Des animaux crafteurs pour sauver le monde

Et si, pour sauver le royaume, on confiait la défense du territoire à une bande d’animaux déjantés, armés de tourelles et de murs bricolés ? C’est le pari de Hack’n’Stack, un jeu indépendant développé par Triple Boris, studio québécois qui passe ici par sa division créative Dodo Tako. Disponible sur PC et Nintendo Switch, le titre mélange tower defense, construction et baston dans une formule pensée pour jouer ensemble.

Le principe tient en quelques lignes. Avant l’arrivée des ennemis, il faut ramasser des ressources, fabriquer des défenses et organiser la protection de sa base. Bois, pierres et autres matériaux deviennent des barricades, des tourelles ou des obstacles à empiler. Une fois les vagues lancées, les joueurs doivent aussi mettre la main à la pâte pour repousser les assaillants.

► Sur le même thème : The Merlies : de drôles de petits oiseaux, mais de grandes idées

Le jeu propose 24 niveaux répartis dans quatre environnements, avec une campagne et des parties orientées coopération, et cinq types d’ennemis. Jusqu’à quatre personnes peuvent participer, en local comme en ligne. Les quatre personnages animaliers (tels que Vivi la brebis ou Damien le requin) sont personnalisables grâce à différents couvre-chefs et accessoires. De quoi organiser une défense du royaume avec un requin coiffé comme un dimanche au marché.

Sur le papier, le mélange a de quoi séduire. Il faut réfléchir vite, partager les tâches et adapter ses constructions aux menaces. Sinon, c’est la défaite… Puis on relance, on s’améliore… Mais Hack’n’Stack ne cherche pas à être un tower defense cérébral où l’on passe vingt minutes à optimiser chaque tourelle. Il mise plutôt sur l’action, la physique et les imprévus. Encore faut-il que les commandes suivent lorsque les monstres déboulent.

Histoire et ambiance : le royaume a besoin de bras

Le scénario ne cherche pas à décrocher le prix du meilleur récit de l’année. Votre terrain de jeu est envahi par des créatures gluantes. Pas de super héros disponibles pour sauver le monde. Ce sont de simples animaux qui s’y collent, et doivent improviser pour sauver ce qui peut encore l’être. Au programme : récolter, bâtir, protéger et repartir au combat. L’histoire sert surtout de prétexte à l’action, sans prétendre rivaliser avec les grandes sagas de fantasy.

L’identité visuelle mise sur des animaux anthropomorphes au style cartoon. Brebis, requin, mouette ou croco affichent des silhouettes expressives qui donnent au jeu une vraie personnalité. Cette approche légère colle bien à l’idée d’un party game familial. Même quand la situation tourne au désastre, on a davantage l’impression d’assister à une catastrophe de dessin animé qu’à une fin du monde post-apocalyptique façon Terminator. La bande-son accompagne l’action sans laisser une impression très durable.

► Sur le même thème : Hot Wheels Infinite Rush : un virage réussi pour les petites voitures ?

On sent une volonté de nous faire sourire avec le chara-design de nos bestioles, au look improbable. L’humour vient aussi énormément de la physique et des interactions entre joueurs. Les blocs peuvent servir à construire, mais aussi à cogner les ennemis. Et si la coopération devient un peu trop tendue, les camarades peuvent eux-mêmes finir transformés en projectiles improvisés. Une méthode de résolution des conflits qui ne figurera probablement pas dans les manuels de management. Mais qui promet de belles bosses de rire (ou querelles amicales) devant la TV.

En revanche, l’univers reste assez fonctionnel. Les décors offrent différents terrains de jeu, mais l’ambiance ne semble pas toujours réussir à renouveler les sensations. Au bout de quelques parties, la redondance s’installe. Notamment avec des décors, des ennemis et donc des situations qui finissent rapidement par se ressembler. Ce n’est pas forcément grave pour un jeu de soirée, mais la formule doit tenir sur la durée. Les développeurs devront sans doute nous proposer quelques DLC pour apporter ce minimum syndical de variété qui peut rendre le jeu vraiment solide sur le long terme.

Gameplay et technique : la construction peut devenir un chantier

Le cœur du jeu repose sur une alternance entre préparation et combat. Il faut récolter les ressources, les transformer en défenses, puis tenir bon face à plusieurs vagues ennemies. Les tourelles permettent de sécuriser les abords de la base, tandis que les murs canalisent les adversaires. Empiler les éléments renforce les constructions et ouvre la porte à quelques stratégies maison. L’idée est simple à comprendre et suffisamment originale pour donner envie de tenter ses propres bricolages.

C’est en coopération que cette mécanique prend tout son sens. Un joueur peut se charger des matériaux pendant qu’un autre prépare les défenses. Un troisième peut aller au contact lorsque les créatures franchissent les barricades. À plusieurs, les tâches se répartissent mieux et les situations absurdes ont davantage de chances de surgir. En solo, en revanche, il faut tout gérer, ce qui transforme la partie en course permanente contre la montre. On passe donc d’une expérience franchement drôle à plusieurs, à plus de frustration et de difficulté en solitaire. Les commandes sont accessibles, mais demandent un apprentissage plus ou moins long, selon votre âge, ou votre familiarité avec le genre. Je vous recommande donc de faire le mode tutoriel avant de vous lancer dans la campagne principale.

► Sur le même thème : TEST. Marsupilami 2 – Salsa Palombia : : un délicieux parfum de platformer des années 90

Le problème se situe dans la précision des commandes. Sur Switch, le placement des blocs est laborieux : positionner correctement une pièce peut demander trop de manipulations, alors que les ennemis n’attendent pas. Autant dire que quand le chrono défile et que des vagues d’ennemis sont annoncées, il vaut mieux se souvenir comment empiler ou solidifier des objets ! Les murs peuvent également céder rapidement, et certains objectifs de construction deviennent alors frustrants. Un jeu fondé sur l’empilement doit permettre de bâtir sans avoir besoin d’un diplôme d’architecte et de trois mains supplémentaires.

Les personnages conservent un charme certain, mais le rendu visuel sur Switch est perfectible. Notamment à cause de son crénelage, particulièrement en mode docké. D’ailleurs, toujours en docké, j’ai aussi relevé une modification intempestive de ma configuration des joycons, passant du mode « manette » au mode « joycons détachés » sans que je ne le demande. J’ai aussi noté quelques soucis de stabilité en ligne durant mes phases de test… Mais mes runs ont surtout été réalisés avant la sortie officielle du jeu. On peut donc parier qu’un patch post-lancement viendra corriger pas mal de problèmes…

Au final

Hack’n’Stack possède une proposition immédiatement compréhensible : réunir des amis, récupérer tout ce qui traîne et transformer le terrain en forteresse avant l’arrivée des monstres. Le mélange entre tower defense, construction physique et combat lui donne une identité propre. Les personnages animaliers apportent une touche sympathique, tandis que la coopération peut créer de vrais moments de joyeuse pagaille. Sur le papier, le soft a donc de bons arguments pour animer une soirée. C’est un jeu multijoueur avant tout, et sous cette configuration, il est juste génial !

Mais l’originalité du concept ne suffit pas à effacer les problèmes. Le placement des constructions manque parfois de précision, la progression devient répétitive à la longue, et l’expérience solo est moins convaincante car plus contraignante. Le plaisir dépendra donc beaucoup de la tolérance de chacun.

► Sur le même thème : TEST. Nickelodeon Extreme Tennis : Next! Bob l’éponge réussit-il son service gagnant ?

Le prix accessible et la possibilité de jouer jusqu’à quatre peuvent aussi peser dans la balance. Pour un groupe d’amis qui aime les jeux coopératifs chaotiques, l’idée mérite qu’on s’y intéresse. Car malgré ses imperfections, le jeu a aussi de belles qualités. Et de vous à moi, si je ne suis pas vraiment client des tower-defense (mais vraiment pas), Hack’n’Stack m’a intrigué, amusé, et m’a donné envie de m’accrocher (croyez moi, c’est plutôt un très bon signe). À court terme comme sur la durée : j’attends maintenant avec curiosité de voir comment il va évoluer.

Hack’n’Stack est donc un jeu qui repose sur de très bonnes idées, et sur un concept intéressant. Qui plus est un jeu avec une vraie personnalité. Mais… On ne peut nier quelques défauts qui peuvent encore faire tiquer. Cependant, je pense sincèrement que ce serait un énorme gâchis que d’en rester là. Avec quelques correctifs et quelques ajouts, les développeurs ont déjà la base de ce qui peut devenir un très bon jeu…


Hack’n’Stack

  • Par : Dodo Tako et Triple Boris
  • Sur : PC (Steam) et Switch
  • Genre : party game/tower defense
  • Classification : PEGI 3
  • Prix : 10,99€
  • Conditions de test : testé sur Switch, sur une version envoyée par l’éditeur
  • Un mélange original de tower defense, de construction et de combat.
  • Accessible une fois maîtrisé
  • Le look de nos quatre animaux anthropomorphes
  • La personnalisation de vos avatars
  • Délicieux en multijoueur (jusqu’à 4 online ou en local)
  • Des constructions empilables qui permettent de varier les défenses.
  • 24 niveaux répartis dans quatre environnements.
  • Le prix
  • Une réalisation datée
  • Quelques bugs
  • Des musiques trop discrètes
  • Expérience répétitive, voire frustrante, en solo
  • Le placement des objets parfois laborieux sur Switch