Retour en 1985… Devant la TV

Nous sommes début 1985. Alors âgé de dix ans, et furieusement biberonné à Goldorak, Albator et Ulysse 31, c’est avec une certaine excitation que je découvre un nouvel anime diffusé sur Canal+ (dans l’émission Cabou-Cadin) : Space Adventure Cobra, ensuite diffusée dans Récré A2 à la rentrée suivante. Et là, le choc ! Comme la plupart des animes de l’époque, on nous parle d’aventure dans l’espace, de combats contre les méchants, de trésors cachés… Et le héros, charismatique au possible, règle toujours les problèmes en lâchant une grosse vanne bien placée.

Ce héros, c’est Cobra. Ou plutôt Johnson. Un homme lambda qui fait appel à une société qui vend des rêves, littéralement. Johnson rêve alors qu’il est Cobra, un célèbre aventurier traqueur de pirates de l’espace, mort il y a cinq ans. Mais quelque chose cloche : d’une part, ce rêve est trop réel pour être une invention de son esprit. D’autre part, ce scénario ne figure pas dans le catalogue de la société de rêves… Et si tout était réel ? S’il était réellement Cobra ? Et pourquoi Johnson est-il soudainement traqué par des pirates de l’espace ? Et pourquoi le rayon delta de Cobra vient-il de remplacer son bras gauche ?.. Oui, je sais : ce pitch vous rappelle celui du film Total Recall (de Paul Verhoeven en 1990, avec Arnold Schwarzenegger). Normal : les deux œuvres sont inspirées de la nouvelle We Can Remember It for You Wholesale de Philip K.Dick (1966).

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Vous l’aurez compris : Space Adventure Cobra est une œuvre riche, et on pourrait encore en parler pendant des heures. Du fait que pour le visage de Cobra, son mangaka le regretté Buichi Terasawa (décédé il y a deux ans, en septembre 2023) s’est inspiré d’une légende du cinéma français, qu’il admirait : Jean-Paul Belmondo (comme Catherine s’inspire de Catherine Deneuve). D’ailleurs, saviez-vous qu’un projet de film par Alexandre Aja a avorté ? Ou encore que, dans l’anime, l’OST de Kentarô Haneda et Yûji Ôno partage un point commun avec Serge Gainsbourg ? En effet, le morceau Arata na Sekai e et la chanson Initials B.B. reprennent la mélodie de la Symphonie n°9 “Du Nouveau Monde” (1er mouvement) de Dvořák (cherchez des extraits sur Internet, vous allez comprendre)…

Cobra est aussi une véritable star du jeu vidéo. On compte ainsi une dizaine de jeux, sortis en un peu moins de 20 ans. Cobra (1987 sur Amstrad CPC, Thomson et MS-DOS) et Cobra II (1987, Atari ST) tous deux édités par Loriciels ; Cobra: Kokuryūō no Densetsu (chez Hudson Soft en 1989, sur PC Engine CD) ; Cobra 2: Densetsu no Otoko (Hudson Soft, en 1991, sur PC Engine CD) aussi connu comme The Space Adventure – Cobra: The Legendary Bandit sur Mega-CD ; The Space Adventure (Hudson Soft, en 1991 au Japon, réédité en 1994/95 sur Mega-CD) ; Space Adventure Cobra: The Shooting (Takara/Sol Corp, en 1996, sur PlayStation) ; Space Adventure Cobra: The Psycogun Vol. 1 (en 1998, sur PlayStation) ; Space Adventure Cobra: The Psycogun Vol. 2 (en 1998, PlayStation) ; Space Adventure Cobra: Galaxy Nights (en 1999, PlayStation) ; Cobra: The Arcade (en 2005, sur borne d’arcade Namco). Alors, imaginez la vague de hype lorsque, en septembre 2024, Microids a annoncé le développement, par le studio Magic Pockets, d’un nouveau jeu !

Un gameplay et des mécaniques dignes des meilleurs Run & Gun des 90’s

Le jeu étant installé, il est temps de lancer la partie. Et là, première grosse surprise de taille : sous nos yeux, un générique avec des images animées issues de la série. Mieux encore, pour le plus grand bonheur de vos oreilles, c’est bien le générique japonais Space Pirate, réinterprété, qui défile. Vous en voulez encore ? En VF, Cobra est doublé par Jérémy Bardeau, fan de la série qui a repris le rôle avec passion… Mais surtout avec un timbre de voix proche à s’y méprendre de celui de Jean-Claude Montalban, doubleur officiel du Cobra des années 80 ! Vous l’aurez compris : le son est le premier gros point fort du jeu. Et on n’a même pas parlé de la musique jazzy, fidèle à l’ambiance du dessin animé.

Space Adventure Cobra : the Awakening est un action/plateforme à l’ancienne. On pourrait même parler de run & gun Le jeu se partage en chapitres qui retracent le tout premier arc narratif de la série animée. Autrement dit, le trésor du Capitaine Nelson (12 premiers épisodes). Ce qui laisse de la marge pour des potentielles suites (l’arc du Rug-Ball pourrait faire un jeu très sympa)… Le joueur incarne Cobra, qui doit se frayer un chemin dans les niveaux inspirés de l’anime, à grands coups de Colt Python 77 et de Psychogun (ou Rayon Delta en VF). D’ailleurs, la grande majorité des mécaniques de jeu, et de tir, reposent justement sur votre bras artificiel. Et comme dans les grands classiques de la plate-forme, les ennemis sont aidés par des boss, qui déboulent en milieu ou en fin de niveau.

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Le blondinet au sourire narquois peut donc accomplir de nombreuses actions avec son rayon Delta. Une touche vous permet de tirer simplement, dans la direction de votre choix. Mais vous pouvez aussi dessiner la courbe de votre rayon. Ce qui vous permet de toucher plusieurs ennemis à la fois, ou encore d’atteindre des cibles ou interrupteurs en apparence inaccessibles, car planquées derrières des éléments du décor ou en hauteur. Une mécanique très sympa, mais un poil rigide, et qui demande cependant un peu de doigté. Certaines courbes finissant souvent dans le mur… Alors, on stresse parfois quand battre un boss consiste à atteindre précisément plusieurs points grâce à cette manipulation. La solution de facilité consistant à charger votre barre de « spécial » afin de déclencher votre attaque ultime, qui détruit tous les ennemis à l’écran.

Pour le reste, Cobra bénéficie d’actions assez classiques : il peut glisser au sol, pour passer dans les passages étroits ou éviter les rayons. Il peut aussi s’accrocher à certaines parois, charger son tir, dasher, cibler ses ennemis, actionner des mécanismes… Plus tard dans l’aventure, vous pourrez aussi trouver des artefacts très utiles pour atteindre des zones secrètes, inaccessibles lors de votre premier run (un moyen de vous poussez à refaire les niveaux pour viser le 100%). Comme des bottes anti-gravité qui vous permettent d’escalader certains types de murs. Dans chaque niveau, vous devrez aussi trouver des points de compétences, afin d’améliorer votre barre de santé, votre puissance, etc. Bref, le gameplay est assez complet, fortement inspiré des classiques des années 90 ou 2000… Avec même parfois un petit côté Die & Retry, dans des niveaux longs, et parfois piégeux.

Du fan-service à 200%

Pour certains aspects que nous avons évoqués plus haut (voix, musique, utilisation de séquences de l’anime…), Space Adventure Cobra : the Awakening est un jeu qui va beaucoup parler aux fans de la première heure. Si le jeu s’avère sympa à jouer pour les néophytes, tous ceux qui ont grandi devant la TV des années 80 vont afficher un incontrôlable sourire béat sur leur visage ! Ce nouveau jeu du catalogue de Microids est un véritable hommage, respectueux du matériau de base ! Un jeu fait par les fans, pour les fans de Cobra. D’ailleurs, pour l’anecdote, jouer au jeu m’a aussi poussé à ressortir l’intégrale de la série en DVD. Quitte à se replonger dans l’ambiance, autant le faire à fond !

Alors certes, on aurait aimé avoir les voix officielles, mais comme écrit plus haut, la performance de Jérémy Bardeau est incroyable. On salue aussi le travail vocal de Marie Zidi (Tess dans The Last of Us, Lucy dans Assassin’s Creed, ou Sonya Blade dans les récents Mortal Kombat), dans les rôles de Catherine, ou d’Armanoïd (Lady en VO). On aime aussi retrouver « l’esprit » de Cobra. Bien que très puissant, notre blondinet n’est pas un héros badass et sans pitié. Il est au contraire plutôt jovial, bon vivant, séducteur, et n’est jamais avare d’une bonne blague bien placée. C’est justement ce ton léger que l’on retrouve dans le jeu, pour notre plus grand plaisir.

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Si on a beaucoup parlé de la série, Space Adventure Cobra : the Awakening est aussi, et vous l’aurez compris, un bel hommage au genre run & gun ! Pour ses mécaniques développées plus haut, et avec un mode multijoueur bienvenu (le 2e joueur incarne alors Armanoïd), il vous rappellera vos plus belles parties sur Super Probotector / Contra 3, Sunset Riders, Metal Slug, Turrican… Avec parfois la même difficulté aussi. Car Cobra sait aussi être punitif. Si vous videz votre barre de vie, vous reprenez depuis le dernier check-point. Et parfois, il est très loin (je vous ai dit que certains niveaux sont longs ?). Une sévérité qui pourra rebuter certains joueurs, peu habitués aux titres corsés… Mais les fans des titres listés plus haut sauront apprécier.

Et du côté de la technique ? Si la direction artistique n’est pas la plus moderne qui soit, elle est plutôt réussie, car cohérente avec l’œuvre originale. C’est coloré, les niveaux sont variés, et plutôt bien construits : la route à suivre est claire, mais certains passages invitent aussi à l’exploration, à sortir du chemin pour aller dégoter quelques secrets ici et là… Hormis un peu d’aliasing, on n’aura pas vraiment relevé de bug. Le jeu est fluide (voire un peu nerveux parfois), et sur PS5, on aime la rigidité des gâchettes affiliées au Rayon Delta. Le jeu est en VF, tant pour les voix que pour les sous-titres. On remarque en outre que, si les développeurs ont pu récupérer des extraits de l’anime, en guise de cinématiques, tous les doublages ont été refaits. Une question d’harmonisation, sans doute. D’ailleurs, voilà un terme qui résume ce Space Adventure Cobra : un jeu moderne qui s’harmonise parfaitement avec une série vieille de plus de 40 ans.

En conclusion

Mais où l’éditeur Microids va t-il s’arrêter ? À quand des adaptations modernes de Ulysse 31, Albator ou Les Mystérieuses Cités d’Or ? En attendant, cette rentrée est marquée par le retour du plus nonchalant et caustique des aventuriers de l’espace. Space Adventure Cobra : The Awakening nous replonge instantanément dans l’ambiance 80’s, avec style et clins d’œil bien sentis. Le gameplay est nerveux, fidèle, et le mode coop rend le tout très fun… Et le challenge est au rendez-vous. Bien que né en 1978, le héros en combi rouge moulante n’a pas pris une ride… Contrairement à ses fans !

On ne peut nier quelques imperfections. Comme des textures approximatives, quelques soucis d’ergonomie, des boss redondants ou encore une répétitivité qui s’installe à la longue. Pourtant, ce Space Adventure Cobra : the Awakening (qui n’est pas un jeu AAA) est un hommage passionné. Et respectueux de l’œuvre d’origine. Avec ses mécaniques run & gun délibérément rétro, et une utilisation intelligente du rayon delta, le jeu fait mouche ! Un cadeau pour les fans, une expérience intéressante et peu onéreuse pour les autres. Et une expérience qui vous met dans la tête le fameux « Venu de nulle part, c’est Cobra… Plus vif que le serpent, c’est Cobra… Personne ne l’aperçoit, c’est Cobra… Mais il est toujours là, c’est Cobra…« 


Space Adventure Cobra : the Awakening

  • La direction artistique fidèle : identité visuelle bien présente
  • La bande-son jazzy
  • Le doublage VF
  • Le côté fan-service
  • Du challenge
  • Les cinématiques venues de l’anime
  • Trois niveaux de difficulté
  • Un gameplay à l’ancienne, mais qui fait mouche
  • Un mode multijoueur local
  • Des niveaux assez longs
  • On a parfois du mal à lire l’action à l’écran
  • Les animations qui datent, certaines textures sommaires
  • Le rayon delta, pas toujours évident à maîtriser
  • Quelques sauts approximatifs
  • Manque de variété structurelle, répétitif sur la durée
  • On veut la suite !