« Les Chevaliers du Zodiaque… S’en vont toujours à l’attaque… »

Pour les plus jeunes de nos lecteurs, je crois qu’il est important de recontextualiser ! Nous sommes en septembre 1987. Les enfants que nous sommes alors découvrent le plus emblématique programme jeunesse de tous les temps : le Club Dorothée. Programme qui va nous faire découvrir des animes parmi les plus cultes, encore aujourd’hui : Dragon Ball, Hokuto no Ken (Ken le Survivant… Effectivement, ce n’était pas pour les enfants), Maison Ikkoku (Juliette je t’Aime), Ranma nibun no ichi (Ranma 1/2), Haisukūru! Kimengumi (Le Collège Fou Fou Fou) ou encore Dr Slump… Pour ne citer qu’eux.

L’un des plus marquants est sans aucun doute Saint-Seiya, renommé Les Chevaliers du Zodiaque dans la langue de Molière. La série adaptée du manga de Masami Kurumada (entre 1985 et 1990) arrive en 1988 dans le Club Do. Inutile d’épiloguer sur ce manga/anime aussi mythique que mystique. On y découvre les Saints (Chevaliers en VF), garde rapprochée de la déesse Athéna dans sa lutte contre les forces du mal. Chacun est placé sous la protection d’une constellation, qui est aussi son armure totem. Saint-Seiya nous fait donc suivre Seiya (Saint de Pégase), Shun (Andromède), Shiryu (Dragon), Hyoga (Cygne) et Ikki (Phénix), cinq chevaliers de Bronze, qui se retrouvent, petit à petit, à lutter contre leurs homologues de bronze, d’argent… Jusqu’aux Chevaliers d’Or au sommet de la hiérarchie, représentant les douze signes du Zodiaque…

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Bien évidemment, face au succès de cette série, Bandai (pas encore fusionnée avec Namco), qui en détient les droits (dans le but de commercialiser des figurines, notamment), ne tarde pas à mettre un jeu vidéo en chantier. Et c’est ainsi que, dès le 10 août 1987, Saint Seiya: Ōgon Densetsu débarque sur les consoles Famicom japonaises. D’ailleurs, pour l’anecdote, quand le jeu sort au Japon, l’arc du Sanctuaire n’est toujours pas terminé, et est toujours en production. Ce qui explique que la fin du jeu soit complètement lunaire, les scénaristes ayant dû improviser sans connaître l’issue du combat contre les Gold Saints. Ce qui explique aussi que le jeu aura une suite (seulement au Japon) dès 1988 : Saint Seiya: Ōgon Densetsu Kanketsu Hen.

Au pays des fromages et de la baguette, Bandai surfe aussi sur le succès de Seiya et de ses potes. Et c’est en 1991 que débarque en France Les Chevaliers du Zodiaque : La Légende d’or, sur NES. Fait appréciable pour l’époque, les dialogues et textes contextuels du jeu sont entièrement localisés en Français. Mais comme pour la traduction de Dragon Ball (aussi sur NES), d’une part les traducteurs ne connaissent pas forcément l’œuvre originale. D’autre part, les fenêtres de dialogues ne sont pas modifiables, et quand le Japonais permet de raconter beaucoup de choses, le Français nécessite plus d’espace. Les traducteurs n’ont donc pas d’autre choix que de réduire le texte… Voilà pour les traductions parfois complètement aux fraises !

Un RPG qui mélange un peu tout

Développé par Tose et édité par Bandai, La Légende d’Or est officiellement classé comme un RPG. Mais il refuse gentiment de rentrer dans une seule case. On alterne entre des phases d’exploration en scrolling horizontal, où Seiya affronte de petits ennemis… Et des combats beaucoup plus proches du RPG traditionnel au tour par tour, lorsqu’il rencontre un adversaire important. Dans les phases d’action, Seiya peut notamment marcher, sauter, s’accroupir et frapper. Il dispose également d’une jauge de vie et d’une jauge de Cosmos. L’armure de Pégase peut être équipée ou retirée, ce qui modifie notamment la résistance du personnage et la consommation de Cosmos.

Le plus amusant arrive avec les boss (ou Chevaliers majeurs de la série). Les affrontements importants abandonnent l’action classique, pour adopter un système au tour par tour. Le joueur doit gérer son Cosmos, réparti entre attaque et défense. Plus on investit dans l’attaque, plus le coup sera puissant. À l’inverse, consacrer du Cosmos à la défense permet de mieux encaisser les attaques adverses. Cela donne une mécanique assez originale pour l’époque : on retrouve finalement quelque chose qui ressemble davantage à la logique des combats de Saint Seiya qu’à celle d’un simple jeu de baston.

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Le problème, c’est que le système n’est pas toujours très clair. Et le jeu peut se montrer particulièrement sadique. La difficulté est d’ailleurs l’un de ses principaux défauts. Et si les premiers combats sont plutôt faciles, certains pics, notamment vers la fin, sont de véritables purges ! Et même si la ville vous propose une infirmerie qui restaure vos points, certains passages vont littéralement vous faire péter un câble. Si Seiya est le premier personnage jouable, une fois passé le Tournoi Galactique, vous pourrez aussi jouer Shun, Shiryu, Hyoga et Ikki… Dans les faits, le fonctionnement est strictement le même. Seuls changent les skins et les animations.

Si le jeu emprunte quelques mécaniques au RPG pour sa gestion des stats, il ne touche le genre qu’en surface. Et encore, de très loin ! Pas vraiment d’objets à trouver sur la map, encore moins de points d’intérêt… On se déplace dans des environnements désespérément vides et sans aucune interaction. Si ce n’est les combats contre les sbires ennemis… Le jeu n’est finalement qu’un gigantesque couloir où, déjà à l’époque, l’ennui s’installait très rapidement !

L’astuce pour (presque) tout éclater

Si elle demeure assez anecdotique en réalité, le jeu a une particularité amusante. En début de partie, il demande au joueur sa date de naissance. Laquelle intervient dans les caractéristiques de départ du personnage. Oui, c’est tout à fait ça : votre signe du zodiaque va influer sur les stats de votre avatar. Un peu comme dans le manga, quand Masami Kurumada imagine un signe du Sagittaire totalement cheaté, parce qu’il s’agit de son signe de naissance (il est né le 6 décembre). C’est un détail assez savoureux quand on connaît l’importance de l’astrologie et des constellations dans Saint Seiya.

Mais saviez-vous que, également en début de partie, un menu vous propose de rentrer un code ? Et justement : si vous finissez le jeu une première fois, la fin vous délivre un code qui éclate tout ! Il suffit de rentrer (en respectant la ponctuation) :

TU.AS GAGNE!!
TU.ES PASSE.. MAITRE!

Outre le fait que ce code met toutes vos stats à fond, il vous donne aussi 999 points de cosmos. Mais attention : Cela vous permet d’aller jusqu’à la fin du jeu… Mais en dosant votre cosmos, puisqu’il n’est pas illimité. Il suffit de mettre juste suffisamment de cosmos lors des premiers combats, pour éviter de tomber à sec en fin de partie. Et perdre bêtement contre les Gold Saints…

Une adaptation étonnamment fidèle, même si…

Mais revenons à notre rétro-test, et à son scénario ! L’histoire reprend une bonne partie des débuts de Saint Seiya : l’obtention de l’armure de Pégase, le tournoi galactique, Ikki et les Chevaliers noirs, les Chevaliers d’argent, puis enfin le Sanctuaire. C’est évidemment très condensé (avec les soucis de traduction évoqués plus haut). Mais Bandai cherche clairement à raconter l’histoire de l’anime, plutôt qu’à simplement coller les personnages sur un jeu d’action générique.

Et c’est là que le titre devient intéressant historiquement. Car si on se replace dans le contexte de la sortie du jeu… Le manga de Masami Kurumada est encore en cours lorsque la cartouche NES sort. Résultat : certains éléments de l’histoire ne correspondent pas à ce que nous connaissons aujourd’hui. Plusieurs Chevaliers d’or sont absents et l’identité du Grand Pope n’est pas encore celle révélée plus tard dans l’œuvre. Sans vous spoiler, le boss final est même un énorme « what the fuck » quand on y repense. Autrement dit, jouer à La Légende d’Or aujourd’hui, c’est presque observer un instantané de Saint Seiya en 1987, avant que toute la mythologie ne soit définitivement établie. Problème qui sera réglé par le second jeu, qui reprend l’arc du Sanctuaire en collant vraiment à l’anime cette fois.

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Tiens d’ailleurs, j’ai comme une envie de vous confier une autre anecdote ! Saint Seiya: Ōgon Densetsu est un jeu japonais. Pourtant, Bandai l’a adapté en France sous le titre Les Chevaliers du Zodiaque : La Légende d’Or, avec des textes français. Et la France est alors le seul territoire hors du Japon à bénéficier officiellement de cette première aventure vidéoludique de Seiya. Le contexte explique beaucoup de choses : Saint Seiya est devenu un phénomène en France grâce au Club Dorothée, dont la diffusion commence en 1987. Le timing de Bandai est donc particulièrement opportun.

C’est aussi pour cela que le jeu possède aujourd’hui une petite aura particulière chez les joueurs français. Il fait partie de ces adaptations japonaises qui ont été localisées spécialement pour notre marché. À une époque où ce genre de traitement était loin d’être systématique. Et évidemment, la traduction française est… Disons très années 80. Les noms de certaines attaques sont massacrés ou très éloignés de leur sens original.

Et techniquement ?

Bon… disons que la NES ne va pas atteindre le 7e Sens pour sa prestation. Les graphismes sont très rudimentaires. Avec des décors assez vides et des sprites plutôt grossiers. D’ailleurs, on remarque très vite que les développeurs ne se sont pas embarrassés à programmer des assets très variés : les décors sont ultra-répétitifs. Un portrait de Mitsumasa Kido en 125 exemplaires dans la résidence de Saori, un Mont Fuji où le décor est décliné en plusieurs couleurs pour tenter de nous donner l’illusion de variété… Et je ne parle même pas des personnages sans visage, et animés très grossièrement. Bref, on est sur une NES. Le jeu n’a pas forcément mal vieilli, disons qu’il était déjà vieux en son temps…

Les combats contre les personnages principaux sont toutefois mieux réussis, notamment grâce aux portraits et aux effets associés aux attaques. On reconnaît assez rapidement Shiryu, Shun, Hyoga, Docrates, Babel.., Le contraste est assez amusant : tu viens de regarder Seiya exploser une montagne avec son Pegasus Ryūsei Ken à la télévision… Puis tu retrouves à l’écran un petit bonhomme qui ressemble vaguement à un chevalier et qui distribue des baffes à des sprites en briques. Mais quoi qu’il en soit, je me souviens qu’à l’époque, le jeu de Bandai avait un effet fan-service immédiat ! Il faut dire que nous n’avions que ça… Et les figurines exorbitantes de Bandai.

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Côté sonore, même constat. La NES reproduit notamment des éléments musicaux liés à l’univers. Mais les effets sonores sont assez limités. Tout comme le nombre de musiques (qui ne reprennent pas les thèmes de l’anime). Elles sont en quantité finalement assez réduite. Ce qui a pour effet de nous imposer une répétitivité des musiques qui finit par vous vriller la tête ! Je pourrais aussi vous parler du sound-design, affreux par moment. Avec pour ma part un moment vraiment traumatisant : le Mont Fuji ! Et sa boucle répétitive lorsque vous chutez dans le ravin…

J’ai abordé ce point un peu plus haut, mais il faut absolument revenir sur la traduction. Tellement loupée qu’elle en devient risible. Certes, les traducteurs devaient se contenter du peu de fenêtres disponibles pour porter le texte japonais dans un Français correspondant peu ou prou… Mais on sent très vite que, non seulement les équipes françaises ne connaissent pas encore Les Chevaliers du Zodiaque mais, pire encore… Qu’il a fallu rentabiliser, et vite : erreurs de syntaxe, fautes d’orthographe, incohérences intersidérales… Le jeu est aussi devenu culte pour sa traduction VF… Cependant, on ne peut que saluer cet effort de localisation, rare pour l’époque.

Au final

La Légende d’Or n’est clairement pas un grand jeu NES au sens strict. Son gameplay est maladroit, ses graphismes vieillissent mal… On pourrait aussi citer sa difficulté corsée, sa traduction lunaire, son gameplay étrange, ses graphismes qui vous privent de vos cinq sens… Pourtant, le jeu de Bandai a su tirer profit de son côté « adaptation d’un dessin animé ultra-populaire » pour devenir culte. Le jeu est une foire aux défauts, mais à l’époque, il assurait sa mission de fan-service à 300%.

C’est le premier jeu vidéo Saint Seiya. Une adaptation assez ambitieuse pour son époque. Un mélange curieux d’action, d’aventure et de RPG, et surtout un témoignage du phénomène Chevaliers du Zodiaque en France à la fin des années 80. Et pour les fans, retrouver les personnages, les attaques et les grandes étapes du Sanctuaire sur une cartouche NES a forcément quelque chose de magique.

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D’ailleurs, il touche tellement sa cible qu’il connaîtra des suites. En 1988, Bandai sort Saint Seiya: Ōgon Densetsu Kanketsu Hen, toujours développé par TOSE. Cette suite se concentre beaucoup plus spécifiquement sur les Douze Maisons du Sanctuaire. Puis, en 2003, les deux épisodes connaîtront une forme de renaissance avec Saint Seiya: Ōgon Densetsu Hen Perfect Edition sur WonderSwan Color, qui reprend et améliore le premier épisode.

Bref, non content d’avoir été le premier jeu vidéo adapté de Saint-Seiya, Les Chevaliers du Zodiaque : La Légende d’Or est un titre qui a marqué toute une génération de joueurs… Un mauvais jeu ? Peut-être. Un mauvais souvenir ? Absolument pas.


Les Chevaliers du Zodiaque : La Légende d’Or

  • Par : TOSE, pour Bandai
  • Sur : NES
  • Genre : action/RPG au tour par tour
  • Classification : –
  • Conditions de test : testé sur le jeu NES original
  • Estimation : entre 20 et 45€ selon son état
  • Une adaptation qui s’efforce d’être fidèle à l’histoire originale connue à l’époque
  • Un mélange de genres original
  • Le plaisir de retrouver les héros de l’anime
  • Une version française, rare pour l’époque
  • Une jouabilité souvent pénible
  • Des combats frustrants et répétitifs
  • Des graphismes très rudimentaires
  • Une traduction française catastrophique
  • Une progression mal expliquée
  • Une réalisation sonore et technique décevante
  • Le signe zodiacal du joueur en début de partie, une bonne idée mais qui ne sert à rien, car peu exploitée