Piano Forest : quelques fausses notes dans la partition ?

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Inspiré du manga éponyme, Piano Forest (ou Le Piano de la Forêt) est un film d’animation sorti en 2009 (ici, on ne parle pas de la série). Une pépite que tout amateur de musique ou de belles histoires ne pourra qu’apprécier.

10 ans, et pas une ride

Le film d’animation qui nous intéresse aujourd’hui fête ses 10 ans, puisqu’il est sorti en France en 2009. Certes, cette critique sera donc consacrée à une oeuvre qui n’est pas de prime fraîcheur… Mais qui n’en perd pas pour autant de son intérêt, tant elle est intemporelle, et tant elle peut nous émouvoir par son écriture, ses personnages, son contexte à la fois naïf mais porteur de positivité.

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Piano Forest (ou Piano no Mori en VO) est donc un film d’animation réalisé par Masayuki Kojima (Le Chien du Tibet, ou la série animée Monster). Il adapte ici le manga éponyme, de Makoto Isshiki. Ce film d’animation est scénarisé par Ryuta Hourai (Wrestling with a Memory). Enfin, pour terminer sur l’équipe technique, la bande-originale est composée par Keisuke Shinohara (Arashi no Yoru ni), décédé en 2011.

Et nous voici donc avec, devant les yeux, un anime plutôt joli à regarder, visuellement réussi, sans pour autant faire dans la démesure. Juste magique lors des scènes qui se déroulent dans cette forêt, plus classique dans ses parties consacrées à un concours musical qui mettra le talent de nos héros à rude épreuve…

Un jour, je serai un grand pianiste

L’histoire de Piano Forest nous emmène dans un petit village de campagne, au Japon. On y suit Shûhei Amamiya, qui quitte Tokyo pour s’installer provisoirement chez sa grand-mère, malade. Ce garçon de bonne famille rêve de marcher dans les traces de son père, et ainsi devenir un très grand pianiste, à la renommée internationale. Et quitte à tout sacrifier (y compris les plaisirs de l’enfance), Shûhei y travaille très dur !

Dès son arrivée dans sa nouvelle école, Shûhei fait la connaissance de Kaï Ichinose, qui va rapidement devenir son ami. Kaï est l’exact opposé de Shûhei, issu d’une famille pauvre, bagarreur et beaucoup moins appliqué lorsqu’il s’agit d’étudier.

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Pour être respecté dans cette école, auprès des autres élèves, il faut se rendre dans la forêt, dite hantée. On dit qu’un piano cassé se trouve au milieu de celle-ci. Le défi consiste donc à aller jouer de ce piano abandonné.

Mais à la grande surprise de Shûhei, Kaï se dit propriétaire du piano, et lui confie même qu’il est le seul à pouvoir en jouer. Et que, de surcroît, il est plutôt doué, lui qui n’a jamais appris à lire une partition, qui n’a jamais pris un cours de piano. Et à la surprise générale, ce cancre de Kaï semble être un véritable génie musical…

La musique au centre du récit

Piano Forest est un voyage initiatique (thématique récurrente dans les animes et les mangas), une histoire d’apprentissage. Ou plutôt d’apprentissages, au pluriel. Du piano, bien évidemment, avec deux écoles bien distinctes. Shûhei représente la discipline et la formation ultra-académique. Kaï a beaucoup plus de mal à se concentrer, et est un autodidacte dont le secret est cette oreille absolue qui lui permet de reproduire n’importe quelle mélodie. Même la fameuse Sonate pour Piano N°8 K310 de Mozart, dont il sera question tout au long du film.

Mais le film enseigne aussi à ses héros, intrinsèquement, les relations humaines, et des rapports entre ces enfants issus de milieux très divers. Apprentissage de l’amitié donc : deux rivaux qui deviennent les meilleurs amis du monde.

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Le postulat est simple, mais deviendrait vite beaucoup plus intéressant si le film ne manquait pas de cette petite touche de folie que l’on peut néanmoins deviner dans certaines scènes humoristiques autour de Kaï (encore lui). Très académique, un peu trop à mon goût comme un film de commande, Piano Forest semble trop souvent s’interdire de franchir la ligne… Et s’impose une ligne droite, qui nous laisse deviner rapidement la direction que prendra l’histoire. Le scénario est émouvant, mais pas surprenant.

Il manque un truc

L’écriture de ce Piano Forest est de qualité, avec de réelles bonnes idées. Et lorsque l’on a été élevé aux shônen qui nous servent des combats épiques entre rivaux (ce qui n’est pas une mauvaise chose, j’avoue), on n’en appréciera que davantage les liens, et surtout la complémentarité, qui unit nos deux protagonistes. Rivaux, ils le sont tout au long du film, mais sans devenir ennemis pour autant.

Le message est aussi plein d’espoir pour les plus jeunes d’entre-nous, aujourd’hui un peu trop habitués aux films qui s’adressent à eux à grands coups de messages catastrophistes… En mode « de toute façon, on va tous crever » (coucou Hunger Games, Le Labyrinthe, Divergente, etc). Ici, le film encourage en martelant qu’il ne suffit pas d’être issu d’un milieu aisé pour s’en sortir. Même les enfants qui proviennent de milieux plus modestes peuvent avoir leur chance d’atteindre le sommet.

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Ce qui, de mon point de vue, conduit très vite le spectateur a modifier son point de vue, son intérêt pour les personnages. Shûhei, présenté dès le début comme le héros, devient rapidement un simple narrateur, plus secondaire. Au fil de l’histoire, toute l’attention et toute notre empathie se concentrent sur Kaï, profondément attachant, qui s’accapare cette histoire malgré lui, fort de son imposant capital sympathie.

Autre bémol que j’ai envie de noter ici : le film se termine de manière un peu trop brutale, et nous laisse sur notre faim ! Nous aurions aimé voir des rapports plus développés entre les personnages, avant et surtout après le gros événement qui ponctue cette aventure musicale. Mais le film s’achève de manière abrupte, comme ce qu’il est au final : le premier épisode d’une série. Qui se poursuit dans le manga, ou avec la série actuellement diffusée sur Netflix…

Au final

Piano no Mori, c’est ce film d’animation un peu naïf et plein de positivité qui va vous faire aimer la musique classique. Et plus particulièrement le piano, avec des plages de compositeurs très connus, et intemporels. Le talent musical est à l’honneur dans ce conte moderne.

Mais hélas, un conte qui manque de cette folie dont il est pourtant capable. En témoignent quelques fulgurances humoristiques de Kaï. Le film laisse cette impression d’être partagé entre les deux personnalités de ses héros : le coté « enfant-sage » et « premier de la classe » de Shûhei, et l’aspect plus désinvolte voire irrévérencieux de Kaï.

Il en résulte un film très beau et émouvant, mais qui ne restera pas comme une expérience inoubliable. Un peu comme s’il s’agissait ici d’un simple teaser d’1h40 pour la série animée, ou pour le manga… Sur lesquels on s’empressera de se jeter pour connaître la fin de cette « symphonie inachevée » !


Piano Forest (Le Piano de la Forêt)

  • Titre original : Piano no mori.
  • De : Masayuki Kojima (réalisation) et Ryuta Hourai (scénariste).
  • Chez : Kazé.
  • Sortie française : le 21 juillet 2009.
  • Genre : Drame.
  • Musique :  Keisuke Shinohara.
  • Durée : 1 h 41.
  • Prix : entre 10 et 18€ selon les revendeurs, et le support (DVD ou Bluray).

On a aimé :

  • Une belle histoire
  • Des héros attachants
  • La bande-originale
  • Des séquences jolies à regarder
  • Quelques touches d’humour
  • Quelques belles émotions qui nous prennent, à la fin

On aime moins :

  • Quelques longueurs au début
  • La fin qui nous laisse sur… Notre faim
  • Trop académique, manque globalement de folie

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