Game over pour Vivendi : Vincent Bolloré renonce à Ubisoft

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Après avoir tenté, pendant près de trois ans, de « prendre le contrôle d’Ubisoft » , Vincent Bolloré a jeté l’éponge hier soir, mardi 20 mars. Vivendi a en effet annoncé la cession de sa participation (à hauteur de 27,27%) : pour un montant de 2 milliards d’euros, la société quitte le capital d’Ubisoft.

Fin du bras de fer entre Vivendi et Ubisoft

Yves Guillemot, cofondateur et PDG d’Ubisoft (©Ubisoft)

Cela faisait presque trois ans que l’homme d’affaires Vincent Bolloré rêvait de mettre la main sur le géant breton du jeu vidéo, Ubisoft. Pour cela, dans la foulée du rachat de Canal+, en octobre 2015, il avait investi afin d’entrer au capital (et donc dans le conseil d’administration) du créateur d’Assassin’s Creed et Far Cry. Avec l’objectif assumé de grignoter des parts, petit à petit, pour absorber l’éditeur de jeux vidéo (d’environ 6% de parts, Vivendi était monté jusqu’à près de 30% à l’été 2017).

Mais c’était sans compter sur la résistance des frères Guillemot, les PDG morbihannais étant bien décidés à ne pas se laisser engloutir par Vivendi. Et ce, même lorsque Vivendi rachetait, en 2016 via une OPA hostile, leur société de jeux mobiles Gameloft (pour 700 millions d’euros)…

Fin des hostilités

Mais après trois ans de bataille, le bras de fer est terminé ! Vincent Bolloré renonce définitivement à Ubisoft, qui a annoncé, ce mardi 20 mars (après la Bourse de Paris), un accord avec Vivendi. Objectif : la cession de l’intégralité de la participation de Vivendi dans Ubisoft. Soit 30.489.300 actions, cédées à 66€ par action :

  • 18.368.088 actions seront vendues auprès d’investisseurs qualifiés. Au moyen d’un placement privé réalisé par voie de construction accélérée d’un livre d’ordres. Dont 9.379.347 actions à des investisseurs déjà identifiés par Ubisoft.
  • 9.090.909 actions seront vendues à Ubisoft. Dont 7.590.909 actions à terme de six mois en couverture d’engagements de vente à terme.
  • 3.030.303 actions seront vendues comptant à Guillemot Brothers SE. Ce par l’intermédiaire de Crédit Agricole – CIB qui assurera la couverture de 2.887.879 d’entre elles.

L’opération s’accompagne d’un rachat d’actions par Ubisoft, d’un achat d’actions par Guillemot Brothers SE et d’un placement privé accéléré (« Accelerated Bookbuilding ») auprès d’investisseurs institutionnels.

Au terme de l’opération, Vivendi n’est plus actionnaire d’Ubisoft. L’ancienne Compagnie Générale des eaux s’est par ailleurs engagée à ne pas acquérir d’actions Ubisoft pendant 5 ans.

L’évolution de notre actionnariat est une excellente nouvelle pour Ubisoft. Elle a été rendue possible par l’exécution remarquable de notre stratégie et par le soutien déterminant de nos talents, de nos joueurs et de nos actionnaires. Je voudrais les en remercier chaleureusement. Yves Guillemot

Ubisoft rachète ses propres actions

Ubisoft s’est donc engagée à racheter, auprès de Vivendi, jusqu’à 9 090 909 de ses propres actions (8.1% du capital). Et ce dans le cadre d’une opération structurée. Sous la forme d’une cession à terme des actions par Vivendi à Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (CACIB). 1.500.000 actions seront vendues comptant à Ubisoft !

Via un mécanisme de rachats à terme par Ubisoft auprès de CACIB, les rachats d’actions vont pouvoir s’étaler sur la période 2019-2021.

Ubisoft va donc annuler les actions rachetées, avec un effet relutif pour tous ses actionnaires. Elles sont aussi vouées à être utilisées dans les programmes de rémunération en action. Ou indexées sur la valeur de l’action, des salariés.

Guillemot Brothers SE achète aussi des actions

Dans le cadre de l’opération, Guillemot Brothers SE s’est aussi engagée à acheter 3 030 303 actions (2,7% du capital). Toujours au prix de 66 € par action.

Ainsi, la détention de Guillemot Brothers SE sera portée à 17 406 414 actions. Soit 19,4% des droits de vote, et 15,6% du capital. Et la détention du concert Guillemot à 20 636 193 actions. Soit 24,6% des droits de vote et 18,5% du capital.

Un placement privé accéléré (« Accelerated Bookbuilding »)

Le solde de la participation de Vivendi (8 988 741 actions, soit 8,0% du capital), s’est cédé au prix de 66€ par action. Ce dans le cadre d’un placement privé accéléré (« Accelerated Bookbuilding »), auprès d’investisseurs institutionnels.

Ubisoft a annoncé ce mercredi le succès de la vente de l’intégralité de la participation de 27.3% de Vivendi au capital d’Ubisoft. Pour partie réalisée sous la forme d’un placement privé accéléré auprès d’investisseurs qualifiés (le « Placement ») tel qu’annoncé le 20 mars 2018.

Pour répondre à la très forte demande d’investisseurs… Un témoignage du potentiel de création de valeur à long terme d’Ubisoft, le Placement a été augmenté de 1 500 000 actions. Pour atteindre un total de 13 376 620 actions vendues à des investisseurs qualifiés.

En conséquence, comme annoncé par Ubisoft, le rachat d’action conduit par la société sera  donc réduit de 1 500 000 actions. Pour atteindre 7 590 909 actions rachetées, soit environ 6.8% du capital d’Ubisoft.

Deux nouveaux actionnaires, dont un géant chinois

Ubisoft et le géant chinois Tencent ont également annoncé ce même jour la signature d’un partenariat stratégique. Il permettra d’étendre fortement la portée des franchises d’Ubisoft en Chine dans les années à venir.

Ontario Teachers’ s’est engagé pour sa part à investir 250 millions d’euros. Soit 3 787 878 actions Ubisoft (3,4% du capital) et Tencent s’est engagé à acquérir 5 591 469 actions Ubisoft (5% du capital).

Aussi, ces prises de participations se feront au prix de 66€ par action. Et ne prévoient pas d’attribution de sièges au conseil d’administration d’Ubisoft.

Tencent s’est, en outre, engagé à ne pas transférer ses actions. Ni à augmenter sa détention d’actions ou de droits de vote dans Ubisoft. L’éditeur français a été malin, et ne risque donc pas de revivre le même épisode…

Vivendi veut continuer dans le jeu vidéo

Vincent Bolloré, PDG du groupe Bolloré, à la tête des conseils de surveillance de Vivendi (©DR)

Pour sa part, Vivendi n’entend pas abandonner totalement l’industrie du jeu vidéo. D’une part parce que la société détient toujours Gameloft, leader mondial des jeux pour mobile… Et que visiblement, les choses se passent plutôt bien.

D’autre part, suite à ces récentes annonces… Le groupe Vivendi confirme son intention de renforcer sa présence dans le secteur « particulièrement dynamique des jeux vidéo. Il constitue une des pierres angulaires du développement du Groupe » !

Aussi, Vivendi ne considère pas ce retrait du capital Ubisoft comme un échec. Car le groupe réalise, au passage, une jolie plus-value. S’il avait investit 794 millions jusqu’à présent, il revend sa participation au capital d’Ubisoft pour 2 milliards d’euros. Soit un bénéfice de 1,2 milliards d’euros.

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