Yakuza Kiwami : un remake qui ne vous prend pas pour des pigeons

Testé sur une version fournie par l'éditeur

Yakuza (Amusement Vision et Sega) est sorti initialement en 2005, sur PS2. Le jeu connaît cette année une refonte totale, pour briller de mille feux en 1080p sur PS4. Je n’aime pas vous spoiler mais… Avec Yakuza Kiwami, nous avons ici un pu… de jeu !

Série très connue en Asie

Si vous demandez à un gamer français à quel jeu lui fait penser Sega, il y a de fortes chances qu’il vous réponde Sonic. Au Japon, c’est un peu différent ! Un joueur japonais vous citera certainement Ryû Ga Gotoku, l’un des titres les plus populaires de la marque au Pays du Soleil levant. Autrement dit, Yakuza, sous nos latitudes !

Et sous nos latitudes justement, la série Yakuza n’est pas très connue. Du moins pas à sa juste valeur. La faute sans doute à son absence de traduction française. Et si elle commence à être populaire au Pays des fromages, c’est sans doute grâce à Deep Silver, qui nous a notamment gratifié d’une préquelle, Yakuza 0, en tout début d’année.

Mais pas moins de 12 jeux Yakuza sont sortis, depuis 2005, sur les consoles de Sony (exclusivement). Et encore je ne compte pas Yakuza 6, annoncé pour le 20 mars 2018 sur PS4 !

Derrière les barreaux

Vous l’aurez compris : Avec Yakuza Kiwami, nous allons replonger 12 ans en arrière, dans le volet d’origine. Un épisode qui installe à la fois l’intrigue, et son personnage principal : Kazuma Kiryu.

Nous sommes en 1995, à Tokyo. Kazuma a grandi avec son ami d’enfance (qu’il considère comme un frère), Akira Nishikiyama. Devenus des petites frappes, les deux jeunes hommes ont petit à petit gravi les échelons de la mafia japonaise, pour devenir des personnalités reconnues par les Yakuzas.

Tout roule pour les deux amis. Kazuma va se voir confier une « famille » et Nishikiyama se rapproche doucement de Yumi, une jeune femme qui a grandi avec les deux hommes, dans le même orphelinat. Mais lorsqu’un chef Yakuza tente de violer Yumi, il se fait exécuter par Nishiki, sans aucune autre forme de procès.

Par amitié pour Nishikiyama, Kazuma décide de se sacrifier, et se laisse accuser du meurtre. Il passe par la case « prison » sans toucher les 20.000€, pour en ressortir dix ans plus tard. Mais à sa grande surprise, pas mal de choses ont changé…

Il était une fois… Kamurochō

Une fois les présentations faites, il est grand temps de lancer le jeu. Et c’est donc ici que va arriver, sans vous prévenir, la première claque ! Yakuza Kiwami est visuellement à tomber ! Les décors sont superbement réalisés, et durant vos pérégrinations, il ne sera pas rare que vous restiez en admiration, en plein milieu du quartier fictif de Kamurochō (inspiré par le quartier chaud bien réel de Kabukichō).

Je pourrais aussi vous parler des textures, tout simplement ahurissantes. Construit comme un film, le jeu multiplie les scènes reprenant des cadrages dignes du Septième Art. Et lorsqu’il s’attarde sur les gros plans, c’est pour mieux vous scotcher sur le rendu de la peau des personnages. Vous pourrez distinguer jusqu’aux pores, bien qu’en ne jouant que sur une PS4 classique (je n’ose imaginer sur une Pro)… Ici, les développeurs ne se sont pas contentés de lisser quelques textures ! Ils ont repris le jeu de fond en comble, allant même jusqu’à demander aux acteurs du jeu de réenregistrer leurs dialogues en japonais (la première version était en anglais, avec notamment la voix de Mark Hamill) !

Pour revenir à notre district tokyote, son rendu est vraiment superbe. Avec une mention spéciale pour les éclairages. L’ambiance nocturne, rythmée par les clignotements des néons, est vraiment grisante. Notre héros se fraie un chemin au beau milieu des piétons qui déambulent, vaquant à leurs occupations.

La rue est à la fois belle et crade. Aux enseignes lumineuses s’opposent les tas d’ordures, les flaques d’eau croupie. Vous vous sentirez autant fasciné par la foule que rebuté par les petites ruelles sombres. Vous devrez aussi circuler au beau milieu des objets du quotidien (poubelles, vélos, etc), avec lesquels vous pourrez aussi interagir, notamment lors des combats.

Et si en plus le scénario est bon…

De chouettes graphismes, c’est très bien ! Mais cela ne suffit pas à faire totalement le job. Aussi, Yakuza Kiwami s’appuie également sur une narration passionnante. Et l’on sent que les scénaristes ont souhaité nous offrir bien plus qu’un script lambda, avec ses clichés et ses raccourcis bidons. L’écriture de Yakuza Kiwami est vraiment bien ficelée. Le scénario va vous happer jusqu’au générique de fin.

Comme vous l’aurez compris, le propos est noir, pas forcément super joyeux ! Aussi, les scénaristes ont-ils choisi d’alléger le ton en y glissant de l’humour. Exercice ô combien casse-gueule ! Car si le dosage de l’un des deux ingrédients n’est pas parfait, la recette sera tout simplement indigeste !

Mais il faut croire que chez Sega, on maîtrise aussi la popote. Car le plat est succulent. L’humour (très japonais), qui est bien présent dans le jeu, trouve sa place. Il arrive comme il faut, quand il faut. Et ce sans se forcer, et sans venir gâcher le ton pesant de l’histoire principale. Concrètement, il se manifeste par des réflexions, des répliques, des personnages hauts en couleur… Mais aussi par de nombreux mini-jeux plus ou moins distrayants.

Au bout du compte, le joueur se laisse entraîner par l’histoire abracadabresque de Kazuma, plonge dans l’univers pas toujours jouasse des yakuzas. Un monde fait de méfaits pas vraiment propres, mais toujours avec un sens de l’honneur exacerbé… Le climat est souvent pesant. Mais tout en trouvant régulièrement, sur son chemin, quelques fenêtres de décompression bienvenues.

Il en résulte un jeu qui ne vous laissera pas indifférent. J’en suis la preuve ! Je connaissais très mal la saga YakuzaKiwami m’a donné une irrésistible envie de découvrir en profondeur la série.

Le Dragon de Dojima en action

Que serait un jeu Yakuza sans ses phases de baston de rue. (Très) régulièrement, Kazuma sera importuné par des voyous. Coup de poing, de pied… Mais cela ne suffit pas pour en faire un beat’m all fun. Alors on va voir un peu plus grand !

Et pour cela, vous allez disposer d’entrée des quatre styles de combat initiés dans Yakuza Zero (brawler, beast, rush et dragon de Dojima). Chacun d’entre eux dispose de son propre arbre de compétences. Avec toutefois un bémol pour le puissant style « Dragon », qui n’évoluera que suite à vos rencontres avec l’insupportable Goro Majima, votre antagoniste psychopathe.

J’aurais presque pu lui consacrer un chapitre entier, à ce bon vieux Goro Majima. Cette ordure qui va vous coller aux basques tout au long de l’aventure. Et qui a pour particularité de toujours apparaître dans des endroits incongrus. Un personnage très ambigu, dont les apparitions frisent le ridicule (et vous arrachent un sourire). Mais ne vous y trompez pas : Majima est un vrai méchant, que vous allez aimer détester. Un « Joker » à la sauce japonaise, en quelque sorte.

Dans les rues, vous allez donc devoir vous coltiner de nombreux combats contre le menu-fretin de la pègre. Une formalité ! Heureusement, la routine est brisée par l’apparition de boss, un peu plus retors. Avec des patterns un peu plus complexes, ces derniers vont vous demander plus de dextérité, et surtout de connaître les quatre styles de combat évoqués plus haut.

Yakuza Kiwami est beaucoup plus technique qu’il n’y paraît, et la jouissance de votre toute puissance se paie en maîtrise. On appréciera également le fait que le personnage puisse évoluer, en acquérant de nouvelles compétences actives et passives. Une carotte qui va vous pousser à aller toujours plus loin.

Et si on parlait des défauts du jeu ?

Jusqu’ici, Yakuza Kiwami enchaîne les superlatifs. Mais comme tout jeu, il a aussi ses défauts. Et c’est ce que nous allons voir maintenant !

Le premier reproche que l’on peut légitimement formuler concerne les sous-titres du jeu. Ils sont exclusivement en anglais. Pourquoi ? Pourquoi pas de VF ? Alors, certes, il peut parfois être long de localiser un jeu. Et Deep Silver ne va pas prendre le risque de sortir le soft dans six mois, juste pour ajouter des sous-titres en français. Mais… Le reproche devient incompréhension lorsque l’on sait que le jeu d’origine (Yakuza sur PlayStation 2) était le seul volet sous-titré en français.

Si les cinématiques sont superbes, on ne peut pas en dire autant des phases in-game (déplacements ou combats). Les personnages semblent parfois un poil trop rigides. Alors, certes, ces phases ne sont pas laides, mais le contraste saute aux yeux. La faute à un moteur graphique qui commence un peu à dater : à savoir le même moteur que celui de Yakuza Zero, sorti au Japon en 2015, sur PS4 et… sur PS3.

Ce qui a aussi pour effet de se ressentir lors de certaines phases de jeu. Notamment par quelques rares ralentissements et chutes de framerate. De même, certaines textures anachroniques vous piqueront les yeux. Comme le rendu des cheveux, par exemple, qui semble nous ramener sur PS3.

Enfin, on pourra reprocher à Kiwami une certaine redondance dans les combats, un peu trop fréquents à mon goût. S’ils ont été conçus pour donner du rythme à l’aventure, à plus forte raison après de longues phases de parlotte… Ils peuvent finir par lasser, vous donnant l’impression de toujours faire la même chose.

Au final

Dans le monde du jeu vidéo, il y a deux types de refontes ! Celles qui nous laissent penser qu’elles ne sont là que pour faire un peu plus de fric (pour 90% des cas, juste un lissage de textures, on parlera de remaster)… Et les refontes comme celles de ce Yakuza Kiwami, absolument superbes, avec un vrai boulot de fond ! Nous parlons donc bien ici d’un vrai remake !

Cerise sur le gâteau, après vérifications sur la toile, Yakuza Kiwami se vend à un prix maximum de 35€, un peu partout. Et encore, à ce prix, vous trouverez le CD rangé dans son superbe Steelbook. Dans ce cas, ça ne se refuse pas !

Yakuza Kiwami est donc une pépite, sortie à une période assez périlleuse de l’année : celle où les titres s’enchaînent, et où les joueurs s’apprêtent à vibrer « football » ou « basket » ! Pourtant, il fait partie de ces jeux à coté desquels on ne peut décemment pas passer !

Soit vous ne connaissez pas la série Yakuza, et ce Kiwami est une excellente occasion de vous plonger dans l’ambiance de la série… Soit vous avez déjà plié le jeu sur PS2, mais les nouveautés et la qualité de ce remake sont telles que vous allez littéralement redécouvrir le titre. Dans les deux cas, je ne puis vous donner qu’un seul conseil : foncez !


Yakuza Kiwami

Développé par Sega, distribué par Deep Silver. Sur PS4. Prix : environ 35 €. PEGI : 18.

 

Les + :

  • Un vrai remake !
  • Une vraie atmosphère
  • Le quartier de Kamurocho criant de réalisme
  • Les combats réussis
  • 30 minutes de cinématiques ont été ajoutées
  • De nombreux mini-jeux
  • Goro Majima everywhere !
  • Des passages tendus, d’autres humoristiques
  • Les voix japonaises
  • 35 balles ? Sérieux ?

Les – :

  • Le jeu original a perdu ses sous-titres français
  • In-game, les animations qui datent un peu
  • Combats un peu trop répétitifs à la longue
  • Quelques ralentissements
  • Certaines textures (cheveux)
 .
Remasteriser un jeu, c'est devenu très fréquent de nos jours ! Mais réaliser un bon remake est beaucoup plus rare. Pourtant, avec ce Yakuza Kiwami, Sega ne se contente pas de rehausser un Yakuza vieux de douze ans, mais nous offre l'illusion d'avoir un tout nouveau titre entre les mains. Kiwami est une franche réussite, refondu avec sérieux par une équipe qui ne nous prend pas pour des pigeons. A un prix aussi attractif, il serait presque scandaleux de passer à coté...
93%
Excellent !

Remasteriser un jeu, c'est devenu très fréquent de nos jours ! Mais réaliser un bon remake est beaucoup plus rare. Pourtant, avec ce Yakuza Kiwami, Sega ne se contente pas de rehausser un Yakuza vieux de douze ans, mais nous offre l'illusion d'avoir un tout nouveau titre entre les mains. Kiwami est une franche réussite, refondu avec sérieux par une équipe qui ne nous prend pas pour des pigeons. A un prix aussi attractif, il serait presque scandaleux de passer à coté...

  • Direction artistique
  • Ambiance sonore
  • Scénario
  • Jouabilité
  • Durée de vie
  • Rapport qualité-prix

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