Catherine Full Body : quand la Switch fait sa coquine

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Catherine était un jeu marquant de l’année 2011. Pour son histoire, son gameplay, son concept même… Et lorsque sortait, en 2019, une version améliorée, intitulée Catherine : Full Body, on ne pouvait que signer ! Aujourd’hui, la Nintendo Switch dispose elle aussi de sa version de Catherine : Full Body. Et il fallait que l’on vous en parle…

On ne peut pas plaire à tout le monde

C’est une étrange sensation que d’écrire le test d’un jeu vidéo, en sachant pertinemment qu’il ne plaira pas à l’ensemble de nos lecteurs. Non pas parce qu’il est mauvais, mais parce que Catherine Full Body (Atlus) est très ouvertement un jeu de niche. Il va intéresser les amateurs d’animes, de culture japonaise, de graphic-novels… Et particulièrement ceux qui aiment les histoires de triangles amoureux, voire de sexe, amenées de manière totalement déjantée. Vous l’avez compris : il sera aujourd’hui question d’un jeu mature, et qui n’usurpe pas son PEGI 18 (après, ça va… Ce n’est pas un jeu érotique non plus).

L’intrigue du jeu débute comme un show TV, le Golden PlayHouse Special, qui dans cet épisode, va nous conter la terrible histoire d’un homme… Et tourne ainsi autour du personnage de Vincent Brooks, un séducteur de 32 ans, tétanisé par la notion d’engagement, au sens sentimental du terme (au point d’en faire des cauchemars). Séduire oui, se faire passer la bague au doigt, certainement pas ! Pourtant aujourd’hui, Vincent a l’occasion de se ranger, de vivre pleinement une vraie relation avec celle qui est sa petite amie depuis 5 ans, Katherine. Mais c’est ici que le jeu plante le début de son intrigue. Vincent va t-il s’engager sérieusement, avec une demande en mariage ? Ou au contraire céder à ses peurs et tout stopper ?

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Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées pour notre playboy… Le destin lui met des bâtons dans les roues en lui offrant la possibilité d’avoir une relation avec une autre fille, Catherine… Avec laquelle il commettra un adultère après une soirée un peu trop arrosée… Du moins, ça c’était l’intrigue de Catherine. Car dans cette nouvelle version Full Body, le triangle amoureux vire au « carré » avec l’apparition de Rin, une troisième prétendante amnésique, et aux cheveux roses.

Une refonte en demi-teinte

Il n’y a pas à dire : la refonte du jeu lui fait du bien. Et il tourne désormais en 1080p et 30 fps. Ne pensez pas pour autant que ce frame-rate soit moins qualitatif que du 60 fps, le jeu tourne joliment, et les phases de puzzle sont assez fluides. D’ailleurs, et contrairement à ce que vous pensez, vous n’imaginez pas le nombre de chouettes jeux triple A qui tournent en 30 fps, mais c’est un autre débat.

Le jeu a subi un gros lifting graphique, mais pas uniquement. La grosse amélioration porte surtout sur les éclairages, beaucoup plus réussis et plus avenants. Et l’exemple le plus flagrant est le bar, le Stray Sheep, qui avait autrefois des allures de troquet crasseux, voire déprimant. Il est désormais beaucoup plus chaleureux, avec des éclairages qui lui donnent une toute autre âme.

Le tout tourne superbement, et l’aliasing que l’on pouvait autrefois relever dans la version d’origine a quasiment disparu. Pour le reste, on salue l’effort d’Atlus qui, enfin, se met à localiser ses jeux depuis quelques titres déjà : Catherine Full Body est lu en Anglais ou en Japonais (préférez la seconde option), et sous-titré en VF. Un choix nécessaire si vous voulez comprendre toutes les blagues et subtilités du scénario. Cependant, on notera quelques loupés dans cette traduction : quelques fautes, voire des phrases entières non traduites (notamment les flashs d’infos à la TV, par exemple).

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Cependant, on notera quelques imperfections en termes de gameplay. Pendant les phases d’escalade, notre Vincent en panique est beaucoup trop nerveux, et son contrôle demande un certain doigté. Appuyez dans une direction pour le faire saisir un bloc, et il en escalade deux… Argh ! Alors, on redescend et on recommence. Lorsque le temps vous est compté, je peux vous assurer que le stress est vite au rendez-vous. Enfin, gros oubli d’Atlus, le jeu ne propose pas de sauvegarde automatique. Ne quittez surtout pas le jeu sans avoir sauvegardé au préalable !

Mais surtout, le jeu pêche par ses cinématiques, qui ont une place importante dans l’articulation de la narration. Les séquences issues du Catherine de 2011 semblent avoir été copiées-collées telles quelles… Tandis que les nouvelles scènes ajoutées ont, évidemment, été réalisées plus récemment. Et en jeu, cela saute aux yeux. Vous n’aurez aucun mal à faire la différence entre une vieille séquence, qui date un peu, et les nouvelles plus nettes, plus affinées. Rien de bien gênant, mais esthétiquement, ça se remarque, notamment par une image qui semble surexposée…

Un gameplay original

Catherine Full Body s’appuie sur deux types de gameplay différents, dédiés à deux réalités distinctes. Plus exactement une partie « narration » pour le monde réel… Et la partie « puzzle » pour les cauchemars de Vincent, qui matérialisent ses craintes les plus intimes. Notez cependant que vous pourrez au choix faire le jeu dans différents modes de difficulté classiques (facile, moyen ou difficile)… Ou encore choisir un mode plus peinard (mode Sans Risque), pour les ceusses qui veulent simplement faire avancer l’histoire (les pièges sont alors désactivés, et vous n’aurez pas de chrono pour boucler les tours… Vous aurez même un « auto play » pour les phases de puzzle).

Dans le monde réel, le jeu s’inspire des graphic-novels. Avec des interactions entre les personnages, des lignes de textes, une histoire qui défile sur fond de séquences qui semblent issues d’un anime. Notre trentenaire, qui est resté un ado dans sa tête, passe la majorité de son temps au Stray Sheep, un bar où il peut retrouver ses amis. Car autour de Vincent, vous retrouverez d’autres personnages importants pour l’histoire et l’évolution de notre héros. À l’instar de Erica, la barmaid, ou encore Toby, Orlando et Jonny.

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Ces phases ne vous demanderont qu’à faire des choix dans certains dialogues. Ils sont importants, puisque de vos choix dépendra la fin du jeu, et il y en a 13 différentes. Concrètement, vos réponses vont venir alimenter une jauge de morale, qui vous fera basculer soit du côté du petit angelot, soit du coté du petit diablotin…

Mais lorsque Vincent se met à rêver, ou plutôt à cauchemarder, Catherine Full Body devient un puzzle-game dans lequel vous devrez déplacer des cubes, afin d’escalader des structures dans un temps limité. Toutes les nuits, dans un cauchemar récurrent (qui a davantage des allures de malédiction), Vincent se retrouve en caleçon, avec des cornes de mouton… Et doit grimper une tour faite de blocs en résolvant des puzzles, avant que tout ne s’écroule sous lui. Il doit absolument atteindre son sommet avant que l’édifice ne soit désagrégé… Car si c’est le cas, Vincent ne se réveille pas, fin de l’histoire !

Étonnamment, ce jeu en apparence « solo » vous propose aussi du online, où vous pourrez défier d’autres joueurs dans les phases d’escalade, dans un mode Colosseum. De même dans le mode Babel, des défis vous seront proposés (plus de 500), si jamais vous trouvez que le jeu n’est pas assez hardcore.

Ce qui change dans cette version

Vous l’avez compris au fil de votre lecture, Catherine Full Body n’est rien d’autre qu’une version améliorée du Catherine d’origine. Des graphismes plus beaux, de nouvelles musiques, de nouvelles séquences et lignes de dialogue, un mode « remix » qui n’apporte finalement pas grand chose… Mais surtout, un nouveau personnage…

Car cette nouvelle fille, Rin, apporte elle aussi son lot de nouveautés et change radicalement notre perception du jeu. Outre le fait qu’elle ajoute des cut-scenes et de la durée de vie à l’intrigue d’origine, ainsi que des dialogues lorsqu’elle joue du piano (ses musiques s’invitent aussi dans les rêves de Vincent, et ralentissent la chute des blocs)… Elle apporte encore plus de profondeur à ce qui était autrefois un triangle amoureux un peu caricatural. Par sa présence, elle apporte de la nuance à l’histoire, et paradoxalement, plus de maturité. À la femme carriériste et à la femme fatale vient s’ajouter la femme-enfant.

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Concrètement, le Catherine de 2011 dépeignait deux visions caricaturales de la féminité. Katherine, la femme carrée, exigeante, mûre, et ayant fait un trait sur sa vie de femme pour devenir une maman et une épouse… Et Catherine, la nympho de service, la mangeuse d’hommes qui n’était là que pour pervertir notre héros. Plus en nuances, Rin apporte de la douceur à cette vision, plus de romantisme, et de fragilité par son arc narratif… Mais aussi de la positivité. Par sa présence, le jeu n’en est que moins noir, pour ne pas dire moins pessimiste sur la finalité de la route de Vincent (quelle que soit la route qu’il choisit).

Le jeu ajoute aussi un bonus qui plaira aux fans de Persona : le pack de voix idéales. Autrement dit, un pack qui ajoute des doublages par des acteurs des jeux Persona. Kana Hanazawa (Marie dans Persona 4 Golden) joue Healing Flower, Ayana Taketatsu (Labrys dans Persona 4 Arena) double Saucy Kouhai, et Marina Inoue (Persona 3 Portable) joue Intelligent Beauty. Sans oublier Joker de Persona 5 en personnage jouable, et les sets de commentaires des Voleurs Fantômes qui l’encouragent, ou les thèmes de Persona disponibles dans le juke-box.

Au final

Bien que le jeu originel commence sérieusement à dater, Catherine Full Body est toujours aussi génial si on aime le genre, et le second degré. À plus forte raison lorsque cette version propose de nombreuses features en bonus, qu’il s’agisse de contenu ou de réalisation. Une sorte de version ultime, quoi ! Et encore plus lorsqu’il apporte de la diversité à la Switch, pas vraiment habituée à ce genre de propos sexualisés.

Mais comme vous avez pu le deviner en lisant ce test, le jeu n’est pas à glisser entre toutes les mains. D’une part parce que certains ne seront sans doute pas réceptifs à ce second (voire 15e) degré… D’autre part parce que le titre d’Atlus justifie son PEGI qui ferme la porte aux plus jeunes.

Véritable OVNI vidéoludique, Catherine Full Body interpelle par sa curiosité, par cet étonnant mix entre graphic-novel et puzzle-game… Mais aussi par son propos mature, inhabituel dans le monde du jeu vidéo. Malgré quelques petits points noirs, le jeu reste captivant, addictif, et son propos totalement décalé fait du bien, dans le contexte anxiogène actuel. Si vous aimez le genre, on vous le recommande, bien évidemment…


Catherine Full Body

  • Par : Atlus.
  • Sur : Switch. Existe aussi sur PS4.
  • Genre : graphic novel/puzzle game.
  • Classification : PEGI 18.
  • Prix : 49,99€.
Testé sur une version fournie par l’éditeur.
Points positifs :
  • Son ambiance bien à lui, un propos par commun dans un JV
  • Le style graphique très « anime »
  • L’OST jazzy
  • La partie Puzzle assez addictive
  • Contenu : un jeu plutôt généreux
  • L’écriture des personnages
  • Plusieurs fins possibles, bonne durée de vie
  • Un scénario qui reste cohérent, sans se prendre au sérieux
Points négatifs :
  • Les (anciennes) cinématiques qui paraissent surexposées
  • La jouabilité parfois imprécise lors des phases de puzzle
  • Quelques erreurs dans la traduction
  • Pas de sauvegarde automatique
S'il n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains, Catherine Full Body est un jeu à essayer, ne serait-ce que pour sa singularité, pour son coté décalé et sa construction originale. À éviter si vous êtes allergique aux animes sentimentaux... Mais pour le reste, vous ne pourrez que fondre devant cette interprétation originale de la sexualité, de l'engagement, des relations humaines... Raison de plus pour craquer : vous ne trouverez pas d'autre jeu similaire sur Switch 😉
80%
OUI !!

S'il n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains, Catherine Full Body est un jeu à essayer, ne serait-ce que pour sa singularité, pour son coté décalé et sa construction originale. À éviter si vous êtes allergique aux animes sentimentaux... Mais pour le reste, vous ne pourrez que fondre devant cette interprétation originale de la sexualité, de l'engagement, des relations humaines... Raison de plus pour craquer : vous ne trouverez pas d'autre jeu similaire sur Switch 😉

  • Réalisation
  • Scénario
  • Jouabilité
  • Ambiance générale
  • Durée de vie

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