Agents of Mayhem : de bonnes idées qui manquent de finition

Testé sur une version PS4, fournie par l'éditeur

L’équipe de Volition, derrière l’excellente série Saints Row, est enfin de retour ce mois-ci avec Agents of Mayhem, sur PS4, Xbox One et PC. Leur dernière création sera t-elle à la hauteur de la hype qu’elle a suscité ? La réponse avec ce test !

Le Monde a besoin de vous !

Le monde va mal, très mal, même ! Un peu partout, les attaques terroristes se multiplient, signées par un certain Dr Babylon. Le bougre a formé une armée, Legion, pour servir ses rêves de domination. Le grand méchant de l’histoire projette de détourner une comète, qui passe dans le coin (ça tombe bien), pour… Je vous laisse découvrir la suite !

Et qui appelle t-on dans ces cas là ? Superman ? Occupé !… L’Agence Tous Risques ? Ils avaient piscine !… Overwatch ? Ils sont occupés avec leurs jeux d’été… Et bien, je crois qu’il ne reste plus que vous ! Et ça tombe bien, puisque vous avez comme une envie de défourailler de la Legion !

Car « vous » en l’occurrence, c’est une organisation de super-soldats appelée Agents of Mayhem. Cette fine équipe est dirigée par Perséphone, une femme à poigne qui décide d’enrayer la crise en recrutant ses douze meilleurs agents (et les plus frapadingues, aussi). Et c’est une version futuriste de Séoul qui va ici servir de cadre à cette action soutenue.

Oui, je l’avoue : le scénario n’est pas le plus original que nous ayons vu jusqu’à maintenant. Mais dans un jeu qui mise toutes ses billes sur l’action, on ne s’attend pas non plus à trouver du Nobel de littérature. Au moins, nous avons un scénario, et dans le contexte très « série d’action des années 80 » d’Agents of Mayhem, il tient la route 😉

Le retour de Volition !

La première bonne nouvelle, c’est que Agents of Mayhem marque le grand retour de l’équipe de Volition (un studio de Deep Silver). Cette team de développeurs connue pour ses jeux d’action… Tout en y insufflant sa patte, autrement dit un propos bien délirant, bien barré !

Souvenez-vous : il y a quelques années, nous vous parlions de Saints Row IV, un GTA-Like dans lequel vous incarniez le Président des Etats-Unis, affublé de super-pouvoirs… Et luttant contre des extra-terrestres avec des armes aussi improbables que dévastatrices. Et Saints Row IV, c’était justement… Volition !

Aussi, dans Agents of Mayhem, on s’attend à retrouver leur signature ! Des situations cocasses, de l’humour à gogo, des pouvoirs délirants, des dialogues improbables… Le tout servi dans un jeu d’action qui dépote ! La patte du studio illinoisais se retrouve jusque dans la direction artistique, avec ses personnages colorés, un cadre « SaintsRowesque », et des dominantes chromatiques tirant sur le violet.

Un cousin de Saints Row

AoM n’est pas un Saints Row, mais il en a la couleur ! Si le nom Saints Row n’apparaît pas dans le titre, Agents of Mayhem devait, au départ, en être un spin-off. Saints Row a disparu de l’affiche, mais les nombreux clins d’oeil sont restés… Tout comme la possibilité de jouer ce bon vieux Johnny Gat.

Notez aussi que Agents of Mayhem est le véritable premier jeu de Volition sur cette génération de machines. Bien sûr, il y a deux ans, nous avions bien eu, sur PS4/X1, Saints Row IV : Gat out of Hell. Mais qui était en fait un spin-off de Saints Row IV, construit sur une base PS3/X360… Donc le cul entre deux chaises, si l’on peut dire.

Au niveau de la direction artistique et de l’ambiance générale, on soupçonne tout de même qu’Overwatch ait pu être une source d’inspiration ! En témoigne le casting avec ses personnages ayant chacun ses spécificités (tireurs, tanks, snipers, etc). Les ressemblances allant même jusque dans les polices d’écritures… En réalité, les plus observateurs relèveront plusieurs titres qui ont pu inspirer Volition, mais je laisse cet aspect à votre appréciation, à votre propre culture vidéoludique.

C’est la fête au village !

Alors, Agents of Mayhem, c’est quoi ? Un méchant… Des agents… Des missions… Et vous voilà lâché dans un monde ouvert, en mode TPS (jeu de tir à la troisième personne), afin de canarder tout ce qui a un curseur rouge au dessus de la tête. Qu’il s’agisse des simples escouades d’ennemis, ou des boss qui vous attendent à la fin de chaque chapitre.

Triple saut

Au niveau du gameplay, on appréciera de trouver des mécaniques qui contribuent à rendre les combats encore plus nerveux. Ainsi, vous bénéficiez ici non pas d’un double, mais d’un triple saut. Ces agents sont vraiment balèzes ! Ils peuvent aussi utiliser un dash plutôt pratique (touche rond), et une chute de plus de quarante étages n’affecte pas leur barre de vie. En résumé, la jouabilité de AoM est très proche de celle de Saints Row.

Lorsque vous partez en mission, vous devez composer une escouade de trois personnages, sur un total de douze agents jouables. En jeu, vous pourrez switcher à tout moment entre chacun de vos trois agents, et si l’un meurt, le suivant prend le relai. On appréciera de constater que ce trio vous offre véritablement trois jouabilités différentes quelle que soit la combinaison, chacun disposant de techniques et de skills différents. Une fois le jeu terminé, vous pourrez refaire les missions en constituant des équipes différentes. Un bon moyen de découvrir de nouvelles choses, et de nouvelles combinaisons.

A explorer horizontalement et verticalement

A la fin de chaque mission, vous cumulez des points d’expérience, qui vous permettront d’upgrader vos compétences, vos spéciaux et vos armes. Un petit passage dans les boutiques de l’Ark (votre base, et hub central du jeu) vous permettra d’affecter de nouvelles compétences, et même d’utiliser les aptitudes des ennemis, une fois débloquées.

Le monde ouvert qu’est ce Séoul futuriste est un terrain de jeu intéressant, qui s’explore à la fois horizontalement et verticalement (avec votre triple-saut, vous pouvez même atteindre le sommet des gratte-ciels). Et lorsque je parle d’exploration, je fais référence aux (très) nombreux coffres et éclats de cristaux éparpillés sur la map. Importants pour booster votre inventaire ou vos compétences (dix éclats de cristaux donnent un cristal complet, servant à optimiser vos capacités). De plus, en guise de « missions annexes », vous pourrez aussi tomber sur des spots tenus par des ennemis. A nettoyer évidemment ! Il est donc possible de faire plein de choses, en dehors de la quête principale !

L’humour se prend les pieds dans le tapis ?

J’avoue qu’en apprenant le développement d’Agents of Mayhem, de surcroît par le studio Volition, je m’attendais à de bonnes grosses poilades, à des bosses de rire énormes. En effet, je souris encore lorsque je repense à mes sessions sur Saints Row IV. Certes, son humour était majoritairement situé sous la ceinture (on s’en moque : on est des Gaulois, donc on surkiffe). Mais j’avais adoré y trouver des vannes à la pelle. Et inévitablement, je m’attendais à ce que AoM place la barre (de rire) encore plus haut.

Etrangement, Volition n’a pas mis ces quatre dernières années à profit, pour potasser l’intégrale des meilleures blagues de Jean Roucas. Les premières minutes du jeu font sourire, mais au bout d’une heure, on attend encore la grosse blagoune, en se disant que « le jeu se met en place, ça va venir » … Ou pas !

Trop sage ?

Où est le coté complètement déjanté, promis par les trailers ? Certes, on peut faire tout ce que l’on veut, en créant de véritables scènes de chaos en ville, mais… L’écriture me semble un peu trop légère, et l’humour trop discret (bien qu’il soit quand même présent). Un peu comme si Volition, devenu trop sage, n’osait pas aller trop loin… Les grosses blagues ne sont pas si fréquentes en jeu, et vous devrez souvent vous contenter des amusants dialogues entre les membres de votre équipe. Ils ont toutefois le mérite de varier selon les différentes combinaisons possibles de héros.

On est sur une PS4 (ou sur une Xbox One, rayez la mention inutile) ! Autrement dit, une console techniquement plus évoluée que la génération précédente. Et donc une console qui peut nous proposer autre chose qu’une ville aussi dénuée de vie. Et autre chose que des PNJ clonés, et qui avancent comme des âmes en peine, quasiment hermétiques à ce qui se passe autour d’eux. Un peu de folie dans ce monde ouvert n’aurait pas été de refus. Et aujourd’hui, avec une telle technologie, on sait le faire !

Limites techniques ou choix assumés ?

Mais que s’est-il passé ? Lorsque je regarde la réalisation technique de AoM, j’ai l’impression de replonger plusieurs années en arrière. Alors certes, Volition a fait le choix de graphismes « cartoon » (avec des contours épais), un peu dans l’esprit d’un Borderlands. Mais… Il y a un truc qui fait tiquer !

Est-ce un oubli des développeurs, ou une option que je n’ai pas trouvée ? Toujours est-il qu’il m’a semblé impossible de pouvoir se téléporter d’un point à l’autre de la carte. Autrement dit, si A et B se situent à deux points diamétralement opposés de la carte, il va falloir tout traverser à pattes… Ou en voiture. L’Ark peut vous permettre de choisir un point de chute, mais…

Quelques bugs

J’ai beaucoup de mal à comprendre comment, sur un jeu dont la technique n’est pas aussi poussée que sur un GTA V ou sur un Horizon Zero Dawn, je peux voir du clipping. Ou des chutes de framerate. Et ici, je n’avancerai pas l’argument du test sur une PS4 classique, et non une PS4-Pro… Je pense qu’ici, le le problème est ailleurs.

Enfin, le dernier point négatif selon moi concerne ce monde ouvert qu’est Séoul. Si la découverte de la ville séduit au premier abord, vous allez vite vous sentir à l’étroit. Plus vous allez accumuler les heures de jeu, et plus les dimensions de la ville vont vous sembler réduites. Avec des PNJ qui se ressemblent tous… Et des véhicules qui suivent un rail invisible, ne déviant jamais leur trajectoire, même lorsqu’ils foncent dans le chaos.

Des manques incompréhensibles

J’ai l’impression de me répéter, mais encore une fois : nous sommes en 2017 ! Aussi, j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi, avec tant de possibilités offertes par ce casting intéressant, Volition a tout simplement zappé l’option « multijoueur ».

Certes, je ne suis pas un féru de jeu en ligne, et j’apprécie davantage les campagnes solo. Mais en 2017, le jeu compétitif online est très clairement ce qui va faire vendre, aux joueurs, un cahier des charges comme celui d’Agents of Mayhem ! Et il me semble évident que, sans parties en ligne, Agents of Mayhem se prive d’un public pourtant important.

Pas poussé au bout

Ma seconde incompréhension porte sur ces mécaniques géniales, mais qui ne semblent pas avoir été terminées. Le fait de diriger une équipe de trois agents est, par exemple, vraiment excellente ! Mais l’idée est tuée dans l’oeuf par le fait qu’il n’existe aucune interaction entre les membres de votre team. Je ne demandais pas à jouer les trois héros simultanément, mais… Si par exemple, vous posez une tourelle défensive avec un personnage, et que vous switchez pour prendre un autre héros… Votre tourelle ne reste pas en place ; elle disparaît ! Pourquoi ?

Faut-il pour autant bouder le jeu ?

Si vous vous êtes baladé sur la toile ces derniers jours, il ne vous aura pas échappé qu’Agents of Mayhem est loin de remporter tous les suffrages. En cause, les nombreux défauts détaillés ci-dessus, et que l’on ne peut nier. Mais doit-on pour autant éviter AoM, ou céder à la tentation si l’on est fan du genre ? Est-il finalement un bon ou un mauvais jeu ?

J’avoue être assez partagé sur la question. Oui, AoM m’a déçu sur pas mal de points. Mais je dois être honnête, et vous avouer que j’ai tout de même passé un bon moment sur ce titre. Oui les défauts sont à tous les coins de rue… Mais je constate néanmoins qu’une fois lancé dans une partie, j’avais du mal à en décrocher.

Au bout d’un moment, j’ai décidé de considérer AoM comme ce qu’il doit, je pense, être à la base : une parodie franchement assumée des nanards des années 80. Il en reprend les codes, la scénarisation… Et c’est peut-être là la principale touche d’humour de Volition, à prendre au second degré. Et si AoM était tout simplement une parodie ?

« Y’a pire ailleurs »

Le scénario trop plat ? Franchement, regardez les films de la Cannon et on en reparle. Et puis, dois-je rappeler ici que le défaut principal d’Overwatch (encore lui) à sa sortie était le manque d’un mode solo ? Le scénario ne tenait alors que dans le background installé par les cinématiques visibles sur Internet. AoM a toutefois un scénario, lui, quelle que soit sa qualité. « Moi tuer méchant mégalo qui veut détruire le monde » (le pitch de 90% des jeux quand on y pense), ce n’est certes pas très évolué, mais cela suffit amplement à installer l’univers du jeu. Reste que quelques rebondissements auraient été les bienvenus.

La conduite improbable ? Certes les véhicules manquent de souplesse, ont parfois la rigidité d’un parpaing, et votre véhicule vous agacera à redémarrer à 2 à l’heure. On pourrait aussi critiquer le fait que que les missions de conduite se limitent à défoncer du pare-choc… Mais… De là à dire que ces phases de conduite sont d’une atrocité innommable, il ne faut pas exagérer ! Certes, ce n’est pas du GTA, mais elles sont jouables, assez plaisantes à mon goût (malgré leur réalisation ici aussi en retard d’une génération), et apportent un peu de diversité au milieu de missions qui finissent par se ressembler.

Pour qui ?

AoM n’est pas un mauvais jeu. Et une fois la partie lancée, il parvient même à développer un capital sympathie certain. Mais force est de constater qu’il sort deux, ou trois ans trop tard. De surcroît, il sort à une période de l’année qui déborde de titres. Les fans de Saints Row passeront donc un bon moment, les autres risquent de passer… à coté.

Au final

Très clairement, Agents of Mayhem se définit comme un bon gros défouloir, qui se joue sans se prendre la tête ! Après une dure journée, posez-vous dans le canapé, relâchez toutes les pressions de la journée, et laissez vous aller en déconnectant votre cerveau.

Pourtant, le jeu souffre de nombreuses lacunes. Des défauts qui font hélas tomber sa note globale. A mon plus grand regret, tant j’en attendais du nouveau titre de Volition. Mais par son action soutenue, il parvient à nous accrocher et à nous faire passer un bon moment.

Très clairement, le principal défaut d’Agents of Mayhem est d’être blindé de bonnes idées, mais de ne pas les pousser jusqu’au bout ! Et peut-être de ne pas avoir eu un vrai budget de triple A, aussi.

Il n’empêche que Agents of Mayhem reste un jeu intéressant, un bon défouloir qui fait son job, et qui apporte un peu de fraîcheur. Mais que l’on aurait aimé plus poussé sur des machines qui le permettent. Il ravira les fans d’action déjantée. Reste à savoir si vous êtes prêts à investir 60€ maintenant, juste pour un exutoire après le stress d’une journée de boulot… Ou attendre que le prix du jeu baisse…


Agents of Mayhem

par Volition et Deep Silver, sur PS4, Xbox One et PC. PEGI : 18.

 

Les + :

  • Le défouloir à l’état pur !
  • Un casting varié, qui s’enrichit progressivement
  • Un monde ouvert, et de l’exploration
  • De l’humour…
  • Des combats nerveux

Les – :

  • Un scénario trop attendu
  • Une réalisation technique en retard d’une génération
  • Une map pas si grande
  • … Mais un humour trop « politiquement correct »
  • Les missions deviennent répétitives
  • Pas moyen de se téléporter d’un point à l’autre
  • Pas de mode multijoueur, ni local ni online
  • Quelques bugs
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Agents of Mayhem est un jeu bourré de bonnes intentions, mais qui souffre hélas de manques incompréhensibles qui viennent nuire à l'intérêt général du jeu. Sur le papier, nous avions l'un des meilleurs titres de l'année... En réalité, le dernier né de Volition se cantonne à un bon gros défouloir déjanté, dont les oublis majeurs (mode online) fermeront la porte à beaucoup de joueurs... A réserver aux fans d'action en mal de titres. Les autres auront sans doute d'autres priorités.
70%
Oui, mais...

Agents of Mayhem est un jeu bourré de bonnes intentions, mais qui souffre hélas de manques incompréhensibles qui viennent nuire à l'intérêt général du jeu. Sur le papier, nous avions l'un des meilleurs titres de l'année... En réalité, le dernier né de Volition se cantonne à un bon gros défouloir déjanté, dont les oublis majeurs (mode online) fermeront la porte à beaucoup de joueurs... A réserver aux fans d'action en mal de titres. Les autres auront sans doute d'autres priorités.

  • Réalisation
  • Scénario
  • Jouabilité
  • Ambiance sonore
  • Durée de vie

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