Après avoir exploré de nombreux univers, en nous proposant diverses manières de jouer, le Français Don’t Nod (Remember Me, Life is Strange 1 & 2, Jusant…) s’attaque cette fois-ci à la Hard Sci-Fi avec son nouveau projet : Aphelion. Tout commence par une mission sur une planète lointaine, afin de trouver un nouvel asile pour une population terrestre menacée. On y suit les astronautes Ariane et Thomas, en route pour une planète Perséphone pas vraiment accueillante. Nous étions aussi du voyage, et il est donc temps de vous donner notre avis sur le jeu ! Voici notre test.
Une cause perdue d’avance ?
Est-il encore nécessaire de présenter Don’t Nod ? Un studio parisien créé en 2008 par Hervé Bonin, Aleksi Briclot, Alain Damasio, Oskar Guilbert et Jean-Maxime Moris… Et que vous connaissez forcément pour ses titres phares tels que Life is Strange (1 et 2), Remember Me, Vampyr, Tell me Why, Twin Mirror, Jusant ou encore Lost Records : Bloom & Rage. Alors forcément, quelle ne fut pas notre surprise (et notre attente) lorsque, en juin 2025 à l’occasion du XBox Games Showcase (show désormais calé sur l’ancienne date de l’E3), le studio annonçait un nouveau projet intersidéral baptisé Aphelion. Et si vous vous posez la question, le terme vient du jargon astronomique : l’aphélie (aphelion en anglais) est le point d’une orbite ou d’un objet (comme la Terre) le plus éloigné du Soleil (le contraire du périhélie). Tout est dit !
Cette fois, Don’t Nod s’attaque à un tout nouveau registre : la Hard Sci-Fi (ou la science-fiction dure). Un sous-courant de la SF qui cherche à coller au maximum aux connaissances scientifiques réelles. Ici, pas ou peu d’éléments fantastiques, une physique crédible, des technologies plausibles, des contraintes réalistes (gravité, vide spatial, temps, énergie…) mais… Pas d’empire galactique menaçant ou de batailles épiques au blaster ! D’ailleurs, afin de coller au mieux à la réalité, les développeurs se sont associés à l’ESA (Agence Spatiale Européenne), qui a apporté son expertise dans différents domaines (technologie, plausibilité des situations rencontrées sur une planète inconnue, etc). Pour l’anecdote, les héros du jeu portent un écusson inspiré par ceux que portent les vrais astronautes, propres à chaque mission.
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Aphelion nous emmène en 2060. La Terre est devenue inhabitable. Le seul moyen de sauver l’Humanité est de quitter notre planète bleue, et de partir en coloniser une nouvelle. En l’occurrence, une 9e planète tout juste découverte aux limites de notre système solaire, et qui semble habitable : Perséphone. Mais avant de faire migrer plusieurs milliards d’humains, l’ESA souhaite étudier ce nouvel astre, afin d’être sûr que l’Homme pourra y vivre et y prospérer. L’Agence Spatiale a donc lancé une mission, Hope-01, en envoyant deux astronautes expérimentés, Ariane Montclair et Thomas Cross (clin d’œil à Thomas Pesquet ??), recueillir un maximum de données sur Perséphone.
Mais la fin du voyage vire au cauchemar lorsque le vaisseau terrien s’écrase sur la surface de Perséphone. Après le crash, Ariane se réveille en plein chaos, au milieu des débris et des flammes. Thomas a disparu, et la jeune femme se met en quête de le retrouver sur cette planète de glace, aux paysages aussi magnifiques qu’hostiles. Et aussi une planète sur laquelle se passent des choses étranges… Nous ne développerons pas plus pour le scénario, la grande force de Don’t Nod étant généralement sa narration, on vous laisse la surprise…
Deux pour le prix d’un



S’il nous a été vendu comme un jeu narratif d’aventure en solo et à la 3e personne, Aphelion fait partie de ces titres qui savent exploiter la présence de deux protagonistes. Deux humains, séparés et seuls face à l’immensité de Perséphone, et deux types différents de jouabilité. Concrètement, avec Ariane, nous aurons les phases acrobatiques du jeu. De l’escalade (on sent d’ailleurs parfois que Jusant est passé par là), des sauts, la gestion de l’équilibre sur certains passages, de la plate-forme à la Uncharted…
Avec toutefois la nécessité pour le joueur de bien observer et comprendre l’environnement, qui est votre pire ennemi. Une prise qui s’affaisse en pleine grimpette, des plaques de glace qui s’effondrent sous vos pas trop rapides… Ici, il faut voir, entendre, ressentir l’environnement… Pour ne pas mourir bêtement. D’ailleurs, si je puis me permettre un petit conseil : jouez avec un casque ! Ça peut changer totalement votre expérience ! Ariane, donc, ne dispose que de sa logique, ses muscles, un grappin, et un scan. Ce dernier vous permet de localiser votre objectif ou, plus tard dans le jeu, de détecter les champs magnétiques.
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Un peu plus tard, on retrouvera aussi Thomas. Celui-ci nous offre un nouveau gameplay. Sans en dire davantage (no spoiler), les phases avec Thomas sont davantage basées sur l’investigation et la survie : vous allez par exemple devoir garder un œil sur votre réserve d’oxygène. À la manière du récent Resident Evil Requiem, le jeu alterne alors les séquences entre les deux protagonistes. Une excellente idée qui permet de casser une routine qui aurait pu s’installer rapidement dans ce type de jeux. Ici, cette alternance permet de nous accrocher jusqu’à la fin, sans que l’on ressente une quelconque lassitude.
On l’a dit, on est dans de la hard SF, donc ne comptez pas obtenir un blaster, un sabre laser ou un quelconque bot pour vous aider ! Pourtant, ça n’aurait pas été de refus car, encore une fois sans en dire davantage (mais vous l’avez vu dans les trailers officiels), Ariane et Thomas vont, plus tard dans le jeu, rencontrer une forme de vie extra-terrestre. Et là, vient alors s’ajouter l’infiltration dans la riche gamme de mécaniques proposées par le jeu. Avec une durée de vie qui gravite (ah ah) entre 10 heures et 12 heures, on peut dire que l’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer !
Le chaud et le froid



Dans l’ensemble, l’aspect technique du jeu est vraiment convaincant ! Hormis quelques bugs d’affichage et quelques soucis de finition, Aphelion est beau ! Les personnages sont authentiques, réalistes dans leurs expressions, dans leurs rapports, dans leur approche de ce nouveau monde, par définition inconnu. Un monde, d’ailleurs, qui en jette vraiment. Certains passages prêtent à la contemplation, on s’arrête parfois juste pour admirer. Ce qui, comme l’indique l’intertitre, peut aussi être un piège ! Tant cette beauté figée dans la glace peut, à de nombreuses occasions, devenir votre tombeau. Dans tous les cas, ces superbes panoramas glacés et l’échelle des décors renforcent le sentiment d’isolement puissant et immersif.
L’introduction du jeu avait pourtant planté le décor. Après une séquence nous présentant Ariane et Thomas, le vaisseau arrive en orbite de Perséphone et… C’est le crash ! Après cette scène mouvementée, le joueur est directement plongé dans l’ambiance, avec une spectaculaire scène de gameplay où tout bascule dans le dur ! Le ton est donné, le rythme aussi ! Le jeu propose des séquences mémorables, et un découpage cinématographique, renforçant l’intensité de l’aventure. L’autre force du jeu, c’est la qualité de sa narration, qui s’articule autour de la relation humaine forte entre les deux astronautes. Avec une écriture intime et touchante, fidèle au savoir-faire narratif du studio. On est d’autant plus touchés que cette narration se solidifie encore plus avec sa cohérence scientifique, apportée par l’expertise de l’ESA.
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Hélas, quelques points noirs viennent ternir ce joli tableau. Notamment un gameplay qui ne suit pas toujours. Certaines phases d’escalade ou d’infiltration manquent de précision, au point de créer de la frustration. Par exemple, lorsque Ariane saute pour choper une corniche, le joueur doit appuyer sur X pour qu’elle se rattrape : un QTE quand elle se loupe de temps en temps, pourquoi pas… Mais là, c’est systématique, elle se rate à CHAQUE FOIS (saoulant : on a une impression de régression sur ces mécaniques d’escalade, comparé avec Jusant qui les maîtrisait à 100%) ! De même, l’animation parfois trop rigide casse la sensation d’immersion. Tout comme le manque d’interactions avec l’environnement, ou cette impression permanente d’évoluer passivement dans un jeu scripté, de suivre un couloir sans pouvoir choisir !
L’aspect technique, c’est aussi la bande-son. Et là encore, on savoure. Comme je l’ai dit, le sound-design fait partie du gameplay, et je vous invite fortement à jouer avec un casque ! Pas simplement pour apprécier l’ambiance sonore, mais aussi pour localiser les sons dans l’espace (sans jeu de mot), leur provenance… Ou tout simplement vous alerter : un léger son de glace qui craque peut être précurseur d’un sol qui s’effondre, par exemple. Et puis, il faut aussi que l’on parle de la BO signée Amine Bouhafa (Timbuktu, Le Sommet des Dieux). Juste superbe. j’espère bien la voir sortir en format physique, mais il me semble que quelque chose est prévu du côté de chez Kid Katana.
Au final






L’équipe qui nous avait proposé Tell me Why nous sert ici une nouvelle pépite ! Une nouvelle expérience narrative touchante, mais différente des autres productions Don’T Nod. Notamment parce qu’Aphelion laisse plus de place à l’action, à l’infiltration, sans pour autant dénaturer son ADN narratif. Alors oui, si vous recherchez des combats frénétiques, du fantastique, un rythme soutenu et des scènes épiques… Vous risquez d’être déçus ! Et on vous conseille plutôt de vous orienter vers les autres sorties interstellaires du moment, Pragmata ou Saros (dont on reparle très vite).
Mais si vous recherchez une science-fiction plus réaliste, plus narrative, plus plausible, alors Aphelion a tous les arguments pour vous séduire. Entre autres parce que de nombreux aspects du jeu ont été vérifiés et approuvés par l’Agence Spatiale Européenne. Et son expertise se ressent en permanence dans le jeu. Ne serait-ce que dans la manière de se déplacer des astronautes, ou les hypothétiques conditions météo d’une planète qui gravite à des milliers de kilomètres de son (notre) Soleil. Par exemple. Pour le dire autrement, Aphelion, c’est Gravity, et pas du tout Star Wars !
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Bien sûr, on aurait aimé un jeu plus abouti. Un gameplay moins fragile, des animations moins rigides, moins de bugs, plus d’interactions entre nos astronautes et ce nouvel environnement sauvage… Sans doute aurait-on aussi aimé un jeu moins linéaire. D’ailleurs, c’est une sensation étrange que de voir des panoramas sublimes à perte de vue, et réaliser que l’on se déplace en fait dans un couloir. Et qu’il est impossible de s’en écarter.
Il n’empêche… En jouant à Aphelion, j’ai passé un bon moment (même si j’ai ragé à plusieurs reprises). Mais quand son gameplay imparfait est un gros point noir, le jeu est fort sur l’émotion et l’ambiance. Don’t Nod livre un récit mature, intime et marquant, porté par une mise en scène soignée et une vraie sensibilité. Il peut parfois frustrer, mais on y revient pour ce qu’il raconte et ce qu’il fait ressentir. Une aventure imparfaite, certes, mais suffisamment habitée pour laisser une empreinte durable.
Aphelion

- Par : Don’t Nod
- Sur : PlayStation 5, XBox Series, PC.
- Genre : aventure narrative/exploration
- Classification : PEGI 16
- Prix : 34,99€
- Conditions de test : testé sur PS5, sur une version fournie par Don’t Nod en amont de la sortie du jeu.
Les points positifs
- Une narration réussie, et pleine d’émotions
- L’ambiance et la direction artistique
- Une mise en scène cinématographique
- Un univers scientifiquement crédible (partenariat avec l’ESA)
- Des panoramas qui forcent la contemplation
- La musique d’Amine Bouhafa
- Une durée de vie correcte : tout est dit, pas besoin de faire plus long
- Un prix vraiment abordable
Les points négatifs
- Quelques bugs et soucis de finition
- Un gameplay qui a quelques faiblesses
- Des animations souvent rigides et un manque de fluidité
- On aurait aimé plus d’interactions avec l’environnement : on se sent souvent passif
- Ariane qui loupe ses prise à chaque fois (escalade), c’est lourd
- Finalement, la construction est très linéaire
