Légendes Pokémon Arceus : un bond en avant sur le fond, un pas en arrière sur la forme

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Légendes Pokémon Arceus est un jeu que les fans attendent depuis des mois, pour ne pas dire depuis des lustres. Un titre qui a la lourde mission d’apporter du sang neuf à une série dont le gameplay n’a pas fondamentalement évolué depuis 1995. Alors, il est temps de vous donner notre verdict. Légendes Pokémon Arceus est-il effectivement l’élu de la prophétie ? Un nouveau carton assuré pour la Switch ? Ou un pétard mouillé… La réponse avec notre test.

Alors Nintendo, on nous refait le coup de Pokémon Colosseum ?

Oui c’est exact ! Je fais ici référence à un jeu vidéo Pokémon sorti il y a bien longtemps, et que certains d’entre vous n’ont peut-être pas connu. Et pour cause, puisque Pokémon Colosseum est sorti en 2004, sur GameCube. Une comparaison qui peut surprendre, mais comme je vais vous le démontrer, il y a une certaine logique dans cette approche.

Si la sortie d’un nouveau Pokémon est toujours un événement, on ne peut pas vraiment dire que la surprise soit au rendez-vous au niveau du gameplay. Depuis 1995, date de sortie du premier volet sur GameBoy, chaque épisode est très proche du précédent dans sa forme. Bien que le fond (le héros, la région, ou le pokédex) change… La trame reste la même : un enfant qui quitte son village natal pour partir entraîner ses Pokémons, pour défier les champions d’arènes, puis la Ligue Pokémon. Sur son chemin, il croisera son rival, et un groupe antagoniste appelé « team quelquechose » ! Qu’il soit bleu, rouge, argent, or, platine… Chaque jeu Pokémon reprend ce même schéma, et le décline à volonté.

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Mais en 2004, Nintendo créait la surprise avec Pokémon Colosseum, sur GameCube. Un épisode plus sombre, pour ne pas dire plus « dark » dans un monde dystopique aux allures post-apo. Oubliez le Bourg Palette et autres petits villages sympatoches de Pokémon ! Colosseum nous entraînait enfin dans autre chose, et devenait LE jeu du changement, avec son gameplay reposant sur des Pokémon soumis aux ténèbres, que vous deviez purifier (tiens donc). Génial sur le papier mais, en réalité, le jeu ne connaîtra qu’une suite, toujours sur le Cube, avant de tomber dans l’oubli. Mais comme pour Colosseum, ce Légendes Pokémon : Arceus est un jeu unique, atypique, et qui ne se décline pas en deux versions parallèles.

Alors, depuis l’annonce de ce Légendes Pokémon : Arceus (au passage, même le titre ne suit pas le schéma habituel), on se plait à rêver que la team Game Freak va enfin prendre des risques. Et ne pas se reposer sur ses acquis, comme elle le fait depuis des décennies, sans oser sortir de sa zone de confort. Ce en quoi Arceus est plein de belles promesses. Comme Colosseum autrefois, et s’il était LE jeu du changement ? LE jeu qui va nous faire voir la série Pokémon autrement… Et apporter une nouvelle lecture à une saga qui tourne un peu trop en rond. Alors, fébrile, j’allume ma console…

Nom de Zeus, Marty !

J’ai sincèrement hésité à aborder ce point de l’intrigue, ne souhaitant pas vous spoiler… Mais les trailers officiels eux-mêmes vont vous révéler cette intrigue qui trouve son point de départ avec une faille spatio-temporelle. Votre héros très contemporain, avec son joli t-shirt et son smartphone, se voit aspiré dans cette faille, visiblement provoquée par le divin Arceus. Rien de bien secret là-dedans, puisque ce Pokémon donne son nom au jeu. Et c’est parti pour la création de votre avatar, garçon ou fille… Vous connaissez la musique !

Lorsque celui-ci se réveille (sans s’inquiéter plus que cela de ce qui vient de se passer), il est sur une plage. Ce nouveau monde se nomme Hisui. Enfin, nouveau, pas vraiment car Hisui est la région qui deviendra, beaucoup plus tard, Sinnoh (dans Diamant et Perle). Car oui, vous l’avez compris : vous venez de voyager dans le temps. Vous voici dans un monde du passé, qui s’inspire très fortement du Japon féodal. Notamment à travers les rues de sa ville centrale, Rusti-Cité. Ici, pas de nouveaux starters, mais trois Pokémon issus d’anciennes générations : Héricendre (feu), Moustillon (eau) ou Brindibou (plante).

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À Hisui, beaucoup de choses n’existent pas encore. Comme les rapports privilégiés entre les humains et leurs Pokémon (non, on ne met pas de « s » puisqu’il s’agit d’un nom propre). Ici, les créatures sont encore sauvages, craintes par les hommes. Mais certains, animés par une curiosité sans limite, souhaitent en savoir plus sur ces curieux animaux. C’est pourquoi, fraîchement enrôlé dans le Bataillon d’Exploration Corps des Chercheurs du Groupe Galaxy, votre mission va être de mener des recherches afin de compléter le tout premier Pokédex de l’histoire. Oui, Légendes Pokémon : Arceus est une origin-story, en quelque sorte.

Un gameplay réinventé, plus dynamique

À l’exception de quelques écrans de téléchargement pour voyager d’une zone à l’autre plus rapidement, vos déplacements se font en temps réel, puisque le jeu s’articule autour d’un gigantesque monde ouvert. Au bout de quelques heures, vous pourrez d’ailleurs accélérer le pas grâce aux montures, qu’elles soient terrestres, aquatiques ou aériennes. Un choix qui ouvre le jeu à un gameplay beaucoup plus dynamique, avec des combats désormais en temps réel. Et avec un personnage qui peut tourner autour de la cible et la marteler de pokéballs pendant que ses Pokémon vont au charbon… Mais qui est néanmoins soumis à une jauge qui définit l’ordre de passage des différents combattants. Des combats qui me font beaucoup penser, dans leur fonctionnement, à Ni no Kuni II, par exemple.

Mais attention ! Grosse nouveauté : si ce sont vos Pokémon qui se battent, votre avatar peut aussi être blessé pendant les combats, comme il peut l’être en marchant s’il chute de haut, ou s’il est attaqué par un Pokémon. Alors, vous allez apprendre à user et abuser de l’esquive. Votre personnage est recentré dans le gameplay, et bénéficie lui aussi d’une jauge qui représente son expérience, sous forme d’étoiles (à acquérir auprès de votre chef, Selena, une fois chaque palier atteint). Ce niveau, tel les badges d’autrefois, vous permet d’obtenir l’obéissance des Pokémon selon leur niveau d’expérience (jusqu’au niveau 10, 20, 30, etc). En revanche, le jeu fait disparaître les dresseurs qui vous agressent tous les cinq pas pour vous défier. Quelques combats contre des humains sont évidemment de la partie, mais dans 99% des cas, vos adversaires seront des Pokémon sauvages. Et un Monarque qui fait office de « boss » à la fin de l’arc narratif de chaque zone.

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Le gameplay gagne en profondeur et en maturité dans l’approche de son Pokédex et dans la gestion de vos Pokémon. Tout d’abord, pour remplir le Pokédex, il ne suffit plus de capturer une créature. Vous devrez aussi remplir un certain nombre d’actions requises pour compléter votre connaissance de la bestiole (la faire combattre, lui faire faire des actions précises un certain nombre de fois, en capturer un certain nombre, etc). Autre différence avec les autres jeux de la licence, vos Pokémon n’évoluent plus en atteignant des niveaux paliers. Ils deviennent aptes à évoluer, mais c’est vous qui décidez si, et quand vous les ferez évoluer. Et quelles techniques spéciales ils vont apprendre.

L’autre énorme nouveauté, en matière de gameplay, est le crafting. Dans Arceus, on n’achète pas ses Pokéballs, on les fabrique avec des items ramassés dans les plaines. De même, on fabrique soi-même ses potions, ses appâts (on trouve quand même des marchands, rassurez-vous)… Quoi qu’il en soit, votre inventaire (que vous pouvez upgrader pour augmenter les slots) sera vite saturé d’objets collectés pendant votre voyage, et qui vous serviront à fabriquer d’autres objets encore plus utiles. Heureusement, comme dans Resident Evil, vous trouverez des coffres (connectés les uns aux autres) sur les différents check-points afin de stocker les objets en trop.

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Légendes Pokémon : Arceus n’est pas un jeu facile, sur lequel vous allez rouler, comme sur les précédents volets. Il offre en effet quelques pics de difficulté. Dans ce vaste monde, vous allez aussi croiser par exemple des Barons et des Monarques, à vaincre et/ou capturer. Comprenez par là des Pokémons plus balèzes reconnaissables à leurs jolis yeux rouges, et qui vont littéralement vous défoncer ! Dans le même ordre d’idées, les failles temporelles qui apparaissent aléatoirement sur la map vont vous donner pas mal de fil à retordre. Il en résulte un jeu que vous finirez entre 40 et 50 heures pour la quête principale, et une expérience doublée grâce aux quêtes annexes, et aux missions secondaires.

Le (très) gros point faible du jeu

Il est maintenant temps d’aborder LA question qui fâche ! Ou en d’autres termes, LE défaut principal du jeu : sa réalisation ! Une technique qui ne va nullement nuire à l’expérience, soyons francs, mais qui est à la fois incompréhensible et difficilement acceptable en 2022. Légendes Pokémon : Arceus est un titre qui souffre d’une réalisation datée. Et nul besoin de comparer ce Pokémon avec les consoles d’en face pour s’en rendre compte, puisque de nombreux jeux Switch le mettent à l’amende sur ce point (y compris un certain Breath of the Wild, pourtant sorti en 2017). Il tourne en 1080p en mode docké, et en 720p dans un mode nomade qui cache un peu plus les défauts.

Certaines textures sont grossières, et le gigantesque openworld est trop souvent vide, dénué de petits détails qui lui donneraient vie : autrement dit, vous allez croiser peu de choses hormis les Pokémon que vous devrez combattre. Visuellement, le jeu semble être un portage d’une génération antérieure, beaucoup moins joli par exemple que Pokémon Épée ou Bouclier ! Le manque de vie est une chose, le rendu visuel en est une autre, avec des objets tantôt anguleux, tantôt des aplats de textures sur des surfaces comme des feuillages ou des roches…

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Pire : que dire du clipping particulièrement prononcé ? Un bug que l’on pensait pourtant disparu ces derniers temps. En réalité, vous verrez ici des décors se former sous vos yeux, en direct, ou des créatures poper sous le nez de votre personnage. Voyager dans les cieux (plus tard dans le jeu) accentue encore ces soucis, avec des textures qui buguent (ou qui peuvent être absentes, quand ce n’est pas le sol qui disparaît) tandis que le panorama se dessine toujours en direct. D’ailleurs, ce ne sont pas les seuls bugs que l’on croisera : persos ou Pokémon qui se coincent dans le décor, animations auxquelles il manque des frames. Ces bugs sont évidemment amplifiés en mode docké, qui parvient quand même à nous offrir quelques chutes de framerate alors qu’il tourne en 30 fps. Tandis qu’en mode nomade, le jeu est plus stable.

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Puisque j’ai abordé ici la problématique des défauts du jeu, j’ai comme une envie d’en souligner un second qui, à mon sens, a autant d’importance : les quêtes secondaires (je parle ici de missions FedEx, pas des quêtes annexes qui vous permettront de rencontrer des Pokémon rares). Ces quêtes secondaires sont nombreuses et vont rallonger la durée de vie du jeu si vous visez le 100% (d’autant qu’il faudra remplir intégralement le Pokédex pour voir apparaître Arceus)… Mais elles ne sont pas toujours intéressantes, et sont même parfois répétitives. Au point que l’on en vient vite à se dire qu’elles ne sont là que pour faire du remplissage. Il faudra alors une solide motivation pour aller au bout.

Au final

Que cela fait du bien de voir GameFreak sortir enfin de sa zone de confort !! Il était temps ! Depuis 1995, on nous ressort chaque année le même jeu, en termes de gameplay. Et bien, pas en 2022 ! Année qui nous permet presque enfin de mettre la main sur un vrai nouveau jeu Pokémon. « Presque » car quelques petits éléments classiques demeurent, comme pour réconforter ceux qui sont peu habitués au changement. Mais ils sont mineurs, et les nouveautés sont suffisamment nombreuses pour nous laisser espérer que la série se dirige vers une vraie évolution.

Le jeu a su ici se renouveler sur le fond, on souhaite qu’il le fasse désormais sur la forme. Car oui, c’est le principal défaut de ce Légendes Pokémon : Arceus : certains jeux sortis au lancement de la Switch font mieux techniquement parlant. Et bien que le contenu de ce Pokémon soit copieux, il fait encore pâle figure face à un Breath of the Wild, qui va décidément rester la référence sur Switch pendant longtemps !

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Mais l’effort est bien là, et il est à saluer. Oui, nous avons ici un vrai nouveau jeu Pokémon. Certes moins joli que bien d’autres jeux, mais que l’on a du mal à lâcher une fois pris dans l’aventure : le plaisir est bien là, malgré tout ce que l’on pourra dire. Le pragmatique s’arrêtera à la forme, le gamer savoure, et apprécie de voir la série évoluer vers quelque chose de plus raccord avec son époque. Il y a encore du travail, mais Game Freak va dans la bonne direction, et la démarche est à encourager. Et puis, Légendes Pokémon : Arceus est une grande aventure. Rien que pour ça, difficile de résister !


Légendes Pokémon Arceus

Testé sur une version envoyée par Nintendo.
Les points positifs :
  • Une seule version du jeu
  • Une histoire intéressante, des efforts d’originalité dans l’écriture
  • L’ambiance générale, et le cadre
  • Très grosse durée de vie
  • Les Barons et Rois/Reines
  • Les combats et les captures plus dynamiques
  • En monde ouvert : il était temps !
  • Une map assez grande pour s’amuser
  • Les musiques, pas exceptionnelles, mais bien dans le ton
Les points négatifs :
  • Technique : pas mal de problèmes et de bugs quand même
  • En docké, le jeu rame en 30 fps
  • Des quêtes secondaires qui font « remplissage »
  • Les fonctions retirées à vos Pokémon (talents, objets qu’ils peuvent tenir…)
  • Les personnages qui ne parlent toujours pas
  • Le online (2 joueurs) très (trop) anecdotique

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