Il y a des jeux qui veulent sauver le monde. The Merlies préfère le reconstruire, morceau par morceau. Dans cette aventure développée par Darjeeling et Blue Ramen, et coproduite par ARTE France, l’humanité a disparu. La nature reprend ses droits et de petits oiseaux tentent de rebâtir leur communauté. Le résultat mélange exploration 2D, plateforme et mécaniques de Metroidvania. Le tout sans ennemi ni combat. Ici, les déchets laissés par les humains deviennent des trésors. Et franchement, ça change des mondes post-apocalyptiques où tout veut vous manger. Avec The Merlies, on a découvert un monde inhabituellement paisible et poétique. Et il fallait qu’on vous en parle.
Un Metroidvania qui préfère la coopération
Je ne m’attendais pas à ça ! Lorsque j’ai vu tourner les premiers trailers du jeu The Merlies, j’imaginais une sorte de mix entre Lemmings, Worms, Pikmin… Et je ne sais quels autres jeux dans lesquels vous dirigez des communautés de petites créatures. Mais dès le lancement du jeu, le ton est donné : des graphismes tout mignons, une ambiance sonore apaisante, une direction artistique dessinée à la main… Avant même d’entrer dans la première boucle de gameplay, on comprend qu’avec The Merlies, on va se poser. On va laisser les petits soucis du quotidien juste à côté, et on va se détendre, plonger dans un titre à la fois bienveillant et poétique…
Le jeu est développé par Darjeeling, studio parisien qui se définit lui-même comme une société hybride créatrice d’histoires pour les nouveaux médias. Dans le monde du jeu vidéo, on connaît cette équipe notamment pour Californium (en 2016) sur PC, Homo Machina deux ans plus tard sur mobiles, ou encore Labyrinthe City en 2021, sur consoles, PC et mobiles. Pour l’édition de The Merlies, on retrouve un nom qui connaît bien Darjeeling, puisque le jeu est distribué par Arte France (Wednesdays, Looking for Fael, A Better World, Gloomy Eyes, Beyond the Plastic Wall…). Bref, on sait où l’on va, et que l’on ne va sans doute pas être déçus.
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The Merlies repose sur une idée aussi simple qu’attachante. Une énorme tempête a dispersé une communauté de petits oiseaux, les Merlies. Vous incarnez l’un d’entre eux, et vous allez devoir partir à la recherche des survivants, éparpillés, pour agrandir progressivement votre escouade, votre famille. Soit une centaine de petites créatures à retrouver. Chaque Merlie possède ses propres capacités, ce qui permet d’ouvrir progressivement de nouveaux passages et de résoudre les obstacles rencontrés sur le chemin.
Le principe rappelle immédiatement le Metroidvania. On explore une carte en deux dimensions, on découvre des chemins impossibles à emprunter au départ, puis on revient plus tard avec les bonnes capacités. Mais The Merlies n’en reprend pas forcément la partie la plus musclée. Aucun monstre ne vient vous sauter à la gorge et aucun boss ne réclame votre manette. Le danger vient simplement de l’environnement. Une épine, un rocher, un arbre ou un passage mal négocié peuvent suffire à compliquer la progression. Il faut surtout apprendre à utiliser correctement son petit groupe. Le jeu mise donc davantage sur l’observation et la coopération que sur les réflexes. C’est une approche particulièrement rafraîchissante. Elle donne au titre une atmosphère paisible sans transformer l’exploration en promenade automatique.
Un monde minuscule qui voit grand



La direction artistique constitue probablement l’une des premières réussites de The Merlies. Le jeu s’inspire des romans graphiques et des livres illustrés pour enfants. Les décors sont dessinés à la main et jouent énormément sur les couleurs et les proportions. C’est simple, parfois épuré, mais ce choix artistique rend le jeu très lisible. On comprend instantanément ce que l’on voit, ce que l’on fait. De même, le petit monde des Merlies nous devient rapidement familier. Étrange pour un jeu dans lequel on s’est immergé dix minutes auparavant.
La petite taille des Merlies permet surtout aux développeurs de transformer des objets ordinaires en véritables éléments d’aventure. Un câble électrique devient un chemin. Un tuyau abandonné devient un passage. Un champignon peut servir de trampoline. Certaines de ces mécaniques ont déjà été vues à maintes reprises ailleurs auparavant mais… Force est de reconnaître qu’elles fonctionnent plutôt bien ! Tellement que la première fois que l’on voit un champignon, on ne se pose pas la question pendant des heures : on sait que le champignon va nous servir de trampo, avant même d’avoir essayé.
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Cette idée fonctionne particulièrement bien avec l’univers post-apocalyptique. L’humanité a disparu, mais ses déchets sont toujours là. Pour les Merlies, une lampe ou un bac à glaçons n’est donc plus un déchet. C’est potentiellement une maison ou un espace de stockage. C’est l’exemple même du game-design réussi, où les éléments du décor, le gameplay et le contexte du jeu s’harmonisent pour former un tout crédible. L’un de ces trois ingrédients pourrait être utilisé avec opportunisme, mais ici, tout est pensé pour fonctionner ensemble.
Le jeu adopte ainsi une approche solarpunk assez rare. La catastrophe n’est pas présentée comme une invitation à survivre chacun dans son coin. Elle devient au contraire l’occasion de reconstruire une communauté fondée sur l’entraide et le recyclage. De ce point de vue, l’histoire de The Merlies nous offre une lecture à la fois écolo et optimiste de ce curieux petit univers. Certains y verront peut-être même une métaphore, ou une morale, si l’on fait un parallèle avec notre monde bien réel… Mais ça, c’est à chacun de trouver sa propre interprétation.
Construire plutôt que détruire



Je réalise que, jusqu’à présent, je vous ai beaucoup parlé de l’exploration et de la recherche dans Merlies, mais pas encore de ce qui constitue l’autre nœud central de l’aventure : ses mécaniques de construction de votre base, du village caché dans une souche, où tout se reconstruit autour des nouveaux Merlies fraîchement retrouvés. La construction du village complète naturellement l’exploration. Les débris récupérés servent à développer et décorer votre petit nid. Les constructions prennent elles aussi une forme très décalée, puisque les Merlies doivent composer avec ce que les humains ont laissé derrière eux.
Cette mécanique de « builder » apporte une petite respiration entre deux phases d’exploration. Elle donne aussi une utilité concrète aux ressources récupérées, tels que de vieilles lampes, boites de conserve, etc. On ne ramasse pas simplement des morceaux de ferraille parce qu’une icône nous le demande. Ils participent à l’évolution de la communauté. Chaque objet se transforme alors en abri pour un Merlie aux compétences utiles pour la communauté. On peut ainsi transformer des éléments du décor en zones de stockage, en espaces d’entraînement pour préparer vos explorateurs, ou encore en panneaux d’affichage.
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Le système reste cependant beaucoup plus léger qu’un véritable jeu de gestion. Et c’est probablement une bonne chose. The Merlies ne cherche jamais à devenir un Cities: Skylines miniature avec des oiseaux. La construction accompagne l’aventure plutôt qu’elle ne la remplace. Elle apporte une manière amusante de diversifier le gameplay, plutôt que de donner l’impression de faire du remplissage… Comme on peut parfois le voir dans des jeux qui misent sur la pluralité, sans vraiment se donner la peine de défendre l’originalité.
Ces phases de construction plutôt malines constituent un véritable carburant pour la curiosité du joueur. Ce sentiment de vouloir débloquer une structure de plus, juste pour voir ce qu’elle va apporter à votre communauté de piafs. Et de fil en aiguille, on se retrouve plusieurs heures plus tard, à vouloir aller encore plus loin. Et si une certaine répétitivité peut s’installer au bout d’un moment dans les phases d’exploration, qui finissent par se ressembler… Vos allées et venues sont justifiées par leur finalité : agrandir votre communauté et débloquer de nouvelles compétences qui vous permettront d’explorer différemment.
Une jolie proposition indépendante



Avec son univers dessiné à la main, son exploration accessible et son système d’escouade, The Merlies possède une personnalité immédiatement identifiable. Le mélange entre Metroidvania, construction et aventure contemplative fonctionne surtout grâce à son univers. Son prix de 19,99 € renforce également son positionnement comme petite aventure indépendante plutôt que grosse production à rallonge.
The Merlies possède surtout une identité très claire. Le jeu ne cherche jamais à impressionner avec une difficulté artificielle ou une succession de combats. Son plaisir vient de l’exploration, de la découverte et de l’utilisation des différentes compétences. Cette douceur peut évidemment constituer une limite pour les joueurs qui recherchent davantage d’action. L’absence totale de combat fait partie intégrante du concept. Ceux qui attendent des affrontements ou des boss spectaculaires risquent donc de rester sur leur faim. Mais ce serait finalement lui reprocher de ne pas être le jeu qu’il n’est pas. The Merlies assume son approche jusqu’au bout.
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Au chapitre des défauts, on peut noter par exemple la gestion de l’équipe lors des phases d’exploration. Avec notamment un membre de votre patrouille qui se bloque parfois dans un obstacle. Vous devez alors faire marche arrière pour aller le récupérer. Pendant ces mêmes phases d’exploration, on peut aussi parfois regretter de ne pas toujours savoir où aller. La carte indique les lieux importants, mais pas les objectifs ou les passages débloqués. Alors, on se balade, on cherche, on retourne dans des passages déjà explorés. Quelquefois, il y a des choses nouvelles à y trouver, mais pas toujours… C’est au petit bonheur la chance…
Au final



The Merlies est une jolie curiosité. Son mélange d’exploration, de plateforme et de construction fonctionne grâce à une direction artistique adorable et à une idée simple. Ici, la coopération remplace les armes et le recyclage remplace le pillage. Le jeu possède surtout le mérite de proposer une autre vision du post-apocalyptique. Pas de ruines sombres, de mutants ou de survivants armés jusqu’aux dents. Seulement des petits oiseaux qui récupèrent nos vieilles cochonneries pour reconstruire leur monde.
Une philosophie qui résume finalement assez bien The Merlies : faire beaucoup avec peu. Et pour une petite production indépendante à 19,99 € (voire moins avec une offre de lancement jusqu’au 6 octobre), c’est plutôt pas mal ! On a franchement passé un bon moment. D’une part sur un bon jeu, et surtout sur un titre qui nous change des productions actuelles. Et sortir d’un catalogue qui devient, soyons honnêtes, assez générique, ça fait du bien ! Pour le dire autrement, parmi les sorties de ce mois de septembre, The Merlies est sans aucun doute le jeu le plus original et le plus rafraîchissant.
The Merlies

- Par : Darjeeling Prod et Blue Ramen (développement) et Arte France (édition)
- Sur : PC et Switch
- Genre : exploration, plateforme, gestion, metroidvania
- Classification : PEGI 3
- Prix : 19,99€
- Conditions de test : testé sur Switch, sur une version fournie par l’éditeur
Les points positifs
- Une direction artistique dessinée à la main
- Un univers post-apocalyptique original, lumineux et pacifique
- Un Metroidvania accessible et contemplatif
- Des capacités complémentaires pour les Merlies
- Une excellente idée autour du recyclage
- Une construction de village bien intégrée
- Une durée de vie correcte (environ 10h)
- La bande sonore
- Une ambiance douce et apaisante
- Une vraie identité indépendante
- Un prix mini
Les points négatifs
- On perd parfois un oiseau, bloqué par un obstacle, pendant les phases d’exploration
- Parfois, on se perd sans trop savoir où aller
- Une construction moins poussée qu’un véritable jeu de gestion
- Une difficulté davantage basée sur l’exploration que sur le challenge
