Clean Up Earth marque le grand retour du studio parisien Magic Pockets, qui nous avait amusés il y a trois ans (déjà) avec Dolphin Spirit : Mission Océan. Un jeu qui, déjà, nous parlait d’environnement et de protection de la faune et de la flore. Les graphismes n’étaient pas les plus mémorables, mais le jeu avait su marquer pour sa pédagogie et son message environnemental fort. En 2026, on reprend le combat, mais cette fois on remplace le gameplay aventure/exploration par de la simulation et un mécanisme satisfaisant, façon Powerwash Simulator. Bien entendu, on continue à prendre soin de la Planète, mais les développeurs poussent la jauge encore plus loin. Explications.
Un studio qui se positionne pour l’environnement
On ne peut pas vraiment dire que Magic Pockets est un tout jeune studio, qui débute dans le jeu vidéo ! Fondé en Seine-et-Marne en 2001, par Eric Zmiro (son actuel PDG), et ayant appartenu un temps à Take-Two Interactive, Magic Pockets est un studio indépendant qui s’est émancipé en 2007. En 25 ans, Magic Pockets a développé plus d’une soixantaine de titres, tous supports confondus. Parmi les plus connus, on citera par exemple les Léa Passion ou les Tim Power (pour le compte d’Ubisoft), F1 2002 sur GameBoy Advance, les Petz, Cartoon Network Battle Crashers… ou bien dernièrement Space Adventure Cobra : the Awakening.
Dans cette longue liste, deux titres attirent notre attention. Le premier est L’Île aux Dauphins (ou Dolphin Island), sorti sur DS en 2007, pour le compte d’Ubisoft. Deux enfants sont en vacances en Polynésie, et doivent donner un coup de main dans un complexe qui protège les océans et soigne des dauphins. Ici, on enchaîne divers mini-jeux. Deux ans plus tard, sur le même support, et toujours pour Ubisoft, sort Dolphin Island : Underwater Adventures. Cette fois, s’il reprend la même ambiance et l’idée des enfants en vacances dans les îles, le jeu propose des phases d’exploration sous-marine, et une mécanique consistant à prendre des animaux marins en photo.
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Ces deux jeux DS (surtout le second) préfigurent d’un autre jeu de Magic Pockets, qui sortira plus de dix ans plus tard : Dolphin Spirit : Mission Océan, dont nous vous avions proposé le test (lien ci-dessus). Un enfant en vacances chez Papy en Polynésie, qui aide à nettoyer l’île et les océans… On photographie les animaux pour remplir un Pokédex Codex… À travers un jeu minimaliste techniquement mais agréable à jouer, Magic Pockets fait vivre aux plus jeunes une belle aventure, tout en sensibilisant à la protection de l’environnement. Un choix terriblement d’actualité, mais une manière très positive de passer le message !
En 2026, le développeur va encore plus loin, en nous proposant son nouveau jeu : Clean Up Earth. Cette fois, les phases de nettoyage sont le cœur même du gameplay. Et le studio promet aussi de soutenir financièrement des ONG environnementales grâce au jeu. Enfin, il faut savoir aussi que, paradoxalement, Clean Up Earth est la première propriété intellectuelle de Magic Pockets. Son développement, par une petite équipe de passionnés chevronnés, a été finalisé par une campagne Kickstarter. Qui a réuni un peu plus de 25 000 €.
Nettoyer la nature en mode feel-good



Imaginez : dans un futur proche, les Hommes ont trouvé une solution pour se débarrasser de leurs déchets plastiques : les envoyer dans différentes époques du passé. Mais heureusement, tous les humains du futur ne sont pas des porcs. Et bien conscient de la catastrophe environnementale que l’humanité a déclenché, vous partez avec votre équipe dans le temps pour tout nettoyer. Vous êtes équipé de matériel de pointe, notamment un aspirateur qui peut tout récupérer. Vous voilà donc parti pour un voyage à travers les époques et les lieux sauvages, afin de rendre vie à Dame Nature. Au total, 23 tableaux vous attendent, déclinaisons de trois biomes principaux : les îles tropicales, le désert américain, et la montagne.
Après avoir créé votre avatar, le jeu vous propose une démarche originale : choisir votre association parmi plusieurs ONG environnementales partenaires et leur programme. Le studio reverse ensuite des micro-dons bien réels tous les mois, en fonction des actions réalisées par les joueurs (au bout d’un certain tonnage de déchets collectés par exemple). Ce qui permet à Magic Pockets d’aller au bout de son engagement. Alors que le joueur ne débourse pas un centime de plus que le prix du jeu. Parmi les ONG partenaires, on citera par exemple Plastic Pickup, Recyclop, Expedition MED, Wings of the Ocean…
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Après les quatre leçons tutorielles, vous voilà lâché sur votre première carte, en vue à la première personne. Équipé de votre Terra Cleaner, vous ne disposez pour le moment que du premier embout de votre aspirateur futuriste. Le bleu ciel qui aspire les déchets de base. Vous devrez ensuite trouver les autres sur la carte : le bleu foncé qui avale les objets plus gros (sacs, chaises en plastique, etc) ou démantèle des items plus volumineux (containers, carcasses de bateaux) ; Le jaune qui attrape les objets enterrés ; Le vert qui aspire les déchets toxiques. Votre aspirateur peut aussi être équipé de gadgets : une radio pour écouter de la musique, un Bipman qui bipe à l’approche des déchets, un podomètre, un boost pour vos embouts… Mais ces gadgets ont une durée limitée à quelques centaines de secondes. Et doivent être loués.
Quand vous avez aspiré tous les déchets d’une zone, celle-ci se modifie : les plantes repoussent, les animaux reviennent, et certains éléments (ponts, échelles, cabanes…) peuvent être reconstruits. Pour cela, vous devrez recycler des déchets pour obtenir des matériaux grâce aux bornes Recyclab, éparpillées sur la carte. C’est là que vous déchargez les tonnes de déchets ramassés. Ce sont aussi ces bornes qui vous permettent d’améliorer votre Terra Cleaner, ses embouts et ses gadgets, moyennant de l’argent collecté par vos nettoyages et objectifs complétés. Dans chaque niveau, vous pourrez aussi trouver un drone, plus ou moins bien planqué, à réactiver. Il vous aide, en théorie. Car en pratique, il passe souvent plus de temps à admirer les animaux qu’à débusquer les derniers déchets.
Une technique imparfaite, une impression de « jeu pas fini »



Pour un jeu de ce gabarit, avec un budget réduit et des ambitions à des années lumière d’un AAA, la technique est franchement correcte. C’est fluide, le personnage bouge bien, est réactif à nos demandes, et je n’ai pas constaté de lag malgré le nombre d’éléments qui s’affichent parfois. Certains trouveront sans doute à redire sur les graphismes, mais, encore une fois pour un jeu de ce budget, on va dire que c’est un choix. On a beaucoup de polygones, mais la direction artistique assez enfantine passe plutôt bien, et ne gêne pas vraiment manette en main.
En revanche, le jeu souffre techniquement de plusieurs problèmes de finition. Avec par exemple certains déchets qui ont une fâcheuse tendance à spawner dans les roches ou dans les buissons. Quand vous êtes en fin de partie, et qu’il vous manque 20kg de déchets, sans bipman… Vous pouvez chercher pendant des heures ! De même, il m’est arrivé de voir mon personnage se bloquer dans le décor. Voire de devoir relancer un niveau car mon avatar était bloqué sans possibilité de ressortir de ce piège numérique.
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Si, comme je l’ai écrit, le jeu est plutôt fluide, j’avoue que dans certains niveaux, le pop-in est assez violent (les éléments qui apparaissent devant vos yeux). On constate même parfois des éléments du décor qui ne s’affichent plus alors qu’ils sont à dix mètres devant vous. Peut-être une astuce, justement, pour économiser des ressources mais… Visuellement, ça tue un peu le côté immersif et c’est bien dommage. Enfin, j’ai aussi rencontré un bug dans le menu, le codex plus précisément, avec un animal qui s’affiche comme « nouveau » (point d’exclamation) même après avoir lu la fiche plusieurs fois.
Et puis, il y a aussi ces bugs qui n’en sont pas. Bloqué dans le niveau parce que mon Terra Cleaner n’est pas assez puissant pour faire disparaître un container ? Situation qui rend toute progression impossible ? J’ai en effet longtemps cru que mon jeu était planté, voire bugué avec des items qui n’apparaissaient pas… Avant de comprendre que vous ne pouvez pas toujours finir un tableau à 100%. Il faut parfois avancer pour upgrader votre aspirateur, et revenir plus fort, plus tard. Je l’ai découvert par moi-même. Et cela renvoie à un autre soucis du jeu dont je parlerai plus bas : le manque d’explications. Hormis les bases du gameplay dans le tuto, Clean Up Earth n’explique pas toujours clairement ses intentions, et ça peut perturber.
Des oublis gênants, des trucs à corriger



Si le jeu est agréable à regarder et à jouer, et même en prenant en compte le fait qu’il a été développé avec un petit budget, il se loupe sur plusieurs aspects que l’on a du mal à comprendre. Par exemple, je regrette que, dans un jeu qui prône autant l’amour de la Nature et la protection de l’environnement, Dolphin Spirit fasse mieux en matière de fiches, ou de codex. Ici, avec 9 animaux à découvrir, on est loin des dizaines de fiches de Mission Océan. Magic Pockets se loupe sur l’aspect pédagogique, l’opportunité de nous balancer des stats, des faits… J’avais envie de savoir combien de milliers de tonnes de plastique représentent nos déchets, combien d’espèces disparaissent chaque année à cause de notre manque d’écocivisme, ou quelle part de l’Océan représente le fameux 7e Continent. Future mise à jour ?
Pour rester sur l’écriture et la narration, je ne comprends pas vraiment ce délire de voyage dans le temps. D’autant qu’ici, cet élément scénaristique ne sert à rien du tout. D’une part, parce qu’il y a, je pense, assez à faire avec la pollution dans le présent… D’autre part parce que ces voyages sont impersonnels au possible : pas de saut dans l’Antiquité, au Moyen Age, pendant la Révolution Industrielle ou autre… Juste des paysages sauvages qui font penser à l’Ouest Américain à travers différentes époques, à des plages ou à un glacier. On dirait presque une idée ayant été oubliée pendant le développement du jeu. On a bien un scénario, qui justifie en réalité la technologie utilisée pour nettoyer… Mais il est très furtif, sous-exploité et pas vraiment utile à vrai dire.
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Autre délire que je n’ai pas compris : la radio ! Sans être mémorables, les musiques sont plutôt sympas, et collent bien à l’ambiance. Elle vous accompagnent plutôt bien ! Mais… Elles sont limitées sur la durée ! On peut les écouter via la radio, un module (gadget) que vous pouvez équiper sur votre aspirateur futuriste. Si ce n’est qu’au bout d’un moment, la batterie de votre radio se vide, la musique se coupe, et il faut remettre une pièce (monnaie in game) dans le jukebox pour pouvoir continuer. Ce système de « location » et de temps limité s’applique d’ailleurs à tous les gadgets du jeu (podomètre, infomap, etc). Et quand l’argent vous est compté pour améliorer votre matos, ça peut agacer. Ou alors on joue sans.
Enfin, dernier point de frustration : le jeu manque souvent d’informations pour guider le joueur. Alors, on cherche et on découvre par soi même, si on n’a pas de Bipman encore actif. De même, une mini-map qui matérialise les déchets restants n’aurait pas été de refus. Quand il ne vous manque qu’un déchet en fin de partie, et que vous devez le chercher en passant toute l’immense carte au peigne fin sans savoir où il est… Comment dire ! Il serait également plus confortable de pouvoir afficher les objectifs restants dès le choix du niveau : devoir ouvrir chaque tableau pour voir quels objectifs restent à finaliser (en se tapant des temps de chargement)… Ce n’est pas génial !
Un jeu satisfaisant et relaxant



Malgré tous les défauts évoqués plus haut, Clean Up Earth n’est pas un mauvais jeu pour autant. Comme je l’ai écrit, la jouabilité est plutôt agréable, on comprend vite comment utiliser notre nettoyeur… En soi, le jeu est aussi satisfaisant et aussi relaxant qu’un Power Wash Simulator, par exemple. Alors, on passe un temps fou pour déblayer les tonnes de déchets, on nettoie chaque monde à 100%, puis… On passe au suivant. Pour tout vous dire, j’ai même laissé des tests en attente car je voulais avancer dans Clean Up Earth… Avec cette sensation satisfaisante de voir ce que cela fait de débloquer un upgrade du Terra Cleaner.
Le nettoyage est au cœur du plaisir du jeu. Les animations, les effets visuels et le rythme progressif créent une expérience presque méditative. Aspirer des tas de déchets, voir les zones se transformer et entendre les sons satisfaisants du recyclage procure un vrai sentiment d’accomplissement. C’est typiquement le genre de jeu que l’on lance pour quelques minutes… Et que l’on garde finalement beaucoup plus longtemps. Le jeu est aussi satisfaisant par son système d’amélioration constant. Cette boucle de progression fonctionne très bien : chaque session donne l’impression d’avancer et de transformer réellement l’environnement. La satisfaction de voir un terrain sale redevenir verdoyant est particulièrement efficace.
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Sans être moralisateur, Clean Up Earth rappelle l’importance de la gestion des déchets et du recyclage. Les différentes zones illustrent les conséquences de la pollution et montrent comment l’action humaine peut aussi réparer les dégâts. Cette thématique écologique donne du sens à la progression du joueur et ajoute une petite touche pédagogique à l’ensemble, tout en restant avant tout un jeu divertissant.
Si le jeu manque clairement de bonus, on ne peut pas dire non plus qu’il soit radin avec le joueur : 23 niveaux à nettoyer, trois niveaux pour le multijoueur (qui sont en fait un énorme monde constitué de toutes les parties de chaque biome)… D’ailleurs, parlons un peu du multijoueur : on peut jouer jusqu’à 8 amis en même temps si vous optez pour un salon privé, ou jusqu’à 25 si vous choisissez de rejoindre une partie online… Ce qui ne sera pas de trop si vous devez nettoyer un tableau souillé par plus de 100 tonnes d’ordures…
Au final



Clean Up Earth n’est pas le plus grand jeu d’aventure. Ni le titre le plus abouti de l’année. Et encore moins celui qui va vous épater par ses graphismes ou la richesse de son contenu. Pourtant, je dois bien admettre que, une fois plongé dedans, son côté satisfaisant m’a littéralement happé. Au point de ne plus pouvoir décrocher avant d’avoir débloqué (et terminé) tous les niveaux.
Avec son concept simple, sa progression efficace et son message écologique discret, Clean Up Earth réussit à transformer le nettoyage de la planète en activité étonnamment addictive. Accessible, relaxant et gratifiant, il s’impose comme un petit jeu idéal pour se détendre tout en ayant l’impression de faire, virtuellement mais pas que, une bonne action pour la Terre.
Quand beaucoup de non-initiés pointent encore la violence dans les jeux vidéo, Clean Up Earth est un titre qui devrait tourner dans les écoles, pour démontrer que le jeu vidéo peut aussi être un outil d’éducation et de prévention… Ou qu’il peut aussi défendre des causes sans être moralisateur, mais en restant fun.
Clean Up Earth

- Par : Magic Pockets
- Sur : PC, PS5, XBox (le jeu arrivera ultérieurement sur Switch 2)
- Genre : simulation
- Classification : PEGI 3
- Prix : 29,99€
- Site officiel
- Conditions de test : testé et terminé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur
Les points positifs
- Un concept très satisfaisant
- Le message de sensibilisation à l’écologie
- Pouvoir soutenir des ONG environnementales
- Des commandes simples
- Des niveaux longs, où il faut souvent revenir
- Une ambiance zen au possible
- Les musiques dans le ton
- C’est fluide
- Un multi-online jusqu’à 25 joueurs
Les points négatifs
- Graphiquement, ça date
- Quelques bugs
- L’histoire du voyage temporel : pourquoi ?
- Contenu rachitique et bonus en échantillons
- Des temps de chargement un peu longs
- Le délire autour de la radio (musique), je ne comprends pas
- Manque parfois de clarté et d’explications
