Une petite équipe proche de la nature

Adorable Adventures est donc un jeu français, puisqu’il a été développé à Montpellier, chez Wild Sheep Studio, un petit studio indépendant de douze personnes. Mais, ne vous fiez pas aux apparences. Car derrière cette carte de visite qui peut sembler un peu sobre, avec un seul jeu au compteur, se cache en réalité une équipe de vétérans du jeu vidéo. Ayant travaillé sur un projet beaucoup plus ambitieux, dont vous avez forcément entendu parler. Et accessoirement un projet dirigé par un développeur à la renommée internationale. Rien que ça !

En effet, le studio Wild Sheep réunit une douzaine de « survivants » d’un projet autrefois baptisé Wild. Oui, on parle bien de CE Wild là ! Le gigantesque openworld d’aventure et de survie annoncé lors de la Gamescom en 2014 pour la PS4. Un jeu supervisé par Michel Ancel (Rayman, Beyond Good & Evil…), et qui vous permettait d’incarner des humains ou des animaux dans un univers préhistorique généré de manière procédurale. Mais en septembre 2020, Michel Ancel annonce qu’il se retire du monde du jeu vidéo (notamment pour créer des sanctuaires animaliers). L’équipe est démantelée, le projet Wild est abandonné.

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Quand on a cette anecdote en tête, on ne peut s’empêcher de faire un lien. Adorable Adventures est un jeu d’exploration/aventure qui nous plonge dans un monde semi-ouvert, en pleine nature, dans un cadre à la fois réaliste et apaisant. Il nous emmène dans le parc naturel national des Cévennes, dans le Sud de la France. Et le joueur va vivre cette aventure à la troisième personne, à travers les yeux de Boris, un marcassin (bébé sanglier) séparé de sa famille. Les mécaniques de gameplay utilisées sont particulièrement relaxantes, et le jeu nous offre aussi quelques passages purement contemplatifs. Si vous recherchez un jeu gore dans une ambiance cyberpunk, vous n’êtes pas à la bonne adresse.

L’histoire se déroule donc dans le parc des Cévennes, fermé suite à un incendie, heureusement maîtrisé. Le jeune marcassin Boris se réveille seul, séparé de sa famille. Lorsqu’il retrouve sa maman, celle-ci est enfermée dans un cabanon solidement fermé. Ne pouvant la libérer seul, Boris va devoir partir à la recherche de ses six frères et sœurs, à travers différentes zones (thématiques) du parc. Pour organiser une libération collective de maman. L’aventure commence, dans un jeu qui mise sur l’exploration.

Un Boris qui a du groin

Le gameplay de Adorable Adventures est assez classique pour un jeu d’aventure en 3D. Le joueur incarne Boris, qui peut marcher, sauter, courir (et drifter) ou charger, dans un parc des Cévennes de taille réduite (par rapport à l’original et ses 93 500 ha). Il se partage en plusieurs zones : une plaine, une forêt, une cascade, une partie avec les cendres encore fumantes de l’incendie… Le joueur aura clairement de quoi explorer. Le jeu est raconté par la voix off de Maxime, le garde forestier du parc, à la manière d’un conte pour enfants. Un choix qui fait son petit effet, et cible un public plutôt jeune. Bien qu’il ne soit pas interdit aux adultes de prendre la manette, bien au contraire !

La particularité la plus notable du jeu, c’est sa mécanique basée sur l’odorat, et son apprentissage par Boris en activant le sentomètre. En effet, le groin très performant du cochon sauvage lui permet de détecter toutes les odeurs ambiantes, qui se matérialisent à l’écran sous forme de trainées d’orbes de couleur. Ce qui serait très pratique si toutes les effluves ne se mélangeaient pas. Alors, Boris doit suivre les différentes pistes, afin d’apprendre et d’indexer les différents arômes de plantes, d’animaux, etc. Pour pouvoir ensuite filtrer les odeurs qu’il a apprises, pour s’orienter dans le parc, et faire d’autres découvertes passionnantes. C’est aussi le prétexte pour nous livrer un index à remplir, pour les complétionnistes.

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Boris doit donc se lancer sur la piste de ses frères et sœurs Gary, Mimi, Rock… Mais comme rien n’est jamais simple, les retrouver ne suffit pas à les enrôler. Notre marcassin doit, à chaque fois, trouver un moyen de les décider à le suivre. Gary, par exemple, semble somnolent, et seule une variété de plante peut l’aider. L’intrépide Mimi semble s’être mise dans le pétrin en jouant à cache-cache… Alors, il faut faire preuve d’observation et d’imagination pour comprendre comment donner un coup de pouce à notre fratrie, pour obtenir son aide en retour… Bien qu’il faille parfois chercher un peu, les énigmes ne sont pas insurmontables.

Et puis, en fouillant un peu, le joueur trouve encore quelques quêtes annexes à boucler. Des photos à prendre dans des endroits marquants du parc ; Des chronos à faire tomber dans des parcours contre la montre ; Des déchets à jeter à la poubelle (oui, le jeu sensibilise aussi à l’écologie, mais sans être trop moralisateur) ; Ou même un mystère local à résoudre… Sans oublier toutes les senteurs à débusquer, qui débloquent des entrées dans le manuscrit du garde forestier ou vous permettent d’obtenir des accessoires cosmétiques pour Boris… Malgré tout, et là, nous allons toucher un premier point noir pour le jeu, la durée de vie reste très très courte. Avec un soft qui se termine avec un premier run de 3 heures maximum. Plus si vous comptez tout finir à 100%.

Des petites maladresses qui cassent l’immersion

Malgré toutes ses bonnes intentions, on note quelques petits défauts. On l’a vu, le premier est sa durée de vie trop courte. Adorable Adventures laisse ainsi une impression de « trop peu » que l’on n’attendait pas vraiment dans un jeu qui mise sur l’exploration. Les développeurs ont de bonnes idées, mais les effleurent à peine. Ainsi par exemple, le soft aurait pu être très pédagogique, avec sa très bonne idée de fiches didactiques. Hélas, on va croiser deux autres espèces animales seulement, dans un parc qui en recense environ 2400 dans la vraie vie. De ce fait, on a aussi l’impression que le parc naturel est vide.

Cette courte durée de vie s’explique aussi par l’absence de danger ou de difficulté, qui rend l’expérience très accessible… Mais aussi peu stimulante pour les joueurs expérimentés. Quand je parlais de finir en 3 heures, la remarque vaut aussi pour un enfant. D’un côté, c’est plutôt bien car le jeu n’en est que plus abordable quel que soit l’âge du joueur. Et un très jeune gamer se souviendra peut-être à vie d’Adorable Adventures comme étant le tout premier jeu vidéo qu’il a terminé. D’un autre côté, en tant qu’adulte, on se demande comment il aurait pu durer au delà de trois heures. D’autant que, si suivre des odeurs et explorer reste agréable, le principe évolue peu, ce qui peut créer une sensation de répétition.

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J’avoue aussi avoir croisé plusieurs bugs. Beaucoup de petits soucis visuels, mais aussi quelques petits accrocs techniques plus embêtants. Comme une scène où je suis parvenu, contre mon gré, à bloquer Boris dans un point d’eau, derrière une texture, sans pouvoir le sortir de ce pétrin. Finalement, la situation s’est réglée par un reload de ma partie. Globalement, cependant, ces problèmes ne sont pas handicapants outre mesure, et vous ne remarquerez sans doute pas la plupart de ces bugs… Mais, certains peuvent casser l’immersion, notamment les textures qui ne s’affichent pas ou disparaissent.

Enfin, j’avoue avoir eu un peu de mal avec Maxime ! Introduire un narrateur sous forme d’histoire du soir que l’on raconte aux enfants, c’est une excellente idée de la part des développeurs. C’est peut-être même aussi ce qui fait que mes propres enfants ont accroché au jeu (outre le fait qu’ils trouvent Boris mignon). Mais… J’ai un problème avec l’acting de Maxime ! Le ton manque parfois de conviction, voire de cohérence (il est garde forestier dans une réserve qui vient de brûler). Pour un parent, le jeu de l’histoire du soir, c’est justement de forcer le trait, de jouer avec les intonations, les voix… Ici, le récit est trop posé, voire monotone. Le narrateur lit un texte plus qu’il ne raconte, ou qu’il n’incarne. Mais c’est vraiment histoire de chipoter…

Au final

Malgré ses limites, Adorable Adventures porte bien son nom et séduit par sa douceur et son approche sensorielle originale. Derrière son apparente simplicité se cache une expérience sincère, tournée vers la contemplation et l’émotion. Le rythme lent et contemplatif peut rebuter ceux qui cherchent une vraie montée en tension ou du gameplay plus riche. Mais si vous recherchez un moment de calme, une balade (virtuelle) en pleine nature… Alors, on a le jeu qu’il vous faut.

Et puis n’oublions pas que nous parlons d’un jeu indépendant (sa direction artistique nous le ferait presque oublier par moment). Donc un jeu qui n’a pas bénéficié d’un budget de développement colossal. Et de ce point de vue, pour un indé à 20 balles, Adorable Adventures fait plutôt bien le job ! Certes, le manque de profondeur et sa courte durée freinent son impact, mais le voyage reste suffisamment attachant pour marquer les esprits. Surtout chez les joueurs en quête d’un moment calme, loin du tumulte habituel du jeu vidéo.


Adorable Adventures

  • Par : développé par Wild Sheep Studio, édité par PQube
  • Sur : PC, PlayStation 5, XBox Series
  • Genre : aventure/exploration
  • Classification : PEGI 3
  • Prix : 19,99€
  • Conditions de test : terminé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur.
  • Une promenade bucolique dans le Parc des Cévennes
  • Une expérience extrêmement reposante avec un casque audio
  • Un « héros » particulièrement mignon et attachant
  • Graphiquement, c’est très joli à regarder
  • Une narration sous forme de conte, doux et réconfortant
  • Le système d’odorat, le sentomètre
  • Un message écolo en filigrane, sans être moralisateur
  • Un prix mini
  • Une aventure très courte
  • L’aspect pédagogique/encyclopédique aurait pu être plus poussé
  • Quelques bugs, et des soucis de textures
  • Très peu de challenge
  • Une narration un peu trop monotone