10 ans de folles chevauchées

La série RIDE, développée par le studio italien Milestone, est devenue en une décennie l’une des licences majeures du jeu de moto sur consoles et PC. Lancée en 2015, elle s’est imposée comme une réponse aux amateurs de deux-roues qui cherchaient une expérience centrée sur les motos de série. Loin des championnats officiels type MotoGP (autre licence phare du studio milanais). L’idée fondatrice est simple : proposer une “encyclopédie jouable” de la moto. Sportives japonaises, roadsters européens ou hypersport modernes… RIDE mise sur la diversité et le réalisme. Chaque modèle est reproduit avec un soin quasi maniaque, tant dans la modélisation que dans les sonorités et les performances.

Au fil des épisodes, la série a évolué. Le premier RIDE posait les bases : large garage et circuits variés. RIDE 2 a élargi le contenu, RIDE 3 a modernisé la technique avec un moteur graphique plus ambitieux… Et RIDE 4 a marqué un tournant en matière de sensations et d’intelligence artificielle. On parle plus précisément d’A.N.N.A., l’intelligence artificielle neurale « maison » de Milestone, dont l’efficacité n’est plus à démontrer (elle offre les comportements les plus réalistes existants à ce jour dans un jeu vidéo). La licence a progressivement trouvé un équilibre entre simulation exigeante et accessibilité, notamment grâce à des réglages d’aides à la conduite ajustables.

► Sur le même thème : TEST – MotoGP25 : difficile de faire un MotoGP plus accessible !

L’ADN de la série repose sur trois piliers : la précision du pilotage, la personnalisation poussée (livrées, équipements, réglages mécaniques) et la montée en puissance en carrière. Contrairement aux jeux d’arcade purs, RIDE valorise la trajectoire propre, le freinage maîtrisé et la gestion des transferts de masse. Chez Milestone, on a donc des jeux plus « arcade » (MotoGP, par exemple), et RIDE qui joue plutôt sur le terrain du réalisme. On peut même lâcher le mot simulation ! Et quand certains comparent la franchise à Gran Turismo, faisons plutôt référence à un autre titre de Polyphony Digital en 2006, aujourd’hui oublié : Tourist Trophy. Notamment pour son large catalogue de bolides.

Positionnée entre simulation et plaisir immédiat, la série RIDE s’adresse autant aux passionnés de mécanique qu’aux joueurs en quête de sensations authentiques. Sans toujours rivaliser avec les plus grosses productions en matière de mise en scène, RIDE a su construire une identité solide. Celle d’un hommage interactif à la culture moto, fidèle, technique et profondément respectueux de la machine. Après un Ride 4 très convainquant en 2020 (bien que très technique), puis un Ride 5 moins fou en 2023, il est temps de reprendre la route, pour un nouvel opus du simulateur de Moto de Milestone. Alors… Simulation exigeante ou compromis accessible ?

Réalisation : le bitume prend vie

Sur le plan technique, RIDE 6 confirme la montée en gamme amorcée depuis deux épisodes. La première claque vient de la modélisation des motos. Milestone soigne toujours autant ses modèles : carénages, cadres, disques de frein, textures carbone ou aluminium brossé… Tout respire la précision. Les reflets dynamiques sur la peinture et les variations de lumière selon l’heure de la journée renforcent l’impression de réalisme. En caméra embarquée, on distingue clairement les détails du tableau de bord et les vibrations à haut régime.

Les environnements progressent également. Les circuits bénéficient d’une meilleure profondeur visuelle, avec des arrière-plans plus crédibles et une végétation moins figée qu’auparavant. La météo dynamique joue un rôle central : piste humide, ciel chargé, luminosité changeante… L’atmosphère évolue et modifie la lecture visuelle. On n’est pas encore au niveau d’une superproduction automobile en monde ouvert, mais l’ensemble est cohérent et immersif.

► Sur le même thème, lire aussi notre test : MotoGP24 : une édition qui exploite mal ses bonnes idées !

Côté fluidité, le jeu se montre globalement stable sur consoles actuelles et PC bien configuré. Les courses gagnent en netteté grâce à un affichage propre et des performances solides, même avec un peloton dense. Les temps de chargement restent contenus, et la sensation de vitesse profite d’une animation fluide qui ne s’effondre pas dans les enchaînements rapides. Le sound design constitue un autre point fort. Chaque catégorie de moto possède une signature sonore identifiable. Les montées en régime sont franches, les rétrogradages claquent, et la résonance varie selon l’environnement. Casque virtuel vissé sur la tête, on ressent mieux la brutalité d’une hypersport que la rondeur plus grave d’un moteur custom.

Tout n’est pas parfait : quelques animations secondaires manquent encore de naturel. Certains spectateurs semblent un peu rigides. Et de rares collisions peuvent produire des réactions physiques discutables. Mais rien de réellement bloquant ou envahissant sur la durée. En somme, RIDE 6 affiche une réalisation solide et cohérente. Il ne cherche pas l’esbroufe spectaculaire, mais privilégie la fidélité mécanique et la lisibilité en piste. Une approche peut-être moins flamboyante que certaines références automobiles, mais parfaitement alignée avec l’ADN simulation de la série.

Gameplay : exigeant mais grisant

Dans RIDE 6, Milestone pousse le curseur vers plus de précision, et ça se sent dès les premiers virages. Là où RIDE 3 restait encore tolérant et où RIDE 4 avait déjà durci le ton, ce nouvel épisode affine davantage la gestion des transferts de masse et des appuis. Freiner trop tard ne se rattrape plus par miracle : la moto s’élargit, perd l’adhérence, et la sanction est immédiate. Encore plus avec une IA qui ne vous fera pas de cadeaux. Le travail sur les suspensions et la physique rend chaque catégorie plus distincte. Une hypersport se place au millimètre mais devient nerveuse sur piste humide ; Un bagger demande anticipation et douceur.

La météo dynamique accentue ce côté punitif : sous la pluie, les repères changent et les trajectoires doivent être repensées. On ne “passe” plus un virage, on le construit. Comparé aux précédents volets, RIDE 6 réduit l’effet “rail” parfois perceptible. Le joueur doit réellement gérer son entrée, son point de corde et sa sortie. Le mode Pro est exigeant, presque impitoyable pour les débutants. Le moindre excès d’angle combiné à un filet de gaz trop optimiste peut ruiner un tour parfait.

► Sur le même thème : TEST – Monster Energy Supercross 25 met les gaz !

Est-il accessible pour autant ? Oui… À condition d’activer le mode Arcade et les aides à la conduite. Dans cette configuration, le jeu devient plus permissif et permet d’apprendre progressivement. Mais pour goûter pleinement à son ADN, il faut accepter une courbe d’apprentissage réelle, mais surtout exigeante et punitive. Elle pourra décourager les joueurs occasionnels en mode Pro. Ici, la moindre erreur se transforme en leçon.

La vue la plus grisante reste la caméra embarquée, proche du tableau de bord. Sensation de vitesse accrue, immersion maximale, chaque vibration semble passer par la visière. En vue extérieure, la lisibilité est meilleure, mais l’adrénaline un cran en dessous. Côté durée de vie, le mode Carrière (via le Ride Fest) dépasse facilement les 25 à 35 heures selon le niveau et l’envie de compléter les défis annexes. Avec les classements en ligne et la recherche du tour parfait, on peut largement doubler ce temps. RIDE 6 ne pardonne pas, mais il récompense ceux qui s’accrochent.

Nouveaux modes : le Ride Fest en vitrine

Le Ride Fest, qui sert aussi de hub, s’impose comme la colonne vertébrale de la progression. Là où les anciens épisodes enchaînaient les championnats de manière assez classique et linéaire, cette nouvelle structure adopte une logique plus souple. Le joueur choisit ses épreuves, oriente son parcours et décide quelles catégories privilégier. Cette liberté donne une sensation de carrière moins artificielle, plus construite autour de ses goûts et de ses forces. On ne subit plus un calendrier imposé : on trace sa propre trajectoire.

Les affrontements face aux différents champions rythment cette montée en puissance. Chaque rival incarne un palier symbolique, presque un examen de passage. La progression devient plus organique : on débute avec des motos tolérantes, on affine sa technique… Puis on s’attaque à des cylindrées plus nerveuses et à des circuits plus exigeants. Ce sentiment d’évolution graduelle renforce l’implication et évite la monotonie que pouvait parfois générer l’ancien modèle. L’arrivée de portions off-road apporte une variété bienvenue. Ce n’est pas un jeu de motocross, mais ces écarts contrôlés cassent la routine et surprennent agréablement.

► Sur le même thème, lire aussi notre test : Ride 4 : un jeu de motos (trop) punitif et exigeant ?

Le système de classements mondiaux et le crossplay ajoute une dimension compétitive bienvenue. Chaque course ne se limite plus à battre l’IA : elle devient un duel invisible contre des joueurs du monde entier. On se surprend à relancer une épreuve pour grappiller quelques dixièmes, optimiser une trajectoire ou améliorer un freinage trop conservateur. Cette recherche du tour parfait prolonge naturellement la durée de vie et donne un second souffle à des tracés déjà maîtrisés.

L’éditeur de livrées demeure un atout majeur. Personnaliser sa moto, son casque ou sa combinaison n’est pas un simple gadget cosmétique : c’est une manière d’affirmer son identité sur la piste. La communauté rivalise d’inventivité et enrichit constamment la galerie de créations partagées. Ce volet créatif apporte une dimension presque “culture moto” à l’expérience, renforçant l’attachement aux machines.

On pourra toutefois regretter une narration assez minimaliste. Le concept de festival aurait pu donner lieu à davantage de mise en scène, d’événements scénarisés ou d’interactions entre rivaux. L’ambiance est présente, mais elle reste en arrière-plan. Ride Fest fonctionne efficacement sur le plan structurel, mais aurait gagné à injecter un peu plus de dramaturgie pour transformer la progression en véritable épopée personnelle.

Au final

Les jeux de moto ont toujours eu un talent particulier : soit ils nous donnent envie de passer le permis gros cube, soit ils nous rappellent pourquoi on n’a jamais osé le passer. Avec RIDE 6, Milestone promet l’équilibre parfait entre accessibilité et exigence. Après 50 heures, RIDE 6 s’impose comme l’épisode le plus abouti de la série. Il ne révolutionne pas le genre, mais il affine tout : sensations, contenu, variété et profondeur.

Les puristes y trouveront une simulation exigeante et gratifiante. Les joueurs plus occasionnels devront apprivoiser la bête, mais le mode Arcade leur ouvre la porte. Ce n’est peut-être pas encore la référence absolue du jeu moto pour tous les publics, mais pour les amoureux de circuits et de belles mécaniques, c’est un rendez-vous difficile à manquer. La technique est désormais quasiment irréprochable. Ne manque plus qu’une solide narration, plus profonde et immersive, pour toucher la perfection…

En clair : casque bien attaché, poignée dans l’angle, et sourire sous la visière.


RIDE 6

  • Par : Milestone
  • Sur : PS5, XBox Series, PC (Steam, Epic Games)
  • Genre : courses (moto)
  • Classification : PEGI 3
  • Prix : 69,99€ (édition standard)
  • Conditions de test : testé sur une version PS5, envoyée par l’éditeur
  • Modélisation des motos remarquable
  • Sensations de pilotage solides
  • Météo dynamique impactante
  • RIDE Fest, un mode Carrière archi complet où la progression vous récompense
  • Des circuits très détaillés
  • Gros catalogue de bécanes
  • Un gameplay ajustable, avec de nombreux paramétrages
  • Variété des catégories et ajout de l’off-road
  • On a même du Cross Play
  • Exigence qui peut rebuter
  • Mise en scène du mode carrière trop minimaliste : on s’attendait à plus de folie
  • Quelques rigidités techniques
  • Des musiques oubliables
  • La modélisation des visages pas folle