Pendant des années, Crimson Desert a cultivé le mystère. Présenté comme l’évolution naturelle de Black Desert, puis transformé en vaste action-RPG solo, le projet de Pearl Abyss s’est progressivement imposé comme l’un des jeux les plus ambitieux de sa génération. Une ambition qui saute aux yeux dès les premières minutes. Monde gigantesque, combats spectaculaires, mise en scène hollywoodienne, physique omniprésente : Crimson Desert veut tout faire, tout montrer, tout révolutionner. Le problème, c’est qu’à force de vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, le titre finit parfois par trébucher sur ses propres ambitions. Je vous explique tout ça avec mon test, qui a pris un peu de temps je l’avoue… Mais je voulais vraiment avoir assez de recul pour vous parler du jeu !
Pearl Abyss joue gros
Difficile de parler de Crimson Desert sans évoquer le parcours de son créateur. Fondé en 2010 en Corée du Sud, Pearl Abyss est surtout connu pour Black Desert Online. Un MMORPG lancé en 2014 qui a rapidement bâti sa réputation grâce à son moteur graphique maison et à son système de combat particulièrement dynamique. Pendant plus d’une décennie, Black Desert a constitué la vitrine technologique du studio. Là où la plupart des MMORPG reposaient sur des systèmes de ciblage relativement statiques, Pearl Abyss misait déjà sur des affrontements rapides, des animations spectaculaires et une qualité visuelle largement supérieure à la moyenne du genre.
Le succès fut au rendez-vous. Des millions de joueurs ont parcouru les terres de Black Desert, permettant au studio de voir plus grand. Beaucoup plus grand. C’est dans ce contexte qu’est né Crimson Desert. Initialement présenté comme un MMORPG narratif servant de préquelle à Black Desert… Le projet a connu plusieurs métamorphoses avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui : un immense action-RPG en monde ouvert centré sur le mercenaire Kliff et son groupe de compagnons.
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Dès les premières bandes-annonces, Pearl Abyss affichait clairement ses ambitions. Les développeurs semblaient vouloir réunir dans un seul jeu l’exploration d’un Skyrim, la narration d’un The Witcher 3, la liberté d’un Breath of the Wild, les combats d’un Dragon’s Dogma et le gigantisme d’un MMORPG moderne… Autrement dit, rien que ça ! Cette volonté de viser les sommets impressionne autant qu’elle inquiète. Car dans l’industrie du jeu vidéo, les projets qui veulent tout faire finissent souvent par se disperser. Et malheureusement, Crimson Desert n’échappe pas totalement à cette règle.
C’est avec une première impression très mitigée que j’ai abordé ce test. Le jeu m’intéressait mais… Le background de son lancement beaucoup moins. Car sa sortie, en mars, s’est faite dans un contexte un peu particulier : des rumeurs d’influenceurs gaming largement arrosés par Pearl Abyss pour surcoter volontairement le jeu… Rumeurs renforcées par des vidéos YouTube où des streamers, qui descendaient copieusement le jeu, l’encensaient soudainement (et je ne parle même pas des spécialistes de la note 22/20). Dans ce contexte, je tenais donc à tester un jeu que j’ai acheté, sans solliciter l’éditeur… Je me suis même retenu de lire d’autres tests, afin de vous proposer aujourd’hui le test le plus objectif possible…
Kliff… Hanger !



C’est… L’histoire d’un mec… Comme le dit la formule… Dans le vaste continent de Pywel, les royaumes se livrent une guerre permanente pour le pouvoir, les ressources et leur survie. Au milieu de ce chaos évoluent les Greymanes (ou Crinières Grises), une compagnie de mercenaires dirigée par Kliff Macduff. Habitués à vendre leurs services au plus offrant, ces combattants tentent de conserver leur indépendance dans un monde où les alliances changent au gré des ambitions politiques.
Mais tout bascule lorsqu’une attaque d’une rare violence décime les Greymanes. Pris en embuscade par leurs rivaux, les Black Bears, les survivants sont dispersés aux quatre coins de Pywel. Séparé de ses compagnons, Kliff entreprend alors un long périple pour retrouver les siens, comprendre les véritables raisons de cette offensive et reconstruire son groupe.
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Son voyage le conduit à travers des régions aux cultures très différentes. Où il croise seigneurs de guerre, chefs de clans, créatures fantastiques et populations prises au piège d’un conflit qui les dépasse. Chaque territoire possède ses propres enjeux, si bien que la quête de Kliff dépasse rapidement le simple désir de vengeance. Derrière les rivalités humaines se dessinent peu à peu des forces plus anciennes, capables d’influencer le destin de tout le continent.
Si la guerre constitue le fil rouge de l’aventure, Crimson Desert raconte aussi l’histoire d’un homme confronté au poids de ses responsabilités. Kliff doit composer avec son passé, protéger ceux qui lui restent fidèles et prendre des décisions qui influenceront l’avenir des Greymanes. Entre combats épiques, exploration d’un immense monde ouvert et intrigues politiques, le récit mêle heroic fantasy, drame humain et éléments surnaturels, dans une aventure où chaque victoire semble avoir un prix… Quand on regarde le jeu avec pas mal de recul, son scénario est assez générique. Il fait le job, mais dans un jeu de cette ampleur, on aurait aimé un peu plus de surprises, et un peu plus de profondeur pour l’écriture de Kliff.
Une jouabilité spectaculaire… et parfois épuisante



La première qualité de Crimson Desert saute immédiatement aux yeux : ses graphismes, mais j’y reviens. Seconde claque : son système de combat. Pearl Abyss maîtrise son sujet. Les affrontements sont nerveux, brutaux et extrêmement démonstratifs. Kliff peut enchaîner esquives, projections, contres, attaques aériennes et coups spéciaux avec une fluidité impressionnante. Certaines batailles évoquent presque un croisement improbable entre Assassin’s Creed, Devil May Cry et Dragon’s Dogma. Manette en main, le jeu procure régulièrement des moments grisants. Faire décoller un ennemi avant de l’écraser contre un mur ou l’envoyer valser du haut d’une falaise procure un plaisir immédiat.
Mais après plusieurs heures, les limites du système apparaissent. Le premier problème vient de la lisibilité. Crimson Desert adore multiplier les mécaniques. Très vite, le joueur se retrouve noyé sous les commandes, les compétences, les systèmes annexes et les possibilités contextuelles. L’ensemble finit par ressembler à un gigantesque buffet à volonté où chaque plat semble délicieux, mais où personne n’a pensé à organiser les tables. Le jeu est extrêmement généreux, c’est un fait (au point de nous accueillir avec un interminable tutoriel). Et j’avoue que j’ai failli décrocher rapidement, tant il nous offre sans rien nous dire de ses intentions. Alors, on découvre, on explore, on apprend par l’observation… Et finalement, cette mécanique nous accroche. Un dernier pour la route, et deux heures plus tard, on y est encore…
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Le monde ouvert souffre du même syndrome d’opulence. Pêche, chasse, commerce, infiltration, plateformes, énigmes environnementales, sièges de forteresses, exploration verticale, physique avancée, gestion de compagnons… Crimson Desert accumule les activités avec une générosité presque maladive. Le problème n’est pas leur qualité individuelle. Beaucoup fonctionnent correctement. Le problème est qu’elles peinent à former un ensemble cohérent. À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression que le jeu me criait constamment : « Regarde ce qu’on a ajouté ! » Cette accumulation permanente finit par nuire au rythme général de l’aventure.
Les bugs viennent malheureusement accentuer cette sensation de chantier permanent. PNJ qui se téléportent, animations capricieuses, collisions parfois étranges ou scripts qui se déclenchent de façon imprévisible : rien de catastrophique au point de rendre le jeu injouable, mais suffisamment fréquent pour casser l’immersion. Et dans un univers qui cherche constamment à impressionner, chaque accroc devient immédiatement visible. Du côté du gameplay, certaines phases de jeu donnent envie de maltraiter sa manette. Typiquement, les phases de plateforme des Abysses qui, à mon sens (mais c’est mon point de vue), me paraissent hors sujet. De même, certains boss offrent des pics de difficulté qui confirment que Dark Souls fait aussi partie des inspirations des développeurs 😀
Une claque visuelle qui cache mal quelques fissures



S’il y a un domaine où Crimson Desert frappe fort, c’est bien celui de la technique. Le moteur BlackSpace est capable de produire certains des panoramas les plus impressionnants vus ces dernières années. Les montagnes s’étendent à perte de vue, les forêts regorgent de détails et les effets météorologiques participent constamment à l’immersion.
Par moments, le jeu donne véritablement l’impression d’appartenir à une génération suivante. Les tempêtes sont spectaculaires. Les couchers de soleil sont magnifiques. Certaines batailles à grande échelle rappellent même les scènes les plus ambitieuses de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Le problème est que cette prouesse visuelle s’accompagne d’un certain manque de maîtrise. Les performances connaissent parfois des baisses inattendues. Certaines animations secondaires paraissent moins travaillées. La caméra devient occasionnellement l’ennemi principal du joueur lors des affrontements les plus chaotiques.
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Plus gênant encore, la direction artistique peine parfois à imposer une identité forte. L’univers est beau, incontestablement. Mais il donne régulièrement l’impression de recycler des inspirations déjà vues ailleurs. On retrouve des morceaux de Game of Thrones, de The Witcher, de Skyrim et de nombreux autres piliers de la fantasy moderne. Le résultat est séduisant mais rarement mémorable.
Constat qui vaut d’ailleurs aussi pour le gameplay, avec des références parfois trop évidentes. Au point de frôler la copie conforme. Exemple concret ? Les Abysses, ces îles célestes qui nous font penser que les Devs ont dû bien poncer The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom pendant qu’ils développaient Crimson Desert. Les références de ce type sont nombreuses et, hélas, avant de voir la mécanique géniale, on ne voit que le jeu qui a inspiré Pearl Abyss.
Au final : une aventure fascinante mais terriblement brouillonne



C’est probablement le sentiment qui domine après plusieurs dizaines d’heures. Crimson Desert est fascinant. On ne peut qu’admirer l’audace de Pearl Abyss. Peu de studios osent aujourd’hui investir autant de ressources dans une nouvelle licence solo. Plus rares encore sont ceux capables de proposer autant de systèmes interactifs dans un même jeu. Crimson Desert est un jeu impressionnant, parfois même stupéfiant. Son moteur graphique, ses combats et son sens du spectacle témoignent d’un savoir-faire technique remarquable.
Pourtant, derrière cette démonstration de force se cache une aventure souvent brouillonne, encombrée par ses propres ambitions et freinée par de nombreux problèmes de finition. Cette ambition devient également sa principale faiblesse. À force de vouloir tout intégrer, Crimson Desert perd parfois de vue l’essentiel : offrir une expérience cohérente. L’exploration est excellente. Les combats sont souvent grisants. Le monde regorge de contenu. Mais l’ensemble manque d’une véritable colonne vertébrale capable de relier toutes ces qualités. Là où The Witcher 3 brillait grâce à son écriture, où Elden Ring fascinait par son level design et où Skyrim séduisait par sa liberté… Crimson Desert peine à identifier clairement ce qui constitue son cœur. Il veut être tout cela à la fois. Et finit parfois par devenir un peu de tout sans jamais être totalement lui-même.
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Pearl Abyss signe une œuvre gigantesque, généreuse et sincère, mais qui aurait probablement gagné à être un peu moins ambitieuse et beaucoup plus disciplinée. J’ai passé très honnêtement un très bon moment, dans un jeu qui m’en a donné plus que je n’en demandais (comptez environ 50 heures pour finir la quête principale). C’est donc une franche réussite pour Pearl Abyss. Pourtant, je ne sais pas si je relancerai le jeu maintenant que je suis passé à autre chose. J’ai le ventre bien rempli, et il faut maintenant que je digère tout ça… D’autant qu’il reste encore d’autres plats aussi gargantuesques à venir en 2026 (un jeu qui ne sortira qu’en dématérialisé, par exemple)…
Crimson Desert

- Par : Pearl Abyss
- Sur : XBox Series, PS5, PC
- Genre : action RPG
- Classification : PEGI 18
- Prix : 69,99€ (jeu standard)
- Conditions de test : testé sur XBox Series, sur une version commerciale standard
Les points positifs
- Monde ouvert immense et spectaculaire
- Un monde vraiment organique
- Un moteur Blackspace très solide
- Combats dynamiques et satisfaisants
- La bande-son
- Direction technique impressionnante
- Quantité de contenu colossale
- Liberté d’exploration remarquable (on peut même rentrer dans quasiment tous les bâtiments)
- Mise en scène ambitieuse
Les points négatifs
- Beaucoup de bugs et d’imperfections
- Structure générale brouillonne
- Trop de mécaniques empilées
- Un scénario en retrait
- Rythme irrégulier
- Un héros qui manque de profondeur
- Identité parfois diluée par ses inspirations
- Caméra et lisibilité perfectibles
- Les PNJ qui déroulent toujours les mêmes lignes de dialogue
- Quelques pics de difficulté face à certains boss
