Pas deux, mais trois !

Ah ! 1997 ! Damon Hill est le champion du monde en titre de F1 (1996), et le championnat 1997 est en train de se jouer entre Michael Schumacher et Jacques Villeneuve. D’ailleurs, la suite est cocasse ! Les deux pilotes sont au coude à coude à Jerez, réalisant le même temps de qualif’. Mais pour contrer son rival en course, Schumi tente une manœuvre anti-sportive qui se retourne contre lui, le contraignant à l’abandon. Le pilote canadien remporte donc le championnat, et Schumacher est pénalisé pour son geste en étant déclassé au championnat 1997. La messe est dite.

Grâce à sa 3D, la PlayStation régale les fans de F1 ! À cette époque, l’édition 96 sobrement intitulée Formula One est magnifique (et magique). Alors, on attend avec impatience sa suite, F1 97 qui sort en septembre… 1997. J’en parlais justement dernièrement avec l’ami Thomas Woloch (l’un des plus grand fans de F1 de l’univers, et de F1 97 !) : dans nos souvenirs, il existait deux versions françaises du jeu : la première avec une jaquette illustrée par Michael Schumacher (Ferrari), la seconde avec le Français Olivier Panis (Prost GP) en couverture. Tu achetais le jeu, tu avais l’une des deux, au pif… Alors, j’ai voulu comprendre pourquoi… Mais l’enquête m’aura réservé bien des surprises.

Et la première est que mes souvenirs sont faussés. En réalité, il n’y a pas eu deux, mais trois versions standard PAL du jeu. Une avec la Ferrari de Schumacher… Et DEUX avec la Prost !

Il n’y a pas de fumée sans clope !

Pour la jaquette illustrée avec la voiture de Schumacher, il n’y a pas de mystère. Si les trois versions embarquent le même jeu (SLES-00859) et la même notice, la version avec Schumi est l’édition PAL européenne (internationale). Autrement dit, avec cinq langues disponibles en jeu (anglais, français, espagnol, allemand et italien). Et vendue partout en Europe.

La version Prost Grand Prix est une version exclusive française. Mais pourquoi en deux exemplaires ? C’est une question de… Sponsors. La différence ? Sur une version, vous pouvez voir le logo Alcatel. Ce qui n’est pas étonnant, puisqu’Alcatel signe un partenariat avec Prost GP au printemps 1997. Mais sur l’autre jaquette, la première, on peut voir le logo des cigarettes Gauloises (sponsor principal en 97). Ce qui pose un gros problème : en France, les publicités pour le tabac et l’alcool sont interdites par la loi Évin, du 10 janvier 1991. Y compris la « publicité indirecte » et le parrainage : impossible d’afficher une marque de cigarettes sur un produit culturel commercialisé en France. Exemple avec la marque de bières Foster’s qui devient Faster dans le jeu.

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À cette époque, Prost GP dispose de plusieurs livrées, adaptées à la règlementation publicitaire de chaque pays. Une version affiche le mot Gauloises en toutes lettres, et une autre simplement le logo (casque ailé) pour les pays où la publicité textuelle est délicate ou prohibée. On imagine alors que Psygnosis, s’appuyant sur les visuels officiels fournis par l’équipe Prost, a cru contourner la loi Evin en utilisant la version pictogramme du logo flanqué sur l’aileron arrière. À un détail près : sur les GP de France, d’Allemagne et d’Angleterre, c’est TOUTE FORME de publicité pour les cigarettes ou l’alcool qui est interdite. Textuelle comme visuelle !

L’écurie Prost s’est donc adaptée en utilisant soit un aileron vierge (photo ci-dessous), soit un barecode… Soit le logo Alcatel, apparaissant généralement sur la dérive latérale de la F1 (le déflecteur derrière les roues avant). Réalisant à son tour que, malgré ses précautions, sa jaquette était illégale, on imagine que Psygnosis a réédité une nouvelle cover. Là aussi avec le logo d’Alcatel. Histoire de ne pas voir ses copies finir à la poubelle en France. On a donc au final deux versions du visuel français avec la Prost, pour le plus grand bonheur des collectionneurs.

Photo : CC MPW57

Une quatrième version… Ultra rare !

Vous pensiez que nous en avions terminé avec les versions PAL (car on aurait aussi pu allonger la liste avec la version japonaise et la Benetton de Jean Alesi qui poursuit la Ferrari) ? Alors saviez vous qu’il existe une quatrième édition européenne du jeu F1 97 ? Et celle-ci est plutôt classieuse ! On parle bien évidemment de l’édition limitée « Jordan » !

Une version prestige, sous forme de digipack aux couleurs de l’écurie jaune irlandaise, vraisemblablement commercialisée seulement au Royaume Uni (qui était encore Européen à l’époque). Petit détail bien agréable : lorsque vous ouvrez le livret où apparaissent les deux pilotes de l’époque, Ralf Schumacher et Giancarlo Fisichella, le livret émet un son de F1.

Mais cette version n’a pas été commercialisée, et a été distribuée en nombre très limité. Elle constituait le lot d’un concours organisé en Angleterre sur simulateur de pilotage, avec le PlayStation Magazine Officiel britannique. Ce qui explique que son prix sur internet s’envole aujourd’hui autour des 300€. Et la mort d’Eddie Jordan en mars 2025 rend sans doute, aujourd’hui, cet objet encore plus précieux pour les collectionneurs et fans de F1.

Un dernier mystère pour la route ? Olivier Panis ou Jarno Trulli sur la jaquette ?

Voilà une autre question qui fait débat chez les fans du jeu : qui voit-on sur la pochette ? Olivier Panis, ou son remplaçant l’italien Jarno Trulli ? Car en juin 1997, le Français se fracture la jambe lors du GP du Canada. Et dès la course suivante, en France, c’est Trulli qui est titularisé, pour le remplacer au volant de la Prost JS45 N°14. Car en 1997, l’attribution des numéros des pilotes ne se fait pas comme en 2025. Ils ne choisissent pas leur numéro fétiche comme aujourd’hui, mais arborent un nombre qui leur est attribué en fonction du classement de la saison précédente.

Trulli remplaçant Panis en juin, on peut en effet penser que c’est l’Italien qui figure sur le visuel du jeu qui sort en septembre 1997. On peut davantage l’envisager sur la deuxième forme de la cover, avec le logo Alcatel. Les trois GP interdisant la publicité pour les cigarettes se déroulant entre juin et juillet (France, Royaume Uni et Allemagne). Donc avant la sortie du jeu… Et comme pour nous embrouiller encore plus, cette année là, Trulli porte un casque dont la partie haute, qui sort du cockpit, a les mêmes couleurs que celles du Français (sommet bleu foncé avec le logo PlayStation au niveau du front)…

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Alors, histoire de trancher une bonne fois pour toutes… C’est bien Olivier Panis qui figure très certainement (mais avec de grosses pincettes) sur les deux jaquettes du jeu ! En effet, il est fort probable que les visuels du jeu aient été finalisés bien avant l’accident d’Olivier Panis. Ils ont certainement été réalisés à partir de photos prises en début de saison. Alors que Panis était toujours au volant. Si on ne retrouve aucune trace du photographe du cliché original (Psygnosis n’a communiqué aucune info sur ses sources), l’éditeur a sans doute puisé dans le catalogue d’une banque d’images professionnelle. On pense par exemple aux photos de Paul-Henri Cahier, très proches visuellement de ce que vous avez eu entre les mains.

Et quand Psygnosis a modifié sa jaquette ? L’éditeur n’a probablement pas réutilisé de nouvelle photo avec Jarno Trulli, après le mois de juin… Mais repris les visuels déjà en sa possession. En se contentant de remplacer simplement le logo : gain de temps, et économies ! Quelle que soit la version de la jaquette, la photo originale représente donc Olivier Panis, en début de saison. Bien que, encore une fois, on prendra de grosses pincettes puisque Psygnosis n’a laissé aucune indication à ce sujet, et seul le graphiste de l’entreprise pourrait confirmer ou démentir ces infos…