Carnet de notes (quasi) obligatoire

Cette dernière remarque, dans l’introduction de ce test, n’est pas une blague : Looking for Fael, c’est LE jeu qui m’a fait retrouver ce vieux réflexe de mon adolescence de gamer. Une vieille réminiscence de l’époque où je farfouillais dans les revues spécialisées pour trouver des cheat-codes. La douce époque où une feuille volante devenait rapidement le plan d’un donjon de RPG sur 16 bits, griffonné à l’arrache. Une époque révolue… Jusqu’à ce que je joue à Looking for Fael en 2026 ! Le jeu qui m’a fait ressortir un calepin, pour archiver les indices, les notes, tracer des plans… C’est un véritable conseil (que le jeu vous donne d’ailleurs, à un moment, me semble t-il) : prenez des notes ! Sans, c’est possible de finir le jeu avec une bonne mémoire. Avec, c’est un confort non négligeable, croyez moi.

Looking for Fael est donc le nouveau jeu de Swing Swing Submarine (avec La Poule Noire en renfort). Un studio français basé à Montpellier, par des anciens d’Ubisoft. Un studio indé que vous ne connaissez pas ? Si si, cherchez bien ! Blocks that Matter, en 2011, c’est eux ! Tetrobot and Co en 2013, idem ! Et je m’en voudrais vraiment d’oublier, en 2016, le magnifique Seasons after Fall. Eux aussi ! Il aura donc fallu attendre 10 ans pour que le studio nous présente son nouveau projet. Plus d’ambition. Plus de confiance aussi, le studio sortant de sa zone de confort pour nous emmener dans une sorte d’escape-game virtuel, un jeu de réflexion à huis clos se déroulant dans un univers très… Comment dire. Surprenant ? Singulier ? Étrange ? J’avoue que je ne sais pas encore. Sans doute un mélange de tout ça…

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Swing Swing Submarine change donc de registre, pour aller explorer celui des énigmes et des jeux narratifs de réflexion. Sur le papier, Looking for Fael fait immédiatement penser à des références telles que Blue Prince, Superliminal, The Witness ou encore Lorelei and the Laser Eyes pour la nécessité de jouer avec un calepin. Pour son ambiance claustrophobe et pour ses labyrinthes, j’ai aussi de nombreuses images de The Stanley Parable qui me sont revenues en tête. Si le jeu d’Arte est à la hauteur de ces derniers, on va passer un bon moment…

Vous débutez l’aventure dans le hall d’un immeuble. Vous devez rejoindre votre colocataire, Fael, qui vient justement de vous laisser un message vocal sur votre téléphone. Aussi étrange que cela puisse paraître, il s’est perdu… Dans votre appartement ! Qui n’a rien de surnaturel au demeurant : une cuisine, des chambres, des WC, un salon… Mais lorsque vous commencez à toucher aux instruments électroniques de votre ami scientifique en herbe, tout bascule. Vous voilà dans une réalité alternative. Même logement mais… Qui semble appartenir à un autre monde ! Seule solution pour vous en sortir : résoudre les nombreuses énigmes laissées ici et là par Fael, afin de le retrouver. Et élucider les mystères qui planent autour de ses recherches sur les phasmes

Escape Game à domicile

Si je devais résumer le principe de Looking for Fael, je crois que la meilleure référence serait celle de l’escape-game ! L’aventure se déroule à huis clos dans un logement dont vous devez trouver la sortie en résolvant des énigmes. Mais « sortie » est un bien grand mot. Car lorsque notre protagoniste pense avoir enfin trouvé la solution, il ne fait que débloquer un « passage » vers une version alternative de l’appartement. Les mêmes pièces mais… Différentes, avec de nouvelles énigmes. Et toujours aucune trace de votre ami Fael. Si ce n’est quelques messages laissés ici ou là.

Si l’aventure repose sur une narration mystérieuse, Looking for Fael est avant tout un jeu d’énigmes. En vue à la première personne, le joueur explore une succession d’appartements aux ambiances radicalement différentes, où chaque espace fonctionne comme un puzzle géant. L’objectif n’est pas seulement de trouver des objets, mais surtout de comprendre comment les différents mécanismes interagissent entre eux. Certains interrupteurs modifient un autre lieu, une machine débloque un passage plus loin, tandis qu’une énigme résolue peut avoir des répercussions dans un environnement déjà visité.

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Cette progression non linéaire encourage à observer le moindre détail, à expérimenter sans cesse et à faire des allers-retours (beaucoup) entre les différentes zones. Heureusement, vous serez aidé par un accessoire indispensable. La Game Leaf, une console portable au look délicieusement rétro, absolument pas inspirée par une certaine GameBoy. Elle apporte une touche d’originalité en intégrant des mini-jeux qui servent eux aussi à résoudre certaines énigmes. Plus qu’un simple escape game, Looking for Fael mise sur la réflexion, la curiosité et la logique, sans jamais prendre le joueur par la main… Ou presque.

Car avec certaines énigmes qui vont vraiment vous faire cogiter, le jeu pourrait facilement rebuter certains joueurs. Mais les développeurs ont tout prévu, et notamment des aides, activables depuis le menu d’options. La première fait apparaître des revues d’astuces Arte dans les différents niveaux. La seconde permet de visualiser des traces de pas vers la sortie. Enfin, la dernière met en valeur des mots importants dans les conversations ou les explications. C’est une bonne chose d’y avoir pensé. Hélas, ces aides ne sont, la plupart du temps, pas vraiment d’un grand secours. Les pas ne servent à rien, la revue Arte renvoie vers un site web qui ne fonctionne pas… Seuls les mots importants (indices) en vert sont vraiment utiles.

Parfois difficile, mais toujours gratifiant

Parmi les nombreux points forts du jeu, on note évidemment la qualité de ses énigmes ! Manipulations d’objets, codes à trouver, enregistrements à écouter, mots de passe à noter, fréquences sonores à utiliser, ou puzzle à la Tetris (référence ouvertement assumée) via la Game Leaf (véritable bonne idée de gameplay)… Ces énigmes renouvellent régulièrement les mécaniques de jeu et évitent la répétition. Elles sont portées par une narration intrigante, qui entretient le mystère jusqu’à la fin et donne envie de comprendre ce qui est réellement arrivé à Fael.

Autrement dit, le jeu est construit intelligemment, et chaque pas semble récompenser votre curiosité et votre jugeotte. Les puzzles demandent de réfléchir, sans reposer sur des solutions absurdes ou purement aléatoires. C’est le pilier d’une excellente sensation de progression. Chaque découverte donnant accès à de nouveaux indices ou à de nouvelles zones. Si les énigmes sont parfois vraiment corsées (je vais y revenir), l’évolution et la progression du joueur, jusqu’à la fin du jeu, sont extrêmement gratifiantes. Ce système d’évolution constante mixé avec le côté mystérieux de l’intrigue constituent le parfait cocktail pour vous donner envie de vous accrocher jusqu’au générique de fin.

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Je ne vous ai pas encore parlé de l’aspect technique du jeu. Pourtant, il faut absolument évoquer la direction artistique pleine de personnalité. Minimaliste, mais pleine de charme. Avec des appartements qui évoluent et racontent une histoire à travers leurs décors. On relève aussi l’ambiance sonore remarquable, alternant silences pesants, musiques d’ambiance et thèmes rétro liés à la Game Leaf. L’enchaînement de « mondes » visités traduit aussi un level-design parfaitement pensé, avec des univers variés qui constituent un univers cohérent, où chaque objet semble avoir été placé avec une intention.

Des bugs dans la matrice ?

Si Looking for Fael a, jusqu’à présent, déroulé de nombreuses qualités, il a aussi ses défauts. Et le premier qui va vous sauter aux yeux, c’est son rythme volontairement lent. Parfait si vous êtes dans un mood propice à la réflexion et à la détente, mais qui ne conviendra pas à ceux qui recherchent une aventure plus dynamique. Un aspect qui va de paire avec des déplacements lents, très lents et laborieux même, sans possibilité d’accélérer le pas. Cela se ressent notamment lors des nombreux allers-retours entre les différents appartements.

Si nous avons parlé, plus haut, de la qualité et de la conception des puzzles et énigmes… Il faut admettre que certains vont vraiment triturer vos neurones ! Quelques énigmes sont très exigeantes, et peuvent vous bloquer plusieurs dizaines de minutes si un indice a été oublié. D’autant que le jeu ne vous aide pas vraiment, prenant le parti de vous faire confiance et de vous laisser gérer l’aventure à votre rythme.

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Comme on l’a vu, les aides du jeu ne vous seront pas vraiment d’un grand secours. Cette difficulté réjouira les amateurs du genre, mais pourra rebuter les débutants, les joueurs moins habitués aux énigmes. Comme je l’ai écrit, le meilleur moyen de s’en sortir est donc de prendre des notes, ou au minimum de retenir énormément d’informations. Les joueurs qui préfèrent être guidés risquent d’être rapidement perdus.

Pour chipoter, on pourrait aussi ajouter que les environnements auraient parfois mérité davantage de folie visuelle. Même si leur cohérence reste un point fort. Enfin, sachez que, par principe, un jeu comme Looking for Fael ne se prête pas du tout à de courtes sessions ! Évitez de lancer le jeu si vous n’avez que 5 minutes devant vous. Il s’apprécie davantage en prenant son temps. Ce n’est donc pas vraiment un défaut, mais nous parlons d’un jeu qui va vous demander d’investir de votre temps.

Au final

Avec Looking for Fael, Swing Swing Submarine, La Poule Noire et ARTE France livrent une aventure qui ne ressemble à aucune autre. Loin de céder à la facilité, le jeu fait le pari de l’intelligence du joueur. Ici, pas de combats, pas d’action effrénée, ni de marqueurs d’objectif omniprésents : tout repose sur l’observation, la logique et le plaisir de comprendre progressivement le fonctionnement de ce labyrinthe aussi étrange que fascinant. Chaque énigme résolue procure une véritable satisfaction, comme si l’on venait d’assembler une nouvelle pièce d’un immense puzzle.

Cette exigence a toutefois un prix. Les nombreux allers-retours, le rythme volontairement contemplatif et certaines énigmes particulièrement retorses risquent de décourager les joueurs en quête d’une progression plus fluide. Quelques passages auraient également gagné à être mieux guidés, et le dénouement, bien qu’intéressant, n’offre pas forcément la même force que le voyage lui-même.

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Malgré ces réserves, Looking for Fael s’impose comme une excellente surprise dans le paysage du jeu indépendant français. Son univers surréaliste, sa direction artistique inspirée, sa Game Leaf pleine de nostalgie et la qualité de ses casse-têtes en font une expérience marquante pour tous ceux qui aiment réfléchir autant qu’explorer. Un jeu qui ne cherche pas à impressionner par son spectaculaire, mais par son ingéniosité… Et qui y parvient avec beaucoup de talent.


Looking for Fael

  • La direction artistique
  • Des énigmes intelligentes et variées
  • Une histoire aussi mystérieuse que captivante
  • Une progression gratifiante
  • L’ambiance sonore
  • La Game Leaf
  • Des options d’accessibilité
  • Malgré l’ambiance surréaliste, l’univers reste cohérent
  • Une durée de vie solide
  • LFF nous oblige à prendre des notes… Comme dans les jeux des années 90
  • Un prix mini
  • Des déplacements très lents, sans possibilité d’accélérer le pas… Donc aussi un rythme très lent
  • Les déplacements parfois laborieux (allers-retours incessants)
  • Certaines énigmes sacrément compliquées… Avec des aides qui n’en sont pas vraiment
  • Sans carnet de notes, vous êtes (vraiment) foutus 😀
  • Un jeu qui se prête davantage aux longues sessions, ici, impossible de jouer pour tuer 5 minutes