Le génie de Sid Meier a encore frappé ?

Parmi les noms que vous devez connaître si vous vous intéressez à l’industrie du jeu vidéo, figure celui de Sid Meier. Un concepteur de jeux vidéo né à Sarnia, au Canada, en 1954. Sid Meier s’est d’abord fait connaître pour être le cofondateur de MicroProse en 1982 (avec Bill Stealey). Un studio à qui le jeu sur PC doit énormément. Mais le truc de Sid Meier, c’est la gestion ! Et il se fait rapidement une réputation dans le milieu pour son approche « gameplay first » qui privilégie l’expérience du joueur et les mécaniques engageantes. Dans les années 80/90, il va créer et associer son nom à quelques licences qui vont devenir cultissimes ! À l’image de Sid Meier’s Pirates (1987), Sid Meier’s Railroad Tycoon (1990)… Ou bien évidemment Sid Meier’s Civilization (1991), l’un des piliers du genre 4X.

Civilization est donc une série que l’on qualifie habituellement de 4X. Comprenez par là un genre de jeu vidéo de stratégie ou de gestion, dans lequel vous allez contrôler un empire. Vous allez devoir le faire progresser, se développer. Avec un gameplay qui s’articule autour de quatre principes : exploration, expansion, exploitation et extermination (eXplore, eXpand, eXploit, eXterminate en Anglais). Soit quatre mots qui commencent par « ex » donc… 4X ! Parmi les autres références du genre, on pourrait aussi vous citer les Space Empires, Master of Orion, Age of Empires, Stellaris, Humankind

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La série Sid Meier’s Civilization est donc apparue en 1991, avec un total aujourd’hui de sept épisodes. Ayant apporté diverses évolutions et améliorations à la franchise. Civilisation II (1996) améliore les graphismes et le système de gouvernement ; Civilisation III (2001) ajoute des ressources stratégiques et culturelles ; Civilisation IV (2005) apporte des religions et un moteur graphique en 3D ; Civilization V (2010) est marqué par un changement de gameplay avec sa fameuse grille hexagonale ; Et enfin Civilisation VI (2016) ajoute des quartiers dans les villes et un système de diplomatie plus poussé.

Aujourd’hui, c’est donc un tout nouvel épisode qui va nous intéresser, avec Civilization VII qui est désormais disponible sur PC, XBox (One et Series), Switch et PlayStation (4 et 5). Parmi les nouveautés notables de cet opus, et on va y revenir plus bas, on note notamment la séparation des civilisations et des dirigeants… Ainsi que la division du jeu en trois grandes périodes historiques : Âge de l’Antiquité, Âge de l’Exploration, et Âge Moderne. On développe ?

Quoi de neuf ? Des parties à la carte et plus accessibles

Civ-VII est donc un jeu de gestion au tour par tour. Un jeu extrêmement généreux qui va vous demander de développer et faire prospérer votre civilisation. Tout en l’emportant sur les voisins qui vont tenter de vous écraser. Pour cela, et selon la civilisation (et l’époque) que vous aurez choisie, vous pourrez prendre l’ascendance dans différents domaines. Tels que la religion, la domination militaire, l’influence culturelle, le développement de la science (conquête spatiale par exemple)… Ou encore la diplomatie.

La plus grosse nouveauté de ce nouvel épisode, c’est la possibilité de progresser à travers trois âges. Autrement dit, le jeu est désormais structuré en trois grandes périodes historiques. Tout d’abord, l’Âge de l’Antiquité avec l’émergence des premières civilisations urbaines. Puis l’Âge de l’Exploration, une période d’expansion et de découvertes au-delà des océans. Et enfin, l’Âge Moderne, où vous serez confrontés à la croissance technologique et de conflits mondiaux. À chaque transition d’un Âge à l’autre, vous pouvez choisir une nouvelle civilisation. Tout en conservant certains acquis des Âges précédents.

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Autre nouveauté notable, les dirigeants ne sont plus liés à une civilisation spécifique. Vous êtes donc libres de combiner n’importe lequel des 21 leader avec n’importe laquelle des 31 civilisations. Un bon moyen de personnaliser votre partie, tout en établissant des combinaisons et des stratégies diversifiées. Chaque Âge propose aussi des Routes de l’Héritage, qui se basent sur des objectifs scientifique, culturel, militaire, ou économique. En accomplissant ces objectifs, les joueurs gagnent des points d’héritage, qui permettra une évolution dynamique de leur civilisation dans les Âges suivants.

Enfin, la gestion a été simplifiée : les unités de constructeurs traditionnelles ont été remplacées par une action « Développer la ville » plus directe. Permettant d’améliorer les cases directement en investissant des ressources. Par ailleurs, les colonisateurs ne peuvent plus être capturés ; s’ils sont attaqués, ils se défendent. En cas d’échec, sont détruits. En résumé, le jeu se modernise et se dynamise, mais sans enlever les différentes couches de stratégie et de gestion. Autrement dit, il reste aussi riche qu’auparavant… Tout en devenant beaucoup plus accessible aux débutants. D’ailleurs, le jeu vous récompense aussi lorsque vous perdez, notamment avec un système très plaisant et encourageant de Légendes et de Souvenirs. Le premier est un système de meta-progression qui, comme dans les RPG, s’exprime à travers des chemins de progression pour vos civilisations au fil des parties. Jusqu’à un chemin de légende ultime. Les Souvenirs sont des bonus obtenus, et qui vous accordent quelques avantages.

Comment on joue

Civilization VII est donc un jeu de stratégie au tour par tour. Le principe : vous guidez un empire à travers trois âges distincts. Votre objectif est de développer votre civilisation en explorant le monde, en fondant des villes, en recherchant des technologies et en interagissant avec d’autres civilisations pour atteindre la domination mondiale. La première chose que vous allez devoir faire sera de choisir à la fois une civilisation (Egypte antique, Rome, Mayas, Khmers, Califat Abbasside, Mongols, Empire Français… Et un dirigeant (Auguste, Charlemagne, Benjamin Franklin, Hatchepsout, Catherine II, Napoléon…), chacun ayant ses spécificités et bonus. Et comme on l’a vu plus haut, vous pouvez choisir les deux indépendamment, sans tenir compte de la réalité historique. Napoléon dans l’Égypte antique, c’est possible !

Ceci étant fait, il est temps de créer votre première ville. Pour cela, vous positionnez votre capitale dans un endroit stratégique. Autrement dit, pas très loin de l’eau et des voies fluviales, mais tout en utilisant le relief à votre avantage, pour vous protéger par exemple. Et si possible, dans un endroit qui dispose de ressources naturelles. Ce qui aura pour effet d’optimiser votre croissance et votre production. Vous allez aussi maintenant créer des unités : des soldats pour vous défendre, mais surtout des éclaireurs qui vont partir en repérage autour de votre cité. Objectif : trouver des terres où s’étendre, des ressources, et éventuellement d’autres civilisations voisines.

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Et justement, trouver d’autres cités peut vous emmener dans deux directions. Soit le conflit, et c’est là que vos soldats et généraux entrent en scène pour défendre votre ville, et pourquoi pas conquérir de nouveaux territoires… Soit la voie de la diplomatie. Cette seconde option vous permettant de forger des alliances contre d’autres peuples plus belliqueux, signer des traités, ou encore établir des routes commerciales. La notion de diplomatie implique aussi de gérer votre réputation auprès des autres dirigeants, et d’adapter votre gestion selon les termes des accords passés. Et quand vous ne faites pas la guerre, vous devez aussi gérer vos ressources naturelles, construire des infrastructures pour booster votre production, gérer vos richesses et votre nourriture… Vous devrez aussi développer votre arbre technologique pour débloquer de nouvelles unités, bâtiments et améliorations.

Au bout d’un certain nombre de tours pendant lesquels vous aurez géré tous ces aspects, la partie se termine par votre victoire, qui peut avoir différentes formes. Elle peut être militaire (vous avez conquis les autres capitales), scientifique (vous pouvez envoyer une colonie spatiale), culturelle (vous êtes la civilisation la plus influente), diplomatique, religieuse (votre religion domine dans la majorité des civilisations)… Ou par défaut, si aucune condition n’est remplie avant la fin du temps imparti, une victoire au score le plus élevé. La partie se termine par une évaluation et un récapitulatif de vos décisions… On apprécie d’ailleurs le système de meta-progression, qui vous permet de suivre votre évolution sur plusieurs parties.

Le jeu parfait n’existe pas

Jusqu’à présent, Civilization VII coche toutes les cases du jeu incontournable, qui va vous faire passer un (long) bon moment. Mais puisque la perfection n’existe pas, nous allons maintenant devoir aborder la question des défauts du jeu. À commencer par une interface utilisateur confuse. Assez complexe au premier abord, l’interface est peu intuitive. Si les habitués du PC trouveront vite leurs marques, ce sera plus compliqué pour les joueurs consoles, peu familiers à ces dispositions. De plus, certains éléments sont mal positionnés, et il manque parfois des informations essentielles. Par exemple, la mise en place d’une route commerciale peut devenir une usine à gaz, avec des villes inaccessibles pour des raisons non identifiées.

On peut aussi revenir sur une nouveauté de cet opus : le Système des ères, génial mais qui peut aussi frustrer. En effet, lorsque vous passez d’une ère à une autre, certaines réinitialisations vont vous donner l’impression (et ce n’en est pas une) de rétropédaler ! Notamment parce que cette transition rétrograde vos unités, et certains de vos bâtiments perdent de la valeur. Cette mécanique peut compromettre votre stratégie à long terme, et frustrer les fidèles de la série, habitués à une certaine forme de linéarité dans la progression.

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On ne pourra pas faire l’impasse sur quelques soucis techniques. Notamment des bugs et des plantages occasionnels. Bien que ceux-ci soient assez rares, ils existent, et on en a rencontré quelques uns durant nos parties. De même, et on sait que l’on se répète au fil des tests, mais voir autant de temps de chargement sur cette génération de machines (PS5 et Series), ça surprend toujours. Enfin, quelques chutes de framerate complètent le tableau des quelques soucis techniques du jeu. Qui sont principalement des points noirs qui pourront être très vite patchés par les développeurs.

Enfin, dernier point que nous souhaitions souligner : si le jeu semble assez généreux au premier abord, force est de reconnaître que l’on est encore loin du roster copieux de Civi 6. Avec ses 50 civilisations et un peu moins de 80 dirigeants. De ce point de vue, Civilization VII pourra sembler un peu chiche aux fans de la licence. Et leur faire craindre une politique des DLC qui peut vite faire grimper la facture. Pour l’heure, le jeu propose par exemple un pack Deluxe à 9,99€ (avec deux dirigeants et des effets cosmétiques)… Ou encore une collection Carrefours du Monde à 29,99€ (2 dirigeants, 4 civilisations, 4 monuments et des cosmétiques). Attention donc à ne pas trop abuser sur les DLC !

Au final

Si vous hésitez encore à craquer pour Civilization VII, vous devez le faire en connaissance de cause, et bien comprendre les risques auxquels vous vous exposez ! Car se lancer sur ce nouveau Sid Meier, c’est sacrifier toutes les autres sorties de jeux vidéo du moment, tant ce 4X va aspirer votre temps ! C’est aussi le jeu qui va vous replonger dans le syndrome du « encore juste un tour et j’arrête » ! Cette petite phrase lâchée de manière anodine afin d’obtenir l’approbation de votre conjoint(e) pour jouer encore cinq minutes… Qui vont en réalité durer trois ou cinq heures ! Civilization VII est un véritable aspirateur de temps libre, qui va dévorer à lui seul votre solde annuel de RTT et de congés payés, si vous aimez le genre !

Blague à part, vous aurez compris que le jeu est excellent ! Plus beau, mieux animé, extrêmement complet et plus accessible aussi… C’est LE titre idéal pour découvrir ce genre passionnant qu’est le 4X. Avec en prime une durée de vie énorme tant une partie peut s’éterniser, et durer des heures. Le gros plus de cet épisode est aussi d’apporter de vraies nouveautés, et pas simplement des mises à jour de l’opus de 2016. Autrement dit, les nouveautés de Civ-VII justifient largement que le joueur repasse en caisse, même s’il a retourné le précédent jeu dans tous les sens !

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Oui Civilization VII est plus simple, mais il n’est pas moins complet pour autant. Et toute la force de ce septième Civi est justement d’avoir gardé l’essence des précédents opus afin de combler les fans… Tout en ajoutant des nouveautés qui renouvellent la licence, et la rendent plus accessible aux débutants. Le jeu est à la portée de tous, et tue au passage la frustration de l’échec, en apportant des récompenses et bonus même en cas de défaite. Ce qui a pour effet de pousser le néophyte à s’accrocher, et à continuer à apprendre, pour au final voir ses efforts payer avec le temps.

Avec un contenu correct, une solide durée de vie, des animations au top et une bande-son magistrale… Civilization VII n’est pas le plus technique de la franchise. Mais il est de loin le plus sexy et le plus accessible. Il a suffisamment d’atouts pour séduire à la fois les puristes du 4X, et aussi être un incontournable pour les ceusses qui voudraient découvrir le genre en prenant le temps. Bref, il fait partie de la liste de jeux qu’il faut au pire essayer ne serait-ce qu’une fois, au mieux posséder dans sa ludothèque.


Sid Meier’s Civilization VII

  • Par : Firaxis, pour 2K Games
  • Sur : PlayStation, XBox, Switch et PC (Steam et Epic).
  • Genre : stratégie au tour par tour, ou 4X
  • Classification : PEGI 12
  • Prix : 69,99€ pour la version standard
  • Conditions de test : testé sur PS5, sur une version numérique fournie par l’éditeur
  • Visuellement réussi : les animations rendent les parties vivantes
  • Un tutoriel complet pour bien débuter
  • Un large choix de civilisations et de dirigeants, que l’on peut choisir séparément : le jeu est plus flexible sur ce point
  • Un jeu accessible
  • Le pied de tenir l’humanité et son histoire entre les mains
  • La structure reposant sur trois âges
  • Un système de progression gratifiant
  • Les interactions diplomatiques enrichies
  • Le système des Legends et des Souvenirs
  • Durée de vie énorme, et rejouabilité quasi infinie
  • La bande-son magistrale
  • L’interface complexe, davantage conçue pour le PC que pour les consoles
  • Des bugs
  • Les temps de chargement
  • L’IA n’est pas toujours très maline
  • Déjà des microtransactions en pagaille