vignes et des oliviers, tandis que l’automobile est encore une curiosité, et que la Première Guerre Mondiale n’a pas encore eu lieu. Jusqu’à ce que Enzo fasse la rencontre de Don Torrisi…
On ne va pas tourner autour du pot : visuellement, le jeu est magnifique ! C’est coloré, détaillé, immersif au possible… On se croirait vraiment en balade en Italie ! Tournant sous Unreal Engine 5, le jeu offre de superbes panoramas, des jeux de lumière, et des effets de particules (poussière, étincelles) réussis. Hormis quelques légers bugs de collision, le soft tourne superbement sur la version PS5 que nous avons eu entre les mains. On aime aussi la façon dont The Old Country retranscrit la Sicile du début du XXe siècle ! Là encore, c’est une superbe invitation au voyage, mais dans le temps cette fois. Un aspect technique qui nous fait donc parfois oublier l’histoire, et nous plonge dans une contemplation vraiment agréable à vivre.
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Toujours concernant l’aspect technique, l’autre bonne surprise vient de la bande sonore du jeu. Et là encore, c’est une réussite sur tous les plans ! Qu’il s’agisse de la bande originale avec ses chœurs et ses chants traditionnels italiens, qui se partagent la playlist avec des morceaux plus cinématographiques… La version que nous avons testée propose aussi l’OST du jeu sous forme numérique. Avec un petit regret : l’obligation de l’écouter via le menu du jeu. Pouvoir l’importer en mp3 pour l’écouter n’importe où aurait été un vrai plus. On espère aussi une sortie vinyle de l’OST de Mafia : the Old Country ! Son toujours, avec un doublage vraiment qualitatif ! Vous pouvez choisir plusieurs langues, les deux meilleures options étant les voix italiennes sous-titrées en VF pour plus d’immersion… Ou une VF qualitative pour suivre l’histoire avec plus de confort !
Enfin, on aime aussi le storytelling, avec un jeu découpé en chapitres. Après un début un peu lent, l’histoire nous embarque sans temps mort, jusqu’à un dernier tiers où tout s’accélère, où la tension s’installe jusqu’au dénouement. Au point qu’interrompre la partie, sauvegarder pour y revenir plus tard, demande parfois un effort surhumain. Si Mafia : the Old Country était une série Netflix, ce serait sans doute cette saga que l’on a envie de binge watcher… Avec une bouteille de Nero d’Avola et une caponata sur la table basse. Avec toutefois un regret : si l’on compte entre 10 et 15 heures pour finir le jeu (selon votre niveau, et le niveau de difficulté choisi), la fin laisse comme un vide. On serait bien resté encore un peu aux côtés d’Enzo…
Vrai jeu d’aventure ou rail-shooter ?



Il est temps d’aborder le point qui risque le plus de diviser les joueurs : Mafia: the Old Country est (impossible de le nier) un jeu extrêmement linéaire ! Ici, on ne parlera même plus de couloir tant le joueur a constamment l’impression d’être dans un tube, qui le pousse jusqu’à la fin. Sans aucune possibilité de s’écarter de la route (quand vous sortez du cadre, le jeu vous rappelle à l’ordre en vous demandant de revenir dans la zone de mission dans les 15 secondes). Alors tant pis : on suit l’objectif, et c’est tout ! Un comble dans un jeu aux paysages tellement magnifiques qu’ils ne donnent qu’une envie : partir explorer !
Mafia : the Old Country est-il un mauvais jeu pour autant ? Et bien… Chacun verra midi à sa porte. Pour ma part, je ne lui jetterai pas la première pierre ! Oui, cet immense couloir est frustrant ! Mais aujourd’hui, 95% des jeux vidéo (à la louche) sont des openworlds, construits sur un même modèle, bien souvent inspiré par Skyrim ou Assassin’s Creed. Aujourd’hui, le jeu en monde ouvert est véritablement devenu une zone de confort, pour ne pas parler de solution de facilité. C’est un constat que beaucoup critiquent, justement. Alors non, la construction, l’architecture de Mafia the Old Country n’est pas un défaut ! C’est justement une façon de sortir du lot, une prise de risque à sa manière. Et si on essayait d’apprécier le jeu de Hangar 13 pour ce qu’il est, et non pour ce que nous aurions voulu qu’il soit ?
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En revanche, il est plus difficile de fermer les yeux sur la redondance très marquée dans les boucles de gameplay : phase de tir, poursuites, infiltration, combats au couteau (très nombreux, il ne faut pas le chercher, Enzo)… On prend les mêmes, et on les déroule à tour de rôle jusqu’à la fin du jeu. Avec des séquences qui finissent très vite par devenir répétitives, sans connaître réellement d’évolution au fil de l’aventure. Autre que les spécificités et capacités liées aux différents types d’armes, je veux dire. Bien que ces séquences ne soient pas complètement insurmontables, il faut avouer que leur redondance peut parfois décourager. Du vécu pour moi, avec pas mal de phases d’infiltration. Un type de gameplay que je n’apprécie pas plus que ça.
C’est justement sur ce terrain que l’on attendait le jeu. Car une belle histoire, c’est chouette ! Mais pour l’accompagner, un gameplay qui ose tenter des choses, c’est mieux ! Et c’est justement ce qui manque, à ce Mafia the Old Country qui, globalement, reste très traditionnel, ou académique. En reprenant des phases déjà vues ailleurs, sans apporter sa touche personnelle. Un exemple ? Pour localiser vos ennemis lors des phases d’infiltration, vous disposez d’une vue qui vous fera beaucoup penser à la vision d’aigle de Assassin’s Creed (on retrouve même l’IA peu réactive d’AC).
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Cependant, rendons à César ce qui lui appartient ! Le jeu propose de bonnes idées, comme un système de « breloques » à affecter sur votre chapelet… Afin d’obtenir des effets et aptitudes très utile (plus concis et bien mieux qu’un énième arbre de compétences)… Ou encore la possibilité de rejouer les chapitres en mode libre (une fois finis). Afin de découvrir la carte à votre rythme, trouver les différents collectibles (il y en a quelques uns)… Ou pourquoi pas dépenser vos précieux dinars (la monnaie locale). Histoire de casser la linéarité évoquée plus haut.
En conclusion



Mafia : the Old Country ne fait pas comme tous les autres ! Au beau milieu de tous ces jeux en monde ouvert, Hangar 13 et 2K Games nous servent ici un jeu très linéaire, un immense couloir dont vous ne pouvez pas dévier. Et en toute honnêteté… On s’en fout royalement ! Le jeu est visuellement magnifique, avec une OST à tomber, et un scénario qui vous laisse peu d’instants pour souffler… Un jeu qui mêle narration et mise en scène cinématographique, pour vous offrir l’une des meilleures séries d’action de l’été. Ce feuilleton dont vous ne voulez rater aucun épisode !
Tel une vieille Dufort 30 ou une Eckhart Dominion (d’anciennes voitures du jeu), Mafia: The Old Country peut être un peu long à démarrer. Mais une fois la première enclenchée, il trace sa route jusqu’à un final réussi. Le scénario n’est pas le plus original qui soit, mais il utilise des ficelles qui fonctionnent toujours. Reste la question d’un gameplay à l’ancienne, avec des boucles qui se répètent un peu trop. Il faut parfois se faire violence pour passer une énième phase d’infiltration, ou une ixième bagarre au couteau… Juste pour faire avancer l’histoire.
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On vous déconseille donc ce jeu si vous êtes un adepte des openworlds avec un million d’objets à collecter et des arbres de compétences à foison. En revanche, si vous aimez les jeux narratifs bien foutus, les récits mafieux haletants et qui misent sur la mise en scène… Si vous aimez les jeux qui vont à l’essentiel sans quêtes secondaires à rallonge, tout en vous proposant un contenu solide dans sa sobriété… Alors Mafia : The Old Country est fait pour vous ! Et on ne parlera pas des amoureux de l’italie, ou des passionnés d’histoire à la recherche d’images d’époque, qui trouveront ici leur bonheur, entre deux vignobles siciliens ! Sur ce point, le jeu de Hangar 13 est une véritable machine à remonter le temps. L’une des cartes postales les plus immersives que l’on ait vues dernièrement !
Pour un fan de la série Mafia, ce nouvel épisode est un retour aux sources réussi. Avec ses imperfections, mais surtout avec sa grande sincérité, et sa loyauté envers la franchise. Pleins de bonnes intentions, les développeurs nous livrent ici un titre qui transpire l’amour et le respect pour la saga. En toute franchise, je ne m’attendais pas à ça, mais j’ai réellement adoré !
Mafia : The Old Country

- Par : développé par Hangar 13, édité par 2K Games
- Sur : PS5, XBox Series, PC.
- Genre : action aventure
- Classification : PEGI 18.
- Prix : 49,99€ pour la version standard, 59,99€ pour la Deluxe (+tenues, OST et artbook numériques)
- Conditions de test : testé (et terminé) sur PS5, sur une version Deluxe fournie par 2K.
Les points positifs
- Visuellement très beau et très coloré : une invitation au voyage (merci Unreal Engine 5 !)
- Une ambiance ultra-immersive
- Le storytelling digne du cinéma
- La bande-son sublime
- Un gameplay pas vraiment compliqué à prendre en main
- Doublage de qualité, en Italien pour plus d’authenticité, ou en Français pour plus de confort
- Une histoire qui se déroule sans temps morts : on est littéralement aspirés
- Le système des breloques
- Durée de vie bien dosée : tout est dit, sans tirer à la ligne jusqu’à l’indigestion
- Le mode libre pour refaire les chapitres avec plus de permissivité
- Un prix correct
Les points négatifs
- Un jeu très très très linéaire, sans possibilité de s’écarter du couloir (quête principale)
- Pas de grosse prise de risques dans le gameplay
- Combats, infiltration… Un gameplay très répétitif
- Un démarrage un peu lent
- De légers bugs de collision
- La conduite de certaines voitures va vous faire péter un câble

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