Vers un nouveau plan de sauvegarde de l’emploi ?

Après une première restructuration déjà lourde, DON’T NOD s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa transformation. Le studio parisien annonce ce mardi 1er septembre 2026 l’ouverture d’une procédure qui pourrait déboucher sur un nouveau plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).

La direction justifie cette décision par « la profonde évolution des conditions économiques de l’industrie du jeu vidéo et de son financement ». Mais aussi par la dégradation des principaux indicateurs économiques du groupe.

Le calendrier est désormais posé. Les représentants du personnel sont convoqués jeudi 3 septembre pour une première réunion d’information-consultation du CSE. En parallèle, DON’T NOD indique avoir ouvert des négociations avec l’organisation syndicale représentative de l’entreprise.

À ce stade, le nombre de postes potentiellement concernés n’est pas connu. Il faudra attendre la réunion du 3 septembre et la communication annoncée par la société après la clôture des marchés pour connaître les contours précis du projet.

DON’T NOD reste dans une situation financière très fragile

Cette nouvelle annonce ne tombe pas vraiment du ciel. Les résultats financiers publiés au printemps dernier montraient déjà une situation particulièrement tendue.

En 2025, selon les chiffres publiés par Boursorama, DON’T NOD a certes vu son chiffre d’affaires bondir de 3,3 à 13,7 millions d’euros. Une progression spectaculaire, notamment grâce aux ventes de Lost Records: Bloom & Rage et aux revenus liés à son partenariat avec Netflix. Mais elle ne suffit pas à rétablir les comptes.

Le groupe a enregistré 35,7 millions d’euros de pertes nettes en 2025, contre 64,3 millions en 2024. La perte se réduit donc, mais reste considérable.

Autre indicateur préoccupant : la trésorerie disponible est passée de 32,9 millions d’euros fin 2024 à 15,4 millions fin 2025. DON’T NOD indiquait alors que la poursuite de son activité dépendait en partie de la mise en place de financements externes.

Le studio avait déjà engagé d’importantes économies. À Paris, sa réorganisation et le précédent PSE avaient permis plus de 4,5 millions d’euros d’économies en 2025, dont 4 millions sur les charges salariales. L’effectif moyen du groupe était passé de 312 personnes en 2024 à 248 en 2025.

Un nouveau coup dur après Lost Records: Bloom & Rage

La situation est d’autant plus paradoxale que DON’T NOD a enregistré une forte progression de ses ventes en 2025.

Lost Records: Bloom & Rage, lancé en deux parties, a notamment contribué à cette amélioration. Le titre a également bénéficié de son intégration au catalogue PlayStation Plus. Le groupe a parallèlement engrangé des revenus de développement grâce à son partenariat avec Netflix.

Mais dans le jeu vidéo, un bon chiffre d’affaires ne signifie pas nécessairement qu’un studio gagne de l’argent. Les coûts de production peuvent être considérables et les revenus arrivent parfois tardivement. Tandis que les équipes doivent être financées pendant plusieurs années.

DON’T NOD en fournit aujourd’hui une illustration particulièrement brutale. Malgré la hausse de ses ventes, le groupe doit encore réduire ses coûts et sécuriser ses financements.

Le financement des jeux vidéo, talon d’Achille du secteur

Le communiqué de DON’T NOD met directement en cause l’évolution du financement de l’industrie. Depuis plusieurs années, les studios français doivent composer avec des productions plus longues, plus coûteuses et un marché devenu beaucoup plus sélectif.

Les éditeurs réduisent leurs prises de risques. Les investisseurs se montrent également plus prudents. Dans le même temps, les joueurs disposent d’une offre toujours plus importante, ce qui rend difficile l’émergence de nouvelles licences.

DON’T NOD avait d’ailleurs déjà procédé à une importante revue de ses projets. En 2024, plusieurs productions avaient été mises en pause ou abandonnées, entraînant notamment d’importantes dépréciations comptables. Le groupe avait alors terminé l’exercice sur une perte nette de 64,3 millions d’euros.

Le studio avait ensuite engagé un recentrage de ses investissements vers les projets jugés les plus susceptibles de générer de la valeur.

Que va-t-il se passer pour les salariés ?

Pour l’instant, il serait prématuré de parler de licenciements ou de donner un nombre de suppressions de postes. La procédure d’information-consultation du CSE ne fait que commencer.

Le terme PSE désigne un dispositif encadrant les licenciements économiques lorsqu’une entreprise envisage de supprimer au moins dix postes sur une même période. Sa mise en place obéit à une procédure précise, notamment en matière d’information et de consultation des représentants du personnel.

DON’T NOD parle donc pour le moment d’un « projet de transformation » et d’une « éventuelle » mise en œuvre d’un PSE. Les détails devraient être présentés jeudi 3 septembre.

La société annonce en outre qu’elle communiquera les principaux éléments du projet et ses prochaines étapes après la clôture des marchés, toujours jeudi.

Pour les salariés de DON’T NOD, cette journée s’annonce donc particulièrement importante. Pour l’industrie française du jeu vidéo, elle rappelle surtout que la crise qui frappe le secteur est loin d’être terminée.