Le retour d’un jeu de 1995

Fondé à Milan en 1996, Milestone s’est imposé au fil des années comme l’un des spécialistes européens du jeu de course. Le studio italien s’est surtout fait connaître grâce à ses simulations moto. Avec des licences comme MotoGP, Ride, MXGP ou encore SBK. Des jeux exigeants, techniques, souvent destinés aux passionnés de deux-roues. Pourtant, Milestone n’a jamais totalement délaissé le registre plus spectaculaire de la course arcade. On lui doit par exemple Gravel, Hot Wheels Unleashed ou encore Monster Jam Showdown, autant de titres qui montrent que le studio sait aussi lever le pied sur la simulation pour privilégier le fun.

Avec Screamer (2026), Milestone revient à l’une de ses licences historiques. Les joueurs les plus anciens se souviennent peut-être du Screamer sorti sur DOS en 1995 (développé par le studio Graffiti, qui deviendra Milestone un an plus tard). Un jeu de course rapide et nerveux qui avait marqué son époque par sa vitesse et ses sensations arcade. Trente ans plus tard, le studio italien ressuscite cette marque avec une relecture moderne. Le nouveau Screamer ne se contente pas d’un simple lifting : il adopte une direction artistique très stylisée inspirée du manga et de l’animation japonaise. Tout en mettant l’accent sur des courses spectaculaires et agressives.

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Sous le capot, Milestone met également en avant A.N.N.A. (Artificial Neural Network Agent), son IA maison censée rendre les adversaires plus crédibles et imprévisibles. Entre héritage nostalgique et volonté de moderniser la formule, Screamer ambitionne donc de proposer un jeu de course accessible, nerveux et visuellement marquant. Reste à savoir si cette renaissance tient réellement la route une fois la manette en main.

Screamer se déroule donc dans un univers dystopique. L’histoire débute à Neo Ray, une ville aussi futuriste que corrompue. On y découvre le personnage principal du jeu, venu pour se venger de… On vous laisse le découvrir. Mais ce duel n’aura pas lieu arme au poing, mais sur la route. Car il se trouve qu’un mystérieux homme masqué organise un tournoi, une course illégale qui, pour notre héros, est un bon moyen d’obtenir sa vengeance. Ce tournoi rassemble les meilleurs screamers (pilotes), venus du monde entier. Chacun (et chacune) ayant ses raisons de participer à ce tournoi motorisé du futur… Et d’en découdre avec le boss final.

Direction artistique, narration… On n’a pas l’habitude

C’est LE gros point fort du jeu ! Screamer est un jeu de courses comme on en voit peu. Oubliez le réalisme graphique des Forza, Gran Turismo, Project Motor Racing ou Assetto Corsa. Ici, Milestone mise sur une direction artistique originale, qui vous plongera dans l’ambiance des animes ou des mangas. Avec une patte graphique qui nous rappelle sans cesse ces univers venus du Pays du Soleil Levant. Au point que les premières vidéos du jeu m’avaient fait penser à Auto Modellista (Capcom), un jeu de courses en 2002, tout en cel shading. Avec, pour Screamer, bien évidemment, l’ajout des images haute définition, du 60 fps, ray-tracing et compagnie.

Le décor est planté dans un futur plus ou moins lointain, plongeant ces courses dans la science-fiction. Et là, de nouvelles références viennent s’ajouter. Soudain,Screamer nous fait penser à F-Zero, WipeOut, ou Rollcage pour ceux qui ont connu. Ou encore à Akira (on a même le fameux Akira Slide), Gunnm, Evangelion… Avec une pincée d’Initial D si vous préférez les animes. Et fait pas très courant dans les jeux de courses, Screamer propose un mode scénarisé plutôt bien construit. Il se déroule en quatre actes principaux, avec des personnages qui se dévoilent au fur et à mesure, tout comme les petites turpitudes de chacun…

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Bien que l’on soit content de voir un mode Histoire assez développé, le scénario n’a rien de mémorable. Avec de grosses impressions de déjà vu, des retournements clichés… Mais il nous accroche avec ses 25 minutes de cut-scenes, ses 70 chapitres et ses flots de texte. D’ailleurs, pour info, les superbes cinématiques ont été réalisées par le studio d’animation Polygon Pictures (Blade!, Ghost in the Shell 2). Un jeu de courses aussi copieusement scénarisé, je n’avais pas autant kiffé depuis F-Zero GX ou R-Racing.

Enfin, il faut que l’on parle de l’entraînante OST : la bande-son de Max Aruj est extra, énergique et colle parfaitement à l’ambiance. D’ailleurs, il faut rendre à César ce qui lui appartient : la plupart du temps, si on s’accroche au lieu de jeter la manette, c’est aussi parce que la musique nous entraîne, telle une Saori ordonnant à Seiya de se relever encore et toujours… Petit fait amusant pour rester dans le sound-design: les développeur ont pris le parti, comme dans Tekken, de faire parler les protagonistes dans leur langue maternelle (Anglais, Japonais, Allemand, Italien…). Et grâce à une puce implantée dans la tête (on est dans le futur), tout ce petit monde se comprend instantanément…

Un jeu qui ne dit pas ce qu’il est… Et ça frustre !!

Les trailers qui ont précédé la sortie du jeu nous ont montré un titre pêchu, nerveux, avec des courses bien musclées et des glissades bien violentes à la Ridge Racer. Une telle promesse ne pouvait que créer une forte attente. Pour ne pas dire une certaine excitation à l’idée de se lancer dans un jeu très typé Arcade, comme Milestone a su nous en proposer avec Gravel ou les Hot Wheels Unleashed, par exemple. Pourtant, je vous l’ai dit plus haut : mes premiers pas dans le jeu ont été catastrophiques. La suite ? Pire encore : frustration intense, incompréhension… Au bout d’une heure de jeu, j’ai vraiment failli décrocher de Screamer… Pour toujours. Mais, je devais vous proposer un test. Donc…

Donc je me suis accroché. Et je peux vous dire que, assistances activées et jeu réglé en facile (oui, j’en suis arrivé là), ce n’est pas du tout fun de se faire littéralement défoncer par une IA sans pitié, en continue. Un peu comme si, dans Mario Kart, le joueur se mangeait une succession de carapaces bleues sans pouvoir réagir ! Ce n’est PAS AMUSANT DU TOUT ! Car oui, dans Screamer, on charge une barre qui peut libérer un boost qui explose les concurrents sur son passage (Strike). Le lore du jeu nous dit que l’on peut mourir et ressusciter grâce à une technologie appelée ECHO (j’en parle plus bas). Une arme de torture tant les concurrents en abusent… Rageant aussi de voir à quel point, dans le jeu, on peut passer de la 1re à la 15e place en un instant…

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En réalité, il y a eu un énorme problème de compréhension ! Car Screamer N’EST PAS un jeu de courses arcade ! Screamer est un jeu de DRIFT ! Qui plus est, un jeu de drift exigeant et ultra-pointilleux, où le succès se mérite, et demande un timing parfait. Un dérapage avec une milliseconde trop tôt ou trop tard, et c’en est fini de vous ! La conduite est beaucoup plus technique et sévère qu’un Ridge Racer. La jouabilité est comparable à celle d’un autre jeu Milestone : Monster Jam Showdown, sorti il y a deux ans, où chaque stick est utilisé. Le gauche contrôle ici la direction, le stick droit le drift. Mais puisque votre bolide a une fâcheuse tendance à glisser comme sur une patinoire, il finit souvent dans le mur. Laissant donc vos adversaires s’échapper… La mécanique fonctionnait dans Monster Jam, mais est compliquée à prendre en main ici.

Si chaque voiture dispose d’une capacité signature, le système qui nous intéresse plus particulièrement est le système ECHO, dont tous les participants bénéficient. Il utilise deux ressources appelées SYNC et ENTROPY. La première, la Synchronisation, se charge lorsque vous passez vos vitesses dans le bon timing (avec la commande Transfert, une boîte manuelle quoi), vous permettant d’accumuler du boost. La jauge de droite, Entropie, va développer deux commandes, une offensive et une défensive : SHIELD est évidemment un bouclier momentané, tandis que STRIKE est un boost qui fait exploser tout concurrent qui vous touche quand il est activé. Et si vous ne touchez pas à votre jauge Entropy et laissez ses quatre segments se remplir, vous obtenez un OVERDRIVE. Un état de surpuissance qui vous fait accélérer, explose les malheureux sur votre chemin mais… Vous pulvérise si vous touchez un mur.

Assez généreux pour tenir sur la durée ?

Sur le papier comme sur son menu d’accueil, Screamer est un jeu plutôt généreux en contenu. On retrouve ainsi les classique du genre, que sont le mode Arcade avec ses différents modes et configurations (défis en solo ou à 3, défi score, points de passage, avec les chefs ou les équipiers, contre la montre, mode élimination, etc) ; Le Tournoi (Story mode) ; Le Multijoueur ; La Galerie (images et musiques), ou encore le Garage de Gage, où vous pourrez customiser votre bolide. Customiser étant un bien grand mot, puisque les différentes améliorations que vous allez débloquer au fil du jeu son principalement cosmétiques). Chaque véhicule ayant déjà ses propres skills à la base.

Quelle que soit la course que vous finirez, et ce dans n’importe quel mode, vous débloquerez au fil de votre progression des skins d’éléments pour votre voiture, des musiques, des personnages ou des circuits. Les Screamers jouables sont au nombre de 15 : Hiroshi, Roisin et Frederic pour les Green Reapers ; Ritsuko, Akane et Hina pour les Strike Force Romanda ; Aisha, Lavinia et Gregor pour les Jupiter Stormers ; Abigail, Gabriel (le perso le plus cheaté du jeu) et Dick pour Anaconda Corp ; Et Noboru, Keiji et Akemi pour les Kagawa-Kai. Du coté des circuits, le jeu propose un total de 32 tracés. Plus exactement quatre environnements déclinés en plusieurs tracés (Neo Ray, Sky Road Desert, Forest et un dernier décor surprise).

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C’est assez paradoxal de débloquer le contenu d’un jeu si exigeant, si simplement en enchaînant les épreuves. D’un côté, c’est une bonne chose car ce système peut devenir la carotte qui permet aux joueurs de s’accrocher, de relancer une partie… Mais d’un autre côté, une fois tout le contenu rendu accessible, quel sera exactement le degré de rejouabilité du jeu ? Car Screamer étant dénué d’un quelconque système d’argent in-game à gagner pour acheter du contenu, ou de niveau de progression… Une fois que vous aurez tout déverrouillé et que vous aurez fini le jeu, quelle motivation vous reste t-il, hormis battre vos records persos ?

Durant les nombreuses sessions réalisées pour ce test, j’ai aussi essayé le mode online. Mais, sans surprise, je me suis senti un peu seul sur les serveurs du jeu. Là encore, Screamer devra faire ses preuves sur le long terme. Pour ma part, comme je l’ai écrit plus haut, je me suis accroché pour ce test. Et après plusieurs heures de galère, une fois la jouabilité à peu près maîtrisée, le jeu commence à devenir intéressant. On drifte à tout va, on passe ses vitesse manuellement… Mais hélas, la douille est toujours là dès lors que vos adversaires sont dans la partie. Si un patch day-one était censé corriger notamment l’IA, il y a encore du boulot. Screamer est un jeu accessible, mais seulement après plusieurs heures d’apprentissage à la dure.

Une technique solide

On n’a pas encore eu l’occasion d’aborder cet aspect, mais force est de reconnaître que, techniquement, Screamer témoigne sans conteste du savoir faire de Milestone. C’est fluide, y compris pendant les phases de baston, durant lesquelles on aurait pu craindre du lag ou des chutes de framerate. Le jeu est propre sans véritablement de bug d’affichage. Pourtant, on peut trouver quelques trucs à redire, histoire de chipoter : certains temps de chargement un peu longs, une interface qui manque de lisibilité avec un HUD chargé (si vous cherchez à lire une info pendant la course, gare au plantage)…

En termes de jouabilité, on a quand même quelques soucis sur le circuit, notamment sur certains endroits où votre bolide peut littéralement se bloquer dans le mur. Ou dans des obstacles comme des rambardes. Cela n’arrive pas à tous les tours, mais le jeu plante une telle tension que, quand ça arrive, on a littéralement envie d’envoyer sa manette sur orbite. La voiture qui peine à faire une marche arrière, qui met des plombes à redémarrer… Une situation qui se solde bien souvent par un retard quasiment impossible à remonter. Même en trouvant les raccourcis secrets. Reste à voir s’il s’agit d’un problème sur la durée, ou bien si ce soucis sera patché.

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Malgré tout ce que l’on peut lui reprocher, notamment une difficulté proche du sadisme, le système A.N.N.A. (l’IA neurale « maison » de Milestone) fait son travail parfaitement. Les adversaires se montrent parfois plus agressifs et imprévisibles que dans les jeux de course classiques. Avec surtout des réactions plus « humaines » que dans la plupart des titres où l’IA devient finalement prévisible au bout de quelques tours. Dans Screamer, A.N.N.A. apprend tout le temps, donc évolue tout le temps. Et le joueur ne peut pas compter sur un apprentissage à long terme, mais devra piloter comme s’il jouait contre des humains.

Si Screamer propose du online (on est en 2026, en même temps), on salue aussi la bonne idée des développeurs d’avoir pensé à insérer un multijoueur local. Vous pourrez ainsi jouer sur la même TV avec trois autres amis. Pour ceux qui bloqueront sur un mode solo qui ne fait pas de cadeaux, le multi est peut-être justement une bonne école pour apprendre les bases, et prendre plus de plaisir ensuite…

Au final

Avec Screamer, Milestone tente un pari intéressant : faire revivre une licence culte tout en s’éloignant de la simulation qui a fait sa réputation. Et on sent que le studio est bourré de bonnes intentions. Un vrai mode Histoire, une direction artistique digne d’un anime, une OST parfaite, une conduite spectaculaire, de nombreux modes de jeu… On ne doute à aucun moment que le studio italien a voulu nous faire plaisir en nous proposant bien mieux qu’un simple remake réchauffé. Mais…

Derrière les intentions, il y a aussi le résultat. Et à la première approche, au premier contact, Screamer est un jeu pour ceux qui aiment souffrir, ceux qui aiment que leur manette leur plante de petites échardes à vif sous les ongles. L’intention de faire un jeu d’Arcade, on la sent bien ! Mais manette en main, on est surtout dans un jeu de drift où la moindre erreur se paye cash. Un rapport de vitesse (Transfert) passé avec le mauvais timing, et vous passez de la 1re à la 14e place. Le Dark Souls des jeux de courses ? Il ne faut pas exagérer non plus…

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Screamer est un jeu qui peut devenir sympa à jouer à condition de lui consacrer un long temps d’apprentissage. Et de faire preuve de beaucoup de résilience. La faute à un gameplay pas toujours compréhensible, à une IA vacharde, à un arbitrage parfois injuste, et à une utilisation des deux sticks moins limpide que dans Monster Jam Showdown. Certes, le mode Facile avec le retrait de certaines fonctions rend le jeu beaucoup plus accessible, mais ne vous assure pas pour autant de survoler le soft.

Très clairement, Screamer est de ces jeux qui vont diviser la communauté entre ceux qui adorent, ceux qui détestent, mais peu voire pas du tout d’entre-deux. Alors, si vous êtes un amateur de courses funs, simples à prendre en main, passez votre chemin : ce n’est absolument pas fun de se faire exploser le pot d’échappement toutes les 20 secondes. En revanche, si vous aimez être challengé et si vous recherchez une offre originale, foncez ! Après tout, passer à côté, c’est aussi louper une bande-son au top, une ambiance et une DA aussi originales que réussies. Screamer est un bon jeu, qui devient excellent à condition de prendre le temps d’apprivoiser la bête.


Screamer

  • Par : Milestone
  • Sur : PS5, XBox Series et PC.
  • Genre : courses
  • Classification : PEGI 16
  • Prix : 69,99€
  • Conditions de test : testé sur PS5, sur une version fournie par l’éditeur
  • La patte graphique très « manga/anime »
  • Les cinématiques vraiment chouettes
  • Des personnages (screamers) plus ou moins développés
  • Un récit qui prend de la place : pas fréquent dans un jeu de courses
  • Beaucoup de contenu à débloquer (pilotes, circuits, musiques, accessoires…)
  • Les tracés agréables à regarder, longs, et plutôt bien foutus (avec des raccourcis)
  • Techniquement, c’est propre et fluide, sans bug majeur
  • Une conduite nerveuse, dynamique
  • De la coop locale jusqu’à 4
  • Le système de power-up
  • La bande-son très réussie
  • La personnalisation des véhicules
  • La jouabilité hyper-punitive et pas si évidente
  • Les drifts qui finissent souvent dans le mur
  • Une IA archi-sévère
  • On a souvent la sensation de se faire punir de façon injuste
  • Le scénario très générique
  • Une lisibilité parfois compliquée
  • Des unlockables juste cosmétiques pour les véhicules
  • Pas de système de progression, ni de système monétaire in-game
  • Le HUD chargé
  • Intérêt sur le long terme ? Pour le moment, c’est encore un peu flou