Sur le papier, Formula Legends avait tout pour séduire. Une déclaration d’amour à la Formule 1, des monoplaces inspirées de soixante-dix ans d’histoire du sport automobile, un habillage cartoon sympathique et une promesse d’accessibilité. Après tout, tout le monde n’a pas envie de passer trois heures à régler son aileron arrière avant un Grand Prix. Malheureusement, une fois le casque vissé sur la tête et le feu vert allumé, la magie s’est rapidement dissipée. Entre une conduite frustrante, une IA erratique et une réalisation très inégale, le titre de 3DClouds ressemble davantage à une voiture de fond de grille qu’à une prétendante au podium.
Une lettre d’amour à la F1… Sans les licences officielles
Développé et édité par la société italienne 3DClouds, Formula Legends est arrivé en version dématérialisée le 18 septembre 2025 sur PC, PlayStation, Xbox et Nintendo Switch. Et le 3 juin 2026 en version physique, chez Microids. Le studio 3DClouds n’est pas un nouveau venu puisqu’il travaille depuis plus d’une décennie sur des productions orientées arcade et familiales. On lui doit notamment plusieurs adaptations sous licence ainsi que différents jeux de course plus ou moins confidentiels. Avec Formula Legends, l’équipe affichait une ambition claire : célébrer toute l’histoire de la Formule 1 à travers une approche accessible et nostalgique.
Ne vous attendez toutefois pas à retrouver les pilotes, écuries ou circuits officiels. Faute de licence, Formula Legends emprunte une voie déjà explorée par de nombreux jeux de sport : tout est inspiré du réel sans jamais le nommer directement. Les connaisseurs reconnaîtront instantanément certaines monoplaces légendaires, des tracés évoquant Monaco, Monza ou Spa, ainsi que des pilotes aux noms volontairement détournés. Et on sent que les traducteurs se sont fait plaisir, tant certains noms sont tordants de rire ! Premier bon point pour le jeu : son humour !
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L’idée est plutôt maligne. Cela permet au jeu de traverser les décennies sans contraintes administratives. On passe ainsi des années 60 aux monoplaces modernes, en découvrant l’évolution du sport automobile sous une forme simplifiée mais immédiatement identifiable. Pour les amateurs de F1, c’est un petit jeu de piste permanent. On s’amuse à reconnaître telle voiture rappelant une Lotus noire et or, telle autre évoquant une Ferrari rouge écarlate… Ou encore certains pilotes inspirés de figures historiques.
Sur le papier, le concept fonctionne même très bien. Formula Legends ne cherche pas à concurrencer les simulations officielles d’EA Sports et Codemasters. Son objectif est ailleurs : proposer une sorte de condensé ludique de l’histoire de la discipline, avec un ton plus léger et plus accessible. Le problème, c’est que cette excellente idée de départ repose sur des fondations beaucoup moins solides qu’espéré. Une voiture au superbe design ne gagne pas un Grand Prix avec un moteur en panne. Et c’est précisément là que Formula Legends commence à perdre de précieux dixièmes.
Une jouabilité qui transforme chaque virage en épreuve



C’est probablement le plus gros point faible du jeu. Dès les premiers tours de roue, quelque chose paraît étrange. La direction manque de naturel, les réactions des voitures semblent retardées et la précision n’est jamais au rendez-vous. On a souvent l’impression de piloter une savonnette équipée de pneus en plastique. Les monoplaces refusent de s’inscrire correctement dans les virages puis, soudainement, décrochent plus qu’attendu.
Le paradoxe est que Formula Legends se présente comme une expérience arcade. Pourtant, sa conduite se révèle étonnamment punitive. Là où un Mario Kart ou un Horizon Chase récompensent immédiatement le plaisir de conduite, ici chaque erreur est sanctionnée avec une sévérité parfois excessive. Les freinages demandent une anticipation peu intuitive. Les changements d’appui manquent de fluidité. Certaines sorties de virage ressemblent davantage à une lutte contre le moteur physique qu’à une bataille contre les concurrents. À plusieurs reprises, je me suis surpris à recommencer un virage en me demandant si j’avais réellement commis une faute ou si le jeu avait simplement décidé de m’envoyer dans le décor. Ce n’est jamais bon signe dans un jeu de course.
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L’intelligence artificielle n’arrange rien. Les adversaires semblent parfois guidés par un étrange algorithme capable de passer du génie à la catastrophe en quelques secondes. Certaines voitures suivent leur trajectoire comme des robots parfaitement programmés tandis que d’autres vous percutent sans raison apparente ou freinent à des endroits totalement improbables. Le résultat produit des courses souvent imprévisibles, mais pas forcément dans le bon sens du terme. L’incertitude fait partie de la beauté de la F1. Voir une IA s’encastrer dans un mur parce qu’elle a oublié l’existence d’un virage est un peu moins passionnant.
Le plus frustrant reste que l’on sent un potentiel réel derrière tout cela. La gestion simplifiée des pneus, les différentes époques, les conditions de course et la progression de carrière apportent une certaine profondeur. Mais la sensation de conduite ne parvient jamais à convaincre suffisamment longtemps pour donner envie d’explorer tout le contenu. À chaque course, Formula Legends me rappelait un pilote extrêmement talentueux roulant avec un réglage catastrophique : les qualités sont là, mais elles sont constamment sabotées par un comportement difficile à maîtriser.
Des graphismes cartoon sympathiques… Mais techniquement dépassés



Le premier contact visuel n’est pourtant pas désagréable. L’orientation artistique adopte un style cartoon coloré qui tranche avec le photoréalisme devenu la norme dans les jeux de course. Les voitures possèdent une allure miniature assez charmante et les circuits dégagent parfois une ambiance de jouet animé. Cette approche légère correspond parfaitement à l’esprit recherché.
Malheureusement, les bonnes intentions ne suffisent pas à masquer les nombreuses faiblesses techniques. Sur Nintendo Switch, Formula Legends affiche rapidement ses limites. Les textures manquent de finesse, certains éléments de décor semblent sortis d’une production mobile vieille de plusieurs années et l’ensemble manque cruellement de détails. Les tribunes, les bâtiments et certains environnements donnent souvent une impression de vide. Plus gênant encore, plusieurs bugs visuels viennent régulièrement perturber l’expérience. Affichages incohérents, collisions étranges, animations maladroites : le sentiment général est un manque de finition.
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Le contraste entre les ambitions historiques du projet et son rendu technique est parfois brutal. Lorsque l’on rejoue les grandes époques de la F1, on aimerait ressentir un peu de cette grandeur légendaire. Au lieu de cela, on a souvent l’impression d’observer une version simplifiée de ces moments mythiques. Le moteur graphique peine également à transmettre la vitesse. Or, dans un jeu consacré à la Formule 1, cette sensation est essentielle. Même avec des monoplaces censées évoquer les bolides les plus rapides du monde, le spectacle reste étonnamment sage.
Tout n’est pas à jeter pour autant. Certains circuits inspirés de tracés célèbres possèdent une identité immédiatement reconnaissable. Les changements d’époque apportent également une variété appréciable. Mais dans l’ensemble, Formula Legends donne davantage l’impression d’un prototype prometteur que d’une production pleinement aboutie. Le plus frustrant reste que son esthétique cartoon aurait pu devenir une véritable force. Des jeux comme Art of Rally ont démontré qu’une direction artistique stylisée pouvait compenser un budget limité. Ici, le résultat manque simplement du polish nécessaire pour transformer l’essai.
Un concept attachant qui peine à tenir la distance



C’est probablement ce qui résume le mieux Formula Legends : un jeu attachant mais rarement captivant. L’idée de parcourir plusieurs décennies de sport automobile fonctionne toujours. Reconnaître les inspirations historiques, débloquer de nouvelles voitures et revivre l’évolution technique de la discipline conserve un charme indéniable. Les passionnés de F1 trouveront régulièrement des clins d’œil amusants.
L’humour discret du jeu participe également à son identité. Les références déguisées aux grandes figures du championnat et certaines situations absurdes apportent une légèreté bienvenue. Formula Legends ne se prend jamais totalement au sérieux, et c’est probablement l’un de ses meilleurs choix. Mais au-delà de cette sympathie naturelle, difficile d’ignorer les nombreux défauts qui finissent par éroder le plaisir.
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Une fois l’effet de découverte dissipé, les limites de la conduite réapparaissent constamment. Les imperfections techniques deviennent plus visibles. Les problèmes d’IA reviennent régulièrement gâcher certaines courses. Le contenu est relativement généreux et les développeurs ont continué à améliorer le jeu via plusieurs mises à jour après sa sortie. On sent une équipe passionnée derrière le projet.
Pour autant, la sensation générale reste celle d’un titre qui n’a jamais totalement réussi à concrétiser ses ambitions. Comme une écurie prometteuse capable de signer quelques coups d’éclat mais incapable de transformer son potentiel en victoire durable. Les amateurs de F1 les plus indulgents pourront y trouver un certain plaisir, notamment grâce à son concept original. Les autres risquent d’abandonner la course avant même le drapeau à damier.
Au final



Formula Legends est typiquement le genre de jeu que j’avais envie d’aimer. Son hommage à l’histoire de la Formule 1 est sincère, son ton cartoon apporte une fraîcheur bienvenue et certaines idées montrent une vraie passion du sport automobile. Malheureusement, une jouabilité rigide, une IA souvent incohérente et une réalisation technique très moyenne empêchent le titre de transformer ses bonnes intentions en véritable réussite.
On ressort avec la sensation d’avoir assisté à une qualification prometteuse suivie d’une course catastrophique. Il y a du cœur, il y a des idées, mais il manque trop d’éléments essentiels pour espérer monter sur le podium. Formula Legends restera donc pour moi une curiosité sympathique plutôt qu’une référence incontournable du jeu de course. J’ai aimé l’ambiance, j’ai ragé sur la jouabilité, mais je suis passé à autre chose !
Quand le jeu dématérialisé est aujourd’hui passé sous les 20€, Microids nous propose une version physique à 40 €. Outre le jeu, elle embarque un poster, 4 lithos et 8 DLC. Sympa pour les fans, mais pas sûr que ça justifie l’achat : un fan de F1 joue chez EA Sports, les autres économisent pour d’autres jeux plus récents ou à venir…
Formula Legends

- Par : 3DClouds, version physique éditée par Microids
- Sur : PS5, XBox Series, PC, Switch.
- Genre : courses
- Classification : PEGI 3
- Prix : 39,99€ pour l’édition physique Legacy Edition
- Condition de test : testé sur la version Switch
Les points positifs
- Concept original couvrant plusieurs décennies de F1
- Nombreux clins d’œil pour les passionnés
- Direction artistique cartoon plutôt sympathique
- L’humour
- Contenu relativement généreux
- Véritable passion du sport automobile perceptible
Les points négatifs
- Conduite rigide et souvent
horriblefrustrante - Sensations de pilotage très peu convaincantes
- IA à la ramasse, imprévisible et incohérente
- Graphismes datés
- Bugs visuels réguliers
- Manque global de finition
- Difficulté punitive pour un jeu censé être arcade
- Potentiel largement sous-exploité
- Un aspect « anthologie » loupé, faute de fiches ou contenu sur la F1
- Version physique : des bonus oubliables
