Trente ans de choix, de romances et de fins mémorables

Fondé en 1995 à Edmonton, au Canada, BioWare a contribué à façonner le jeu de rôle moderne. Baldur’s Gate, Neverwinter Nights, Star Wars: Knights of the Old Republic, Dragon Age et Mass Effect ont marqué plusieurs générations de joueurs.

Sa recette ? Des univers riches, des compagnons auxquels on s’attache parfois plus qu’à certains personnages de séries télévisées, et des décisions capables de changer le cours d’une aventure. Chez BioWare, sauver la galaxie ne suffisait pas : il fallait aussi choisir qui embrasser, qui contrarier et qui laisser mourir. Le tout en sachant que notre sauvegarde risquait de nous rappeler nos erreurs pendant des années.

Dans son message d’adieu (publié sur ses réseaux), le studio remercie les joueurs d’avoir fait vivre ses univers, débattu de leurs choix et donné une place particulière à ses personnages. Un hommage qui sonne désormais comme le générique de fin d’une époque.

Le prochain Mass Effect ne verra pas le jour

La fermeture entraîne une autre annonce douloureuse : Electronic Arts met fin au développement du prochain Mass Effect. Le projet était encore à un stade précoce, avec une équipe réduite mobilisée dessus.

Il faut toutefois distinguer cette annulation de l’avenir de la franchise. EA n’a pas annoncé la disparition définitive de Mass Effect en tant que licence. En revanche, le jeu actuellement en préparation ne verra pas le jour sous la forme prévue, et aucun nouveau projet n’a été annoncé pour prendre le relais.

Le sort des autres licences historiques de BioWare reste lui aussi incertain. La fermeture du studio ne signifie pas que les droits de Dragon Age ou de Mass Effect disparaissent : ils restent dans le portefeuille d’Electronic Arts. Mais sans équipe dédiée, leur avenir créatif est désormais une grande inconnue.

À ce stade, environ 50 emplois seraient directement concernés chez BioWare, sur près de 400 suppressions de postes annoncées à l’échelle d’Electronic Arts.

EA préfère miser sur moins de projets

Pour comprendre cette décision, il faut regarder du côté de la stratégie d’Electronic Arts. L’éditeur explique vouloir concentrer ses équipes, ses technologies et ses investissements sur les projets offrant les meilleures perspectives de croissance.

Dans son annonce du 21 octobre, EA souligne notamment la réussite de Battlefield 6 et confirme vouloir poursuivre ses investissements dans Apex Legends, les jeux de sport, le prochain Star Wars Jedi et Marvel’s Iron Man. L’entreprise prévoit aussi de réunir des équipes de Respawn et de DICE autour d’un futur projet.

À l’inverse, les productions jugées moins prioritaires sont sacrifiées. EA annonce également environ 400 suppressions de postes à l’échelle de l’entreprise, dont une cinquantaine chez BioWare, selon des informations rapportées par plusieurs médias à partir de sources proches du dossier. Ce chiffre n’a pas été détaillé officiellement par l’éditeur.

La logique est froide, mais limpide : moins de projets en parallèle, davantage de moyens concentrés sur les franchises considérées comme stratégiques. Dans ce modèle, la réputation d’un studio ne suffit plus à le protéger.

Une industrie qui perd un peu de son âme ?

La disparition de BioWare dépasse donc le simple sort d’un développeur. Elle illustre les difficultés d’une industrie où les coûts de production augmentent, où les joueurs disposent d’une offre toujours plus vaste et où les éditeurs veulent réduire les risques.

Le dernier jeu majeur du studio, Dragon Age: The Veilguard, est sorti en 2024. Mais EA ne publie pas ici de bilan financier détaillé permettant d’attribuer la fermeture à un seul jeu. Mieux vaut donc éviter le raccourci facile : cette décision s’inscrit dans une restructuration plus large, pas dans une explication unique et officiellement chiffrée.

Reste une question : que devient le jeu de rôle narratif quand les grandes entreprises privilégient les projets les plus rentables ? Les univers de BioWare ont prouvé qu’une aventure pouvait aussi se construire autour des personnages, des dilemmes et des histoires personnelles.

Aujourd’hui, le studio ferme ses portes. Mais Garrus, Morrigan, Liara et tous les compagnons qui nous ont accompagnés ne disparaîtront pas de sitôt de la mémoire des joueurs.