Lettre à Momo : Rencontres avec l’Au-Delà

Vu en bluray, sur une version commerciale

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Il a la couleur, la saveur et la richesse d’un film Ghibli… Pourtant, il n’en est rien. Signé par le réalisateur de Jin-Roh : La Brigade des Loups, Lettre à Momo nous emmène dans un voyage champêtre, en compagnie de curieuses créatures fantastiques. Une œuvre qui, à mon sens, devrait être beaucoup plus connue en France qu’elle ne l’est actuellement. Alors, je me devais de vous en parler…

Une pépite en puissance !

Tout d’abord, soyez rassurés ! Bien que nous parlions ici de paranormal, il n’est absolument pas question d’un anime d’horreur, voire larmoyant et ancré dans une thématique du deuil lourde et insistante. Bien au contraire, le film, tout en légèreté, aborde cette question avec poésie.

Ce long métrage (plus de 2 heures quand même) est une nouvelle réalisation de Hiroyuki Okiura (Jin-Roh, La Brigade des Loups), qui scénarise et réalise. Enfin, gage de qualité supplémentaire : sachez que le film est produit par Production I.G, à qui l’on doit Patlabor 2, Ghost in the Shell

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Le film a très vite été détecté par la critique comme une perle en puissance. Et ces avis ne s’y sont pas trompés. Lettre à Momo a remporté notamment le Grand Prix du Festival International du film pour enfants de New York en 2012… Ou encore le prix du Meilleur Film d’animation au Asia Pacific Screen Awards… Ou encore a fait partie de la Sélection officielle d’Annecy en 2012.

Chère Momo…

Trois gouttes d’eau tombent du ciel et rebondissent sur l’épaule de Momo. La fillette de onze ans tient dans sa main une lettre inachevée, écrite par son père, océanographe, disparu en mer. Cette lettre, qui commence par « Chère Momo… » (et ne comporte que ces mots), est restée blanche. Qu’a t-il voulu lui dire ?

Après ce décès, Ikuko, la mère de Momo, a décidé de quitter Tokyo avec sa fille et de rejoindre son île natale, l’île de Shio, située dans la mer intérieure de Seto. Les deux femmes vont habiter chez l’oncle et la tante d’Ikuko qui se réjouissent de voir arriver un peu de sang neuf sur leur île vieillissante.

La maison de famille n’a pas changé depuis des années. Ikuko rayonne de bonheur à l’idée de la retrouver. Pour elle, ce décor est tout simplement merveilleux ; pour Momo, il est propice à l’ennui, d’autant qu’elle n’y connaît encore personne.

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Guidée par sa mère pour faire la connaissance des jeunes de l’île et aussitôt prise sous la protection du gentil Yota, Momo ne parvient cependant pas à intégrer la sympathique bande. Le jour où elle est invitée à sauter dans l’eau du haut d’un pont, elle n’y arrive pas. Elle a la tête ailleurs. Elle aimerait savoir ce que son père a voulu lui écrire avant de disparaître. Elle se souvient de la dernière fois où elle s’est disputée avec lui, et se sent coupable.

Un jour, elle distingue une ombre aux côtés de sa mère. Puis, dans le grenier de la maison, elle découvre que les figures d’un roman illustré sur les Yokaï ont disparu et elle entend des bruits suspects. Elle prend peur… Voilà donc pour le synopsis de ce long-métrage d’animation !

Une histoire de Yokaï

Pour bien comprendre de quoi va nous parler le film, qui baigne dans une culture japonaise qui échappera peut-être aux spectateurs occidentaux… Je pense qu’il est nécessaire de faire un aparté, pour vous expliquer ce que sont les Yokaï, dont il sera ici question.

Dans le folklore japonais, les yōkaï (que l’on pourrait traduire par « esprit », « fantôme », « démon » ou encore « apparition étrange ») sont des créatures surnaturelles, qui possèdent souvent des attributs d’animaux. Ils sont souvent représentés soit comme des esprits malfaisants. Soit (pour les plus sympas) comme des esprits farceurs, malicieux, qui viennent titiller les tracas du quotidien. Pour que la notion vous parle davantage, dans notre culture occidentale, on pourrait les comparer aux farfadets, ou aux leprechauns irlandais…

Dans le film, Momo va donc faire la rencontre de trois Yokaï, et sera d’ailleurs la seule à les voir : Iwa est un géant au crâne démesuré et aux dents en or. Mame, au physique de vieil enfant triste, qui fera penser à Gollum à certains d’entre-vous. Et enfin Kawa, un esprit tout sec, avec une grande bouche.

Le voyage initiatique de Momo

Lettre à Momo est indéniablement un voyage initiatique. Celui tout d’abord d’une petite citadine, qui se retrouve du jour au lendemain dans un cadre plus… Champêtre ! Et quel cadre ! Ici, le réalisateur a choisi de construire son histoire dans la Mer intérieure de Seto, archipel au sein même du plus grand archipel qu’est le Japon (qui revendique près de 4000 îles).

Tout bon anime se doit de fixer un but, un objectif pour son personnage principal. Et comme nous l’avons vu plus haut, celui de Momo sera tout simplement de faire le deuil de son père. La mort est très présente dans Lettre à Momo, ne serait-ce que par la présence surnaturelle des Yokaï. Mais comme je l’ai dit plus haut, le film ne penche jamais dans la lourdeur. Bien au contraire : les scènes cocasses qui découlent des différentes apparitions de nos trois compères paranormaux insuffle de la légèreté au long-métrage. Le spectateur prend Momo en affection, mais sans jamais à avoir à s’apitoyer sur son sort.

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Et puis, comme dans tout bon anime du genre qui se respecte… Le voyage le plus important est sans doute le passage de l’enfance à l’âge adulte. Avec elle, Momo emmène la magie de l’enfance. Mais pour autant, cette « épreuve » est celle qui va faire d’elle une jeune fille. Elle gagnera ainsi, au fil du film, en assurance, voire en confiance en elle. Pour revenir sur l’imagerie du deuil, l’émouvante séquence finale est celle qui la fera passer du déni à l’acceptation… Nous aurions pu aussi débattre très longtemps sur les thèmes de l’amitié, du lien mère-fille, ou de la ruralité « finalement pas si mal » mais… Je vous laisse découvrir ces aspects par vous même !

Le goût et la couleur d’un Ghibli

Bien que je l’ai pensé très fort en voyant les premières images de Lettre à Momo, et bien que le ton du film me fasse irrésistiblement penser au Voyage de Chihiro… Non !! Lettre à Momo n’est pas un film du studio Ghibli. La beauté et la richesse de son animation pourraient nous laisser le penser, mais ce n’est pas le cas !!

Et pourtant, tous les codes y sont. Des décors très détaillés et de la couleur partout… Une nature magnifiquement représentée… Une histoire qui se construit autour de créatures au final bien sympas et sans grand méchant (comme dans Kiki la Petite Sorcière)… À défaut d’être sorti de l’esprit d’un Miyazaki, Lettre à Momo résonne comme un hommage au fleuron de l’animation japonaise…

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Et c’est à la fois une qualité et un défaut. Une qualité car le spectateur sait qu’il s’engage sur un film de très bonne facture, qui va le toucher tant par le fond que par la forme. Un défaut car l’anime peut sembler ne pas avoir de personnalité propre, se contentant d’imiter. Mais ce n’est vraiment pas le cas, et je vous invite à regarder au delà de cet aspect. Encore une fois, ça a la couleur et le goût d’un Ghibli, mais ça n’en est pas un…

Au final

Si vous avez aimé Le Voyage de Chihiro, chez Ghibli, alors vous aimerez Lettre à Momo. Bien que le propos soit différent, bien que l’humour soit ici beaucoup plus présent… Les personnages sont tout autant attachants, avec en prime cette petite larme que vous ne pourrez cacher à la fin du film…

Lettre à Momo fait partie de ces films d’animation qui, à mon sens, n’ont pas reçu l’accueil qu’ils méritaient ! L’animation japonaise est un univers riche, foisonnant de bonnes idées et d’histoires touchantes. Et si aujourd’hui, le grand public français commence à découvrir des pépites autres que celles de Ghibli, grâce à des éditeurs comme Kazé ou Arte Editions, ce nouveau film est un bijou à découvrir absolument. Que vous aimiez ou pas, il ne laisse pas indifférent, et invite à la réflexion une fois le visionnage terminé…


Lettre à Momo

  • Titre originalMomo e no Tegami.
  • De : Hiroyuki Okiura, pour Production IG.
  • Chez : Kadokawa Pictures, en France chez Arte Editions.
  • Sortie française : le 25 septembre 2013.
  • Genre : Fantastique.
  • Musique : Mina Kubota.
  • Durée : 2 h 21.
  • Prix : entre 15 et 20€ selon les revendeurs, et le support (DVD ou Bluray).

 

On a aimé :

  • Des personnages hyper-attachants
  • Une histoire émouvante
  • Des touches d’humour
  • Beaucoup de poésie
  • Le deuil abordé d’une manière non pesante
  • L’animation et la réalisation proches de la perfection
  • La musique dans le ton

On aime moins :

  • Une fin qui peut sembler « expédiée »
  • Un dénouement attendu
  • Quelques longueurs et facilités scénaristiques
 .

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