Un trésor ressorti des cales… Et bien plus qu’un simple remake

Je m’en souviens encore comme si c’était hier : nous étions en octobre 2013 ! Un jeu que j’attendais particulièrement pour ma vieille PS3 était enfin là : Assassin’s Creed IV, renommé Assassin’s Creed Black Flag, Ubisoft abandonnant les numéros pour sa série avec cet opus. Le premier à porter un nom de code, représentatif de l’époque traversée ou de l’ambiance du jeu, à la place du numéro. Bien évidemment, nous avions tous compris que le Black Flag faisait référence au Jolly Roger, le célèbre pavillon noir des pirates (qui n’était pas toujours noir, historiquement parlant, soit dit en passant). Une claque ! Et sans doute encore aujourd’hui, l’un de mes épisodes préférés, à la deuxième marche de mon Top3, entre Assassin’s Creed II (mon numéro 1) et le très sous-coté Assassin’s Creed Rogue.

Il y a des jeux qui marquent une génération. D’autres deviennent presque des accidents industriels tant ils éclipsent le reste de leur propre série. Assassin’s Creed IV : Black Flag (2013) appartient à cette seconde catégorie. Ubisoft cherchait encore sa voie. La licence Assassin’s Creed avait trouvé un rythme de croisière, mais l’avenir de la franchise semblait aussi brumeux qu’une côte écossaise un matin de novembre. Puis Edward Kenway est arrivé. Un pirate avant d’être un Assassin. Un opportuniste plus intéressé par l’or et la fortune que par les grands discours et le credo de la confrérie. Un héros imparfait, drôle, égoïste, mais profondément humain. En quelques heures seulement, Black Flag réussissait ce que plusieurs épisodes n’étaient jamais parvenus à accomplir : faire passer la guerre millénaire entre Assassins et Templiers au second plan.

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Le Jackdaw (le « choucas » dans la langue de Molière) devenait notre véritable maison. Les shanties (chants de marins) accompagnaient chacune de nos traversées. Les batailles navales enterraient définitivement les prototypes d’Assassin’s Creed III. Quant aux Caraïbes, elles constituaient sans doute l’un des mondes ouverts les plus cohérents jamais imaginés par Ubisoft. Treize ans plus tard, le contexte est radicalement différent. Entre-temps, la série a exploré l’Égypte, la Grèce, la Scandinavie, le Japon féodal et flirté avec le RPG pur jus ou le light-RPG. Le gigantisme est devenu la norme, parfois au détriment du rythme. Ubisoft avait donc un défi immense : comment moderniser Black Flag sans lui faire perdre son identité ? La réponse porte un nom : Resynced.

Développé principalement par Ubisoft Singapour (déjà responsable des batailles navales de l’original) avec le soutien de plusieurs studios du groupe, ce remake a été entièrement reconstruit sous la dernière version du moteur Anvil. Celui qui propulse également Assassin’s Creed Shadows. L’objectif n’était pas seulement d’améliorer les textures ou d’ajouter quelques effets de lumière. Les développeurs expliquent avoir voulu recréer « le jeu dont les joueurs se souvenaient », quitte à revoir certaines mécaniques, enrichir plusieurs chapitres et intégrer des contenus inédits. On retrouve aussi la bande-son de Brian Tyler (les Fast and Furious, les deux récents films Mario), toujours aussi belle. Avec quelques ajouts, dont une chanson par notre Woodkid national, grand fan de la série.

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Le résultat est immédiatement visible. Les Caraïbes du XVIIIe siècle n’ont jamais été aussi vivantes. Les vagues semblent enfin avoir une masse. Les tempêtes ne sont plus de simples effets météo mais de véritables événements qui transforment la navigation. Les ports débordent d’activité et de vie. La végétation est incroyablement dense et le cycle jour/nuit sublime constamment les paysages. Bref, dès les premières minutes, Black Flag Resynced donne cette impression extrêmement rare : celle de retrouver un lieu que l’on connaît par cœur… Tout en ayant l’impression de le découvrir pour la première fois. Mais attention. Un remake n’est jamais uniquement jugé sur sa plastique. Car derrière cette coque flambant neuve se cache toujours la même question : le jeu de 2013 fonctionne-t-il encore en 2026 ? Et c’est précisément là que les débats commencent.

Une jouabilité qui a pris de la bouteille…

S’il y a bien un domaine où Black Flag était attendu au tournant, c’était celui de sa jouabilité. Car soyons honnêtes : dans nos souvenirs, Assassin’s Creed IV est un chef-d’œuvre. Dans la réalité de 2013, c’était aussi un jeu rempli de mécaniques parfois approximatives. Les combats se résumaient souvent à attendre un contre pour transformer une escarmouche en cours de danse mortel. Les séquences d’infiltration manquaient parfois de finesse. Quant au parkour, aussi spectaculaire soit-il, il obéissait régulièrement à une logique connue uniquement des développeurs d’Ubisoft.

Le défi de Resynced consistait donc à moderniser ces systèmes sans trahir leur ADN. Et globalement, la mission est accomplie. Dès les premières heures, les déplacements apparaissent plus fluides. Edward s’accroche moins souvent à une fenêtre alors qu’on voulait sauter sur un toit. Les transitions entre les différentes animations gagnent en naturel et l’exploration profite largement de cette remise à niveau. Ce n’est toujours pas la précision chirurgicale d’un jeu comme Ghost of Tsushima, mais on est très loin des errances parfois frustrantes de l’original.

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Les combats terrestres ont également bénéficié d’un sérieux lifting. Ubisoft a conservé la brutalité spectaculaire des affrontements tout en enrichissant les possibilités offensives. Les ennemis réagissent davantage à leur environnement, les armes possèdent une personnalité plus marquée et les affrontements demandent enfin un minimum d’attention. Rien de révolutionnaire, mais suffisamment pour éviter l’effet « je martèle le bouton contre-attaque pendant vingt minutes ». Le résultat reste toutefois en retrait par rapport aux ténors actuels du jeu d’action. Après avoir goûté aux affrontements exigeants d’un Elden Ring, à la nervosité d’un Stellar Blade ou à la précision d’un Sekiro, les combats de Black Flag Resynced paraissent parfois un peu datés. Ils demeurent agréables, mais rarement passionnants.

Et puis il y a la mer. Cette mer qui, en 2013, avait littéralement volé la vedette au reste du jeu. Treize ans plus tard, le miracle fonctionne encore. Mieux même. Naviguer à bord du Jackdaw demeure l’une des expériences les plus grisantes du jeu vidéo. Les batailles navales profitent énormément des améliorations techniques. Les vagues influencent davantage la trajectoire du navire, les tempêtes deviennent réellement impressionnantes et les affrontements gagnent en lisibilité. Le bruit des canons. Les craquements du bois. Les voiles déchirées par les boulets ennemis… Tout participe à créer cette sensation de puissance qui manque encore aujourd’hui à de nombreux jeux de pirates.

Le roi des pirates !

Le plus ironique dans cette histoire, c’est qu’après toutes ces années de développement, après toutes les promesses marketing et malgré des budgets astronomiques, même Skull and Bones ne parvient jamais totalement à égaler le plaisir procuré par les batailles navales de Black Flag. C’est presque cruel. D’ailleurs, sans vouloir tourner le poignard dans la plaie, rappelons que les batailles navales d’Assassin’s Creed Black Flag, sorti en 2013, donc, ont été gérées par le même Ubisoft Singapour qui a signé Skull & Bones, que l’on nous avait vendu comme le jeu ultime de piraterie. Annoncé lors de l’E3 en juin 2017, il sortira en février 2024, après une longue période de silence radio. L’attente en valait t-elle la peine ? Non, Skull & Bones sera finalement une grosse déception. Black Flag reste le maître incontestable (même si j’adore Pirate Yakuza in Hawaii) !

L’autre grande réussite de Resynced concerne le rythme général de l’aventure. Contrairement aux Assassin’s Creed modernes, qui semblent parfois confondre durée de vie et liste de courses, Black Flag reste étonnamment concentré. Le monde est vaste mais jamais écrasant. Les activités secondaires sont nombreuses sans devenir envahissantes. Chaque île possède une identité propre. On progresse constamment avec le sentiment que quelque chose d’intéressant nous attend derrière l’horizon. Une sensation devenue étonnamment rare dans les mondes ouverts contemporains. Paradoxal de voir qu’un simple jeu d’action/aventure à l’ancienne peut être aussi solide qu’un light-RPG sur cet aspect.

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Tout n’est cependant pas parfait. Certaines missions d’infiltration héritées de l’original restent frustrantes. Les fameuses séquences d’espionnage où l’on suit une cible à dix mètres sans se faire repérer demeurent aussi passionnantes qu’une déclaration fiscale. Ubisoft a tenté de les moderniser, mais on sent encore le poids de leur conception initiale. Le même constat s’applique à quelques activités secondaires qui accusent clairement leur âge. La bonne nouvelle, c’est qu’elles représentent désormais une minorité de l’expérience. La mauvaise, c’est qu’elles rappellent régulièrement que sous ce magnifique vernis nouvelle génération se cache toujours un jeu pensé au début des années 2010. Et parfois, cela se voit.

Enfin, autre « vieillerie » qu’il était nécessaire de changer : Ubisoft a fait le choix judicieux de supprimer totalement la méta-histoire (présent). Celle qui vous mettait dans la peau d’un développeur de jeux vidéo travaillant pour Abstergo. Plongeant dans la mémoire d’Edward pour les besoins d’un jeu sur les pirates. Rigolo au départ… Mais vite barbant sur la durée (pour rester poli). Car finalement, cette méta histoire cassait le rythme, tournait en rond et, disons le, faisait pâle figure après l’arc de Desmond Miles. Black Flag la traînait comme un boulet. Dans Resynced, les développeurs ont remplacé ces séquences par l’Animus Hub de Shadows. Et la suite de la bataille entre l’IA autonome d’Abstergo Ego, et le Guide qui tente de vous en libérer. Moins de séquences, donc plus de temps passé dans les Caraïbes. Mais comme dans Shadows, cette méta-narration manque de propos.

Les Caraïbes n’ont jamais été aussi belles

Treize ans plus tard, Ubisoft réussit l’exploit de rendre un monde déjà magnifique tout simplement somptueux. Car contrairement à beaucoup de remakes récents, Resynced ne se contente pas d’appliquer une couche de peinture haute définition sur des décors vieillissants. Les environnements ont été entièrement repensés pour tirer parti des machines actuelles. La densité de végétation est impressionnante, les éclairages transforment complètement certaines zones et les effets météorologiques jouent désormais un rôle majeur dans l’ambiance générale.

Les tempêtes méritent une mention spéciale. Dans l’original, elles impressionnaient déjà. Dans Resynced, elles deviennent spectaculaires. Les éclairs illuminent l’océan, les vagues géantes masquent parfois l’horizon et le navire lutte véritablement contre les éléments. Même quand une zone vous semble sécurisée, un orage ou un typhon peut venir ruiner votre navigation. Le résultat est souvent saisissant. Techniquement, Ubisoft Singapour livre probablement son travail le plus impressionnant à ce jour. Les performances restent solides dans la majorité des situations. Les temps de chargement sont quasiment inexistants et les animations bénéficient d’une fluidité qui change profondément certaines séquences narratives.

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Les jungles tropicales semblent vivantes. La lumière traverse les feuillages avec une finesse remarquable. Les marécages dégagent une atmosphère presque oppressante. Les ports coloniaux fourmillent d’activité. Même les petites îles perdues au milieu de nulle part bénéficient d’un soin visuel rarement observé dans un remake. Et puis il y a l’eau. Pendant des années, Black Flag a servi de référence lorsqu’il s’agissait de représenter la mer dans un jeu vidéo. Resynced pousse encore plus loin ce savoir-faire. Les vagues possèdent une présence physique permanente. Elles roulent, se brisent, soulèvent les navires et transforment chaque traversée en véritable voyage. À plusieurs reprises, je me suis surpris à interrompre ma progression simplement pour admirer le paysage.

La direction artistique mérite également d’être saluée. Car au-delà de la technique, Black Flag conserve ce qui faisait déjà sa force en 2013 : une identité immédiatement reconnaissable. Là où certains Assassin’s Creed récents semblent parfois perdre leur personnalité à force de vouloir représenter des territoires gigantesques, Black Flag sait exactement ce qu’il veut être. Un grand roman de piraterie. Et cela change tout. Chaque ville, chaque fort, chaque plage raconte quelque chose. On sent l’influence des récits de Stevenson, de L’Île au trésor, de Pirates des Caraïbes ou encore de Master and Commander. Le jeu ne cherche jamais à être historiquement parfait. Il cherche avant tout à faire rêver. Et il y parvient admirablement.

L’art de faire un bon monde ouvert

Voici probablement ce qui m’a le plus surpris. Black Flag Resynced ne se contente pas d’être un excellent remake. Il rappelle surtout à quel point certains choix de design modernes sont devenus absurdes. Depuis plusieurs années, l’industrie semble persuadée qu’un monde ouvert doit obligatoirement contenir plusieurs centaines d’heures de contenu, des dizaines de systèmes de progression, une avalanche de collectibles et une carte ressemblant à une crise d’urticaire.

Black Flag adopte une philosophie totalement différente. Il propose un monde vaste mais lisible. Une aventure longue mais maîtrisée. Des activités secondaires nombreuses mais généralement pertinentes. Résultat : on joue parce qu’on en a envie. Pas parce qu’une liste d’objectifs nous l’impose. Cette différence paraît presque révolutionnaire aujourd’hui. Même si je dois avouer que je n’aurais pas craché sur une rallonge… Comme le DLC Freedom Cry (avec Adéwalé en Assassin) par exemple !

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L’histoire profite également du temps qui passe. Edward Kenway reste l’un des meilleurs protagonistes de la licence. Plus nuancé qu’Ezio, plus humain que Connor, moins caricatural que certains héros récents, il traverse une véritable évolution personnelle. Son parcours fonctionne toujours en 2026. Et contrairement à beaucoup de récits modernes qui confondent complexité et qualité d’écriture, Black Flag raconte une histoire relativement simple avec une efficacité remarquable.

Bien sûr, certains aspects ont vieilli. Certaines missions restent répétitives. Quelques mécaniques sentent clairement leur époque. Mais ces défauts apparaissent désormais comme de petites éraflures sur une coque remarquablement préservée. Plus les heures passent, plus une idée s’impose : Black Flag n’était pas seulement un excellent Assassin’s Creed. C’était surtout un excellent jeu d’aventure. Et treize ans plus tard, cette qualité fondamentale reste intacte. Tout comme la façon dont le jeu s’ancre dans votre esprit pour ne plus en sortir : quand vous éteignez la console, il est toujours dans votre tête, et vous attendez votre prochain run avec impatience.

Ce qui change dans cet opus

On ne va pas revenir sur l’aspect visuel, déjà développé plus haut. Oui, évidemment, c’est beaucoup plus beau que le Assassin’s Creed IV Black Flag original, avec de nouvelles cinématiques. C’est même évidemment plus beau que les portages PS4/XBox One de celui-ci. Mais ce « Resynced » ne se limite heureusement pas à ce lifting. Et croyez moi, le nombre de nouveautés vaut l’investissement. Certaines peuvent sembler accessoires, comme les animaux de compagnie (manoir et navire), qui ne servent finalement pas à grand chose. À part à faire joli et ajouter une interaction anecdotique…

Les développeurs ont aussi ajouté plusieurs nouvelles quêtes, qui ne font pas que du remplissage, mais viennent enrichir le propos de la quête principale. Là, je pense par exemple aux « officiers » que vous allez devoir recruter sur le Jackdaw, à la manière de Luffy dans One Piece. Comprenez par là que ces « lieutenants » plus exceptionnels que le reste de l’équipage ne monteront pas sur le Jackdaw d’un claquement de doigt. Il faudra les trouver, et boucler les missions qui les pousseront finalement à embarquer à vos côtés. Dans le jeu original, on connaissait déjà le quartier-maître (votre second) Adéwalé… Dans Resynced, vous allez aussi devoir recruter un charpentier, un maître d’armes… Autant de nouveaux visages qui vont ajouter encore plus de charisme sur le pont de votre navire.

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Les phases de combat ont aussi subi un gros lifting, qui s’inspire fortement des dernières productions Assassin’s Creed. Ainsi, si les gardes et ennemis divers perdent leur niveau de puissance, ils gagnent une garde. Autrement dit une jauge qui leur permet de parer vos attaques. Il vous suffit de vider cette jauge pour pouvoir « casser » leur défense, et enfin attaquer leur barre de vie. En revenant à un jeu purement d’action, on perd aussi l’arbre de compétences. Edward possède donc la grande majorité de ses attaques et compétences dès le début du jeu. En revanche, Resynced enlève le combat avec les lames secrètes de la version PS3. En 2026, les lames d’Assassin se limitent aux finishers ou aux assassinats furtifs. Certains regretteront ce choix, d’autres prétexteront qu’il y a suffisamment à faire avec le double sabre et les pistolets.

Certaines figures de proue ont été changées. La différence ? Ces sculptures de figures féminines ont désormais les seins masqués. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » comme dirait Tartuffe ! Ce choix pose un problème moral. On peut comprendre qu’Ubisoft ne souhaite pas choquer les âmes sensibles, visiblement plus nombreuses en 2026 (ne me parlez pas d’enfants, je rappelle qu’ACBF est classifié PEGI 18) mais… Historiquement, les figures de proues arborant des poitrines féminines ont bel et bien existé. Et si Ubisoft nous fait un jour un remake de Assassin’s Creed Odyssey ? Les statues de dieux grecs porteront-elles des slips ? Et plus largement, verra t-on bientôt des cache-sexes dans les musées ? Il ne faut pas confondre « nudité » et « sexualisation »… Fin du débat !

Pourquoi ce n’est (hélas) pas le jeu parfait

Premier gros défaut : les bugs ! C’est un peu la signature de la série, mais on va retrouver les habituels cadavres qui fusionnent avec le décor, la caméra qui part en vrille en plein combat, Edward qui se retrouve projeté d’un mat pour une raison inconnue… Des bugs d’affichage ou de collisions assez classiques ! Mais des crashs du jeu ont aussi été rapportés, et autres réjouissances beaucoup plus contraignantes. Comme des Clés Animus qui repopent en boucle, des missions qui ne se lancent pas… Un journaliste a rapporté avoir perdu cinq heures de jeu à cause d’une quête buguée. Ayant interrompu une mission « Chasse aux Templiers » sans la finir, sa partie s’est bloquée. Seule solution : recharger une sauvegarde antérieure… Gageons que ces bugs plus graves seront vite fixés.

Si jusqu’à présent, Black Flag Resynced brillait pour ses graphismes et son immersion, il est un point qui gâche sa crédibilité : son énorme manque de variété et de diversité. Tel Naruto, le jeu est un expert en multi clonage. Dans les camps ennemis, vous avez bien souvent un capitaine, un soldat de base, un tireur et un balèze armé d’une hache, et… C’est tout ! Les modèles physiques d’humains, de navires, les PNJ, se répètent. Alors l’impression de déjà-vu s’installe et nuit à l’immersion. Depuis 2013, Ubisoft a développé Origins, Odyssey, Valhalla, Mirage ou encore Shadows. Le studio a démontré à plusieurs reprises sa capacité à concevoir des archétypes d’adversaires plus variés, des comportements plus crédibles et des combats plus riches. Pourtant, une bonne partie du bestiaire humain de Resynced donne encore l’impression de sortir d’un moule industriel.

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On pourrait aussi parler de l’exploration, parfois gâchée par la redondance et le manque d’intérêt de certains items. L’industrie a énormément évolué depuis l’époque où l’on cachait un coffre derrière un mur en espérant que le joueur soit satisfait. Des jeux comme The Witcher 3, Elden Ring, Breath of the Wild ou Ghost of Tsushima ont montré comment transformer la curiosité du joueur en récompense mémorable. Dans Black Flag Resynced, on traverse parfois une grotte, on escalade une falaise, on résout un petit parcours environnemental… pour récupérer quelques ressources ou une récompense dont on aura oublié l’existence dix minutes plus tard. Et c’est frustrant. Parce que le monde donne constamment envie d’être exploré.

Quelques personnages secondaires affichent encore des expressions faciales un peu rigides. On pourrait aussi longuement parler de l’IA, complètement éclatée au sol ! Lors des phases d’infiltration, vous êtes quasiment intouchable dès lors que vous trouvez des buissons d’herbe haute. De plus, les adversaires sont sourds, et aveugles : vous pouvez assassiner un garde à 2 mètres d’un autre, et admirer le manque de réactivité de ce dernier. Qui va mourir de manière stupide dans un instant, en venant observer le cadavre de son copain, et en vous tournant le dos. Idem lors des batailles navales : quand vous êtes confronté à plusieurs navires, dès lors que vous en abordez un, les autres attendront leur tour et que vous ayez fini de détrousser leur camarade, bien sagement.

Au final

Il existe des remakes qui donnent l’impression d’avoir été conçus par un service marketing armé d’une calculatrice. Et puis, il existe ceux qui donnent le sentiment qu’une équipe de développeurs aimait réellement le jeu original. Black Flag Resynced appartient clairement à la seconde catégorie. Le plus remarquable dans cette histoire, ce n’est pas tant la qualité du travail réalisé par Ubisoft Singapour. C’est surtout de constater à quel point les fondations posées en 2013 restent solides. Treize ans plus tard, alors que l’industrie a vu défiler des dizaines de mondes ouverts, de RPG géants et de productions toujours plus ambitieuses, Black Flag continue de posséder quelque chose que beaucoup de ses concurrents recherchent encore : un véritable sens de l’aventure. Et ce malgré des défauts que nous avons vus plus haut.

Mais ces réserves pèsent finalement assez peu face à l’ensemble. Parce qu’il suffit de quelques minutes à bord du Jackdaw pour comprendre pourquoi Black Flag occupe toujours une place à part dans le cœur des joueurs. Il suffit d’entendre l’équipage entonner une chanson de marin pendant qu’une tempête approche à l’horizon. Il suffit d’apercevoir une silhouette de navire ennemi disparaître derrière une vague. Ou il suffit d’accoster sur une île inconnue en se demandant ce qu’on va y découvrir… Cette magie-là est intacte. Et elle fonctionne encore mieux aujourd’hui grâce à un travail technique impressionnant. Sur la forme, ce nouveau Black Flag est plus beau. Sur le fond, il nous rappelle que la série a, un jour, touché l’excellence.

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Le plus ironique, c’est que Black Flag Resynced met également en lumière certaines difficultés rencontrées par la franchise ces dernières années. En revenant à l’un de ses épisodes les plus appréciés, Ubisoft rappelle involontairement ce qui faisait autrefois sa force : des mondes ouverts plus compacts, des personnages mieux écrits, une progression plus naturelle et une aventure qui privilégiait le plaisir immédiat plutôt que l’accumulation de contenu. Le remake agit presque comme une leçon de game design adressée à une partie de l’industrie. Plus grand ne veut pas toujours dire meilleur. Plus long ne veut pas forcément dire plus passionnant. Et parfois, un navire, un équipage et un bon personnage suffisent à créer un souvenir impérissable.

Pour les nouveaux joueurs, Black Flag Resynced représente la meilleure porte d’entrée vers l’âge d’or de la licence Assassin’s Creed. Pour les anciens, c’est l’occasion de redécouvrir un classique sous son plus beau jour. Et pour Ubisoft ? C’est peut-être le rappel qu’avant de vouloir réinventer Assassin’s Creed tous les trois épisodes, il serait parfois judicieux de se souvenir de ce qui l’a rendu mythique. Treize ans après sa première sortie, Edward Kenway n’est peut-être plus le plus jeune des capitaines. Mais il reste l’un des plus grands… Assassin’s Creed Black Flag Resynced n’est pas seulement un excellent remake. C’est le rappel éclatant qu’Ubisoft savait autrefois créer des aventures mémorables sans noyer le joueur sous des montagnes de contenu. Une mer magnifique, un capitaine inoubliable et un remake qui retrouve le cap de la grande aventure !


Assassin’s Creed Black Flag Resynced

  • Par : Ubisoft
  • Sur : PS5, XBox Series, et PC
  • Genre : action-aventure
  • Classification : PEGI 18
  • Prix : 59,99€
  • Conditions de test : sur PS5, sur une version commerciale standard. Avec, pour les besoins de ce test, quelques retours sur la version de 2013, sur PS3
  • Une immersion incroyable : le jeu ne sort plus de votre tête !
  • Un monde plus vivant et organique que jamais : une refonte graphique spectaculaire
  • Nouvelles cinématiques, nouvelles missions, nouveaux personnages, nouvelles chansons…
  • Batailles navales toujours aussi grisantes
  • Edward Kenway reste un héros exceptionnel
  • Monde ouvert dense sans être étouffant… Et sans temps de chargement
  • De nombreuses boucles de gameplay (furtivité, parkour, batailles navales, infiltration, exploration, crafting, personnalisations…)
  • Ambiance pirate absolument irrésistible
  • Bande-son, ambiance sonore et chants de marins toujours aussi efficaces
  • La suppression de l’arc narratif du présent
  • Fluidité, absence de chargements… Excellentes performances techniques dans l’ensemble
  • En VF (avec de l’Anglais et de l’Espagnol en arrière plan)
  • Très solide durée de vie
  • L’exploration pas toujours gratifiante
  • Des soucis de caméra
  • Animations faciales parfois inégales
  • Trop peu de variété des modèles physiques des ennemis et PNJ
  • Des bugs
  • On aurait aussi aimé avoir le DLC avec Adéwalé
  • Certaines missions d’infiltration restent pénibles
  • Les combats terrestres demeurent en retrait face aux standards actuels
  • Quelques mécaniques secondaires accusent leur âge
  • Les séquences dans l’Animus restent les moins intéressantes