Et si, entre deux gros RPG, on se faisait une petite pause « détente » avec un bon jeu de courses des familles ? Et ça tombe bien, nous avons le candidat idéal ! Signé Milestone, Gravel va vous faire soulever la poussière, froisser de la tôle, plier du rétroviseur. Comme disait la marionnette de Jacques Chirac, à son chauffeur, dans Les Guignols de l’Info : « Vas-y Rémi, fais hurler la chiotte ! »

Un expert aux commandes

Gravel, c’est un peu ce jeu trop discret, dont on n’avait finalement pas entendu parler plus que ça… Sans doute étouffé par les campagnes de comm’ musclées de plus grosses machines. Et puis, on se souvient des trailers découverts ces derniers mois : le jeu semblait alors juste sympatoche. Alors, sans véritablement de jeux de caisses à se mettre sous la dent depuis quelques semaines, on cède aujourd’hui à l’envie d’en découdre dans un jeu qui tranche avec l’esprit « simu » des concurrents.

Et on est rassuré dès lors que l’on tient la boite en main ! Car sur la jaquette du jeu, vous pourrez voir le logo de Milestone. Loin d’être un inconnu, on peut même dire que le studio milanais est un gage de qualité dans le domaine des jeux de courses (et particulièrement des deux-roues). On lui doit notamment quelques grosses pointures comme la série des Moto GP, MXGP, Ride, WRC 3 et WRC 4, SBK… Ou encore Sébastien Loeb Rally Evo.

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Mais ce premier point peut cependant surprendre. Car si Milestone n’a plus grand chose à prouver en termes de simulations poussées, à la technique ultra-millimétrée… Il est moins fréquent de trouver cet éditeur sur le terrain de l’Arcade pure et dure… Pourtant, Gravel va s’avérer être une bonne surprise. Du fun qui déboîte du pare-choc en vous envoyant de la grosse musique métal dans le casque ; pendant que vous envoyez l’adversaire valdinguer dans les palmiers… Visiblement, le studio italien sait aussi faire dans ce créneau !

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Arcade, vous avez dit « arcade » ?

Vous l’aurez donc compris : si vous recherchez une simulation de conduite ultra-réaliste, passez votre chemin ! Ce n’est clairement pas le propos de Gravel ! Ici, on pousse l’adversaire dans le décor, ou on s’appuie sur sa carrosserie pour prendre les virages ! Et la dimension « arcade » du titre est franchement assumée par les développeurs !

D’autant que jeu « arcade » oblige, les dégâts seront, par défaut, ici purement cosmétiques. Vous pouvez aussi les désactiver totalement si cela vous chante. De même, pour une conduite aisée dès le début, de nombreuses aides au pilotage vont gérer, à votre place, les freinages et autres réjouissances techniques. Cependant, si vous désactivez les aides, vous gagnerez 30% d’XP en plus.

Aussi, le gameplay repose sur une répartition des touches on-ne-peut plus simple à maîtriser. Une gâchette pour accélérer, une autre pour freiner, et un bouton dédié au frein à main… Vous n’aurez besoin de guère plus pour vous éclater ! Il va donc vous falloir environ cinq secondes pour prendre le jeu en main !

Cependant, Milestone reste Milestone ! Et les puristes de la simulation pourront néanmoins mettre leur grain de sel dans les réglages. Il est ainsi possible de désactiver toutes les aides au pilotage, ou encore d’activer des dégâts réalistes (pétez la direction de votre voiture et vous allez comprendre). Le jeu en devient alors un poil plus réaliste, mais l’ADN « arcade » de Gravel demeure, malgré tout ! Enfin, on appréciera une IA plutôt correcte, qui n’hésite pas à venir au contact pour vous compliquer la tâche. Parfois un peu trop, d’ailleurs !

Un scénario qui ne se prend pas au sérieux !

Et bien oui ! Aussi surprenant que cela puisse paraître pour un jeu du genre, le mode principal de Gravel est scénarisé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénario est à l’image du reste du jeu : il ne se prend pas au sérieux (dans le bon sens du terme). Et l’on ne pourra qu’apprécier la mise en scène du dernier né de Milestone.

Dans le petit monde de Gravel a lieu un championnat mondial, le Off-Road Masters, auquel vous participez, évidemment ! Les épreuves quotidiennes de ce championnat font l’objet d’une émission TV, mix entre la téléréalité et le bon gros show à l’américaine. Et c’est donc cette émission que vous allez suivre sur la Gravel Channel. Préparez-vous à un déluge d’explosions, de feux d’artifice, et de grosses voix qui pourraient presque vous vendre le dernier film de Mickael Bay.

Ici, chaque champion a le droit a sa petite vidéo de présentation personnalisée. Et le jeu saura vous rappeler régulièrement que votre objectif est de battre l’invaincu « final league master » répondant au doux nom de Sean Walker (avec son regard noir qui fait vraiment très peur). Mais avant de vous frotter au roi des arènes, vous allez devoir faire vos preuves contre les autres maîtres, et accumuler les 120 étoiles nécessaires au duel final.

On aimera donc ce coté « nanardesque » franchement assumé, et particulièrement jouissif. Le doublage du speaker est évidemment dans la langue de Bigard Molière, et est plutôt convaincant. La playlist « metal » colle parfaitement à l’ambiance. Perso, j’ai eu l’impression de replonger dans mes interminables parties sur Destruction Derby 2, Motorstorm ou Twisted Metal.

Et le contenu dans tout ça ?

Si vous êtes un amateur de grosses bagnoles, alors vous risquez de savourer le roster qui s’offre à vous : Subaru Impreza, Toyota Celica, Lancia Stratos, Mitsubishi Pajaro ou Lancer… Ou même New Beatle… Ce ne sont pas moins de 46 livrées officielles de grands constructeurs qui vous attendent ! Une majorité des années 90, mais aussi quelques livrées plus récentes.

Des circuits dans le sable, dans la boue, dans la neige… Mais aussi des stadiums et des circuits de rallycross officiels (dont celui de Lohéac, hélas sans son joker)… Si l’on compte toutes les déclinaisons proposées, une cinquantaine de tracés sont disponibles, pour 16 lieux différents. Les voitures comme leurs livrées alternatives, ou les tracés, doivent être débloqués en gagnant des points et en gagnant des niveaux d’expérience.

Cinq types de courses seront donc proposés : des tours de circuit, du sprint, du contre-la-montre, de l’élimination (à chaque tour, le dernier est éliminé) et du Smash-up. Ce dernier consiste à gagner la course en passant sur des panneaux. Un mode qui devient rapidement plus frustrant qu’autre chose (notamment à cause des panneaux qui ne sont pas disposés sur le parcours idéal)… Et qui, de ce fait, ne trouve pas sa place dans un jeu qui mise soit-disant sur le fun !

Pour le reste, outre le mode Off-Road Masters, le jeu propose les classiques « contre la montre » , course libre, défis quotidiens… Et même un mode multijoueur online (Roi de la colline, Capture the flag), au final assez pénible. La faute à des salons qui peinent à se remplir. Et consistent bien souvent en des duels (aspect qui, pour le coup, n’est pas le fait des développeurs).

Une technique qui fait le job

Gravel tourne grâce au moteur Unreal Engine 4, comme c’était déjà le cas il y a quelques semaines pour Monster Energy Supercross, du même studio. Et on ne va pas se mentir : Gravel n’est pas le plus beau jeu de courses auquel vous allez jouer !

Sur une PS4 classique, on sent que les développeurs font tourner l’anti-aliasing à fond ! Mais en contrepartie, le jeu ne s’affiche qu’en 30fps, avec un rendu des voitures un peu trop « plastique ». Les quelques défauts restants sont masqués par un blur plus ou moins discret.

Jour… Nuit !

Pourtant, on ne jettera pas la pierre à Milestone pour cette réalisation tout juste correcte, tant elle peut nous satisfaire sur de nombreux aspects. Les environnements sont assez détaillés, avec de nombreux effets de lumière et éléments à gérer sur les circuits. Avec une mention spéciale pour les effets de salissures et la gestion des dégâts, qui s’affichent ici en temps réel. Les effets de particules (poussière, gouttes d’eau, éclaboussures de boue…) sont dans l’ensemble plutôt convaincants.

De plus, le jeu va vous permettre de gérer la météo. Vous pouvez choisir de piloter sous un beau soleil, ou sous un déluge. Vous pouvez aussi opter pour des courses le matin, le midi, le soir, voire en pleine nuit. Avec à chaque fois les effets de lumière qui vont avec. Le relief du sol est lui aussi réussi : ici, il n’est pas qu’une texture ! Et vous ressentirez la moindre bosse, la moindre flaque, le moindre bout de caillou sous votre roue…

Le rendu global du jeu est propre (remarque assez paradoxale, j’en conviens), et dans l’ensemble plutôt coloré. Reste à savoir si vous allez adhérer à cet univers plutôt crade, mais après tout… Si vous avez choisi Gravel, c’est bien pour vautrer vos bolides dans la boue… Pas pour admirer des carrosseries rutilantes ou des décors impeccables… Non ?

Un jeu excellent, mais pas un hit pour autant !

Tout est dit avec cet intertitre ! Sur le papier, Milestone avait tous les ingrédients pour faire de Gravel un véritable hit ! Hélas, le jeu pêche par des petites lacunes, mais qui commencent à peser par accumulation.

À commencer par ce choix incompréhensible de ne pas proposer de multi-local ! Certes aujourd’hui, tous les jeux de courses s’en passent, et certes, il faut gérer un écran splitté ! Mais Gravel n’est pas comme les autres ! Il mise sur le fun, sur la conduite de sauvage et sur les p’tits coups en traître… Alors, pourquoi nous priver d’humilier nos potes ? Vous imaginez sérieusement un Mario Kart sans multi-local ? Sur ce point, le choix de Milestone est, à mon sens, une grosse erreur !

Le second point noir du jeu est évidemment sa réalisation. Techniquement, il est chouette, mais sans plus. Certaines textures nous ramènent cinq ans en arrière. Et certaines arènes vous sembleront bien vides ! Quelques animations d’arrière-plan n’auraient pas été de refus. De même, la physique des véhicules semble parfois trop déconnante : comme si elles étaient montées sur ressorts, vos voitures rebondissent après des sauts… La sensation de poids de la voiture n’est pas la plus réaliste que nous ayons vue…

Au final

Attention ! Ce n’est pas parce que le jeu est signé Milestone que Gravel est une simulation destinée aux puristes de la conduite. Bien au contraire, attendez-vous à trouver ici un soft orienté « arcade » à 200% ! Gravel mise avant tout sur le fun, sur la conduite de bourrin, et sur les p’tites fourberies pour franchir la ligne d’arrivée avant ses adversaires.

Et je crois qu’un jeu de courses ne m’avait pas autant donné la banane depuis BurnOut Paradise (dispo en version remasterisée la semaine prochaine). Ou plus récemment Mario Kart 8. Gravel est donc une très bonne surprise !

Véritable jeu à tiroirs, on appréciera de retrouver ici un solide contenu, de nombreux véhicules et circuits à débloquer. Le tout est servi par une mise en scène qui, comme l’ensemble du jeu, ne se prend pas au sérieux et mise sur un ton décalé, vraiment plaisant ! Les plus anciens trouveront ici un digne héritier de Sega Rally.


Gravel

  • par Milestone, distribué par Big Ben Interactive, sur PS4, Xbox One et PC.
  • Classification : PEGI 3.
  • Prix : Entre 50 et 60€ selon l’enseigne.

 

À toutes bombes :

  • Voitures, circuits… Un gros contenu
  • Le mode Off-Road Masters
  • Des grands constructeurs et leurs livrées officielles
  • L’ambiance générale du jeu et le scénario nanardesque assumé
  • De l’Arcade à 200%, le gameplay au top
  • Une IA cohérente
  • Un vrai sol, avec ses bosses et ses creux
  • Les dégâts et la saleté en temps réel
  • La bande-son qui envoie des volts
  • L’éclairage lors des courses de nuit
  • Grosse durée de vie

Crash dans le fossé :

  • Pas de multi-local : pour un tel jeu, c’est une erreur !
  • On a vu des jeux plus beaux : des textures moyennes
  • Certains décors un peu vides
  • Un mode online trop souvent désert
  • Voitures un peu trop montées sur ressorts
  • Quel est l’intérêt du mode Smash-Up ?
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