Deux mois après la publication de notre test de Lost Records : Bloom & Rage Tape 1, il est maintenant temps de vous retrouver pour la seconde partie de notre critique. Celle de la Tape 2, seconde partie du jeu, désormais disponible sur PS5, XBox Series et PC. Et forcément, on ne s’est pas fait prier pour retrouver Swann, Kat, Nora et Autumn ! Après avoir été chamboulés par un gros cliffhanger il y a deux mois, il est enfin temps de voir et comprendre où les scénaristes de Don’t Nod veulent nous emmener ! Et il y a des choses à dire ! Petite précision : ce test est garanti 100% « no spoil » ! Promis juré !
Nouveau jeu de Don’t Nod, acte 2
Il y a de cela deux mois, nous vous parlions de Lost Records : Bloom & Rage, nouveau jeu imaginé par les esprits créatifs derrière la série Life is Strange. Du moins Life is Strange 1 & 2, puisque les autres volets ont été confiés à l’américain Deck Nine. Le studio Don’t Nod donc qui, même s’il développe maintenanat aussi des jeux du côté de Montréal, est bel et bien un studio français, fondé par Hervé Bonin, Aleksi Briclot, Alain Damasio, Oskar Guilbert et Jean-Maxime Moris. On lui doit quelques pépites telles que Tell me Why, Jusant, Vampyr, Banishers ou encore Remember Me.
Si le studio nous a habitués à des univers et des gameplay hétéroclites, c’est du côté du jeu narratif (comme Life is Strange, Tell me Why ou Captain Spirit) que va lorgner ce Lost Records : Bloom & Rage. Comprenez un jeu dans lequel vous suivez une histoire en interagissant avec certains éléments du décor, et en validant des choix dans des bulles de dialogues. Ces choix ont des conséquences plus ou moins lourdes sur les événements futurs, et sur vos relations avec les autres personnages. Nous ne sommes donc pas dans un jeu d’action frénétique, mais dans un genre qui aspire plutôt à la contemplation. Certains vous diront même qu’il est presque possible de jouer avec une seule main. Ce qui n’est pas faux, quand on y pense.
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Avantage du jeu narratif : il sait généralement nous happer dans une histoire bien ficelée, avec des personnages profonds et une intrigue captivante. Son point fort, c’est l’écriture. Inconvénients du jeu narratif : s’il est mal écrit, on peut vite s’ennuyer, ou sortir du récit s’il compte trop d’incohérences… D’autre part, les softs du genre sont bien souvent très courts, avec peu de rejouabilité (le fait que vous relancerez le jeu une fois l’histoire terminée). Et justement, nous sommes au regret de vous annoncer dès maintenant que cette Tape 2 « Rage« est beaucoup plus courte que la première partie « Bloom » de Lost Records. Avec aussi quelques lacunes en matière d’écriture. Mais on en reparle plus bas.
Alors, on a envie de comprendre pourquoi ces deux défauts apparaissent si soudainement. Et on a quelques suppositions qui peuvent expliquer ce que vous aller lire plus bas. Mais c’est notre interprétation… Tout d’abord, Lost Records est le premier jeu développé par le tout jeune studio Don’t Nod Montréal, créé en 2020. Et ces derniers mois ont été difficiles pour le studio ! Avec des restructurations internes et des grèves du personnel début 2025… Sans parler d’un calendrier serré, qui a pu mettre la pression sur les équipes. Initialement prévue pour fin 2024, la première partie est finalement sortie le 18 février 2025, tandis que la seconde a été repoussée au 15 avril 2025.
Une suite que l’on attendait impatiemment



Pour rappel, dans Lost Records : Bloom & Rage tape 1 (Bloom), l’intrigue débutait au Blue Spruce, bar de Velvet Cove, petite ville du Michigan. On y découvrait Swann (l’héroïne) et ses copines de jeunesse, qui avaient décidé de s’y retrouver, en 2022, après s’être perdues de vue pendant 27 ans. Flashback… Et c’est une Swann adolescente, mal dans sa peau, un peu rondelette que l’on retrouvait dans sa piaule, en 1995. Ce retour en arrière était le prétexte pour vivre la rencontre de cette solitaire passionnée de cinéma avec Autumn, Nora et Kat. Un quatuor qui allait devenir inséparable… Et vivre un été inoubliable, fait d’aventure, de rébellion et… De paranormal !
Jusqu’à un tragique événement qui poussait les copines à jurer de ne plus jamais se revoir… Jusqu’à cette soirée de 2022 qui les ramène au bar de Velvet Cove. Avec une mystérieuse boîte adressée à Bloom & Rage (le nom de leur groupe en 1995). Non, ce n’est pas un spoiler, puisque ce colis est clairement évoqué dans le trailer du jeu. Que contient cette boîte, et pourquoi surgit t-elle de nulle part, précisément aujourd’hui ? Ce sont justement les questions qui nous ont tenu en haleine il y a deux mois, jusqu’au twist final ravageur qui ne répondait pas davantage à ces interrogations. Mais nous laissait en plan, impatients de découvrir la conclusion de l’histoire…
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Donc, sans surprise, cette seconde partie embraye directement là où la Tape 1 s’était arrêtée ! Les amies se remémorent les événements du passé, qui deviennent prétexte à des flashbacks jouables. On connaît le principe, on reconnaît les lieux, tout comme on connaît déjà nos personnages principaux, comme les rares secondaires que l’on croise. La grosse différence entre les deux actes étant que le premier était plus contemplatif, et plantait les bases… Quand le second va à l’essentiel, et accélère le rythme narratif.
Par exemple, mais c’est peut-être un ressenti personnel, il me semble que l’on ressent moins le côté 90’s dans le second épisode. D’ailleurs, il faudra que l’on m’explique pourquoi, dans un jeu qui soigne autant la nostalgie, la bande-son (excellente au demeurant) capitalise autant sur Sparks de The Dø ? Chanson qui n’est pas du tout sortie dans les années 90, mais en 2014 (album Shake Shook Shaken). Mais les développeurs ne s’embarrassent plus avec ce type de détails, et se focalisent sur l’histoire. Les enjeux sont désormais plus pesants, et bien réels. Vos choix ont un réel impact sur l’aventure, dans cet acte 2, et cette fois ce n’est plus un argument marketing.
Le scénario est un rêve : décousu, et avec des idées qui ne s’harmonisent pas



Au chapitre des défauts, le premier gros point noir que l’on relève, c’est le scénario ! Une surprise tant l’écriture des personnages, la montée de la tension ou encore les enjeux narratifs et émotionnels sont parfaitement huilés ! Mais le hic, c’est que l’histoire se perd en partant dans toutes les directions à la fois ! Un peu comme si plusieurs scénaristes avaient travaillé sur le projet sans se concerter. Résultat : le jeu (et surtout sa fin) est bourré d’incohérences, et la séquence finale ne semble pas tenir compte de ce que l’on a pu voir dix minutes avant ! Lost Records se contredit régulièrement, jusqu’à faire décrocher du récit le joueur ayant un minimum d’esprit logique.
Par exemple, et sans trop en dire pour ne pas spoiler (on a promis), Velvet Cove est une bourgade où la Police n’existe pas ! S’il se passe un événement grave, vous n’y verrez jamais le moindre gyrophare. Qu’il s’agisse du shérif ou des pompiers d’ailleurs… Velvet Cove est aussi la ville où les adultes s’intéressent le moins à leurs propres enfants, quoi qu’il leur arrive. Qu’ils se fassent enlever par des extraterrestre ou transformer en Vache Qui Rit, personne ne bronche ! Plus grave encore : cette seconde partie nous laisse avec une fringale incroyable, en occultant plusieurs éléments importants de l’intrigue. Comme par exemple l’aspect « paranormal » du jeu, qui devient ici complètement anecdotique (on oublierait presque cet aspect) ! Cultiver un peu de mystère, c’est habile ! Ne rien expliquer du tout, c’est un acte manqué !
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Et puis, s’il est un autre défaut à côté duquel on ne peut passer, c’est évidemment sa durée de vie ! Cette Tape 2 est beaucoup plus courte que la première partie du jeu. Si vous rushez jusqu’à la conclusion du jeu, en ligne droite, comptez entre deux et trois heures pour voir le générique de fin. Et avec beaucoup moins de possibilités d’exploration, puisque les séquences pendant lesquelles Swann collectait des souvenirs au camescope sont beaucoup moins présentes ici. Bien que les développeurs tentent des boucles de gameplay plus variées (infiltration, puzzle, course poursuite…), mais trop molles pour susciter l’intérêt du joueur. Le jeu gagne cependant en durée de vie si vous entreprenez de voir toutes les séquences de fin, puisqu’il faudra refaire les chapitres, avec des choix alternatifs.
Sur le plan de la technique, on aura encore eu (comme dans la Tape 1), des bugs plus ou moins prononcés (les mêmes). Les plus fréquents étant des chutes de framerate, pour des raisons complètement inconnues. Ou bien des décrochages de la VF. Par exemple lors d’une séquence où Autumn se met à parler en Anglais sans prévenir (et ce n’est pas lié au scénario, c’est bien un bug). De plus, le jeu ne peut s’empêcher de nous resservir les traditionnels bugs de collision (personnage qui passe à travers des tables ou des murs)… Ou du « PNJ qui fait du moonwalk sur place » (encore avec Autumn d’ailleurs : il y a un truc avec elle).
Au final



Après avoir terminé ce Lost Records : Bloom & Rage tape 2, deux questions suscitent l’incompréhension. Tout d’abord, pourquoi avoir coupé le jeu en deux parties ? Le jeu n’était pas terminé en février ? Au final, cette coupure ne se justifie pas (on ne peut même pas évoquer des raisons commerciales puisque la tape 2 est gratuite si vous avez acheté la première partie). D’ailleurs, pourquoi ne pas avoir coupé le soft au milieu, plutôt que de faire une partie 1 qui traîne en longueur, et une seconde partie vite expédiée ? La meilleure solution étant de tout publier d’un coup !
Seconde question : après avoir si bien posé les bases avec la tape 1, comment cette fin peut-elle autant flinguer le jeu avec ses incohérences et ses idées qui partent dans tous les sens, sans jamais se retrouver ? Alors, au final, le jeu nous laisse une impression étrange : un peu comme si le studio Don’t Nod avait mis tout son talent dans la première partie de Lost Records… Puis avait refilé sa conclusion aux stagiaires. Ou avait conclu l’aventure à l’arrache. Les deux parties ne sont pas égales, et là je ne parle pas de la durée !
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C’est d’autant plus dommage que cette Tape 2 tente d’aller plus loin dans l’émotionnel. ne s’encombre plus des quêtes annexes, pour se focaliser sur l’histoire, plus sombre et plus mature. Et sur les personnages, et surtout sur les enjeux ! Hélas, le soufflé retombe à cause des incohérences. Elles ne nous sortent pas du récit, elles nous en éjectent violemment ! Lost Records devait, sur le papier, être une histoire avec des adolescentes… Pas une histoire racontée par des adolescentes ! Les promesses du premier épisode ne sont pas tenues, et cette conclusion ne répond à quasiment aucune des questions que l’on se pose. Il faudrait une suite, ou un DLC, pour comprendre, ce qui n’était pas l’objectif, à la base…
Globalement, et même si on aime le jeu pour son ambiance et ses personnages, on est déçus ! D’une part parce que l’on attendait sans doute beaucoup trop de ce Lost Records… D’autre part parce que la première partie a placé la barre suffisamment haut pour susciter une telle attente. Si la Tape 1 est dans la veine des Life is Strange, la seconde partie ne tient pas les promesses, et fait s’effondrer le soufflé au fromage. Malgré une tension et des enjeux bien présents. L’histoire reste émouvante, les personnages attachants… Dans sa globalité, l’expérience est intéressante, mais pas à la hauteur de Life is Strange ou de Tell me Why !
Lost Records : Bloom & Rage – Tape 2 : Rage

- Par : Don’t Nod Montréal
- Sur : PC, XBox Series, PS5
- Genre : aventure narrative en solo
- Classification : PEGI 18
- Prix : 39,99€ (les deux épisodes)
- Conditions de test : terminé (épisode 2) sur XBox Series, sur une version fournie par l’éditeur.
Les points positifs
- On retrouve (enfin) notre quatuor infernal, rebelle et attachant
- Plusieurs fins possibles
- L’écriture des dialogues dans le présent
- Beaucoup plus d’enjeux dans vos choix
- L’ambiance générale
- La musique, toujours au top
- Gameplay : l’un des jeux les plus accessibles du moment
- Le doublage en VF
- Le nombre de clins d’œil à Life is Strange (amusez vous à chercher)
- Une écriture plus sombre, moins « adolescence en crise »
Les points négatifs
- Une seconde partie beaucoup trop courte !
- Des bugs, des ralentissements
- Quelques éléments scénaristiques prévisibles
- Des raccourcis et des incohérences narratives, y compris à la fin
- Parfois, on subit les choix automatiques des personnages
- Quelques boucles de gameplay plus inattendues, mais un peu molles
- Le joueur reste sans vraiment de réponses à de nombreuses questions soulevées
- Il faut vraiment laisser tomber le format épisodique

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