Sorti en 2013 sur PC, The Stanley Parable fait indéniablement partie de ces softs qui ont marqué l’histoire du jeu vidéo. Presque dix ans plus tard, en 2022, il débarque sur consoles, sur quasiment tous les supports, avec un contenu (très largement) enrichi : The Stanley Parable Ultra Deluxe. Non, l’OVNI vidéoludique dont nous allons parler aujourd’hui n’est pas une nouveauté. Mais il a suffisamment marqué le jeu vidéo pour que nous vous en parlions. D’autant qu’il est proposé à un prix très abordable… C’est aussi l’occasion de vous expliquer pourquoi il risque de changer votre vision du jeu vidéo à tout jamais…
Le concept : une expérience méta-narrative unique
Développé par Davey Wreden et William Pugh, The Stanley Parable est un jeu sorti sur PC le 17 octobre 2013, à partir d’un mod de Half-Life 2, à l’aide du moteur source de Valve. Très rapidement, il est encensé autant par la critique que par les joueurs. Au point de pousser ses créateurs à envisager une sortie sur consoles. Ce qui arrivera le 27 avril 2022, avec The Stanley Parable: Ultra Deluxe. Cette fois développé par Crows Crows Crows, et tournant grâce au moteur Unity. Une nouvelle version qui n’usurpe pas son « Ultra Deluxe » puisqu’elle ajoute deux fois plus de contenu que le jeu original, ainsi qu’une vingtaine de nouvelles fins. Rien que ça !
Dans The Stanley Parable, le joueur incarne Stanley. Un employé de bureau lambda, qui passe ses journées à appuyer mécaniquement sur les boutons qui lui sont indiqués. Mais un jour, son moniteur ne lui donne plus aucune consigne. Pire encore, il découvre que tous ses collègues ont mystérieusement disparu. Les bureaux sont désespérément vides, vous êtes désormais le seul humain à bord ! Guidé par une voix off omniprésente, Stanley/le joueur explore les bureaux et les couloirs en quête de réponses. Un environnement qui se transforme très vite en une réflexion sur le libre arbitre, le game design ou encore la relation joueur-narrateur… Non, The Stanley Parable n’est pas un jeu vidéo, mais un traité de philosophie. Et vous allez très vite le comprendre !
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The Stanley Parable est un jeu à la première personne, dans lequel le joueur ne peut QUE se déplacer, et parfois interagir avec certains éléments du décor. Fin de l’explication du gameplay ! Ce qui va vous marquer au premier abord, c’est l’omniprésence du « narrateur » , cette voix-off très bavarde et à l’accent so british, qui commente tout, absolument tout ce que vous faites ou voyez, en temps réel ! En temps réel, vraiment ? Et bien… Pas vraiment, à vrai dire ! Car au bout de quelques salles, vous allez réaliser que le narrateur anticipe vos actions. Il a une longueur d’avance sur vous, ce qui commence à vous mettre la pression. Alors, ce que vous perceviez auparavant comme de simples commentaires, vous le voyez désormais comme des consignes, plus ou moins appuyées. Que vous êtes libre de suivre… Ou pas !
Vous touchez maintenant le cœur du jeu ! Il repose sur vos décisions, sur leurs conséquences, et sur la façon dont va réagir le narrateur. Allez-vous suivre ses instructions ? Ou tenter de briser le script, et le scénario imaginé par les développeurs du jeu ? Chaque choix modifie l’histoire et conduit à une multitude de fins différentes, allant du drôle au complètement absurde. Dans cette version Ultra Deluxe, on parle même très exactement de 39 fins différentes ! Le jeu vous pousse constamment à remettre en question votre rôle en tant que joueur. Voire à remettre en question le jeu lui-même ! Mais nous n’en dirons pas plus, tout l’intérêt du jeu étant son effet de surprise !
Pourquoi c’est culte ?



C’est donc là que l’on va aborder une question très intéressante. Pourquoi, avec des graphismes aussi datés (le jeu pourrait sans problème tourner sur PS3 ou X360), pourquoi avec un gameplay aussi simpliste qui ne vous autorise que deux commandes, et aussi répétitif… Pourquoi The Stanley Parable est-il aussi culte ? Et bien… La réponse est plus complexe que vous ne le pensez. Mais tout d’abord, il nous montre que les graphismes ne font pas tout. À l’heure où les cinématiques d’un jeu vidéo doivent vous exploser la rétine, The Stanley Parable démontre qu’avec un bon concept, et une narration en diamant brut, on peut faire un grand jeu vidéo ! Même avec des visuels sommaires.
On aime The Stanley Parable pour tous ces aspects qui vous sautent aux yeux dès votre première partie. À commencer par son ambiance, à la fois reposante et angoissante. Une ambiance où la solitude est d’abord agréable, puis devient oppressante, dans cet immense labyrinthe vide qu’est votre bureau. Une ambiance qui fait penser aux backrooms, pour les amateurs de mystères d’internet. Et puis, il y a son humour absurde et son écriture brillante. Le narrateur, doublé par l’acteur britannique Kevan Brighting, offre des commentaires ironiques et réactifs à vos actions. Par son omniprésence, son débit de parole, le narrateur est un élément clé dans le succès de The Stanley Parable. Parfois, ses blagues nous font sourire. Mais parfois, leur cynisme ajoute au côté pesant et critique du titre.
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Le jeu est également brillant par la façon dont il atomise le quatrième mur. Et on se demande si l’on n’est pas en réalité prisonnier du soft, si ce n’est pas le jeu qui joue avec nous ? Et encore plus lorsqu’il sort de son cadre pour venir critiquer les tropes classiques du game design, rendant hommage aux jeux narratifs tout en les déconstruisant. Le jeu est drôle, mais entre les lignes et avec une immense autodérision, tout le monde en prend pour son grade ! Joueurs comme industrie du jeu vidéo : les joueurs sont des pigeons, et les développeurs des gens cupides… Le monde de l’entreprise et les employés de bureau ne sont pas non plus épargnés. C’est succulent mais, rassurez moi : c’est toujours de l’humour, hein ?
Avec tout ça, on n’a pas, ou très peu, parlé du gameplay. Et bien, pas grand chose à dire, si ce n’est que, vous l’aurez compris, il est basé sur l’exploration et la surprise. Pas d’ennemi, ni de puzzles complexes, ni de jumpscares ! Juste le joueur et les possibilités (quasi) infinies du scénario. Les déplacements sont fluides et, avec un gameplay aussi minimaliste, pas vraiment de bug ou de soucis technique à l’horizon. Et bien que la première fin se débloque assez vite, le jeu invite en permanence à rejouer, et relancer la partie encore, pour explorer, comprendre… Et découvrir ce petit détail qu’on n’avait pas remarqué la première fois, mais qui change toute votre perception du jeu, ou du monde qui vous entoure.
Au final



Vous est-il déjà arriver de terminer un jeu vidéo, et… De vous dire que vous venez de vivre l’une des expériences vidéoludiques les plus marquantes que vous ayez jamais vécue depuis longtemps ? C’est en tout cas la sensation que j’ai pu ressentir avec The Stanley Parable. Un jeu pas très beau, au gameplay hyper épuré et répétitif, sans aucun combat, sans réelle réflexion… Mais au concept tellement perché qu’il va littéralement vous retourner le cerveau. Vous faire douter de vous, de vos choix, de votre perception du jeu vidéo… Ou même du monde qui vous entoure. Un jeu vidéo qui remet tout en question, dans, et en dehors du jeu !
The Stanley Parable, c’est ce salopard qui vous dévoile les secrets des tours de magie, en vous montrant le double fond de la malle du magicien ! Et quand 99,9% des jeux vidéo vous donnent l’illusion d’agir librement, The Stanley Parable vous balance à la figure que, si un jeu vidéo vous autorise autant de choix, chaque possibilité a été pensée par un développeur. Le joueur n’a jamais vraiment les commandes en main, il ne fait que réaliser ce qui lui a été suggéré subtilement. Derrière son côté drôle, The Stanley Parable vous explique en totale détente que vous ne serez jamais libre dans aucun jeu vidéo. Tout comme Stanley, vous n’êtes qu’un animal élevé en batterie, conditionné pour réaliser des actions précises… Jusqu’à ce que vous laissiez votre libre arbitre prendre les commandes, pour dépasser les règles et les limites.
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Nous n’irons pas plus loin dans l’approche philosophique de la liberté dans le jeu vidéo, du destin ou de la vie en entreprise… Mais cette Parabole de Stanley use et abuse de ce principe, et en joue avec vous. Et si votre vie n’était elle-même qu’un programme ? Sommes nous toujours dans la matrice ? Vous en doutez ? Alors, si ce n’est pas le cas, pourquoi ce mystère autour du chiffre 8 ? Il est omniprésent DANS le jeu : sans en dire plus, vous allez réaliser qu’il est important… Mais alors, expliquez moi pour le monde réel : pourquoi le 8 gravite t-il autant autour de The Stanley Parable ? Un exemple ? Pourquoi la note Metacritic du jeu, qui est une moyenne des notes attribuées par les joueurs ou les professionnels, est-elle de 88 pour la note globale, et 8,1 pour la note des joueurs…
On vous l’a dit, The Stanley parable Ultra Deluxe va vous retourner la tête. Et si le jeu est un bon « walking simulator » dans sa forme, c’est sur le fond qu’il prend tout son sens. Au premier abord, vous allez juste passer un bon moment dans un jeu pas vraiment compliqué, sans stress, sans pression et sans monstres à combattre. Mais au final, vous réalisez que vous n’êtes pas le joueur, que c’est le narrateur qui joue avec vous. Vous n’incarnez pas seulement le locataire du bureau 427 sur la forme, mais aussi sur le fond ! Derrière le jeu amusant, on vient de prendre une leçon de philosophie ! Un must have, donc !
The Stanley Parable Ultra Deluxe

- Par : Crows Crows Crows
- Sur : PC, PS4/PS5, XBOX Series, Switch.
- Genre : inclassable
- Classification : PEGI 12
- Prix : 21,99€
- Conditions de test : testé sur PS5, sur une version commerciale digitale. Jeu terminé…
Les points positifs
- Le concept même du jeu !
- L’humour omniprésent
- Le narrateur, et son accent so british (doublé par l’acteur britannique Kevan Brighting)
- Le 4e mur qui vole en éclat à chaque réplique
- Le contenu « ultra deluxe » qui ne se fout pas de vous
- Là, on parle de 39 fins différentes !
- Quasiment rejouable à l’infini
- Un petit prix
Les points négatifs
- Les temps de chargement toujours présents en 2025
- Parfois, on s’enferme dans une boucle qu’on a déjà vue
