Le jeu Teenage Mutant Ninja Turtles (TMNT) sur NES est un titre emblématique sorti en 1989, développé par Konami sous la bannière d’Ultra Games pour le marché américain. Il s’inspire des célèbres Tortues Ninja, quatuor qui a marqué la pop culture, de la BD à la TV, en passant par le jeu vidéo, évidemment. Ce jeu qui mélange action, plateforme et exploration, a marqué les joueurs de l’époque 8 bits par sa difficulté notoire, et des passages dont certains font encore des cauchemars. Pourquoi ce jeu a t-il été aussi marquant ? C’est le moment de vous en parler !
Quand Carapace rime avec Classe
Nous sommes en 1989. Le mur de Berlin commence à se fissurer, Madonna choque les bonnes mœurs, et dans les cours de récré, tout le monde veut être une tortue… Ninja ! Leonardo, Donatello, Michelangelo et Raphaël débarquent en force, portés par une série animée qui cartonne. Pizza à volonté, vannes douteuses et arts martiaux : un cocktail qui sent bon le marketing, mais qui fait rêver les kids en survêt. Il n’en fallait pas plus pour que Konami s’empare de la licence et sorte un jeu NES qui allait marquer les esprits… Pour de bonnes et de mauvaises raisons.
► Sur le même thème : (1992) TMNT IV : Turtles in Time, la baston intemporelle
L’adaptation vidéoludique était inévitable. Après tout, à la fin des années 80, chaque licence populaire avait droit à son jeu 8 bits, quitte à torturer un peu la manette. Et TMNT ne fait pas exception. Vendu comme l’expérience ultime pour les fans, il promettait des combats nerveux, des niveaux variés et des boss mémorables. Mais entre promesses et réalité, il y a parfois un égout plein de mauvaises surprises. Pourtant, il faut se remettre dans le contexte : en 1989, voir ses héros animés sur sa télé en version interactive, c’était magique. Presque aussi magique que la musique d’intro de TMNT sur NES (Nintendo Entertainment System)…
Deux noms pour un même éditeur



Avant de commencer à vous parler du jeu, il faut repréciser le contexte de sa sortie. Plusieurs années auparavant, le jeu vidéo a échappé à une énorme crise économique qui a failli le voir disparaître. Pour la version longue, on vous explique tout ça ici. Pour la version résumée, Nintendo a « sauvé » l’industrie du jeu vidéo de cette crise, mais en imposant ses règles, ses restrictions, aux autres éditeurs. Et parmi celles-ci, un studio ne pouvait sortir qu’un quota limité de jeux NES par an s’il espérait être « validé » par Nintendo et son fameux Seal of Quality. Une mesure mise en place pour éviter la surproduction de jeux : la qualité plutôt que la quantité, en somme.
Quel est le rapport ? Et bien, Konami, qui détient les droits de la licence Tortues Ninja, a déjà plusieurs jeux sur le feu, et va donc exploser ses quotas. Alors, comme beaucoup d’autres éditeurs très productifs, Konami a trouvé la parade pour contourner les règles de Nintendo : éditer une partie de ses jeux sous un autre nom. Plus exactement sous une société d’édition qui, en réalité, lui appartient. C’est pourquoi ce jeu de Konami est crédité Ultra Games, créée en 1988 uniquement dans le but de contourner les restrictions… Aux USA ! Car l’éditeur japonais pousse le vice encore plus loin en créant une autre filiale, dans le même but, pour l’Europe. C’est pourquoi sur le vieux continent, le jeu NES TMNT sortira sous le label Palcom Softwares.
► Sur le même thème : Pourquoi Teenage Mutant Ninja Turtles a t-il été censuré en Europe ?
Mais au fait, de quoi parle t-on au juste ? Les Tortues Ninja (Teenage Mutant Ninja Turtles, ou TMNT en VO) est d’abord un comic-book créé en 1984 par Kevin Eastman et Peter Laird. Et publié par leur propre maison d’édition, Mirage Studios. À l’origine, c’était une parodie des comics populaires de l’époque (Daredevil, Ronin, X-Men), avec un ton sombre et un humour décalé. Publié en mai 1984, le premier numéro est en tirage limité à 3 000 exemplaires. Le succès est immédiat, et une seconde impression est nécessaire. Les Tortues seront aussi déclinées en versions plus familiales (dessin animé en 1987, films…). Mais le comic original est plus violent et mature, en noir et blanc.
Si la série aura été déclinée en de nombreux jeux vidéo plus ou moins marquants… Le tout premier épisode et l’un des plus emblématiques est sorti sur NES le 12 mai 1989. Cette version sur la console de Nintendo est un succès, qui s’écoule à plus de 4 millions d’exemplaires. Suffisamment pour pousser l’éditeur à publier aussi son jeu sur micro-ordinateurs. Et à lancer des suites sur NES : Teenage Mutant Ninja Turtles II: The Arcade Game (1990), adaptation du jeu d’arcade plus orientée vers le beat’em up classique… Et Teenage Mutant Ninja Turtles III: The Manhattan Project (1991), autre beat’em up exclusif à la NES, qui affine les mécaniques de son prédécesseur. Sans parler des jeux qui sortent aussi sur GameBoy…
Un jeu connu pour sa difficulté


Le scénario du jeu tient sur un post-it : Vous incarnez les quatre Tortues Ninja (Leonardo, Michelangelo, Donatello, et Raphael), qui doivent sauver leur maître Splinter et la journaliste April O’Neil des griffes de Shredder. Le but final est de récupérer le « Fire Beam » pour empêcher Shredder de pulvériser la ville. Et… C’est tout, on n’a pas vraiment besoin de plus pour lancer le jeu. Alors… Start ! TMNT sur NES propose une structure hybride, mélangeant exploration et action pure. On alterne entre une carte vue de dessus et des niveaux en scrolling horizontal, le tout avec la possibilité de changer de tortue à la volée.
Une bonne idée, car chacune possède son arme et sa portée : Donatello possède une arme puissante et longue portée ; Leonardo est plus équilibré, avec une portée correcte ; Michelangelo et Raphael ont une portée plus courte, mais sont plus rapides. Chaque tortue a sa propre barre de vie, et si elle est vaincue, elle devient indisponible jusqu’à ce qu’elle soit secourue.… En théorie.
En pratique, les contrôles manquent de précision et la hitbox fait parfois des caprices. Résultat : on perd des PV pour un rien, souvent parce qu’un ennemi a décidé de nous toucher à travers un pixel. Les niveaux sont évidemment truffés d’ennemis variés, dont des soldats Foot, des mutants, et des pièges environnementaux. Et de temps en temps, vous devez aussi affronter des boss, avec des personnages emblématiques tels que Bebop, Rocksteady, ou même carrément le Technodrome.
► Sur le même thème : TMNT Shredder’s Revenge – Dimension Shellshock : Kowabunga !!
Mention spéciale au niveau aquatique, où il faut désamorcer des bombes en nageant dans un labyrinthe électrique. Oui, ce passage a traumatisé une génération entière. Des mains moites, des crises de nerfs, et ce timer qui se moque de vous pendant que vous vous électrocutez pour la 12e fois. Un Dark Souls avant l’heure ? Non, juste un mauvais mercredi après-midi. Ce passage est souvent cité comme l’un des plus frustrants et difficiles de l’histoire des jeux vidéo. La difficulté globale est renforcée par la gestion limitée des ressources (pizzas pour restaurer la vie, armes secondaires comme les shurikens), ou encore l’absence de points de sauvegardes ou de mots de passe. Enfin, le jeu est aussi rendu très difficile à cause des ennemis qui respawn très rapidement, et finissent par vous déborder de manière ingérable.
Graphiquement, TMNT s’en sort honnêtement pour une NES. Les sprites sont reconnaissables, même si nos tortues ressemblent parfois plus à des grenouilles sous acide qu’à des ninjas. Les décors manquent un peu de variété, mais l’effort est là, surtout sur certains boss qui en imposent. La palette de couleurs fait le job, sans éclat. Côté son, c’est une autre histoire. Les musiques alternent entre thèmes corrects et boucles agaçantes qui vous collent au cerveau. Les bruitages, eux, font leur possible pour rappeler qu’on tape, qu’on saute, qu’on souffre. Bref, c’est 1989, et ça s’entend.
Conclusion



Soyons honnêtes : TMNT est difficile. Trop difficile. Entre les ennemis qui respawnent dès qu’on cligne des yeux, les sauts millimétrés et cette fameuse section aquatique, on frôle la punition divine. L’équilibrage est bancal, certains boss sont abusifs, et le système de vies limite la marge d’erreur. On sent que Konami voulait prolonger la durée de vie, mais à ce point, c’est presque criminel.
Alors pourquoi le TMNT de la NES reste culte ? Parce que malgré ses défauts, il a marqué son époque. Il a fait partie de ces jeux qui ont défini la notion de « défi », ceux qu’on racontait le lundi à la récré, entre deux échanges de cartes Panini. Il incarnait aussi la magie de jouer avec ses héros préférés, à une époque où ça paraissait incroyable. Et il est aussi sans doute un jeu que tout possesseur d’une NES a eu entre les mains.
Aujourd’hui, on le redécouvre pour ce qu’il est : un jeu imparfait, frustrant, mais avec une âme. Et puis, avouons-le, si vous l’avez fini à l’époque sans tricher, vous méritez une statue. Ou au moins une pizza XXL.
Teenage Mutant Ninja Turtles (TMNT)

- Par : Konami (Palcom pour l’Europe)
- Sur : NES
- Genre : plateforme aventure
- Classification : Tous Publics (PEGI 3)
- Conditions de test : testé sur le jeu original, sur NES
- Estimation : autour de 10€ (occasion) selon le site Argusjeux.com
Les points positifs
- Quatre tortues d’enfer (et jouables) !!
- Le jeu nous mettait une claque en tant que fan
- L’ambiance générale
- Le gameplay
- Certains thèmes musicaux
- Grosse durée de vie
- Des boss mémorables
Les points négatifs
- Des bugs d’affichage
- Un level design parfois cruel
- Quelques hitboxes approximatives
- Des passages difficiles, d’autres trèèèèèès punitifs !
- Certaines musiques entêtantes
- Un équilibrage discutable
