Le cinéma a ses classiques de l’horreur, le jeu vidéo aussi ! Resident Evil ou Silent Hill font figure de dinosaures du genre, quand des titres plus récents viennent apporter un peu de fraîcheur sur un créneau de plus en plus plébiscité. À l’approche d’Halloween, on aime se faire peur, et Bandai Namco l’a bien compris. L’éditeur Japonais a pris l’habitude, depuis quelques années maintenant, de cristalliser nos meilleures peurs à cette période de l’année. Tantôt avec sa série The Dark Pictures Anthology, tantôt avec Little Nightmares. Des petits cauchemars de nos jeunes années, mais qui n’ont rien d’enfantin. Le malaise reprend ses droits, Little Nightmares III est disponible… Éteignez les lumières, il est temps de plonger dans notre test horrifique !
Une saga devenue culte
Avril 2017 ! Je m’en souviens encore… Nous étions (plus) jeunes et plus insouciants. Nous n’avions pas encore connu l’ubuesque année 2020 et ses longues périodes de confinement. Et nous apprenions tout juste à découvrir la toute nouvelle Nintendo Switch… Et l’éditeur Bandai-Namco nous balançait une pépite surprise venue de Suède. Un certain Little Nightmares, développé par Tarsier Studios, basé à Malmö (connu pour avoir travaillé notamment sur LittleBigPlanet)… Cette année là, le ciré jaune était vraisemblablement à la mode, puisque c’était la tenue de Six, la petite héroïne du jeu. Comme ce sera aussi la tenue de Georgie Denbrough, quelques mois plus tard (en septembre 2017, de mémoire), dans la nouvelle adaptation du roman Ça de Stephen King (de Andy Muschietti). D’ailleurs, je n’ai jamais pu m’empêcher de faire une analogie entre la victime de Pennywise et l’héroïne de Little Nightmares.
Le jeu reposait sur une idée toute simple : nous faire frémir en matérialisant à l’écran nos pires cauchemars d’enfants (oui oui… Là, je pense encore à Ça). Pire encore : puisque nous étions dans un jeu vidéo, donc acteurs, nous n’en ressentions que davantage ces peurs. Je me souviens encore de m’être bien fait avoir. « Avec un tel pitch, le jeu doit être mignon ! Avec une chouette ambiance à la Tim Burton » Alors… En soi, ce n’est pas faux ! La direction artistique, ou encore le chara-design, sont sans doute en effet un mix entre les univers de Burton et d’Henry Selick. Mais… Avec une ambiance plus noire, plus crade. Un jeu qui pourrait effectivement nous faire sursauter en nous agitant nos peurs sous le nez… Mais qui en réalité appuie sur le bouton du malaise.
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Lors de la Gamescom 2019, Tarsier et Bandai Namco annoncent Little Nightmares II. Qui sortira en réalité en février 2021. Cette fois, on découvre un petit garçon du nom de Mono, qui est vite rejoint par Six, que l’on connaît déjà. L’aventure est nouvelle, plus profonde, mais nos peurs sont toujours là… Ensemble, Mono et Six traversent des décors plus vastes et terrifiants, dominés par une entité mystérieuse : The Thin Man. Ce second volet approfondit l’univers, tout en renforçant la narration environnementale. Succès critique et commercial, il confirme la licence comme une référence du jeu d’horreur “à hauteur d’enfant”.
Alors que Tarsier passe à d’autres projets, Bandai Namco confie Little Nightmares III au studio Supermassive Games (Until Dawn, The Dark Pictures, The Quarry). Annoncé en 2023, ce troisième épisode introduit pour la première fois un mode coopératif en ligne. Deux nouveaux personnages, Low et Alone. Entre symbolisme, horreur et tendresse, la série Little Nightmares s’est imposée comme une saga culte du jeu narratif. Son esthétique rappelant Tim Burton ou Coraline, ses thèmes d’abandon et de survie, et ses monstres grotesques lui ont valu une fanbase passionnée. Anecdote : le design de Six s’inspire des vêtements de pluie scandinaves. Aujourd’hui, la licence est étudiée en école de game design pour sa maîtrise du storytelling visuel.
Bienvenue dans… The Spiral !!



Dans Little Nightmares III, le joueur plonge dans The Spiral, un univers aussi fascinant qu’angoissant, où les lois de la logique semblent dissoutes dans un cauchemar éveillé. On y suit Low, un garçon armé d’un arc et portant un masque d’oiseau, et Alone, une fillette munie d’une clé géante. Deux enfants qui cherchent désespérément à s’échapper de ce monde distordu. Leur périple les conduit à travers des lieux aussi oppressants que symboliques. Une cité en ruine, un désert de jouets, des tours impossibles, une fête foraine cauchemardesque… Chacun hanté par un mystérieux Habitant, ces figures monstrueuses typiques de la saga.
Pour progresser, le joueur doit résoudre des énigmes, éviter les dangers et coopérer pour survivre. La confiance entre les deux protagonistes devenant la clé de leur survie. Car ce troisième épisode introduit pour la première fois un mode coopération. Il est jouable en ligne ou en solo avec un compagnon IA, renforçant l’émotion et l’immersion. Toujours sans dialogues, le jeu raconte son histoire à travers les décors, les sons et les gestes… Bref, un conte noir sur la peur, l’amitié et la fuite de l’innocence. Et un jeu qui prolonge l’ADN de la série : une aventure poétique et dérangeante, magnifiquement mise en scène. Où chaque recoin semble murmurer un secret. Un cauchemar qui nous semblait incontournable pour Halloween 2025, en somme !
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Toujours aussi marquante, on peut même aller jusqu’à écrire que la direction artistique est magistrale ! Un mélange d’onirisme et d’horreur, à la frontière du conte et du cauchemar. Chaque décor est une œuvre d’art en soi, mélange de réalisme sale et de poésie tordue. L’identité visuelle de Little Nightmares reste inimitable. Avec tous ses petits détails, ses monstres suggérés, ses jumpscares qui ne viennent pas et ceux que l’on ne voit pas venir… Si le jeu n’a, en apparence, aucun lien avec les deux précédents volets, il apporte un nouvel éclairage au lore de la série. On connaissait Nowhere (ou Nulle-Part), ce monde d’origine où les émotions négatives et les traumatismes prennent forme. On découvre avec effroi The Spiral, nouvelle zone de cet enfer, plus structurée, plus vaste, et sans doute plus consciente de son propre mal.
Le tout est porté par une ambiance sonore immersive. Bien que le jeu ne comporte aucune ligne de dialogue, les bruitages, les silences et les musiques angoissantes participent à une tension constante. La bande sonore est une forme de narration, avec ses grandes lignes, et ses petits détails en arrière plan. On joue les nerfs du joueur avec une précision diabolique, sans jamais tomber dans la surenchère. Bref, l’ambiance du jeu est un régal, et ne trahit à aucun moment l’univers de la série The Little Nightmares.
Un jeu qui a parfois des côtés sombres



L’introduction du mode coopératif (en ligne ou avec IA) change la donne. Les mécaniques d’entraide entre Low et Alone enrichissent le gameplay, ajoutent une dimension émotionnelle et renforcent le sentiment de vulnérabilité partagée. C’est donc un bon point que l’on attendait dans la licence, mais… Ce mode coop, vite anecdotique, apporte aussi deux points noirs avec lui. Tout d’abord, l’intelligence artificielle d’Alone (ou de Low, selon votre choix en début de partie) ne suit pas toujours parfaitement le joueur. De ce fait, certaines séquences en deviennent frustrantes, lorsque votre associé vous laisse en plan sans prévenir. Ce qui nous amène à un défaut plus frustrant encore : un mode coop en local aurait été bienvenu, pour éviter cela !
D’ailleurs, puisque l’on parle de la jouabilité, correcte la plupart du temps, il faut quand même avouer que le jeu nous aura posé quelques soucis, notamment lors de phases de sauts. Avec une 2,5D qui peut parfois fausser les perspectives, les sauts peuvent manquer de précision. J’ai en tête quelques passages du jeu pour lesquels j’ai pu galérer sur de simples sauts, à réessayer plusieurs fois… Mon personnage ayant une fâcheuse tendance à louper la plateforme à quelques pixels près. Et quand l’action se passe dans un niveau sombre, on ressent encore moins la perspective… Et on cède malgré nous à l’appel du vide.
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On a aussi parlé plus haut de la narration : sans dialogue, le jeu continue de raconter énormément par le décor, l’éclairage et les gestes. Les thèmes abordés (l’amitié, la peur, la perte) sont universels et puissants, et parfaitement adaptés à ce format muet. Alors, en théorie, la narration va être un gros point fort du jeu ! Si ce n’est que… Comme dans les précédents épisodes, Little Nightmares III alterne des moments très intenses, et des passages plus lents. Un point négatif que vous n’aurez cependant pas le temps de réaliser, car…
Dernière petite déception : ce troisième opus est toujours aussi court. Peut-être même plus encore que les deux précédents volumes. La durée de vie est comprise dans une fourchette de 4 à 6 heures grand max, selon votre niveau, et votre rythme. C’est un point sur lequel les avis seront partagés. Car il est vrai que ce laps de temps suffit à nous raconter une histoire captivante (bien que peut-être en dessous des deux premiers opus). Mais… Toujours est-il qu’après quatre ans d’attente, on aurait bien pris un peu de rab. Cette durée de vie courte peut être un coup un peu rude pour les fans de la série…
Au final



C’est la tradition pour Halloween : avant de commencer à décongeler Mariah Carey pour Noël, on se fait un p’tit film de Tim Burton (comme Sleepy Hollow, L’Étrange Noël de Mr Jack ou Les Noces Funèbres, on vous laisse choisir). Ou une série bien gothique sur Netflix… Sans oublier un bon gros jeu vidéo d’horreur, lumières éteintes ! Il fut un temps où Bandai Namco nous régalait avec ses Dark Pictures… ‘Mais cette année, l’éditeur japonais nous replonge dans de monstrueux cauchemars d’enfants.
En confiant la licence à Supermassive Games, Bandai Namco prend peu de risques… Mais fait le bon choix. Little Nightmares III ne révolutionne pas la formule, mais la polit avec soin. Plus coopératif, plus symbolique, toujours aussi hypnotique, le jeu continue d’explorer nos peurs enfantines avec une élégance rare. Bref : un cauchemar qu’on adore revivre, même si on aurait bien dormi cinq minutes de plus. Et c’est là le principal défaut selon moi : Little Nightmares III est un titre qui reprend avec brio tout ce qui a fonctionné avec Tarsier… Mais sans sortir de sa zone de confort, sans prendre de risque, sans oser.
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Little Nightmares III n’est pas qu’un jeu : c’est une plongée dans l’inconscient, un miroir tendu à nos peurs les plus fragiles. Malgré quelques maladresses, et bien que les deux premiers jeux étaient (à mon sens) meilleurs, l’émotion reste intacte, sincère, parfois déchirante. Car au fond, on ne joue pas seulement pour s’échapper… Mais pour comprendre pourquoi on a peur. Et ça, peu de jeux le font aussi bien.
On a crié, on a sursauté, on a pesté contre un saut raté… Puis on a recommencé. Little Nightmares III, c’est un peu comme une boîte à musique hantée : on sait qu’elle va grincer, mais on la relance quand même. Pas parfait, mais beau, troublant, et sincère. Et si c’est ça, grandir, alors on préfère rester coincé dans The Spiral encore un moment.
Little Nightmares III

- Par : développé par Supermassive Games, édité par Bandai-Namco
- Sur : PS4 et PS5, XBox One et XBox Series X/S, PC, et Switch.
- Genre : plateforme/réflexion
- Classification : PEGI 16
- Prix : 39,99€
- Conditions de test : testé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur
Les points positifs
- DA : un univers poisseux mais tellement détaillé et immersif !
- La bande-son
- L’ambiance générale, façon Tim Burton ou Henry Selick
- Les deux personnages qui se complètent bien
- Les énigmes
- Globalement, on accroche bien à l’histoire de Low
Les points négatifs
- L’IA de votre compagnon, pas toujours à la hauteur
- Des sauts souvent approximatifs (problèmes de perspective notamment)
- Le rythme est parfois inégal
- Une durée de vie courte
- Moins bon et moins audacieux que LN1 et LN2

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