Le dernier jeu vidéo culte date de 1997

Est-il vraiment utile de présenter James Bond ? Créé en 1953 par l’écrivain Ian Fleming dans le roman Casino Royale, James Bond est un agent secret du MI6 portant le matricule 007, synonyme de « permis de tuer ». Inspiré par des espions réels croisés durant la Seconde Guerre mondiale, il est devenu une icône mondiale grâce aux romans puis aux films, du Sean Connery des débuts à Daniel Craig. Symbole d’élégance à l’anglaise, d’aventure et d’espionnage, Bond a inspiré d’innombrables œuvres au cinéma, à la télévision, dans les jeux vidéo, les bandes dessinées et la littérature populaire… Il a même parfois été source d’inspiration (Ethan Hunt de Mission : Impossible, ou Jason Bourne créé par Robert Ludlum en 1980)… Parfois sous forme caricaturale, comme par exemple avec OSS 117, ou Austin Powers, pour ne citer qu’eux.

En parallèle des films, nous avons eu de nombreux jeux vidéo, adaptations des différents longs métrages. Et pendant plus de vingt ans, les fans de James Bond ont vécu dans l’ombre de GoldenEye 007, le banger mythique de la Nintendo 64 en 1997. Malgré quelques tentatives plus ou moins heureuses, aucun jeu n’était parvenu à capturer l’essence du plus célèbre agent secret du cinéma. Avec 007 First Light, IO Interactive, le studio derrière la série Hitman, relève donc un défi colossal. Séquence d’introduction, générique et chanson,… D’entrée, le jeu met cartes sur table ! Il va nous servir une mise en scène digne des films 007 ! Et ça commence fort. Au point qu’on en oublierait presque que l’on tient une manette entre les mains.

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Quand on y pense, c’est assez cocasse de jouer un jeune James Bond, quand on sait que l’agent secret imaginé par Ian Fleming (lui-même ancien espion) en 1953 va donc fêter ses 73 ans ! Et chaque long métrage nous dépeint un 007 rôdé, expert à la fois dans l’art de séduire la gent féminine, faire péter des bases secrètes ennemies ou dévaler les plus grandes rues du monde au volant de son Aston Martin. Mais plutôt que de s’appuyer sur un Bond déjà établi, IO Interactive choisit de raconter les débuts de l’espion. Un choix intelligent qui lui permet d’éviter les comparaisons directes avec Sean Connery, Roger Moore ou Daniel Craig. Ici, Bond est encore en construction, talentueux mais imparfait, brillant mais parfois impulsif.

Cette approche donne naissance à une aventure qui ressemble davantage à un récit initiatique qu’à une mission classique du MI6. On découvre progressivement les rouages de l’organisation, les premières erreurs du futur agent 007 et les événements qui vont forger sa légende. Pour un passionné de la saga, le plaisir est immédiat. Les références abondent sans jamais tomber dans le clin d’œil forcé. On retrouve l’esprit de Fleming autant que celui du cinéma, avec cette élégance britannique qui a toujours fait le charme de la licence. On en vient même à se dire que, après Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et Daniel Craig… Maintenant, on pourrait presque ajouter le nom de Patrick Gibson (Les Tudors, Dexter : Les Origines…), acteur irlandais qui incarne avec brio l’agent secret de Sa Majesté dans ce nouveau jeu vidéo. Et si c’était lui finalement le nouveau visage de Bond ?

Une histoire qui comprend James Bond

L’écriture constitue l’une des plus belles réussites du jeu. IO Interactive évite la caricature du super-espion invincible pour proposer un héros plus humain, plus fragile, plus faillible… Car plus inexpérimenté ! Ce Bond apprend encore à maîtriser ses émotions, ce qui rend certaines scènes particulièrement efficaces. Mais tout en prenant la direction de la nouveauté, les développeurs n’oublient pas d’embarquer tous les ingrédients qui font le succès de la franchise. Le scénario multiplie les voyages, les complots internationaux et les trahisons, comme le veut la tradition. Sans réinventer totalement la formule, il parvient à maintenir l’intérêt grâce à des personnages secondaires crédibles et une progression bien rythmée.

Les amateurs de la franchise remarqueront également de nombreux détails hérités des romans de Ian Fleming. Certaines situations évoquent davantage les premiers livres que les productions hollywoodiennes récentes. Ce qui apporte une saveur particulière à l’ensemble. Le résultat manque parfois d’audace dans ses rebondissements, mais l’ensemble reste suffisamment solide pour donner envie de découvrir la suite. Une réussite qui pose de belles bases pour une nouvelle série, soit dit en passant. Enfin, je pose ça là… Si IO envisage une ou des suite(s), on ne va pas cracher dessus !

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007 First Light s’ouvre sur une séquence qui nous montre des soldats SAS (Special Air Services, une unité de forces spéciales des forces armées britanniques), en mission quelque part en Islande. Un premier hélicoptère est abattu, juste avant que le second ne soit neutralisé à son tour par un missile. On prend alors le contrôle du seul survivant du crash, un « bleu » de la Royal Navy. Désormais pour s’en sortir, cet homme qui répond au nom de James Bond va devoir devenir les yeux et les oreilles du MI6, qui vient de prendre le commandement des opérations. C’est la mission d’introduction du jeu ! Évidemment, la jeune recrue fait ses preuves, et M (pas le chanteur, mais la tête du MI6) décide de le recruter, et de l’envoyer se former et s’entraîner avec d’autres jeunes talents de l’espionnage britannique.

Le scénario est plutôt bien écrit, dans la veine des romans ou des films. Il suscite la même curiosité, la même envie d’avancer pour vivre pleinement cette aventure hors du commun. Les premières missions démontrent tout le savoir-faire de IO Interactive. Plutôt que de nous servir un tutoriel d’un classicisme absolu, les développeurs l’intègrent dans le récit, puisque notre agent est un « bleu » ! Donc qui part apprendre les bases du métier… Avant de partir en mission, mais jamais sans la supervision d’un supérieur ! Plutôt que de recycler une nouvelle fois les codes de l’espion déjà accompli, IO Interactive choisit de raconter les débuts d’un James Bond encore imparfait, comme on l’a vu. Cette approche apporte une vraie fraîcheur narrative et permet de découvrir un héros plus impulsif, moins sûr de lui, mais aussi plus humain.

Une réalisation digne du grand écran

Visuellement, First Light impressionne la plupart du temps. Les environnements sont riches, variés et particulièrement détaillés. Des complexes ultramodernes aux lieux plus exotiques, chaque destination possède sa propre identité. Les animations faciales et le travail sur les personnages participent également à l’immersion. Le jeune Bond bénéficie d’une interprétation convaincante qui lui permet d’exister sans chercher à imiter ses célèbres prédécesseurs. Comme je l’ai écrit plus haut, on le doit à la performance de Patrick Gibson, convainquant dans le costume de Bond. D’ailleurs, puisque l’on parle de casting, c’est aussi une belle surprise de retrouver Lenny Kravitz dans un rôle qu’on vous laisse découvrir (mais que vous avez vu dans les trailers).

La mise en scène constitue un autre point fort. On retrouve ce sens du spectacle qui caractérise les meilleurs films de la franchise. Courses-poursuites, fusillades, infiltrations à haut risque, costumes élégants, destinations exotiques, gadgets sophistiqués, organisations secrètes : tout respire James Bond. Le jeu réussit l’exploit de donner l’impression de vivre un film interactif sans tomber dans la simple imitation des longs-métrages. Le rythme alterne habilement entre tension et grand spectacle. Plusieurs scènes marquantes rivalisent avec les meilleures productions hollywoodiennes. Direction artistique, doublage, animation faciale et bande-son participent à une immersion constante.

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Tout n’est cependant pas irréprochable. Quelques bugs, de rares ralentissements et certaines textures moins flatteuses rappellent que le jeu n’atteint pas toujours l’excellence technique des plus grosses productions PlayStation. Même si l’ensemble demeure solide, on croise des bugs, des ralentissements ponctuels ou des temps de chargement parfois excessifs. Rien de catastrophique, mais suffisamment visible pour être signalé. Car globalement, le jeu flatte la rétine. Il tourne sous Glacier, le moteur propriétaire d’IO Interactive. Et a été optimisé en partenariat avec NVIDIA. Sur PC, 007 First Light intègre ainsi le DLSS 4.5 Dynamic Multi Frame Generation, à condition d’être équipés de cartes GeForce RTX. Le Path Tracing ainsi que le DLSS Ray Reconstruction seront également ajoutés cet été.

Enfin, et c’est un aspect technique dont il faut que l’on parle : on s’étonne de constater qu’un jeu d’une telle qualité, qui nous emmène aux côtés de l’un des personnages les plus cultes du XXe siècle, ne propose pas de VF ! On devine que la raison est sans doute financière, ou que l’agenda n’a peut-être pas laissé le temps de réaliser un doublage français en bonne et due forme mais… C’est un choix étrange ! Cependant, il faut reconnaître que le doublage Anglais est de très bonne qualité. Mais cet aspect pourra gêner les non-anglophones, qui galèreront parfois à lire les sous-titres, qui peuvent devenir illisibles lorsqu’ils s’affichent sur un arrière plan blanc ou très clair.

Une bande-son qui joue juste

Impossible d’évoquer James Bond sans parler musique. Sur ce point, IO Interactive a parfaitement compris sa mission. Les compositions originales s’inspirent des grands thèmes de la saga (et du thème principal de Monty Norman et John Barry), tout en développant leur propre personnalité. Les morceaux accompagnent efficacement les infiltrations comme les scènes d’action. L’ambiance sonore contribue énormément à cette impression de participer à un véritable film interactif. La scène introductive a même le droit, comme dans les films, à son theme song original, par Lana del Rey.

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Le doublage anglais mérite également les félicitations. Les dialogues sonnent juste et renforcent la crédibilité des personnages, même lors des passages les plus spectaculaires. D’ailleurs, on apprécie aussi d’entendre Bond parler avec un accent britannique. Ça peut sembler être une évidence dit comme ça, mais on connait des studios moins scrupuleux sur ce type de détails, qui auraient pu nous coller un bon gros accent américain. Histoire de nous proposer un jeu soit disant plus « international » ! Ce petit détail démontre lui aussi le sérieux et le respect de IO.

Les bruitages participent eux aussi à l’immersion. Qu’il s’agisse des armes, des véhicules ou des gadgets. Un travail discret mais essentiel. Et qui contribue à sa manière à l’immersion.

Entre Hitman et 007

Le choix d’IO Interactive apparaît comme une évidence dès les premières missions. L’expérience acquise sur Hitman se retrouve dans de nombreux aspects du gameplay. L’infiltration constitue souvent la meilleure approche, dans ce jeu solo à la 3e personne. Observer les habitudes des gardes, analyser son environnement et exploiter les opportunités disponibles procure une réelle satisfaction. IO Interactive met à profit son savoir-faire en matière d’infiltration. Plusieurs missions offrent différentes approches, encouragent l’observation et récompensent la discrétion. On repère les lieux, on observe les gardes, et on échafaude son infiltration. Le level-design lui même va dans ce sens : chaque lieu semble pensé pour multiplier les possibilités d’action, tout en conservant une lisibilité exemplaire.

Cette liberté d’action représente probablement la plus grande qualité du jeu. Plusieurs missions peuvent être abordées de différentes façons différentes. Ce qui encourage l’expérimentation, la prise de risque, et améliore la rejouabilité. Les amateurs de discrétion seront comblés. Ceux qui préfèrent l’action pure trouveront également leur compte. Même si, pour chipoter, le jeu a aussi ses limites. Dans l’ensemble, si les mécaniques d’infiltration sont parfaitement maîtrisées par IOI, ce 007 First Light m’a assez vite semblé plus restreint que les récents Hitman, beaucoup plus permissifs (notamment avec le système de déguisements). Mais… Ce n’est pas un Hitman, et notre Bond n’a pas encore son « permis de tuer » ! De même, certains passages débouchent sur des séquences de gameplay scriptées, qui détonnent violemment avec celles qui vous offrent des choix : soudainement, vous ne pouvez plus choisir, seulement suivre la route imposée.

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Les fusillades se montrent efficaces sans être révolutionnaires. Elles remplissent correctement leur rôle mais peinent parfois à atteindre le niveau d’excellence des phases d’infiltration. Même constat pour les séquences de conduite. Paradoxalement pour une licence associée à des véhicules mythiques, les phases de conduite constituent l’un des aspects les moins convaincants du jeu. Leur maniabilité manque de précision et leur présence reste trop limitée pour réellement marquer les esprits. Les gadgets apportent heureusement de la variété, et un aspect stratégique puisque vous ne pourrez en équiper que quatre : il faudra bien choisir en fonction de la mission. Sans sombrer dans l’excès technologique, ils enrichissent les possibilités offertes au joueur et renforcent l’identité de l’ensemble.

Dans l’ensemble, on regrette surtout le manque de prise de risques. First Light maîtrise admirablement les fondamentaux, IO Interactive maîtrise parfaitement son sujet… Mais certaines mécaniques semblent héritées de recettes déjà éprouvées plutôt que réellement innovantes.. Il excelle davantage dans l’exécution que dans l’innovation. Par ailleurs, lorsque le jeu s’éloigne de ses missions d’infiltration pour privilégier le spectacle, il devient nettement plus linéaire. Comme je l’ai dit plus haut. Le jeu excelle dans presque tous les domaines, mais il propose finalement peu d’idées capables de bouleverser les habitudes du genre. On admire le savoir-faire, sans toujours ressentir l’émerveillement provoqué par une œuvre réellement novatrice.

Au final

007 First Light réussit là où beaucoup se sont cassé les dents : faire ressentir au joueur ce que signifie réellement être James Bond. Pas seulement tirer sur des ennemis ou conduire une voiture de luxe, mais observer, manipuler, infiltrer et improviser. Grâce à son écriture solide, sa réalisation soignée et son gameplay hérité de l’expertise d’IO Interactive, le jeu s’impose comme l’une des meilleures adaptations vidéoludiques de la licence. Il n’est pas exempt de défauts, notamment dans certaines phases d’action ou dans son manque relatif d’audace.

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Mais lorsqu’il nous laisse évoluer librement dans ses niveaux, lorsqu’il nous permet de préparer une infiltration parfaite ou lorsqu’il multiplie les références discrètes à plus de soixante ans d’histoire Bondienne, First Light touche juste. Comme un bon James Bond, il n’est peut-être pas parfait. Mais il possède du style, du charme, du caractère et suffisamment de personnalité pour donner envie de rempiler immédiatement pour une nouvelle mission. À l’image du héros qu’il incarne, le nouveau jeu de IO Interactive a ses imperfections, mais il a gagné notre confiance, et on a hâte de voir la suite !

En résumé, 007 First Light brille par son exécution : ce n’est peut-être pas le jeu qui réinvente l’action-infiltration, mais il la met à la portée du plus grand nombre, y compris des non initiés. C’est aussi assurément le jeu vidéo qui retranscrit le plus fidèlement le fantasme de devenir James Bond. Quand le nom du successeur de Daniel Craig tarde à se faire connaître au cinéma, les gamers ont trouvé leur nouveau 007 !


007 First Light

  • La mise en scène très Hollywoodienne : des séquences spectaculaires dignes du cinéma
  • L’ambiance 007 très réussie, et respectueuse du matériau d’origine
  • La bande-son
  • Le rythme
  • On a aussi de l’humour « so british »
  • Globalement, une réalisation solide
  • Patrick Gibson incarne un Bond crédible et attachant
  • L’héritage de Hitman intelligemment exploité
  • Des niveaux particulièrement soignés, rejouables et bien pensés
  • Une origin story intelligente et bien écrite
  • On a ce qu’il faut de fan-service
  • Durée de vie très correcte (entre 15 et 20 heures)
  • Une formule parfois trop prudente
  • Une infiltration qui manque de profondeur (quand on connaît Hitman)
  • Des séquences de conduite en retrait
  • Elle est où la VF ?
  • Quelques problèmes techniques et bugs
  • Certains passages trop linéaires et dirigistes
  • Il manque un poil de vraies surprises ludiques