La sortie de The Odyssey de Christopher Nolan a provoqué un étonnant effet secondaire : Assassin’s Creed Odyssey attire de nouveau les joueurs. Le jeu de 2018 connaît même un spectaculaire regain d’activité. Christopher Nolan vient involontairement d’offrir une incroyable campagne marketing pour un jeu Ubisoft sorti il y a 8 ans.
Nolan fait revivre Assassin’s Creed Odyssey
Il aura fallu un film de Christopher Nolan pour que les joueurs ressortent leurs sandales et replongent dans la Grèce Antique. Depuis la sortie de The Odyssey, le film consacré au célèbre périple d’Ulysse, Assassin’s Creed Odyssey connaît un joli regain d’intérêt. Le jeu d’Ubisoft, sorti en octobre 2018, profite directement de l’engouement autour de la mythologie grecque.
Et les chiffres sont plutôt amusants. Selon les données d’Alinea Analytics, l’activité quotidienne autour du jeu aurait progressé de 90 % en seulement dix jours après la sortie du film. Le nombre de joueurs actifs serait ainsi passé d’environ 122 000 à 233 000 sur PlayStation, Xbox et PC.
Une remontée particulièrement spectaculaire pour un titre qui fêtera bientôt ses huit ans. Et non, Ubisoft n’a pas sorti une mise à jour surprise permettant d’incarner Ulysse. C’est simplement Hollywood qui vient de rappeler aux joueurs qu’il existe une Grèce antique particulièrement jolie à visiter sur consoles et PC.
Le phénomène est encore plus visible sur consoles
Le détail intéressant se trouve dans la répartition de cette hausse. Toujours selon Alinea Analytics, PlayStation aurait enregistré une progression de 94 %, pour atteindre environ 114 000 joueurs actifs quotidiens. Sur Xbox, la progression aurait été encore plus forte, avec 134 % de hausse et environ 84 000 joueurs actifs.
Le PC bénéficie également du phénomène, même si les chiffres Steam racontent une histoire un peu moins spectaculaire.
SteamCharts recensait ainsi une moyenne de 4 692 joueurs simultanés sur les trente derniers jours, contre 3 440 en juin. La progression est donc bien réelle sur Steam, mais elle ne permet évidemment pas de mesurer l’ensemble de la fréquentation du jeu puisque les statistiques de la plateforme ne couvrent ni PlayStation ni Xbox.
Lorsque l’on parle des « joueurs d’Assassin’s Creed Odyssey », il ne faut donc pas confondre les chiffres Steam avec la fréquentation globale du jeu.
Pourquoi le film de Nolan profite-t-il autant au jeu ?

La réponse est finalement assez simple : les deux œuvres partagent un immense terrain de jeu culturel. The Odyssey s’intéresse à l’épopée d’Ulysse et à son voyage dans le monde de la mythologie grecque. Assassin’s Creed Odyssey, lui, nous plonge dans la Grèce antique du Ve siècle avant notre ère.
Le jeu ne raconte évidemment pas l’Odyssée d’Homère. Son histoire suit Alexios ou Kassandra, deux descendants de la lignée spartiate, dans une aventure qui mélange guerre du Péloponnèse, intrigues politiques, mythologie et éléments fantastiques.
Mais pour quelqu’un qui sort du cinéma avec une furieuse envie de découvrir la Grèce antique, le rapprochement est assez naturel. Vous venez de passer trois heures avec Ulysse ? Voici plusieurs dizaines d’heures pour explorer la mer Égée. Vous voulez voir Ithaque ? Très bien. Vous voulez admirer Athènes ? Pas de problème. Vous voulez rencontrer des philosophes, des guerriers spartiates, des créatures mythologiques et quelques individus qui ont manifestement raté leur vocation de diplomate ? Ubisoft a prévu le buffet complet.
Une Grèce virtuelle qui n’a pas tellement vieilli
Le plus intéressant dans cette histoire est peut-être ailleurs. Assassin’s Creed Odyssey reste aujourd’hui un très beau jeu. Huit ans après sa sortie, son monde ouvert conserve une impressionnante capacité d’évocation. Ubisoft Québec avait construit une gigantesque représentation de la Grèce antique, avec ses îles, ses cités, ses montagnes, ses temples et son immense mer Égée.
Le jeu permet également de naviguer entre les différentes régions, de visiter Athènes, Sparte ou encore Delphes et de croiser de nombreuses figures historiques. Le résultat n’est évidemment pas un documentaire. Mais Ubisoft avait fait un énorme travail de recherche pour reconstituer l’architecture, les paysages et le contexte de la Grèce antique.
► Lire aussi notre test : Assassin’s Creed Odyssey : un travail de spartiate, une odyssée divine !
Et cela explique probablement pourquoi le jeu constitue aujourd’hui encore une sorte de compagnon vidéoludique naturel du film de Nolan. La preuve : plusieurs joueurs expliquent actuellement être retournés dans Odyssey après avoir vu le film. Dans les discussions communautaires récentes, certains nouveaux venus découvrent même le jeu pour la première fois à la suite de leur séance de cinéma.
Et si vous voulez vivre votre propre Odyssée ?

Il faut toutefois éviter une confusion. Comme je l’ai dit plus haut, Assassin’s Creed Odyssey n’est pas une adaptation de l’Odyssée d’Homère. En revanche, le jeu puise énormément dans la mythologie grecque. Certaines séquences permettent notamment de rencontrer ou d’affronter des figures mythologiques et de visiter des lieux directement associés aux légendes grecques.
Le jeu mélange donc histoire, fiction et mythologie dans une recette typiquement Assassin’s Creed. C’est d’ailleurs l’une de ses particularités. Après avoir commencé comme une série centrée sur les Assassins et les Templiers, la franchise avait progressivement évolué vers des RPG historiques beaucoup plus vastes avec Origins, Odyssey puis Valhalla. Et Odyssey représente probablement le sommet de cette période RPG pour une partie importante des joueurs.
Le jeu est même encore très apprécié
Le regain d’intérêt actuel ne repose donc pas uniquement sur la curiosité provoquée par Nolan. Assassin’s Creed Odyssey conserve une excellente réputation auprès des joueurs. Sur Steam, le jeu affiche actuellement une évaluation « Très positive », avec environ 85 % d’avis positifs sur les évaluations récentes et près de 90 % pour les évaluations françaises.
Cela signifie quelque chose : les nouveaux joueurs qui arrivent aujourd’hui ne découvrent pas simplement un vieux jeu ressorti du placard. Ils mettent la main sur un RPG qui reste parfaitement fréquentable en 2026. Et cela explique aussi pourquoi le film peut provoquer un effet aussi important.
Si The Odyssey avait donné envie de rejouer à un jeu médiocre de 2018, le phénomène aurait probablement été beaucoup plus court. Mais Odyssey est un jeu qui possède encore suffisamment de qualités pour retenir les curieux.
Une excellente nouvelle pour Ubisoft
Pour Ubisoft, ce regain d’intérêt tombe plutôt bien. L’entreprise traverse actuellement une période particulièrement importante pour la franchise Assassin’s Creed. Après le lancement de Black Flag Resynced, qui a dépassé les 2 millions d’exemplaires vendus dès son premier jour, Ubisoft dispose déjà d’un exemple récent démontrant que les anciens épisodes peuvent retrouver une immense popularité lorsqu’ils bénéficient d’une nouvelle visibilité.
Et voilà maintenant Odyssey qui revient dans les conversations. La situation est presque trop belle. Ubisoft possède donc deux démonstrations récentes d’une même réalité : le public est toujours très intéressé par les anciennes aventures Assassin’s Creed.
La question devient alors évidente. Que peut faire Ubisoft de cette nostalgie ?
Odyssey Resynced ? Doucement, les Spartiates

Certains analystes commencent déjà à évoquer la possibilité d’un remaster ou d’une nouvelle version d’Assassin’s Creed Odyssey. L’idée n’est pas complètement absurde. Ubisoft vient justement de relancer Black Flag avec Black Flag Resynced, une nouvelle version qui a rencontré un énorme succès commercial.
Mais il faut garder la tête froide. Odyssey n’a que huit ans. Le jeu est toujours disponible, toujours jouable sur les plateformes modernes et reste techniquement tout à fait présentable. Lancer immédiatement un remake complet serait donc beaucoup plus difficile à justifier que dans le cas d’un jeu de 2007 comme Assassin’s Creed ou d’un titre de 2003 comme Prince of Persia: The Sands of Time.
Un patch graphique ambitieux, une mise à niveau technique ou une version optimisée pour les consoles actuelles auraient davantage de sens. Et surtout, Ubisoft pourrait parfaitement décider de ne rien faire.
Parfois, un jeu qui revient naturellement dans l’actualité n’a pas besoin d’un remake. Il a simplement besoin qu’on se souvienne de lui.
Kassandra et Alexios profitent donc d’un drôle de voyage dans le temps
C’est probablement le plus amusant dans cette histoire. En 2018, Ubisoft voulait nous faire découvrir la Grèce antique à travers un gigantesque RPG.
En 2026, Christopher Nolan vient involontairement lui offrir une nouvelle campagne publicitaire mondiale. Le studio n’a pas eu besoin de nouveau DLC. Pas besoin de remake. Pas même besoin d’une bande-annonce. Un film hollywoodien à gros budget a simplement rappelé au public que la mythologie grecque est cool.
Et que, quelque part dans votre bibliothèque de jeux, Kassandra vous attend probablement depuis huit ans en se demandant pourquoi vous l’avez abandonnée après 73 heures de jeu.
Le phénomène pourrait-il durer ?

C’est maintenant la grande inconnue. Une hausse de 90 % est spectaculaire, mais il faudra voir combien de ces joueurs resteront dans le jeu une fois l’effet de curiosité passé. Le contexte est néanmoins favorable.
The Odyssey donne envie de découvrir ou redécouvrir la Grèce antique, tandis qu’Assassin’s Creed Odyssey offre précisément ce terrain de jeu. Le titre est disponible depuis longtemps, possède une quantité énorme de contenu et bénéficie aujourd’hui d’une visibilité qu’aucune campagne marketing classique n’aurait forcément pu reproduire à ce niveau.
Pour Ubisoft, le message est limpide. Un jeu peut avoir huit ans et redevenir tendance du jour au lendemain. Il suffit parfois qu’un réalisateur d’Hollywood décide de raconter une histoire vieille de près de 3 000 ans.
Ce phénomène est intéressant parce qu’il montre que le cinéma peut encore servir de formidable passerelle vers le jeu vidéo, même sans adaptation officielle. The Odyssey et Assassin’s Creed Odyssey ne racontent pas la même histoire. Ils ne partagent même pas exactement la même vision de la Grèce antique. Mais ils répondent à la même envie : explorer un monde nourri par les mythes, les héros et les monstres de la Grèce antique.
