Goku retrouve son apparence d’enfant, mais pas sa voix française historique. À quelques jours de l’arrivée en VF de Dragon Ball Daima sur Gulli, le nouveau doublage provoque la colère de Brigitte Lecordier et de plusieurs figures historiques de la saga. Une polémique qui résonne avec les inquiétudes du métier face à l’intelligence artificielle.
Goku a changé de voix, et les fans ne rigolent pas
Il y a des choses auxquelles on ne touche pas. Les sept Dragon Balls, les cheveux de Vegeta et, pour beaucoup de fans français, la voix de Goku. Pourtant, le 4 novembre 2026, Dragon Ball Daima arrivera sur Gulli avec une nouvelle équipe de comédiens francophones.
Parmi les changements les plus marquants, Sophie Pyronnet interprète Goku dans sa version enfant, tandis que Pierre Lognay reprend le rôle de Goku adulte, autrefois associé à Patrick Borg. Or, le retour du héros à son apparence juvénile aurait justement pu être l’occasion de retrouver Brigitte Lecordier, sa voix historique depuis la première série. Raté.
Le 25 octobre, la comédienne a exprimé sa stupeur sur les réseaux sociaux : « Nous sommes abasourdis, nous sommes sans voix ! » Le lendemain, elle a pris la parole avec quatre autres figures du doublage français de la saga : Patrick Borg (Goku adulte), Philippe Ariotti (Piccolo, Freezer), Céline Monsarrat (Bulma, Chichi) et Mark Lesser (Trunks et Gohan adultes). Tous ont exprimé leur déception face à leur absence de cette nouvelle aventure.
Un conflit qui ne date pas d’hier
Derrière l’émotion, il existe aussi un désaccord professionnel. En avril 2026, Philippe Ariotti, l’interprète historique de Piccolo et Freezer, expliquait que les comédiens avaient été approchés par Toei Animation, mais qu’ils n’avaient pas signé le contrat proposé.
Selon son témoignage, les conditions envisagées concernaient notamment leur participation aux conventions et leur liberté de parole. Ces déclarations éclairent les tensions, mais ne constituent pas une explication officielle de Toei Animation sur le choix du nouveau casting.
Lors de leur prise de parole du 26 octobre, les comédiens ont également écarté l’idée d’un désaccord financier. Les circonstances exactes de l’échec des discussions restent donc à éclaircir.
Une chose est sûre : pour les fans, ces voix font partie de l’identité française de Dragon Ball. Depuis le Club Dorothée, elles ont accompagné les combats, les transformations et les cris qui ont marqué plusieurs générations. Changer les interprètes, ce n’est donc pas seulement modifier une ligne de générique. C’est aussi toucher à des souvenirs très personnels.
Le doublage humain face à la menace de l’IA
Cette polémique prend une résonance particulière dans un secteur qui s’inquiète déjà des progrès de l’intelligence artificielle. En mai 2024, des comédiens français ont lancé le mouvement #TouchePasMaVF pour défendre un doublage réalisé par des artistes humains. Parmi eux figuraient Brigitte Lecordier et Donald Reignoux.
Leur inquiétude porte notamment sur des outils capables de traduire des dialogues, de synthétiser des voix et de reproduire des interprétations. En février 2026, Brigitte Lecordier alertait encore sur le clonage vocal et les utilisations de voix sans autorisation. Huit comédiens avaient alors adressé des mises en demeure à deux sociétés américaines spécialisées dans l’intelligence artificielle.
Le problème dépasse la simple ressemblance sonore. Une voix d’acteur, c’est aussi une interprétation, un rythme, une intention et une émotion. Et si une machine peut imiter un timbre, elle soulève aussi des questions de consentement, de rémunération et de contrôle sur l’utilisation de l’identité vocale.
Attention toutefois à ne pas tout mélanger : la nouvelle VF de Dragon Ball Daima fait appel à des comédiens humains. Rien n’indique que les voix historiques aient été remplacées par une intelligence artificielle. La polémique actuelle concerne un changement de casting et des négociations qui n’ont pas abouti.
Les nouvelles voix doivent aussi avoir leur chance

Dans cette histoire, les nouveaux comédiens n’ont pas à devenir les méchants de l’épisode. Sophie Pyronnet, Pierre Lognay et leurs collègues exercent le même métier que leurs prédécesseurs. Ils ne sont pas responsables des discussions contractuelles menées en coulisses.
Les fans ont parfaitement le droit de regretter leurs voix préférées, de préférer les anciennes interprétations ou de choisir de regarder la série en version originale sous-titrée. Mais condamner les nouveaux interprètes avant même d’avoir découvert leur travail serait un peu rapide. Après tout, même Goku a dû apprendre à maîtriser ses transformations.
Le véritable débat concerne donc autant la continuité artistique que les conditions dans lesquelles une production renouvelle son équipe. Les comédiens historiques souhaitent poursuivre leur travail sur ces personnages, tandis que les nouveaux interprètes doivent pouvoir défendre leur propre proposition.
Une polémique avant même le premier épisode
La version française de Dragon Ball Daima sera diffusée sur Gulli à partir du 4 novembre 2026. Cette arrivée en clair devait permettre à un nouveau public de découvrir la série. Elle se retrouve désormais précédée par une controverse qui risque de détourner l’attention de l’aventure elle-même.
Pour les fans de la première heure, entendre Goku sans la voix de Brigitte Lecordier pourra avoir un goût étrange. Pour les plus jeunes, ce sera peut-être simplement leur première rencontre avec le personnage en français.
Reste que cette affaire rappelle une réalité : derrière les voix familières se trouvent des artistes, des contrats et des emplois. La nostalgie compte, mais les conditions de travail comptent aussi. Et face aux outils capables de reproduire artificiellement les voix, défendre le doublage humain ne devrait pas empêcher de débattre des choix de casting.
Parce qu’au fond, le vrai souhait des fans est assez simple : retrouver la magie de Dragon Ball. Et si possible, sans que les comédiens aient besoin de réunir les Dragon Balls pour obtenir des explications.
