Un château au goût de berlingot et de fraise tagada

Aaaah, Bub et Bob !! Ce ne sont pas les premiers personnages auxquels je pense lorsque je pense au jeu vidéo. Pourtant, ce duo m’a littéralement marqué, avec notamment deux titres en ce qui me concerne. Deux jeux que j’ai retournés dans tous les sens, et auxquels je rejoue toujours, aujourd’hui, avec le même plaisir (oui, je possède toujours les originaux) : Bubble Bobble sur NES, et Bust-a-Move 2 sur PlayStation. Et quand sort un nouveau jeu mettant en scène nos personnages bleu et vert… Je fonds !!

La licence est apparue sur Arcade, en 1986, chez Taito. Elle a été conçue par le Japonais Fukio Mitsuji, qui a aussi inventé le design des personnages. Cette franchise se compose de plus d’une trentaine de jeux, tous supports confondus, et est subdivisée en trois séries principales : Bubble Bobble, Rainbow Islands (et Parasol Stars), et Puzzle Bobble. D’ailleurs, pour l’anecdote, cette dernière a été rebaptisée Bust-a-Move dans la zone PAL, créant une confusion lorsqu’un jeu de rythme et de danse du même nom est sorti (en 1998 sur arcade et PlayStation). Obligeant son éditeur à le renommer Bust-a-Groove en Europe.

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Bubble Bobble est le jeu d’origine apparu sur NES et Arcade : Bub et Bob sont capables de tirer des bulles avec leur bouche, ce qui leur sert à emprisonner des ennemis pour vider des niveaux fixes. Ils peuvent aussi collecter des fruits et les lettres du mot EXTEND. Rainbow Islands est un jeu de plate-forme dans lequel le personnage évolue en créant des arcs-en-ciel. Enfin, Puzzle Bobble (ou Bust-a-Move) est un puzzle-game dans lequel vous devez vider les niveaux en tirant des bulles de couleurs et en les associant aux grappes de bulles de la même couleur (on peut aussi parler de jeu match-3).

Un peu plus de 5 ans après Bubble Bobble 4 Friends, nos deux dragons préférés sont donc de retour avec Bubble Bobble Sugar Dungeons. Le scénario du jeu est ultra-minimaliste. Bub et Bob se retrouvent dans un nouveau monde. Cette fois, fini la simple tour à gravir étage par étage. Le jeu adopte une structure de donjons générés aléatoirement, tous liés par une thématique gourmande et colorée : le Château. Lorsque Bub se réveille dans un étrange labo, un mystérieux « Dolcen » apparaît soudainement et lui demande de partir en mission pour récupérer le « trésor » qui sommeille dans le château. Bub adore l’aventure, alors quand il entend « trésor », bien sûr qu’il est partant !…

Un jeu qui respecte l’ADN de la série… Parfois un peu trop

Avec Bubble Bobble Sugar Dungeons, on va donc retrouver le gameplay classique de la série originelle. Qui n’utilise que deux touches : une pour sauter, l’autre pour tirer des bulles. À travers plusieurs tableaux, Bub va devoir éliminer ses ennemis en les emprisonnant dans des bulles, et en les éclatant. Plus tard, il pourra aussi débloquer des bulles glaçantes ou de feu, pour infliger plus de dégâts de zone. Une fois les ennemis éliminés, vous pouvez emprunter un portail qui vous téléporte jusqu’au tableau suivant. Chaque mission vous propose d’enchaîner dix tableaux, générés de manière procédurale. Autrement dit, si vous échouez et que vous recommencez la mission, vous repartirez du tableau 1, mais la disposition et les ennemis seront différents à chaque fois.

Expliqué ainsi, cela paraît simple, mais attention : le temps vous est compté. Et lorsque le chrono arrive à zéro, Skel-Monsta (aussi appelé Baron von Blubba, les fans de la série comprendront) apparaît, et vous poursuit jusqu’à ce que vous ne terminiez le niveau… Ou qu’il vous élimine en vous touchant (lui, est invincible). Un élément qui ajoute à la difficulté car, comme je l’ai écrit plus haut, si vous échouez (si vous mourrez), vous pouvez recommencer la mission… Mais depuis le début. Ce qui nous amène au premier point noir du jeu : il nous oppose parfois à des pics de difficulté. Alors, dans un jeu classifié PEGI 3, on comprend que, malgré son apparence toute choupinette, le jeu peut s’avérer parfois difficile pour un tout-petit.

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Bulles, plateformes, ennemis piégés et boutique pour équiper des compétences : on est donc immédiatement en terrain connu. Sugar Dungeons respecte la formule culte, avec ce savant mélange d’action simple et de réflexion maligne. Les niveaux générés autour de « donjons » apportent un petit vent de fraîcheur. Chaque run a son lot de surprises, ce qui renouvelle le plaisir et pousse à relancer une partie “juste encore une”. Parties rapides, prise en main immédiate : c’est le jeu idéal pour jouer entre deux cafés ou avec des enfants. Accessible, mais pas idiot pour autant. Le sucre dégouline de partout, les ennemis sont plus mignons qu’effrayants, et l’ensemble respire la bonne humeur. À deux, le fun décolle. Comme souvent avec Bubble Bobble, la coopération transforme chaque niveau en joyeux bazar contrôlé.

Comme on l’a dit, certains pics de difficulté arrivent un peu brutalement, surtout en solo. On passe parfois du “tranquille” à “un peu trop punitif” sans transition. De plus, le jeu est agréable, mais très sage. Il innove à la marge sans jamais bousculer la formule. Les fans apprécieront, les autres auraient aimé plus d’audace. Après plusieurs dizaines d’heures, la boucle de gameplay montre ses limites, le jeu devient répétitif. Les décors et mécaniques varient, mais pas toujours assez pour surprendre longtemps. Enfin, si vous cherchez une histoire ou un univers développé, passez votre chemin. La narration est quasiment inexistante : Ici, tout passe par le gameplay, comme à l’ancienne.

Le cadeau rétro

Bubble Bobble Sugar Dungeons embarque une petite surprise pour les fans : Bubble Symphony. Aussi connu sous le nom de Bubble Bobble II, ce jeu de puzzle rétro est le troisième titre de la série Bubble Bobble. Développé pour l’arcade en 1994 par Taito, il a ensuite été porté sur Sega Saturn, exclusivement au Japon, le 27 novembre 1997.

Il conserve l’essence qui a fait le succès des petits dinos crachant des bulles, tout en ajoutant une belle dose de variété et de fantaisie. Dans ce remix gargantuesque, chaque monde a sa propre ambiance visuelle et sonore. Des mers glacées aux châteaux hantés. Et chaque couple de joueurs peut incarner l’un des quatre dragons colorés (Bub & Bob et leurs alter egos Aqua & Fresh), chacun avec de légères différences de style de jeu. Le résultat est une expérience plus riche, plus complexe et plus ludique, tout en restant fidèle à l’agilité simple et jubilatoire du gameplay original.

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Ce qui rend Bubble Symphony particulièrement intéressant dans le cadre de Sugar Dungeons est son équilibre entre nostalgie et modernité. Offert avec le jeu, il fait office de “musée interactif”, rappelant aux vétérans pourquoi les arcades des années 90 vibraient à chaque pièce insérée. Les niveaux plus vastes, les ennemis revisités et les musiques chiptune légèrement plus élaborées donnent une impression de Bubble Bobble qui aurait mangé des céréales multicolores. Toujours aussi sucré, mais avec une petite cure de vitamines.

Pour les nouveaux venus, c’est une introduction ludique à la richesse de la licence ; pour les fans de la première heure, c’est une madeleine de Proust numérique. Tout droit sortie d’un monde où punir des monstres avec des bulles faisait déjà un plaisir énorme.

Au final

Bubble Bobble Sugar Dungeons est un jeu charmant, sucré et généreux en plaisir immédiat. Il ne révolutionne rien, mais il fait exactement ce qu’on lui demande : offrir un Bubble Bobble moderne, accessible et délicieusement nostalgique. Un bonbon qui fond peut-être un peu vite… mais qu’on reprend avec plaisir.

Au final, Bubble Bobble Sugar Dungeons est exactement ce qu’on attend de lui : un plaisir régressif, coloré et délicieusement sucré. Qui ne cherche pas à réinventer la recette mais à la décliner avec gourmandise. Sous ses airs de confiserie inoffensive se cache un jeu parfois exigeant, pensé pour les amateurs de défis comme pour les nostalgiques de l’arcade. Tout n’est pas parfaitement équilibré, et la structure en donjons pourra diviser. Mais l’essentiel est là : du fun immédiat, une identité intacte et ce petit goût d’enfance qui colle aux doigts. Un retour pétillant, à savourer comme un bonbon… En acceptant le risque de la carie vidéoludique.


Bubble Bobble Sugar Dungeons

  • La direction artistique toute mignonne : Un Bubble Bobble fidèle à son ADN
  • Les niveaux générés de manière procédurale
  • Bubble Symphony inclus
  • Les compétences à débloquer et à équiper
  • Un jeu parfait pour des sessions courtes
  • Une direction artistique colorée et réconfortante
  • Encore plus fun à deux
  • Un vrai jeu “doudou”
  • Des pics de difficulté
  • Narration quasi inexistante
  • Un manque de vraie prise de risque
  • Une répétitivité qui s’installe sur la durée